VI. Lettrées
Les lettres de saint Athanase sont d'autant plus importantes que plusieurs d'entre elles sont de véritables traites. C'est le cas, par exemple, àuDe sententia Dionysii, du De decretis nicaenae synodi et du De synodis, écrits en forme de lettres et déjà signalés. C'est le cas encore de plusieurs des lettres que nous allons indiquer.
Dans la correspondance de saint Athanase il faut distinguer :
i° Les lettres synodales, écrites au nom de conciles d'Alexandrie dont elles font connaître les décisions. On en a trois : le Tome aux Antiochiens, issu du concile de 362 ; la Lettre à l'empereur Jovien, envoyée au nom du concile de 363, et enfin la Lettre aux Africains, au nom du concile de 369.
2° Les lettres encycliques, adressées aux évêques au nom personnel d'Athanase, et dans lesquelles il se défend contre les calomnies de ses adversaires : telles VEpistula ad episcopos encyclica, écrite vers le mois d'avril 340, et VEpistula encyclica ad episcopos JEgypti et Libyae contra arianos, qui est de 356 ou
3** Les lettres dogmatiques. De ce nombre les lettres à Sérapion de Thmuis, écrites entre 356-362, ont pour objet la divinité du Saint-Esprit. Les lettres à Epie-
tète de Corinthe, à Adelphius et à Maxime le philosophe traitent de rincarnation, et réfutent certaines erreurs répandues par les ariens et les apollinaristes. Elles datent de 370 ou 371.
4° Les lettres d'édification et de morale. Telles les lettres au moine Amunes, à l'évêque Rufînien, à Dracontius, à Marcellinus. La lettre aux moines [P. C, XXVI, 1185-1188) met les solitaires en garde contre les menées ariennes. Les deux lettres à Lucifer deCagliari [P. G., xxvi, 1181-1186) en latin seulement, si elles ne sont pas complètement des faux, outrent certainement la pensée d'Athanase.
5° Un groupe spécial est formé par les Lettres fes' talesy dont treize se sont conservées entières dans une traduction syriaque (P. G., xxvi, 1351-1444). Elles sont importantes pour la chronologie de la vie de l'auteur. Celle de l'année 367 (elle porte le numéro 39), dont on a un long fragment, contient un canon complet des Livres saints.
En somme les écrits d'Athanase ont été nombreux et, dans leur forme, assez variés ; mais ils n'ont eu tous qu'un but principal : la défense de la foi.
S 2. — Didyme i.
Cette défense de la foi contre les ariens trouva un autre champion à Alexandrie dans Didyme l'Aveugle. Né à Alexandrie en 313, Didyme avait perdu la vue à l'âge de quatre ans. Il s'obstina cependant à vouloir étudier et s'instruire et, grâce à sa persévérante application, put être bientôt cité comme un des plus savants hommes de son temps. Saint Antoine, Palladius, Évagre le Pontique, saint Jérôme, Rufin vinrent l'écouter
1. OEuvres dans P. G., xxxix. Voir G. Bardy, Didyme l'Aveugle, Paris,
OU suivre ses leçons. Respecté des ariens mêmes, après une vie toute consacrée à la prière et au travail, il s'éteignit à l'âge de 85 ans, en 398.
ûidyme est, autant qu'un docteur, un ascète dont la piété est profonde et dont la science se tourne volontiers en amour. Le ton de sa controverse est bienveillant, mesuré, fait pour ramener l'adversaire plus que pour en triompher. Mais son style est terne et prolixe. Obligé par sa cécité de dicter toujours, il a de la peine à se condenser et à se corriger. Au point de vue des idées, c'est un origéniste modéré sans doute, mais qui a encore trop retenu des erreurs du maître. Cette circonstance a nui beaucoup à sa mémoire. Son nom apparaît, à côté de celui d'Origène, dans la condamnation qui fut portée contre celui-ci par le sixième concile général de 680 ; et cette condamnation a contribué sans doute à la mauvaise conservation de ses ouvrages.
Son œuvre exégétique d'abord a péri presque entière. Elle était pourtant considérable. Didyme avait commenté en tout ou en partie la Genèse, l'Exode, le premier livre des Rois, Isaïe, Jérémie, Osée, Zacharie, les Psaumes, les Proverbes, Job, le Cantique des cantiques, l'Ecclésiaste, Daniel, saint Matthieu, saint Jean, les Actes des apôtres, les épîtres aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephèsiens et les épîtres catholiques. De tous ces écrits nous ne possédons que des fragments plus ou moins longs. Le commentaire sur les épîtres catholiques, traduit en latin parles soins de Cassiodore sous le nom de Didyme, paraît n'être lui-même qu'une compilation postérieure de textes empruntés à divers auteurs.
L'œuvre dogmatique de Didyme n'était guère moins étendue. Elle comprenait notamment un Volume de Dogmes [Dogmatum volumen) cité par Didyme lui-
môme [De Spiritu sancto, 32), et qu'il faut confondre peut-être avec le Sectarum volumen [ibid., 5, 21) ; un traité Sur le Saint-Esprit; un opuscule Sur la mort des petits enfants ; Deux livres contre les ariens ; un ouvrage Contre Eunomius ; un autre sur le Saint- Esprit probablement; trois livres i^w/- la Trinité ; des Commentaires sur le PériarcJion d'Origène ; un traité Contre les manichéens ; àes traités A un philosophe; De l'incorporel; De l'âme; De la foi; De la Providence ; peut-être d'autres encore. De tout cela il ne s'est conservé, en dehors de quelques fragments ou citations, que les deux ouvrages sur le Saint-Esprit et sur la Trinité et une partie du traité contre les Manichéens. On a bien proposé d'identifier quelques-uns des autres ouvrages énumérés avec certains ouvrages anonymes du même temps que nous possédons, mais sans pouvoir rien conclure d'une façon décisive.
Le traité Sur le Saint-Esprit^ contre les pneumatomaques, n'existe qu'en latin, dans une traduction de saint Jérôme achevée en 389. Comme saint Ambroise, pour composer en 381 son propre ouvrage Sur le Saint- Esprit, a puisé largement dans celui de Didyme, on en doit conclure que celui-ci est antérieur à cette date. — Les trois livres Sur la Trinité nous sont parvenus dans le texte original, mais par un seul manuscrit et avec quelques lacunes. Le livre premier s'occupe de la divinité du Fils ; le deuxième, de celle du Saint- Esprit ; le troisième répond aux objections des ariens et des macédoniens contre ces deux dogmes. L'euvrage a dû être écrit entre les années 380-392.
Quant au morceau Contre les manichéens, on en a contesté, bien à tort probablement, l'attribution à Didyme; car celui-ci montre vis-à-vis de cette hérésie une préoccupation constante, et saisit toutes les occasions de l'attaquer. La réfutation qu'il en fait ici par
rEcriture et la raison n'offre d'ailleurs rien de remarquable.
S 3. — Saint Cyrille d'Alexandrie.
Le successeur immédiat de saint Athanase sur le siège d'Alexandrie, Pierre II (373-381), et son second successeur Timothée (381-385) n'ont pas laissé d'ouvrages importants. Mais son troisième successeur Théophile (385-412) * , l'oncle de saint Cyrille, a dû certainement beaucoup écrire. C'était une personnalité puissante, douée de beaucoup d'intelligence et d'énergie qui, malheureusement, fit trop servir ces qualités à la satisfaction de son orgueil, de sa cupidité et de ses rancunes. La déposition illégale de saint Chrysostome restera toujours comme une tache sur sa méiuoire. On trouve mentionnés ou cités de lui un canon pascal allant de 380 à 479, des fragments exégétiques et oratoires, mais surtout des lettres. Quelques-unes de celles-ci ont été conservées entières, en grec ou par des traductions de saint Jérôme. Telles les lettres festales de 401, 402 et 404, dirigées contre Origène et Apollinaire, et une lettre synodale, vraisemblablement de 399, écrite aux évêques de Palestine et aux cypriotes encore contre Forigénisme. On doit regretter que saint Jérôme se soit commis avec un homme si peu estimable.
Théophile fut remplacé sur le siège d'Alexandrie par son neveu Cyrille "-. De l'enfance et de la jeunesse de saint Cyrille on ne sait que peu de chose. Né à
1. Olîuvrcs dans P. G., lxv, 33-08, lort incomplet. Cf. Pitua, lurlsecclesiastici Graccorum hisloriaet monumenta, i, 640-6*9; F. Diekamp, DoctriiiaPatrumde incarnat, Verbi, p. 120, 180-183.
2. OEuvres flans P. G., lxviii-lxxvh; à quoi on pourrait encoie ajouter un peu. Voir A. Laiigent, Éludes d'hist. ecclés.,S. Cyrille d'Alexandrie, Paris, 189Î. J. Mahé, article S. Cyrille dans le Dict. de Ihéol. catholique.
Alexandrie, probablement vers 370-375, et instruit dans les écoles de la ville, il paraît s'être retiré quelque temps au désert avec les moines. En 403, on le trouve au concile du Chêne à côté de son oncle. En 412, malgré une vive opposition, il lui succède. Les opposants redoutaient probablement de voir revivre l'oncle dans le neveu; et quelques mesures sévères, quelques incidents malheureux même, trop exploités contre le nouveau patriarche, parurent d'abord leur donner raison. C'est en 417 seulement que Cyrille se décida à rétablir dans les diptyques le nom de Chrysostome. Sa véritable action dans l'Eglise et le rôle capital qu'il y a joué n'ont commencé qu'en 428 ou 429 avec l'éclnt ncstoricn. Nestorius avait à peine formulé ses [erreurs que Cyrille les réfutait, l'invitait lui-môme à les rétracter et, sur son refus, sollicitait l'intervention du pape Gélestin. Au concile d'Ephèse de 431 qu'il présida, il fit triompher la cause de l'orthodoxie qui était la sienne ; mais il ne put vaincre d'abord la résistance de Jean d'Antioche et des évoques orientaux. La paix avec eux ne se fit qu'en 433, et encore paix précaire qu'il fallut légitimer et défendre contre les exaltés des deux partis. Cyrille y consacra les dernières années de sa vie. Il mourut le 27 juin 444.
On jugerait très mal saint Cyrille si on tenait compte uniquement, pour le faire, des accusations de ses adversaires et des haines que sa conduite a soulevées. Il était né avec un caractère naturellement dominateur et impatient, dont les exemples de son oncle n'avaient pu que développer les tendances. Mais la grâce et l'expérience tempérèrent peu à peu en lui ces dispositions fâcheuses et l'aidèrent à en étouffer les éclats. Il sut, quand la paix de l'Eglise l'exigea, sacrifier s^s idées personnelles et accepter même d'être suspC<?t à ses amis, afin de ne pas prolonger la rupture avec" ses
adversaires. Pour la pénétration et la force d'esprit, il vient au premier rang des Pères grecs. Chez les Occidentaux, il ne le cède qu'à saint Augustin. C'est un théologien de race qui voit juste et profond, et chez qui la puissance du travail a doublé l'effet des dons naturels. Aussi son influence a-t-elle été grande et son autorité officiellement reconnue. Au point de vue littéraire, sa valeur est moindre. Précis et vigoureux dans la polémique et la discussion purement doctrinale, son style devient ailleurs diffus, affecté et obscur. Il ne connaît ni l'art ni la simple élégance des bons écrivains : avec lui le byzantinisme commence.
Les ouvrages fort nombreux de saint Cyrille comprennent des écrits exégétiques, apologétiques, dogmatiques et polémiques, enfin des homélies et des lettres.