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IV. Lettres

Les lettres de saint Basile sont peut-être de tous ses écrits celui où se montrent le mieux la finesse de son esprit, la grandeur sympathique de son caractère et la perfection de son style. L'édition bénédictine de ses œuvres en compte trois cent soixante-cinq, divisées en trois catégories : lettres antérieures à l'épiscopat, de 357 à 370 (i-xLvi); lettres de l'épiscopat, de 370 à 378 (xLVii-ccxci) ; lettres de date incertaine, douteuses ou non authentiques (ccxcii-ccclxv). Depuis l'édition des mauristes, deux autres ont été retrouvées. Ces lettres traitent d'ailleurs des sujets les plus divers, depuis les plus humbles jusqu'aux plus relevés et à ceux qui touchent à la vie de l'Eglise universelle.

S 2. — Saint Grégoire de Naziauzei.

Saint Grégoire est né à Arianze ou près d'Arianze, en Cappadoce, vers l'an 328-329 : il était d'un ou deux aùs plus âgé que saint Basile, et fils d'un converti du paganisme qui devint évêque de Nazianze. Le jeune homme fréquenta d'abord les écoles de Césarée de Cappadoce, puis celle de Césarée de Palestine, puis celles d'Alexandrie et d'Athènes. De retour dans sa patrie, il reçut le baptême vers 360, et se retira d'abord avec Basile sur les bords de l'Iris pour y mener la vie monastique. C'est à cette époque vraisemblablement que les deux amis composèrent le recueil des morceaux

\. œuvres dans P. G., xxxv-xxxvm. Voir A. Benoit, S. Grégoire de Nazianze, archevêque de Conslantinople, Paris, iS'iH, 2« édit., 1883. E. DcBEDOUT, De D. Gregorii Naz. carminibus, Paiis, 1901. L. F. M. de JoNCE, De S. Gregorii Naz. carminibus quaa inscribi soient Ilepl éauTO'j, Amsterdam, 1919. M. Guicnet, S. Grégoire de Naz. cl la rhétorique, Paris, 1911. ID., Les procédés épistolaires de S. Grégoire de Naz. comparés à ceux de ses contemporains, Paris, 1911.

choisis d'Origène qui porte le nom de Philocalie.

En 361, Grégoire dut revenir à Nazianze. Son père fort âgé avait besoin de son aide pour administrer son diocèse : il l'ordonna prêtre et, de 362 à 370, le garda auprès de lui. Mais, en 370, Basile était fait évêque de Césarée. Estimant que Grégoire lui serait utile pour soutenir ses prétentions contre l'évêque de Tyane avec qui il avait des difficultés, il le créa, en 371 ou 372, évêque de Sasima. Sasima était une bourgade perdue de la Cappadoce, sans intérêt et sans vie : Grégoire n'y mit jamais les pieds. Après avoir fermé les yeux à son père en 374, il se retira, en 375, à Isauris, dans la solitude, et y apprit, en 379, la mort de saint Basile.

C'est laque, aux premiers mois de cette année, une délégation vint le trouver pour le prier de secourir les catholiques sans pasteur de Constantinople. Grégoire se rend à leur prière, groupe ses fidèles dans la petite chapelle de l'Anastasis, et y prononce ses fameux discours sur la Trinité. Le 27 novembre 380, il est installé par Théodose archevêque de Constantinople. Mais, en 381, le deuxième concile général se réunit. A la suite de difficultés élevées contre son élection à Constantinople, Grégoire donne sa démission. 11 se retire à Nazianze, en fait choisir le nouvel évêque Eulalius, et rentre probablement dans sa petite patrie d'Arianze où il meurt en 389 ou 390.

Saint Grégoire s'est dépeint lui-même au naturel dans les poèmes qu'il a écrits sur sa vie. C'était une âme délicate, impressionnable, un esprit légèrement chimérique, que les réalités de la vie froissaient douloureusement. 11 n'était pas fait pour l'action, au moins pour l'action persévérante et prolongée. Se sentant mal à l'aise dqns le monde, il recherchait d'instinct la solitude ; et cependant son désir de servir les âmes et son admirable talent de parole le ramenaient malgré lui dans

le monde. 11 n'aurait pu donner toute sa mesure que dans un milieu calme et sympathique, et ce milieu, sauf peut-être à Nazianze, lui a toujours manqué. En revanche, il était né orateur, orateur à l'intelligence claire, à l'imagination chaude et colorée. Toutes les ressources de l'art oratoire, il les connaissait : il laisse même trop voir — et c'est sa faiblesse — qu'il les connaît. Sa composition est ornée, fleurie, un peu maniérée, son style fin et délicat, visant trop à l'effet. Ce n'est pas encore la décadence, mais on l'entrevoit : la noble simplicité de Basile est passée. Malgré cela cependant, et même à cause de cela, il n'y a pas d'auteur chrétien que l'époque byzantine ait plus admiré. Au fond, ce qu'il y a en lui de plus remarquable est sa langue théologique. Dans les questions trinitaires et christologiques, il a su trouver des formules heureuses, précises, qui fixent en quelque sorte l'expression du dogme. On n'a pas eu, après lui, à y revenir.

L'œuvre littéraire de Grégoire comprend des discours, des poèmes et des lettres.

Les Discours, la partie la plus remarquable de cette œuvre, sont au nombre de quarante-cinq, dont plus de la moitié datent de la période de Constantinople, 379- 381 : les autres ont été prononcés à Nazianze. On y trouve des discours dogmatiques, entre lesquels il faut distinguer les cinq discours théologiques (xxvii-xxxi) sur la Trinité ; des discours sur les fêtes chrétiennes (Epiphanie, Pâques, Pentecôte, etc.), et des panégyriques de saints (saint Cyprien d'Antioche, saint Athanase, etc.) où l'orateur a déployé toutes les ressources de son art; des Oraisons funèbres (Césarius, saint Basile, etc.), genre que Grégoire a inauguré dans l'Eglise, et où il a suivi les règles des e«co/nm païens^ ;

1. Yoii ici F. BouLENGER, Grégoire de Naz., Discours funèbres en l'hon

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deux inçectU'P.s contre Julien l'Apostat, et enfin quelques discours de circonstance où l'auteur explique et justifie sa conduite.

Les poèmes datent des dernières années de la vie du saint (383-389). On les a divisés en deux livres, Poèmes théologiques et Poèmes historiques, subdivisés euxmêmes en deux sections, les poèmes théologiques en Poèmes dogmatiques et Poèmes moraux ; les poèmes historiques en Poèmes personnels [Poemata de seîpso) et Poèmes sur d'autres que l'auteur [Poemata quae spectant ad alios). On ne trouve guère de vraie poésie que dans les Poèmes personnels dans lesquels l'émotion est profonde et sincère. Le poème xi De vita sua (1.949 vers) forme une autobiographie précieuse pour l'histoire. La longue tragédie Christus patiens [P. G., xxxviii, 133-338) est une œuvre byzantine du xi*ou du xii« siècle.

Le recueil des letti^es en compte deux cent quarantequatre auxquelles on peut ajouter un simple billet à saint Basile récemment découvert, mais dont il faut retrancher les lettres xli-xliii et peut-être la lettre ccxLiii à Evagrius dont l'attribution n'est pas sûre. Cette correspondance, agréable d'ailleurs et où l'esprit ne va pas sans quelque recherche, n'a pas l'importance historique de celle de saint Basile. Quelques pièces cependant sont des documents théologiques do premier ordre. Telles les deux lettres ci et en au prêi re Cledonius, écrites vraisemblablement en 382, et la lettre ccir, écrite en 387, toutes trois dirigées contre l'apollinarisme.

Sur l'authenticité du Testament de saint Grégoire [P. G., xxxvii, 389-396) les critiques sont partagés. Tillemont ne voit aucune raison solide de la rejeter.

neur de son frère Césaire et de Basile de Césarée, texte grec, trad. franc., introduct. et index (Textes et documents), Paris, 1908.

S 3 — Saint Grégoire de Nysse ',

Saint Grégoire de Nysse, frère cadet de saint Bubile, ne aux environs de 335, fut éduqué dans son pays natal et destiné de bonne heure à l'Eglise. Détourné cependant do l'état clérical par une crise de conscience, il professait depuis quelque temps la rhétorique quand les exhortations de Grégoire de Nazianze {Epist. xi) le ramenèrent à sa vocation. Il rejoignit sur les bords de l'Iris la société des ascètes fondée par son frère. C'est là que celui-ci le prit, en 371, pour le faire évêque de Nysse.

L'épiscopat, dans ces temps difficiles, demandait, pour être bien exercé, des hommes avisés, et Grégoire ne répondit pas d'abord aux espérances de Basile. Mais, inférieur dans les questions d'administration, il reprit son avantage dans les questions doctrinales. Déposé par les ariens en 376, il put rentrer à Nysse en 378, assista en 379 au concile d'Antioche, en 381 au concile général de Constantinople, et s'y acquit une telle autorité que Théodose le désigna parmi les évêques dont la communion était le gage de l'orthodoxie. En 384 ou 386, on le retrouve encore à Constantinople, prononçant les oraisons funèbres de la princesse Pulchérie et de sa mère Flaccilla. A partir de 394 sa trace disparaît. Il dut mourir cette année-là ou peu après.

On a caractérisé les trois cappadociens en disant que Basile était le bras qui agit, Grégoire de Nazianze la bouche qui parle, Grégoire de Nysse la tête qui pense.

1. Œuvres dans P. G., xliv-xlvi. Voir Fr. Boehringer, Die drei Kappadozier, 2, Greyor von Ni/ssa, Stuttgart, 1876. L. Méridier, U inflxi.ence de la second" f^oiliiflique sur l'œuvre de Grégoire de Nyase, Keiiues,

La formule est juste à condition de n'être pas entendue d'une façon trop exclusive, car Basile savait aussi penser et parler. Mais il est vrai que Grégoire de Nysse ne possédait ni la science des affaires de son frère aîné, ni l'éloquence claire et élégante de Grégoire de Nazianze. Basile s'est plus d'une fois plaint de ses maladresses, et les critiques peuvent lui reprocher son style souvent obscur et sa rhétorique de convention. Mais c'était un philosophe. Il s'est efforcé de justifier, au regard de la raison, les enseignements de la foi et de montrer comment ils s'accordent entre eux. Il s'est plu à définir, à classer, à mettre partout de la logique et de l'ordre. Sa philosophie est généralement celle des néoplatoniciens; un de ses maîtres en théologie est évidemment Origène. Cette dernière influence n'a pas toujours été heureuse pour lui. Mais elle n'a pas empêché son autorité doctrinale d'être décisive. Aux Pères du concile de 381 il apparut comme l'héritier de la pensée de saint Basile, chargé par la Providence d'assurer le triomphe de l'orthodoxie que l'habileté de son frère avait préparé.

Les écrits de Grégoire de Nysse touchent à presque tous les genres de la littérature chrétienne. On y peut distinguer des écrits exégétiques, — dogmatiques et polémiques, — ascétiques, — des discours et des lettres.

L Ecrits exégétiques et homélies.

L'exégèse de Grégoire de Nysse suit des voies différentes selon le but qu'il se propose. Littérale dans les œuvres dogmatiques, elle est souvent allégorique dans ses œuvres d'édification. Disciple d'Origène, l'auteur a poussé l'allégorisme plus loin que les autres cappadociens. Ses traités exégétiques proprement dits comprennent : 1*> Un écrit Sur la formation de l'homme [De hominis opificio) , qui est une explication de Genèse I, 26, composée peu après la mort de saint Basile, et

pour combler la lacune laissée par celui-ci dans son commentaire sur l'Hexaerneron. 2° Une Explication apologétique sur l'hexaemeron, réponse à son frère Pierre sur quelques obscurités et contradictions apparentes du récit biblique : écrite peu après l'ouvrage précédent. 3° Un écrit Sur la vie de Moyse, composé vers 390. Ici on est en pleine allégorie : la vie de Moyse est présentée comme le modèle de la vie chrétienne et de l'ascension de l'âme à Dieu. 4° De la Pythonisse {I Rois, xxviii, 12 et suiv.) : contre Origène Grégoire y soutient, avec Methodius et Eustathe d'Antioche, que ce n'est pas le prophète mais un démon qui s'est montré à Saûl. 5° Sur les titres des Psaumes, en deux parties. Beaucoup d'allégorie : la division des psaumes en cinq livres correspond aux cinq degrés de la perfection chrétienne (i) ; chaque titre de psaume contient d'ailleurs une instruction morale (ii). — D'autre part, on possède de saint Grégoire une homélie sur le titre du psaume vi, De octava; huit homélies surl'Ecclésiaste ; quinze sur le Cantique des cantiques ; cinq sur l'Oraison dominicale ; huit sur les Béatitudes ; une sur/ Corinthiens, \i, 18, etune explication de/ Corinthiens, xv, 28 contre les ariens.

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