I. Histoire
Les ouvrages historiques d'Eusèbe sont :
1° Une Vie de Pamphile, le martyr de 309, en trois livres, que saint Jérôme qualifie de « lihros elegantissimos ». Elle a été écrite en 309 ou 310 : il n'en reste qu'un court extrait.
2° Une relation Sur les martyrs de Palestine (IIspl TÔJv ev ïlaXaisTivï) (xapTupyidâvriov). Eusèbe aurait souhaité que l'on recueillît un peu partout le souvenir des chrétiens morts pour la foi dans la persécution de Dioclétien (303-311). Il l'a fait lui-même dans cet ouvrage pour les martyrs de Palestine. On a cet écrit en deux rédactions : l'une, plus courte, imprimée généralement
après le livre viii ou à la suite de Y Histoire ecclésias-^ tique; l'autre, plus longue, qui ne subsiste entière que dans une traduction syriaque. Toutes deux sont de la plume d'Eusèbe ; mais les critiques ne s'accordent pas sur celle qu'il faut mettre chronologiquement la première.
3** Une collection des Actes des anciens martyrs ('Apj^ocitov fxapxupiwv (Tuvaycoyi^), c'est-à-dire des martyrs antérieurs à la persécution de Dioclétien. Cette collection, infiniment précieuse, a péri. Il s'en est conservé seulement quelques pièces, indépendamment d'Eusèbe, et des fragments ou résumes par son Histoire ecclésiastique. L'auteur avait dû la former avant l'an 303.
4° La Chronique. Imitée de celle de Jules Africain, mais mieux informée, elle présentait un tableau des événements du monde depuis la naissance d'Abraham jusqu'en 323 après Jésus-Christ. Une première partie fixait la chronologie ; une seconde partie relatait les événements à leur date. L'ouvrage s'est conservé entier dans Une traduction arménienne un peu retouchée ; et la deuxième partie dans une traduction latine, rema-» niée et augmentée, de saint Jérôme.
5° UHistoire ecclésiastique, lé plus important et le plus cité des ouvrages d'Eusèbe. Les huit premiers livres paraissent avoir été achevés en 312; le livre ix a été ajouté en 315 ; une grande partie du livre x en 317, et enfin tout l'ouvrage a été revu et terminé en 324 ou peu après. Le livre i résume l'histoire de Notre-Seigneur ; le livre ii celle des apôtres jusqu'à la guerre de Judée; les livres m- v vont jusqu'à Origène; à Origène est consacrée la presque totalité du livre vi ; le livre vu traite des quarante années qui vont de 260 à 300; le vin^ aborde l'histoire contemporaine de l'auteur et la suit jusqu'en 411; les livres ix et x racontent les événements de 411 à 424.
La valeur de V Histoire ecclésiastique d'Ensebe est inappréciable; car c'est là qu'ont puisé les historiens postérieurs et, sans elle, les trois premiers siècles de l'Ciglise nous seraient restés à peu près inconnus. Ce n'est pas à dire qu'elle soit parfaite. Telle qu'elle est, c'est plutôt un recueil de faits et d'extraits qu'une histoire suivie où les faits s'enchaînent et sont décrits avec leurs causes et leurs conséquences. Mais il faut peutêtre s'en féliciter, puisque, de cette façon, l'auteur nous a livré en partie les textes mêmes qui constituaient ses sources. D'autre part, on n'a contesté ni la sincérité de l'historien ni même, dans l'ensemble, son esprit critique. 11 est remarquable, en particulier, qu'il ait su si bien se tenir en garde contre la masse d'écrits apocryphes qui circulaient de son temps et qu'il connaissait bien. Mais Eusèbe ne savait que peu de latin, et cette ignorance l'a privé de bien des renseignements. Sa chronologie est souvent en défaut; ses citations sont trop courtes, ce qui empêche d'en saisir parfois le sens exact ; surtout il manque de synthèse : c'est à trois ou quatre fois qu'il s'est repris pour parler du canon du Nouveau Testament, et nulle part il n'a traité complètement le sujet. V Histoire ecclésiastique n'est donc pas sans défauts : elle n'en reste pas moins un livre de premier ordre.
6° Une Vie de Constantin (Etç tov piov xoZ fxaxapi'ou KwvdxavTivou), sorte de complément à V Histoire ecclésiastique écrit entre 337 et 340. A vrai dire c'est plus un panégyrique qu'une relation complète et impartiale. L'auteur n'y envisage son héros que dans ses rapports avec la religion et avec l'Eglise, et n'a retenu de sa vie que les bonnes actions et les vertus. On y trouve ce-, pendant quelques données historiques précieuses.
IL Apologie.
1° et 2" La principale œuvre apologétique d'Eusèbe
comprend les deux traités de la Préparation èvangélique et de la Démonstration évangélique^ qui sont comme les deux parties d'une composition unique. Le premier, en quinze livres, est dirigé contre le paganisme et démontre que ce paganisme est inférieur à la religion juive au point de vue de la doctrine, de l'influence morale et de l'antiquité : d'ionombrables citations d'auteurs païens corroborent le raisonnement. Le second est dirigé contre les juifs, et établit par les prophéties que leur religion ne devait être qu'une préparation au christianisme. Sur les vingt livres que l'auteur avait consacrés à prouver cette thèse, nous n'en possédons plus que dix et un fragment assez long du livre xv. Les deux ouvrages datent de 315-
3° et 4° Outre ces deux traités, on connaît d'Eusèbe UTiQ Introduction générale élémentaire (KaôôXou axoi/eiw- OYjç eîcaYwvr^), dont les livres virix, entièrement conservés, forment un recueil des prophéties de l'Ancien Testament réalisées en Jésus-Christ; puis une courte étude des prophéties faites par Jésus-Christ lui-même, qui est entrée plus tard dans la Théophanie dont elle forme le livre iv. La Théophanie en cinq livres, écrite après 323, peut-être vers 333, n'est guère qu'un résumé de la Démonstration èvangélique dont elle reproduit des morceaux entiers. Elle n'existe complète que dans une version syriaque.
5° L'écrit Contre Hiéroclès est une réfutation du Philalète que ce gouverneur de Bithynie avait composé contre les chrétiens vers l'an 307. Le livre d'Eusèbe, qui doit être de 311-313, s'attaque surtout à la vie d'Apollonius de Tyane qu'Hiéroclès comparait à Jésus-Christ.
6" et 7° Deux livres de Réponses et apologie signalés par Photius [cod. 13) sont perdus. Une réfutation
de Porphyre en vingt-cinq livres, et qui était postérieure à 325, a péri également.