IV. Lettres
11 reste de saint Chrysostome environ deux cent quarante lettres, généralement courtes, et qui datent toutes du second exil. La plupart sont adressées à des amis pour leur donner des nouvelles de l'exilé et relever leur courage. Quelques-unes s'occupent de la situation de l'Église dans telle ou telle contrée, et traitent de l'évangélisation des païens. Entre ces lettres il faut distinguer les deux lettres au pape Innocent I, écrites en 404 et 406, et les dix-sept lettres à la diaconesse Olympias qui exaltent surtout la vertu sancti-
fîcatrice de la souffrance : nulle part mieux que là ne se révèlent la profondeur de la foi et l'éminente sainteté de Chrysostome.
S 6. — Théodof et et le groupe des Orientaux.
La condamnation de Nestorius à Ephèse, on le sait, ne rallia pas tous les suffrages. Bon nombre des évoques du patriarchat d'Antioche, des Orientaux (du diocèse civil d'Orient) comme on les appelait, restèrent fidèles au condamné quelque temps encore. Le plus illustre de tous fut l'évêque de Cyr, Théodoret.
TnÉoDOîiET^ était né à Antioche, vers 393, d'une famille riche et fit, semble-t-il, ses études dans les écoles monastiques de cette ville ou des environs. Théodore de Mopsueste fut son maître en exégèse et Nestorius son condisciple. 11 était depuis sept ans au monastère de Nicerte quand on vint le chercher pour le faire évêque de Cyr dans la Syrie euphratésienne. Le diocèse était grand, peuplé en partie de païens, de juifs et d'hérétiques : le nouvel éveque s'appliqua avec ardeur à leur conversion, n'interrompant son labeur que pour venir, chaque année, porter à Antioche l'éclat de sa parole. Quand Nestorius fut condamné par le pape, Théodoret se joignit d'abord à Jean d'Antioche pour lui conseiller la soumission ; mais la publication des anathématismes de saint Cyrille le révolta. Persuadé qu'ils contenaient l'apollinarisme, il lès attaqua avec violence, et conserva, vis-à-vis de leur auteur, même après que celui-ci se fut expliqué, des préventions qui
1. OEuvres dans P. G., lxxx-lxxxiv (édit. GAUNiER-SCHOLzt). Pour les lettres découvertes par J. Sakkelion, voir son édition, Athènes, 1883. Une nouvi.'Ue édition de l'Histoire ecclésiastique a été donnée dans la collection de Berlin par L. Parmentier, Leipzig, 1911. Voiries Dissertations du P. GARNitis réimprimées dans P. G., lxxxiv et Ad. Bertram, Theodoreti ep. Cyrensis doclrina christologica, Hildesiae, 1883
ne tombèrent jamais complètement. A Éphèse, il fut naturellement dans le camp de Jean d'Antioclie contre Cyrille, refusa d'abord de souscrire à l'union de 433, bien que le symbole de cette union fût son œuvre, et ne s'y rangea en 435 qu'avec l'expresse réserve de ne pas condamner Nestorius. En 438, on le voit reprendre la plume pour défendre, contre les attaques de Cyrille et do Rabulas, la mémoire de Théodore de Mopsueste. 11 avait espéré que la mort de Cyrille en 444 donnerait la paix à l'Eglise. L'éclat d'Eutychès et le brigandage d'Ephèse le détrompèrent cruellement. Déposé par les partisans de Dioscore et traité comme un excommunié à éviter, il fut interné dans son monastère de Nicerîe comme dans une prison. Mais il en avait appelé au pape saint Léon. En 450 tout changea. Convoqué au concile de Chalcédoine, il y fut reçu malgré loppositio!! des évêques d'Egypte et de Palestine : toutefois il dut nettement anathématiser Nestorius. 11 put alors rentrer dans son diocèse et y finir tranquillement sa vie. Gcnnadius le fait vivre jusqu'en 457 ou 458 : Tillemout met sa mort au plus tard en 453.
Théodoret avait une âme droite, un caractère sympathique. Pieux, modeste, aimant naturellement le silence et la paix, dévoué à son peuple, il serait honoré par l'Eglise comme un de ses saints les plus authentiques, s'il n'avait poussé à l'excès son attachement à Nestorius. Cette fidélité dans l'amitié — honorable en soi — troubla parfois la rectitude de son jugement et le jeta dans de regrettables écarts de conduite. Au point de vue littéraire, Théodoret est le dernier des grands écrivains de l'Eglise grecque. Il a passé pour un des meilleurs orateurs de son temps, et ses commentaires « excellents de fond et de forme, de concision et de clarté » feraient de lui le prince des exégètes s'ils n'étaient en somme, comme il le dit lai-même, une
compilation de ce que l'école d'Antioche avait produit de mieux avant lui. Sa mémoire, comme celle de ses maîtres Diodore et Théodore, a souffert de l'âpreté des luttes théologiques. Cependant le concile de 553, qui a condamné quelques-uns de ses écrits, n'a pas flétri sa personne ni contesté la sincérité intime de ses vues.
Dans les ouvrages de Théodoret on trouve des écrits exégétiques, — apologétiques, — dogmatiques et polémiques, — historiques, — et enfin des discours et des lettres.