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CHAPITRE XI

S 1. — Aphraate et saint Éphrem.

L'histoire de la littérature syriaque chrétienne se divise en trois périodes : une première période qui va de rétablissement de lÉglise en Mésopotamie (vers 150) jusqu'au concile de Chalcédoine et à la rupture à la fois nestorienne et monophysite en 451 ; une seconde période qui va de cette date à la conquête par les Arabes de la Syrie et de la Babylonie en 636; enfin une dernière période qui comprend les temps de la domination arabe jusqu'au xiii* siècle. Nous n'avons, dans ce chapitre, qu'à nous occuper de la première.

Au II® et au m' siècle, la littérature syriaque, en dehors des traductions bibliques, ne présente que quelques ouvrages originaux dont il a été déjà question : Diatessaron de Tatien, écrits de Bardesane, apocryphes du Nouveau Testament. Mais, au iv« siècle, elle prend tout son essor avec Aphraate et saint Éphrem.

On ne sait presque rien de la vie d'ApHBAATE *. 11 dut

i. Édition D. Parisot, dans Patrologia syriaca (Graffin), tom. i et ii. Voir J. FoRGET, De vita et scriplis Aphraatis sapientis persae, Louvain, 4882. J. M. Chavanis, Les lettres d'Afrahat, le sage de la Perse, Saint- Élienne, i9M.

naître vers Tan 275-285 de parents païens (?), se convertit et se fit moine. Puis, il devint évêque d'un siège qui n'est pas sûrement connu (peut-être Mar Mattaï au nord de Mossoul), mais qui se trouvait dans le royaume des Perses, comme l'indique le qualificatif de Sage de la Perse donné à son titulaire. Aphraate semble, à son ordination, avoir pris le nom de Jacques, circonstance qui l'a fait confondre plus tard par quelques écrivains avec Jacques de Nisibe. Sa mort, dont on ignore la date, est, en tout cas, postérieure à l'an 345. Nous avons d'Aphraate vingt-trois lettres appelées quelquefois Homélies, Discours ou Démo/istrations, commençant chacune par une des consonnes de l'alphabet syriaque suivant leur ordre. Les dix premières, réponses à un ami, ont été écrites en 336 et 337 ; les douze suivantes l'ont été en 343-344 ; la dernière est du mois d'août 345. Ce sont des instructions dogmatiques et surtout parénétiques sur la foi, le jeûne, la prière; sur la résurrection, sur le Christ vrai Fils de Dieu, etc. Ce sont aussi des écrits de polémique préservatrice contre les juifs et leurs pratiques, la circoncision, le sabbat, etc.. Ce sont enfin, la dernière surtout, des cris d'angoisse sur le « grand carnage de chrétiens » que faisait alors la persécution de Sapor II. Malgré leur style inexpérimenté et prolixe, leurs obscurités et leurs redites fatigantes, ces lettres sont du plus haut intérêt pour l'histoire intérieure de l'Eglise et du monachisme perses, aussi bien que pour celle de la théologie.

Le nom de saint Ephrem * est le plus grand de ceux

i. Le gros des œuvres de saint Éphrem est contenu dans quatre collections principales :!" L'édition romaine : S. Patris nostri Ephraem syri opéra omnia quae exstant, graece, syriace et latine recens, p Benedictus, Ios. et St. Evod. Assemanus, Romae, 1737-1746. Les écrits syriaques occupent les trois premiers volumes I-III; les écrits grecs les

qui ont illustré le christianisme orthodoxe syrien. La vie de celui qui l'a porté est cependant peu exactement connue, car elle a été de bonne heure déformée par la légende. Saint Èphrem est né à Nisibe, vers l'an 306, de parents chrétiens probablement, et a été attiré jeune encore vers la vie religieuse et monastique. Estimé et honoré de la confiance de son évéque Jacques (-f- vers 338), il paraît avoir, durant les années 338, 346 et 350 où Nisibe fut assiégée par les armées de Sapor II, rendu à ses concitoyens de notables services, en soutenant leur courage contre l'assaillant. En 383, Nisibe fut cependant, par un traité de paix, cédée au roi de Perse. Avec la masse des chrétiens de la ville, Ephrem se retira alors en territoire romain, à Edesse. C'est là qu'il passa les dix dernières années de sa vie, partagé entre l'instruction des disciples qui venaient à lui, la prédication et la composition de nombreux écrits. Il resta néanmoins toujours simple diacre. Sa mort se place en 373, probablement le 9 juin.

Écrivant surtout pour le peuple et pour les moines, saint Ephrem n'a point visé aux spéculations philosophiques ou théologiques ni creusé très avant dans le dogme. La foi qu'il expose et qu'il défend est simplement la foi de l'Église telle qu'elle l'enseigne au commun des fidèles. Mais il a mis dans ses ouvrages, et surtout dans ses exhortations morales un feu, une vivacité, une ardeur de zèle qui les rendent impressionnants et leur ont valu, dans l'antiquité, la plus grande diffusion.

trois derniers numérotés également I-lIl. 2° J. Orer.nrcK, S. Ephraemi syri, Rabulae... opéra selecta, Oxford, ISC."». 3» G. Bickkll, S. Èphracm syri Carmi7ïa nisibena, Leipzig, ISCG. 4° J. Lamy, S. Ephraem syri Hymni et sermones, 3 vol., Malines, 1882-1889. M. S. J. Mercati a commencé une cinquième collection dont un seul fascicule a paru : S. Ephraem, syri opéra, Romae, 1913. Voir J. I.amy, Saint Ephrsm, dans V Université catholique, 1910, tome ni et iv; C. Eirainf.k, Der hl. Ep/iraem der Syrer, Kempton, 1880; et la notice de Fes-sler-Juncmann, Instit. patroh, ii, 1, p. 10 et suiv.

Àme de poète à la façon orientale, Éphrem possède une imagination riche, colorée, abondante à l'excès; sa composition n'a rien de la régularité logique des écrits de l'Occident; elle est entraînée par le sentiment plus qu'ordonnée par la raison ; mais, en cela même, elle répondait mieux aux habitudes d'esprit de ceux à qui ses ouvrages étaient destinés. Il n'est pas jusqu'à la prolixité de l'auteur et aux longueurs qu'on lui reproche qui ne fussent pour lui, aux yeux de ses lecteurs immédiats, un titre de gloire et un mérite. Et c'est parce qu'il a ainsi reflété parfaitement le génie syrien avec ses qualités et — nous dirions — ses défauts, que les chrétiens dont il parlait la langue l'ont toujours considéré comme leur plus grand écrivain.

Nous ne possédons pas d'édition complète et exacte des œuvres de saint Éphrem. Beaucoup de ses productions ont péri; beaucoup d'autres, traduites en grec, en arménien, en copte, en arabe, en éthiopien, ont reçu dans ces traductions des remaniements qui en ont altéré le texte primitif. C'est même dans divers recueils qu'il faut aller chercher les écrits authentiques.

Ces écrits se divisent, au point de vue de la forme, en écrits en prose et écrits en vers ; au point de vue du contenu, en écrits exégétiques, dogmatico-polémiques, moraux et ascétiques.

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