Voir A. RÉVILLE, Vigilance de Calagurris, Paris, 190Î
riage : saint Jérôme le combattit vers l'an 383. Le second, qui était moine, niait aussi que l'état du mariage fût inférieur à celui du célibat, et prêchait, au fond, le salut par la foi seule et l'inutilité des bonnes œuvres : il fut condamné par un synode romain en 390, et mourut avant l'an 406. Le troisième, originaire d'Aquitaine et prêtre, critiquait la vie monastique et le culte des saints. Les écrits de saint Jérôme contre lui sont de 404 et 406.
S 2. — Saint Hilaire '.
Le principal défenseur de l'orthodoxie nicéenne en Occident est saint Hilaire.
Hilaire est né probablement à Poitiers même vers l'an 315, d'une famille riche et païenne. Peu avant 350, étant déjà marié, il se convertit en étudiant l'Ancien et le Nouveau Testament, et ne tarda pas à être porté, par le suffrage populaire, sur le siège épiscopal de sa ville natale. L'année 355 le mit en plein relief. Constance s'efforçait alors d'amener les évêques gaulois à souscrire à des formules ariennes. Quelquesuns avaient déjà signé au concile de Milan de 355. Saturnin d'Arles, Thomme de l'empereur, se flatta de gagner les autres à un concile de Béziers, tenu en 356. Hilaire résista et encouragea la résistance : il fut banni en Phrygie. Au fond, cet exil lui fut avantageux. Dans ses loisirs forcés, il apprend le grec, s'initie à toute la controverse arienne qu'il ne connaissait que superli-
1. OEu\Tes dans P. L., ix, x; J. F. GAMURniNr, S. Hilarii Tractatus de mysteriis et Hymni, Romae, 1887; L. Feder. dans Corpus script, eccl latin.. Lxv, Wien, 1916. Voir Dormagen, Saint Hilaire de Poitiers et l'arianisme, Paris, 1864. P. Largent, Saint Hilaire, Paris, 1902 [Les Saints). J. A. QciLLACQ, Quomodo latina linguausussit S. Hilarius Pictaviensis episcopiM, Tours, 1903. L. Feder, Sludien zu Hilarius von Poitiers, i, u, m, Wien, 1910-1912.
ciellement, compose le De trinitate et le De synodis, et offre à ses adversaires de discuter avec eux devant l'empereur. Sous prétexte qu'il trouble l'Orient, on le renvoie en Gaule. Il s'y emploie immédiatement à ramener les égarés et à réconcilier ceux qui, plus par faiblesse que par conviction, avaient souscrit aux formules hétérodoxes. De concert avecEusèbe de Verceil, il entreprend, de 362 à l'automne de 364, la même œuvre en Italie. Il rentre alors à Poitiers, où il meurt le 13 janvier 367 ou 368.
On a appelé saint Hilaire l'Athanase de l'Occident. Et il est vrai qu'il ressemble à Athanase par la fermeté du caractère, la noblesse des vues, l'art de manier les esprits, par le rôle aussi qu'il a joué dans les débats doctrinaux du temps. Mais ce rôle a été moins important et moins décisif que celui de l'évêque d'Alexandrie, d'abord parce que l'Occident n'avait pas été troublé autant que l'Orient par la nouvelle hérésie, puis parce qu'Hilaire n'a consacré que dix ans à peine de sa vie à la combattre.
Mais si Hilaire est inférieur à Athanase comme homme d'action, s'il a même moins écrit que lui, il lui est supérieur comme homme de spéculation et d'étude. 11 pénètre plus avant que lui dans les questions, et sa pensée a quelque chose de plus original et de 'plus fort. Il devait certainement beaucoup aux Grecs en théologie et surtout en exégèse. Néanmoins saint Jérôme a singulièrement exagéré en le présentantcomme un simple plagiaire ou traducteur d'Origène. Hilaire était capable de pensée personnelle, et il a su, quand il le fallait, s'écarter des opinions d'Origène. Son style a beaucoup occupé la critique. Saint Jérôme le trouvait noble, élevé, mais trop savant et peu compréhensible pour le commun des lecteurs : Hilaire avait chaussé le cothurne gaulois [Epist lviii, lOJ. Ce jugement a du
vrai : on croit généralement que l'évêque de Poitiers avait pris Quintilien pour modèle (saint Jérôme, Ep. Lxx, 5). En tout cas, il soignait de près son style et croyait devoir ce soin à la majesté des mystères dont il traitait. Il y a donc dans sa composition de l'effort, et parfois de l'obscurité et de l'embarras : mais il faut dire, à la décharge de l'auteur, qu'il était à peu près le premier auteur gaulois écrivant en latin sur des matières théologiques, et qu'il a dû pour cela, un peu comme Tertullien, créer une langue nouvelle. Celle qu'il a parlée est, en somme, remarquablement expressive et forte.
L'œuvre littéraire de saint Hilaire comprend des commentaires bibliques, des traités dogmatiques, des mémoires historico-polémiques, des lettres et des hymnes.