V. Hymnes
On a vu que saint Hilaire avait écrit quelques hymnes
sur .des sujets théologiques, mais que ces hymnes, trop savantes et trop longues, auraient pu difficilement être introduites dans le service divin. Le véritable créateur de l'hymne liturgique en Occident est saint Ambroise. Ses hymnes sont toutes composées en vers dimètres iambiques acatalectiques : quatre iambes (ou spondées aux mètres 1 et 3), avec quatre vers à la strophe. C'était une forme populaire et aisée à retenir. Le mètre y est basé sur la quantité classique ou réelle, non sur l'accent tonique. Chaque pièce compte huit strophes et est rédigée en un style extrêmement simple et nu. Le succès de ces hymnes fut énorme, et l'on donna depuis le nom d'ambrosiennes à toutes celles qui furent écrites sur leur modèle. Mais il ne reste guère actuellement qu'une douzaine de pièces qui puissent légitimement prétendre à être l'œuvre de î'évêque de Milan. — En dehors de ces hymnes, saint Ambroise avait composé des inscriptions métriques : nous en avons quelques-unes.
11 existe, parmi les œuvres de saint Ambroise, un commentaire des treize épîtres de saint Paul — l'épître aux Hébreux exclue — clair, pénétrant, original et qui dénote en son auteur un sens assez affiné de l'histoire. Cet auteur, qui a dû écrire vers l'an 370, n'est -pas saint Ambroise; mais, comme le livre a passé longtemps pour être de I'évêque de Milan, on en a nommé l'auteur Ambrosiaster. C'est un nom évidemment qui ne dit rien. Saint Augustin attribuait l'ouvrage à saint Hilaire de Poitiers. Depuis 1899, on l'attribuait assez généralement à un certain Isaac, juif converti, puis relaps, auteur d'une Fides Isaatis ex judaeo [P. G., xxxm, 1541-1546) sur la Trinité et l'incarnation. Plus récemment, D. Morin a mis en avant le nom d'un ancien proconsul d'Afrique, devenu préfet de Rome en
408, Decimius Hilarianus Hilarius. Une chose reste certaine, c'est que l'auteur du commentaire sur les épîtres de saint Paul est le même que celui des Quaestionés veteris et novi Testamenti iP. L., xxxv, 2213- 2416) ^
Entre les correspondants de saint Ambroise, on peut nommer Simplicianus, qui lui succéda en 397; Vigile de Trente, qui mourut martyr en 405, et surtout Chp.omaïujs d'Aquilée (388-407) qui a laissé dix-huit homélies remarquables par la correction et l'agrément du style {P. L., xx, 323-368).
NicETA de Remesiana^ n'a pas été le correspondant de saint Ambroise ; mais il a été son contemporain, et l'ami de saint Paulin de Noie par qui surtout nous le connaissons^. Il dut naître vers 335-338, et devint, à une époque que nous ignorons, évêque de Remesiana (la Bêla Palanka actuelle) dans la Dacie méditerranéenne. Sa vie fut celle d'un missionnaire et d'un apôtre entièrement dévoué à son peuple et se dépensant pour lui sans mesure. Bien qu'habitant une contrée placée sur les confins des deux civilisations grecque et latine, et où les deux langues devaient se parler, Nicetafut résolument latin et n'écrivit qu'en latin. Son style manque d'élégance, mais il est net, clair et convenablement ajusté à la pensée.
L'œuvre principale de Niceta comprend six livres d'instructions aux catéchumènes qui, peut-être, ont
\. Texte dans P. L., xvii, i5-508. Voir G. Morin, L' Ambrosiaster et le juif converti Isaac, dans Revue d'hist. et de lillér. religieuses, iv (1809) 97-121. ID., Hilarius V Ambrosiaster, dans Revue ôénédî'ci., xx (1903)' 113-131. F. CuMONT, La polémique de V Ambrosiaster contre les païens, dans Revue d'hist. et de littér. relig., vin (1903), 417-440. A. Sooter, A studu of Ambrosiaster (Texts and Sludies, vu, 4).
2. Édit. d'E. BnRN, Niceta of Remesiana, his life and his work.-i, Cambridge, 1905. Voir \V. A. Patin, Niceta Bischof von Remesiana, Munich, 1909.