Voir ses poèmes xvii et xxvii
eu d'abord chacun une existence indépendante. Des deux premiers on ne possède que quelques fragments ; le troisième subsiste entier en deux parties, De ratione fidei; De Spîritus sancti potentia ; le quatrième et le sixième sont perdus; mais nous avons le cinquième, De symbolo, une des plus anciennes explications du symbole romain. Les livres m et v sont probablement postérieurs de peu à l'an 380.
A cet ouvrage important de Niceta il faut ajouter d'abord deux sermons, l'un sur les Vigiles, l'autre sur les avantages de la Psalmodie; puis un écrit Ad lapsam virginem, que l'on identifie généralement avec le De lapsu virginis consecratae qui se trouve parmi les œuvres de saint Ambroise; et enlin un petit traité De divej'sis appellationibus, sur les divers noms donnés à Jésus-Christ. On sait aussi que Niceta avait composé des hymnes. Toutes ont péri, sauf le Te Deum, que beaucoup de critiques, en se basant sur les manuscrits, s'accordent à lui attribuer.
S 6. — Historiens et chronographes. Rufin, Sulpice Sévère.
L'époque que nous étudions a produit en Occident trois historiens, Rufin, Sulpice Sévère et Paul Orose, à qui on peut rattacher quelques chronographes et hagiographes de moindre importance.
TyranniusRufinus^ naquit en 345 àConcordia,près d'Aquilée, d'une famille chrétienne. A Rome, oiiil fit ses études, il se lia avec saint Jérôme, puis devint moine à Aquilée. En 371, en compagnie de Mélanie l'Ancienne, il visita l'Egypte, où il séjourna six ans,
1. OEuvres personnelles dans P. L., xxi. Les traductions doivent être cherchées généralement dans les œuvres des auteurs traduits. Voir h Brochet, Saint Jérôme et ses ennemis, Paris, 1905.
et Jérusalem, près de laquelle il finit par s'établir. Il y bâtit sur le mont des Oliviers, non loin du monastère de Mélanie, des cellules pour les moines qui se loignirent à lui, et s'occupa avec eux de vie ascétique et de travaux d'érudition. Vers 390, Jean de Jérusalem, semble-t-il, l'ordonna prêtre.
A cette même époque, saint Jérôme édifiait de son côté, avec Paula, les monastères de Bethléem. Entre les deux groupes d'ascètes les relations furent d'abord des plus cordiales : puis la question origéniste brouilla tout. Une réconciliation intervint cependant, en 397, entre saint Jérôme et Rufin, Mais celui-ci, revenu en Italie, eut la maladresse — ou la malice — de rappeler, dans ses traductions d'Origène, les admirations de saint Jérôme pour le docteur alexandrin devenu suspect. Cette fois la division fut complète, et les deux anciens amis échangèrent les écrits les plus aigres. Rufin finit par ne plus répondre (401 ou 402). En 407, il dut s'enfuir d'Aquilée menacée par les Visigoths et, en 409, passa en Sicile. Il mourut à Messine en 410.
Il ne faut pas juger Rufin sur les caricatures qu'en a laites saint Jérôme : saint Augustin témoigne qu'il était universellement estimé. C'était un moine vertueux, mortifié, et qui répandait largement sur les pauvres les ressources de son patrimoine. Au point de vue intellectuel, il est bien inférieur à saint Jérôme : c'est un esprit moyen. N'ayant pas beaucoup d'idées personnelles, il a fait ^es traductions; mais, comme traducteur, il a bien des défauts. Le principal est qu'il ne serre pas ses textes de près, qu'il les modifie, les corrige, les abrège ou les paraphrase à sa fantaisie, en sorte que l'on n'est jamais sûr d'avoir exactement par lui la pensée et les expressions de l'auteur original. A cause de cela, son œuvre ne rend pas les services
qu'elle devrait rendre en l'absence de beaucoup de textes perdus qu'elle représente.
Rafin a traduit d'Origène les quatre livres Des principes en 398 ; une partie du commentaire sur l'épître aux Romains en 404, et une partie du commentaire sur le Cantique en 410; de plus cent vingt homélies environ sur diverses parties de l'Écriture ; — du Pseudo-Origène (Adamantins), il a traduit le De recta in Deum fide (entre 400-409) ; — de Pampliile de Césarée, le livre i de Y Apologie pour Origène (398), auquel il a ajouté l'épilogue De l'altération des livres d'Origène; — de Sextus et d'Evagrius le Pontique, une partie des sentences; — des romans clémentins, la Lettre de Clément à Jacques et les Récognitions (celles-ci vers 405) ; — d'Eusèbe de Césarée, V Histoire ecclésiastique entière en 403; — de saint Basile, les deux règles monastiques en 397, et huit discours en 399-400 ; — de saint Grégoire de Nazianze neuf discours, en 399-400; — d'Evagrius le
Pontique de nouveau, plusieurs recueils de sentences en 400-401. Son Histoire des moines d'Egypte ou
Vies des Pères, que l'on a crue longtemps un ouvrage original, n'est elle=même qu'une traduction large d'un ouvrage grec dont on a retrouvé le texte. Les écrits personnels de Rufîn comprennent d'abord les deux livres à' Histoire ecclésiastique qu'il a ajoutés à sa traduction d'Eusèbe, et qui racontent les événements de 324 à 395, date de la mort de Théodose. Entreprise sans les études et les recherches préalables nécessaires, cette œuvre a surtout le mérite d'être la première de ce genre qui ait vu le jour en Occident. Puis le Commentaire sur le symbole des apôtres, écrit vers 404, justement estimé, qui nous donne le premier texte latin certain et complet du symbole romain. Ajoutons à cela deux apologies personnelles :
l'une au pape Anastase [Apologia ad Anastashim romanae urhis episcopuin) vers 400, dans laquelle l'auteur présente sa confession de foi et justifie sa traduction d'Origène ; l'autre contre saint Jérôme [Apologia in Hieronymum) en deux livres, le premier dans lequel il se défend, le second dans lequel, à son tour, il attaque rudement son adversaire. Et enfin un petit traité en deux livres Sur les bénédictions des patriarches (406-407), où il explique allégoriquement la bénédiction de Jacob à ses enfants. On sait par Gennadius [Vir. ill.^ 17) que Rtifin avait écrit bon nombre de lettres d'édification. Il n'en est rien resté.
En même temps à peu près que Rufin traduisait et continuait Eusèbe, Sulpice Sévère' composait sa Chronique. Sulpice Sév.ère est né en Aquitaine vers 363, et a été avocat; puis, ayant perdu sa femme encore jeune, il s'est fait moine sur le conseil de saint Martin de Tours, et s'est retiré à Primuliacum, près de Vendres. C'est là qu'il a écrit et qu'il est mort entre 420 et 425.
Ses deux livres de Chroniques [Chronicorum libri duo), intitulés à tort Histoire sacrée, sont un résumé de l'histoire juive et chrétienne depuis la création jusqu'au consulat de Stilicon en 400. Le fond, naturellement, en est peu personnel sauf, vers la fin, pour l'histoire du priscillianisme ; mais la composition en est ordonnée avec beaucoup de soin, le style châtié et agréable. L'auteur évidemment voulait attirer les lecteurs. Et les lecteurs cependant furent peu nombreux. Aux récits élégants des Chroniguesle public préféra le
i. œuvres dans P. L.,\\ et mieux édit. C. Halm, dans le Corpus script, eccl.lalin., i, Wien, 1866. A. Lavertujon, La Chronique de Sulpice Sévère, texte, traduct. et commentaire, Paris, 1896-1899. Voir F. MoiiRET, Sulpice Sévère à Primulian, Paris, 1907. E. Ch. Babut, Paulin de Noie, Sulpice Sévère, saint Martin dans les Annales du Midi, XX (1908), 18-44.
LES ÉCRIVAINS DE L'OCClDEiNT. 323
merveilleux des ouvrages où Sulpice Sévère célébrait les gestes de saint Martin : la Vie de saint Martin, publiée en 397 ; les trois lettres à Eusèbe, au diacre Aurelius, à Bassula, et enfin les deux Dialogues (vers 404) où les vertus et les miracles de saint Martin sont mis en parallèle avec ceux des moines d'Egyple. Inférieurs aux Chroniques au point de vue du style et d'un caractère plus populaire, ces écrits eurent un succès énorme, qui dura pendant tout le moyen âge. Un troisième historien à signaler à cette époque est le prêtre Paul Orose^ Il était vraisemblablement originaire de Braccara (Braga en Portugal) et, vers 413 ou 414, se rendit à Hippone auprès de saint Augustin. D'Hippone il passa en Palestine où, à côté de saint Jérôme, il batailla contre les pélagiens, puis revint en Afrique. C'est là que, en 417-418, il composa ou acheva, à la demande de saint Augustin, ses Sept livres d'Histoires contre les païens, qui vont de la création du monde jusqu'à l'an 417 après Jésus-Christ. Le but de l'ouvrage, tout apologétique, est de montrer que le monde, avant Jésus-Christ, a été encore plus désolé par les guerres et les calamités qu'il ne l'a été depuis l'introduction du christianisme, et que celui-ci, par conséquent, n'est pas responsable des calamités présentes : c'était un complément à la démonstration du livre De la cité de Dieu. Sauf pour les quarante dernières années où Paul Orose peut prétendre à être personnel, la matière de son livre est toute empruntée à l'Écriture et aux historiens ecclésiastiques ou profanes antérieurs. Le moyen âge cependant l'a beaucoup apprécié. — Outre cet ouvrage, on a de l'auteur un
1. Œuvres dansP. L., xxxi; G. Zangemeister dans le Corpus script, eccl. latin., v, Wien, 1882. Le Commonilorium dans Schepss, ibid., xvm, Wien, ISSa. Voir Th. de Moerner, De Orosii vita ejusque historiarMmtiôrîS, Breslau, -1844. E. Méjean, Paul Orose et son apologétique contre les païens, Strasbourg, 4862.
mémoire sur les erreurs priscillianistes et origénistes [Commonitorium de errore priscilliardstarum et origenistarum) adressé à saint Augustin en 414, et un livre contre Pelage [Liber apologeticus contra Pelagium de arhitrii libertate), écrit en 415.
De la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère on peut rapprocher la Vie de saint Ambroise [P. L., xiv, 27-46) écrite par son secrétaire Paulin de Milan (-}- v, 420), sur la demande de saint Augustin : c'est, comme la Vie de saint Martin, une œuvre d'édification. On possède du même auteur un Libellas contre le pélagien Celestius, présenté au pape Zosime, et un autre Libellas sur les bénédictions des patriarches [P. L., xx, 711-716 et 715-732).
A côté de ces travaux proprement historiques, signalons trois œuvres de chronographie. Dans une vaste compilation en forme de calendriers à l'usage des habitants de Rome, qui a dû être composée en 354 et qui comprend onze parties, quatre de ces parties intéressent spécialement la vie chrétienne et la littérature ecclésiastique. Ce sont : 1° l'indication des jours où la fête de Pâques doit être célébrée pour les années 312-411; 2° une Depositio episcoporum et une Depositio martî/rumqai notent le jour de la mort et lé lieu de sépulture des papes, depuis Lucius 1 [f 254) jusqu'à Jules I {f 352) et des martyrs honorés à Rome : c'est notre plus ancien martyrologe ; 3° une liste des papes depuis saint Pierre jusqu'à Libère (352-369) : c'est ce qu'on nomme le Catalogue libérien ; 4o enfin' une chronique du monde [Chronica Horosii) qui va jusqu'en 334, et qui est un remaniement de celle de saint Hippolyte ^ . Les numéros 2 et 3 surtout sont pré-
1. Édit. Th. Mommses, Monum. Germ. hislor., Auct. antiquiss., ix, Chronica minora, \, Berlin, 1892. Le catalogue des papes et les deux Depositiones sont aussi dans G. de Smedt, Introd. generalis ad Hislor.
cieux. — Deux autres ouvrages de chronographie, De ratione paschae et mensis et De cursu temporum, dus à un certain Quintus Julius Hilarianus, africain, qui écrivait en 397, n'ont que peu de valeur.
Cependant, en même temps que l'on cherche à conserver le passé plus ancien, quelques auteurs commencent à consigner par écrit leurs propres souvenirs. Un pèlerin, parti de Bordeaux, arrivait à Constantinople à la fin de mai 333, visitait la Terre Sainte et revenait à Milan en passant par Rome. 11 a laissé son journal de voyage, sec, concis, mais d'une minutieuse précision : c'est V Itinerarium hurdigalense^. Plus détaillée et'plus vivante est la relation, incomplète malheureusement (le manuscrit est mutilé au commencement et à la fin), écrite par la religieuse ^theria ou Egeria — une espagnole ou une gauloise — de son voyage en Palestine, en Egypte et à Edesse, accompli à la fin du IV* siècle et qui dura trois ans. La voyageuse a curieusement tout remarqué et tout noté, et ce qu'elle rapporte, notamment de la liturgie de Jérusalem, est du plus haut intérêt^.
S 7. — Les poètes. Prudence, saint Paulin de Noie.
L'Eglise n'a pas compté, avant le iv« siècle, d'écri-^ vains en vers dont le style et la versification eussent vraiment du mérite. Mais, au iv« siècle, alors que naît la poésie liturgique, la poésie extra-liturgique se
eccles. critice traclandam, Gandavi, 1870, p. 509-514. Voir L. Dcchesne, Le Liber pontificalis, I, Introduct., p. vi cl suiv.
1. P. L., VIII, 783 et suiv., et mieux P. Geyer, Itinera hierosolymit. saec. JV-VIII, p. 1-33, dans Corp. script, eccl. latin., xxxix, Wien, 1898.
2. Edit. J. F. Gamurrim, Hilarii tractalus... et S. Silviae Aquit. peregrinatio, Romae 1887, et P. Gever, op. cit. Voir M. Férotin, Le véritable auteur de la Peregrinatio Silviae, dans Revue des quesl. histor., lxxiv (1903), 367-397.
IRÉCIS DE PATROLOGIE. 19
326 PRÉCIS DE tATROLOGIE.
développe aussi sous la plume de quelques auteurs dont un au moins, Prudence, est un -vrai poète.
Prudence a eu un prédccess£ur dans le prêtre, espagnol comme lui, Gaius VEXTrus Aquilinus Juvencus. Juvencus^ n'est connu que par saint Jérôme {Vir. ilL, 84) qui le dit de famille très noble. Il a laissé un poème, Evangelioruin lihri quatuor, composé vers l'an 330, qui est une mise en vers, sobre et fidèle, du récit évangélique. Sauf quelques descriptions de lieux et les circonlocutions qu'exigeait la métrique, l'auteur a scrupuleusement respecté son texte. Le vers est clair, facile, généralement correct, et la langue est empruntée aux meilleurs classiques. En somme, c'est un ouvrage réussi. D'autres pièces liturgiques, que saint Jérôme attribue à Juvencus, n'existent plus.
AuRELius Prudentics CLEMENé^ cst Ué en 348, probablement à Saragosse, d'une famille distinguée et, semble-t-il, chrétienne. Ses études furent soignées et complètes : il possède bien ses classiques, au moins les poètes; mais, quoiqu'il ait donné à ses ouvrages des titres grecs, il est douteux qu'il ait connu un peu à fond cette langue. Devenu avocat, il ne tarda pas à s'élever aux plus hautes charges (gouverneur de province ou defensor cintatis). Théodose, qui était espagnol, lui donna un grade militaire important, ou même un grand office dans le palais impérial.
Mais Prudence finit par mépriser tous ces honneurs. Vers l'âge de 45-50 ans, l'approche de la vieillesse ou une crise d'âme le ramena à des pensées toutes chrétiennes, et il consacra dès lors son talent à combattre l'erreur et à chanter Dieu et les saints. Vers 400, il fit un
1. p. L., XIX, et J. Hdemer, dans Corp. scr. eccl. latin., xxiv, Wien, •189i. Voir H. WiDMANN, De Gaio VetUo Aquilino Juvenco, Breslau, 190i;.
2. OEuvres dans P. L., lix, lx. Voir A. Puecu, Prudence, Paris, 48S8. F. Maigret, Leiioète chrétien Prudence, Paris, 1903. G. Boissier, La fin du paganisme, ii, 123-177
LES ÉCtttVAÎNS DE L'OCCIDENT. 327
voyage à Rome; en 404-405, il publia lui-même la collection de ses œuvres. A partir de cette date, nous n'avons plus sur lui aucun renseignement.
Son héritage littéraire comprend sept poèmes, que l'on peut logiquement ranger dans l'ordre suivant :
1° Les deux livres Contre Symmaque {Contra Symmachum libri duo). Symmaque, comme on le sait, fut à Rome, Vers la fin du iv^ siècle, le grand défenseur du paganisme expirant. Par deux ou trois fois, en 382, 384 et peut-être en 403 ou 404, il demanda le rétablissement au Sénat de l'autel de la Victoire enlevé par Constance. C'est contre ces efforts qu'cstdirigéle poème de Prudence. Dans le premier livre (G58 hexamètres), il fait le procès du paganisme romain, et en particulier du culte du soleil (Mithra); dans le second (1.131 hexamètres), il réfute point par point le mémoire présenté par Symmaque à Valentinien 11 en 384. L'ouvrage est de fin 402 commencement de 403.
2° Psychomachia [Combat de l'âme). Il s'agit du combat que se livrent dans l'âme les vertus chrétiennes et les vices païens. Deux à deux nous voyons lutter entre elles la Foi et l'Idolâtrie, la Pudeur et l'Impureté, la Patience et la Colère, l'Humilité et la Jactance, la Sobriété et la Luxure, la Miséricorde et l'Avarice, la Concorde et la Discorde ou Hérésie. Les vertus ont le dessus et on élève, en action de grâces, un temple à Jésus-Cbrist. Le poème qui compte 915 hexamètres et 68 vers d'introduction est, au point de vue esthétique et littéraire, un des plus faibles de Prudence; mais il a inauguré toute cette littérature d'allégories personnifiées qu'a développée le moyen âge. Aussi l'a-t-on beaucoup goûté et copié,
3^ Apotheosis. Encore un ouvrage de polémique, dirigé cette fois contre les hérétiques et les juifs. Apres une profession de foi et une introduction, l'ati*-
328 PRÉCIS DE PATROLOGifi.
teur réfute d'abord les patripassiens (vers 1-177), puis les sabelliens (178-320). Il se retourne alors contre les juifs négateurs de la Trinité (321-550) ; prouve, contre les ébionites, la divinité de Jésus-Christ (551-781), et, contre les manichéens, la réalité de son humanité (952-1061). Les vers 782-951 forment une digression sur la nature de l'âme. Prudence a su triompher du caractère métaphysique et abstrait de son sujet en faisant une part à l'histoire. On ignore la date précise de celte composition : on a seulement supposé quelquefois que l'apparition en Espagne du priscillianisme sabellien avait pu y donner lieu.
4° Hamartigenia ('Aixap-iY^vêia, Origine du mal, 970 vers hexamètres). C'est une réfutation du marcionismc qui attribuait à un dieu inférieur l'origine du mal. L'auteur du mal n'est pas Dieu : c'est le démon, l'ange déchu qui a entraîné l'homme au péché, et Dieu a permis cette chute pour apprendre à l'homme à se gouverner soi-même. L'hamartigénie est peutêtre littérairement le meilleur des ouvrages de Prudence.
5" Liber Cathemerinon. Recueil de douze hymnes pour les diiïérentes heures du jour et pour différentes fêtes et circonstances de la vie. Trois (i, ii, vi) sont écrites dans le mètre ambrosien ; les autres dans un rythme approprié au sujet. Ces hymnes sont fort longues (80 à 220 vers) : la dernière seule (pour l'Epiphanie) a été utilisée dans la liturgie : on en a tiré les hymnes Quicumque Christum quaeritis (Transfiguration), 0 sola magnarum urbium (Epiphanie), Audit tyrannus anxius et Salvele, flores martyrum (Saints Innocents).
6° Péristéphanon [Sur les couronnes [desmartyrsj). Recueil de quatorze hymnes consacrées à raconter la vie et la mort d'un certain nombre de martyrs espa-
gnols OU autres, les saints Emeritus, Laurent, Vincent, Eulalie, Pierre et Paul, Cyprien, Hippolyte; Agnès, etc. Les six dernières pièces ont été composées à Rome, vers 400 ou peu après. Prudence a puisé ses récits dans la tradition populaire. On lui a souvent reproché dans ces poèmes le réalisme des descriptions et le goût de l'horrible que trahissent ses peintures de supplices. Mais il faut se rappeler que l'auteur est un espagnol qui écrit pour des gens qui ont vu les jeux sanglants de l'amphilhéâtre. Dans l'ensemble, le Péristéphanon est un ouvrage fort remarquable, un de ceux qui ont contribué le plus à la réputation de l'auteur.
1° Dittochaeon (AtTTo^aTov, double nourriture ou rafraîchissement). Recueil de quarante-neuf inscriptions de quatre vers chacune, destinées probablement à être mises au-dessous de peintures représentant des objets ou des faits de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Ces pièces sont souvent médiocres : le génie de l'auteur s'y est trouvé évidemment trop à l'étroit.
Les détails que nous venons de donner montrent que Prudence était capable de traiter également les sujets lyriques, épiques el didactiques. C'était unnoète de race, à l'imagination vive, au style chaud et coloré, connaissant à fond la technique du vers et ses appropriations aux différents genres, le meilleur poète sans contredit du iv* siècle. Il a dû cette supériorité à la fusion en lui de la foi chrétienne et de la culture classique. La foi lui fournit une pensée pleine, ce dont manquaient généralement les poètes païens de l'époque : la culture classique lui fournit une langue souple et nombreuse, ce dont manquaient souvent les poètes chrétiens. Non pas que ses compositions soient sans défaut : on peut lui reprocher de l'emphase, des longueurs, parfois du mauvais goût ; son style présente
330 PRÉCÏ3 DE FAÏROLOGIE.
des néologismes et d'autres signes de la décadence littéraire. Mais ce sont là, en somme, des taches qui ne nuisent que peu à l'ensemble de son œuvre, et qui ne sauraient en faire oublier le mérite.
En face des deux Espagnols, Juvencus et Prudence, ritalie ne présente à cette époque que des poètes bien inférieurs. La femme de G. Celsinus Adelpliius, préfet de Rome en 351, Proba, entreprit, vers 360, de mettre toute la Bible en centons virgiliens : elle ne réussit qu'à produire une œuvre obscure et équivoque, très incomplète*. Le pape Damase (366-384) a écrit, pour les catacombes ou les monuments qu'il a fait construire ou restaurer, des inscriptions métriques dont il reste une soixantaine. Elles ont une certaine gravité qui convient bien à leur destination, mais sont très pauvres au point de vue poétique. Il a laissé aussi deux petits poèmes sur David et sur saint Paul ^. Le meilleur des poètes italiens de cette période est sans doute le prêtre Caelius Sedulius qui, sous le titre de Pascale carmen [Chant pascal), composa, vers 430, un ouvrage en cinq livres sur les miracles de Notre Seigneur. Il ne parle que des miracles et ne serre pas de près, comme Juvencus, le*texte évangélique; mais son ^yle a de la vie et sa pensée est originale. On a de lui encore une sorte de paraphrase en prose du Pascale cannen, et deux hymnes dont la seconde est entrée en partie dans la liturgie et a fourni les hyr.ines A solis ortus cardine (Noël) et Crudelis Herod-s Deum (Epiphanie) ^.
1. P. L; XIX, 803-S18 et G. ScnEXKL, dans le Corp. script, eccl. latin., XVI, Vien, 1888.
2. P. L., X.HI et iHJi, Damasi Epigrammata, Lipsiae, 1893. Voir C. WEYMiN, I>e carminibus damasianis\et pseudodamasianis observalionés dans Revue d'hist. et de litt. relig., i (1896), 5S-T3.
3. P. L., XIX, et I. Hlemek, dans Corp. script, eccl. lat., x, Wieii, 1885. Voir I. HuEMER, De Sedulii pontaevita et scriptis commentalio, Wien,
Plus riche fut la veine gauloise. Sans doute Ausone (né à Bordeaux vers 300, mort vers 395) peut à peine être compté parmi les poètes chrétiens. Son christianisme était peu profond, et il y avait dans son talent même plus de virtuosité que de force réelle. Il reste de lui cependant quelques pièces [Prière pascale, Prière du matin, etc.) où sa foi s'exprime d'une façon non équivoque ^
Mais Ausone eut un disciple plus chrétien que lui, PoNTius Meropius Anicius Paulinus. Paulin ^ est né à Bordeaux ou près de Bordeaux, probablement en 353, d'une famille distinguée et extraordinairement riche. Après avoir été l'élève d' Ausone qui resta son ami, il devint précepteur à la cour impériale et gouverneur de la Campanie ; puis, après son mariage avec une espagnole, Tiiérasia, se retira sur ses terres pou? y jouir honnêtement de sa fortune. C'est là que la grâce le saisit pour l'entraîner plus haut. En 389-390 il reçoit le baptême, donne aux pauvres une partie de ses biens, se retire d'abord à Barcelone où il est ordonné prêtre vers 394 et, en 395, se rend à Noie, en Campanie, où il s'établit auprès du tombeau de .saint Félix, pour y mener, avec sa femme, une existence pauvre et consacrée à Tascétismc. En 409, l'évêque de Noie étant mort, Paulin lui succède, et le reste de sa vie s'écoule dans les labeurs d'un ministère qui embrasse les besoins à la fois matériels et spirituels
1. OEuvres dans P. L., xix, 817 et suiv. et mieux dans K. Schenkl Monum. Gefm. hisloi:, /Ucr.lo.r anliqu., v, 2, Berlin, 1883. Voir A. PuEcn De Paulini Nolani Ausoniique epislularum commercio, Paris, 1887. l! ViLLASi, Quelques observations sur les chants chrétiens d' Ausone, dans P.evue des éludes anciennes, viii (1006). P. deLabriolle, La correspondance d' Ausone et de Paulin de Noie, Paris, 1910. R. Pichon, Les derniers écrivains profanes, Paris, 1906, Appendices m et iv.
2. DEuvre-s daps P. L., lxi, et mieux dans G. Hartel, Corp. scr. eccl. lat., XXIX, XXX, Wien, 1801. Voir F. Lagrange, Histoire de saint Paulin de NoIp, Paris, 1877. A. Baubiui.l.irt, S. Paulin, év. de Noie, Paris, lUOi {[.es Saints). G. Boissiek, La fin du paganisme, ii, 37-121.
<io son troupeau et le soulagement de toutes les misères. Il mourut le 22 juin 431.
Paulin a été en relation avec les hommes les plus remarquables de son temps, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, et a joui de l'universelle considération que lui méritaient ses vertus. 11 était d'ailleurs d'un caractère doux, bienveillant, naturellement sympathique. Comme poète, il est bien inférieur à Prudence en originalité, en puissance, en richesse verbale, en coloris surtout; mais il lui est supérieur par le goût, le tact, la mesure et la simplicité de l'expression. Paulin est un classique. Son vers est facile, harmonieux, coulant de source, trop facile même, car il arrive parfois qu'il n'a rien de poétique= et n'est plus que de la prose mesurée. C'est l'œuvre d'un honnête homme qui ne se pique pas de grand art. Et de fait, Paulin n'est pas un grand poète, mais c'est un poète qui se fait lire volontiers, grâce à ses images reposantes et douces.
Si l'on néglige quelques pièces ou fragments antérieurs à son baptême, Paulin a composé, avant de s'établir à Noie en 395, les poèmes vi (édit. Hartel) sur Kaint Jean Baptiste, les poèmes vu, viii et ix, paraphrases des psaumes i, ii et cxxxvi, et les deux lettres à Ausone dans lesquelles il justifie sa résolution de quitter le monde, une des plus belles parties de ce qu'il a écrit.
Au séjour à Noie (395-431) appartiennent d'abord les quatorze poèmes sur saint Félix (sauf le poème xii composé en Espagne), dans lesquels il célèbre les vertus du saint, raconte quelques-uns de ses miracles et décrit sa basilique et les pèlerinages à son tombeau ; puis deux lettres, l'une Ad Antonium (carm. xxxii) dirigée contre le paganisme (vers 395), l'autre Ad Jovium (carm. xxii) sur la Providence. Viennent
LES tÇCRlVAINS DE L'OCCIDENT. S33
ensuite le poème d'adieu (carm. xvii) à Niceta de Remesiana (398), l'épithalame (carm. xxv) pour les noces de celui qui devint plus tard Julien d'Eclane (403), et le carmen xxxi. De obitu Celsi, pièce de consolation adressée à des parents pour la mort de leur fils.
Saint Paulin a laissé aussi des inscriptions métriques. Sulpice Sévère lui en ayant demandé pour les constructions qu'il avait fait élever à Primuliacum en l'honneur de saint Martin, Paulin lui envoya, avec sa lettre xxxii, la copie de celles qu'il avait fait mettre à Noie et le texte de celles qu'il avait composées pour Primuliacum. Elles ont beaucoup de rapport avec celles de Damase. Une série d'autres inscriptions destinées à expliquer des peintures murales, Obitus Baebiani diverso modo et métro dictas, n'est pas d'une authenticité certaine.
Quant aux œuvres en prose de saint Paulin, elles ne valent pas, dans l'ensemble, ses productions en vers. Son panégyrique de Théodose (fin de 394) est perdu, mais on a un sermon sur la bienfaisance [DegazophylacLo] qui a été mis parmi ses lettres [Ep. xxxiv). Ses lettres elles-mêmes, au nombre de cinquante et une, se ressentent un peu de l'enflure et de l'abondance stérile qui caractérisaient alors la rhétorique gauloise. Cependant, elles sont pleines de sentiments élevés et délicats, et insti'uctives pour la connaissance de l'histoire et des mœurs du temps.
Parmi les correspondants de saint Paulin, il faut compter le rhéteur gaulois Severus Sanctus Ende- LECHius, à qui l'on doit un petit poème en forme de bucolique Sur la vertu du signe de la Croix \ — A un autre Gaulois, Cyprien le Gaulois, on attribue une mise en vers de tous les livres historiques de