‹ Précis de patrologieChapitre 99 sur 174 · X. p. L., XIX · texte numérisé non relu

X. p. L., XIX

l'Ancien Testament, dont on ne possède un peu complètement que la première moitié. La composition en est monotone, le vocabulaire pauvre, et les vers eux-mêmes sont souvent incorrects : Fceuvre se fixe assez bien entre 408 et 430'. — Meilleurs et plus vivants sont deux peLits poèmea, i)e ^Qcloma et De Jonay qui racontent, le premier le ciiûliment cic Sodome, le second la délivrance de Ninive, et qu'on a attribués ou à Cyprien ou mieux à un de ses contemporains. L'auteur a de l'imagination et du coloris, un sentiment vrai de la nature ^. — Un peu plus tard (vers 430), un évêque d'Aucîi, Oriextius (saint Orens), écrivait en vers un Commonito7-inm moral en deux livres, d'un style sans art mais plein do chaleur. Quelques autres pièces qui lui sont attribuées sont d'une authenticité douteuse^. — Enfin on a, sous le nom d'un certain Pauli?j (de Béziers? vers 400-419) une satire des mœurs de l'époque ^ ; et, sous le nom de Claudius Marius Victor ovator massiliensis, un poème intitulé Alethia ('AXr|6îi=e), en trois livres, qui raconte les événements accomplis depuis la création du monde jusqu'à la ruine de Sodome et de Gomorrhe. L'ouvrage témoigne de beaucoup de talent et de goût. Il en faut sans doute identifier l'auteur avec le Victorius rhetor massiliensis dont parle Gennadius {Vir. ilL, j60), et qui mourut après l'an 425 ^

\. Édit. B. Peiper, Cypriani Galli poetae Heplaleuchos, dans Corp, script, eccl. lat., xxiii, Wiea, 1891. Voir H. Best, he Cypriani qv.ac l'cyuiUur metris in Heptatciichum, Marpurgi Catt., 1S91

'2. P. L., II, 1101-1114 et mieux Peiper, op. cit.

3. P. L., Lxi, 977-1000, et mieux 11. Ellis, Poetae chrialiani minores I, dans Corp. script, eccl. lat., xvi, Wien, 4888, p. 191--2.:.l. Voir L. Bel- L.vxGEiî, Le poème d'Orientius, Paris, 1903. Ip., Rechercltes sur saint Ûren':, cvcgue d'Auch, Aucli, 1903.

4. P. L., entre les œuvres do Marias Victor, lxi, 9G3-.9T2, et C. Scheskl Poei:e christ, minores, i, dans Corp, script, eccl. lat., xvi, Wien, 18:8 p. /.9J-510.

:;. P. L., Lxi, 937-070, sous le titre de Commentarii in Genesim, et

§8. — Saint Jérôme '.

Peu de vies ont été plus mouvementées et aussi bien remplies que celle de saint Jérôme. Né à Stridon en Dalmatie, vers l'an 342, d'une famille chrétienne, Eusebius Hieronymus vint à Rome à l'âge de vingt ans pour y parfaire son instruction. Il y reçut les leçons du célèbre grammairien Donat et se livra, avec passion, à l'étude. Il y connut aussi des entraînements de jeunesse; mais il ne tarda pas à les déplorer et reçut le baptême des mains du pape Libère vers 364-365.

Alors commence pour lui une première série de voyages. 11 va d'abord jusqu'à Trêves et y prend la résolution de se faire moine, revient à Aquilée où il fréquente Rufm et fait partie quelque temps d'une petite société de jeunes gens épris à la fois de science et de vertu. Puis, vers 373, il part pour l'Orient. Après avoir entendu, à Antioche, Apollinaire de Laodicée, il s'enfonce dans le désert de Chalcis et y mène la vie d'anachorète dans toute son austérité. Là, il occupe ses loisirs à lire l'Écriture et commence l'étude de l'hébreu. Au bout de quelques années, les controverses théologiques le chassent du désert. Il revient à Antioche, y est ordonné prêtre par l'évêque Paulin dont il adopte la communion, se rend à Constantinople

C. ScilENKL, loc. cit., 333-198. Voir A. Bourgoix, De Claudio Mario Victoi-e, Paris, 1S83.SAINT-GAMBER, Un rhéteur chrétien au\^ siècle, Claudius Marins Victor, Marseille, 1884.

1. OEuvres dans P. L., xxii-xxx; G. Morin, Anecdota maredsolana, m, 1-3, Siaredsous, 1895-1903; B. de Matol'gces, Œuvres de S. Jcrôrne,VAv\s, 1833. Voir P. Largent, S. Jérôme, Paris, ;89S (Les Sainte). L. Sanders, Études sur saint Jérôme, Paris, 1903. A. Thierry, Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine en Terre Sainte, Paris, 3« édit., 1876. P. de Labriolle, Saint Jérôme : Vie de Paul de Thàbes et Vie d'Hilarion, Paris, 1907. F. Lagrange, Lettres choisies de

S. Jérôme, Paris, 1900. F. Cavallera, .S. Jérôme, sa vie et son on(vre,

l:Ouvain et Paris, 19^2^

en^^fsi et y voit saint Grégoire de Nazianze, et enfin, en 382, accompagne à Rome Paulin d'Antioche et saint Épiphane.

C'est alors que sa vie prend sa définitive orientation. Devenu, à Piome, le secrétaire du pape Damasc, qui sans cesse lui demande de nouveaux travaux, Jérôme accumule les traductions et les commentaires. En même temps, il forme et il entretient, dans la maison de Marcella, un petit cercle de femmes distinguées par leur naissance et leurs vertus, à qui il explique l'Ecriture et qu'il pousse dans les voies du détachement chrétien. Le monde s'en émeut, et une partie du clergé romain lui-même s'élève contre les hardiesses de sa critique scripturaire. Damase mort en 384, Jérôme doit céder à l'orage. Il part, en 385, avec Paula et Eustochium, pour l'Orient, visite Alexandrie et l'Egypte et, en 386, s'établit définitivement à Bethléem dans une grotte aménagée non loin da monastère de Paula.

C'est là qu'il passe la dernière et la plus féconde partie de sa vie, étudiant, dictant, multipliant les écrits de tout genre. De 386 à 392, cette vie est calme et, en somme, heureuse. De 392 à 404, elle est troublée par les querelles origénistes et les escarmouches contre Jovinien et Vigilance. De 405 à 420, elle est attristée par la maladie et la pauvreté, par la mort de ses amis, par les menaces des barbares. Le vieil athlète cependant fait face à tout et travaille sans relâche, jusqu'à ce que la mort brise sa plume le 30 septembre 420.

Saint Jérôme n'a été ni un penseur et un théologien comme saint Augustin, ni un orateur et un pasteur des peuples comme saint Ambroise ou saint Léon : il a été un érudit, le plus érudit incontestablement des Pères latins, sans en excepter saint Augustin, Celte

érudition s'étendait même à la littérature profane dont il avait lu au moins toutes les productions latines; mais elle embrassait surtout la littérature chrétienne dont tous les monuments, grecs ou latins, lui étaient connus. Il possédait bien les trois langues, latine, grecque et hébraïque, et assez bien la chaldaïque ou araméenne; avec cela l'histoire et la géographie bibliques, l'histoire ecclésiastique et les vies des Pères.

C'est à traduire et à expliquer l'Ecriture qu'il a spécialement consacré ses connaissances et ses efforts. Sur ce terrain, il est sans rival en Occident. Ses traductions scripturaires, malgré quelques défauts, sont tout à fait remarquables, et doivent être regardées comme la meilleure partie de son œuvre. La science profonde que l'auteur possédait de la langue, des usages, de l'histoire des juifs l'y a admirablement servi. Ses commentaires sont plus faibles. Composés trop vite, faits souvent de morceaux empruntés aux exégètes antérieurs, Origène, Eusèbe, Apollinaire, Didyme, etc. , ils sont plutôt des recueils de matériaux que des ouvrages où se montre la fermeté d'une pensée originale et une. Dans les premiers en date, l'interprétation allégorique est plus sensible; dans les derniers, saint Jérôme donne la préférence à l'interprétation littérale à laquelle l'ont ramené ses études sur le texte et aussi son opposition à Origène. Au commencement aussi, il mettait très haut, comme tous ses contemporains, la traduction des Septante : à la fin il donne le pas à l'original hébreu et, par contre-coup, rabaisse l'autorité des livres deutérocanoniques.

Les défauts du caractère de saint Jérôme sont connus : c'étaitune ardeur naturellement immodérée et violente qui le poussait aux extrêmes, et lui faisait soutenir à outrance le parti qu'il avait une fois em-

brassé; c'était aussi une susceptibilité ombrageuse qui ne supportait ni la contradiction ni la critique. Ces défauts lui ont inspiré parfois des démarches et des paroles regrettables. 11 en souffrait, sans parvenir toujours à se maîtriser. Mais, si l'homme, chez lui, est imparfait, l'écrivain est de premier ordre. Nul, parmi les Pères, n'a manié aussi bien que lui la langue latine. Il a, quand il le veut, toute la correction de Lactance, mais il a en plus toute la vie, la couleur, la verve caustiqus, la variété de Tertullien. Seulement, il est plus clair que Tertullien : son stj'îe est plus châtié et sa composition a plus d'ordre. Si l'on y trouve parfois de la rhétorique et de l'enflure, c'est là un tribut payé au goût du temps. 11 est plutôt surprenant que Jérôme, qui a tant voyagé, et séjourné si longtemps en Orient, ait conservé, comme il l'a fait, la pureté et le génie de l'idiome latin.

Ii'autorité de saint Jérôme, dès son vivant, a été très grande, et ses écrits ont été relativement très bien conservés. Parmi ces écrits, il faut mettre à part ses traductions; puis, dans ses productions personnelles, distinguer ses commentaires — ses oeuvres dogmaticopolémiques — ses œuvres historiques — homilétiques

— et enfin ses lettres.

i. Traductions.

Saint Jérôme a traduit d'Origène d'abord soixantedix-huit homélies sur Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, le Cantique et saint Luc; ensuite, vers 398, le livre Des principes. Son hiher interpretationis hehraicorum nominuni était aussi dans sa pensée, pour l'Ancien Testament, la traduction d'une œuvre de Philon et, pour le Nouveau, la traduction d'une œuvre d'Origène.

— D'Eusèbe de Césarée, il a traduit, en 380, la deuxième partie de la Chronique, à laquelle il a ajouté une continuation qui va de 325 à 378; et de

plus VOnomaslicon, qu'il a d'ailleurs corrigé et remanié. — De Didyme l'Aveugle il a traduit, entre 384 et 392, le traité Du Saint-Esprit; — de saint Epipliane une lettre antiorigéniste à Jean de Jérusalem ; — de Théophile d'Alexandrie une lettre synodale de 399, quatre lettres pascales et le pamphlet (perdu) de 404 contre saint Jean Chrysostome; — enfin de l'abbé Pacôme et de ses successeurs la règle monastique et quelques autres écrits (404).

Toutefois l'œuvre capitale de saint Jérôme traducteur est sa version de l'Ancien Testament.

Saint Jérôme a fait, sur le texte biblique, trois séries de travaux, destinés à améliorer l'ancienne version latine et à donner une nouvelle traduction de la Bible.

Un premier travail, commencé dès 383 sur la demande du pape Dam.ase, consista à revoir le texte de la vieille Itala, afin de le rétablir dans son intégrité primitive, et de le corriger là où besoin en était. Saint Jérôme a révisé ainsi tout le Nouveau Testament, puis les Psaumes en se réglant sur les Septante. Le texte du Nouveau Testament ainsi revu fut immédiatement adopté dans la liturgie; le texte des Psaumes, qui reçut le nom de Psalterium romanuin, fut adopté et s'est maintenu à Saint-Pierre de Rome.

Un second travail, entrepris vers 386 en Palestine, consista à réviser non plus seulement les Psaumes, mais la plupart des livres de l'Ancien Testament d'après les hexaples d'Origène. De ce second travail il ne reste plus que le livre de Job et celui des Psaumes. Ce texte révisé des Psaumes a reçu le nom de Psalterium gallicanum^ parce qu'il fut adopté d'abord en Gaule. C'est celui que nous avons dans nos Bibles latines.

Enfin, à partir de 391, saint Jérôme entreprit un

dernier travail plus original, celui de donner une traduction latine nouvelle de tout l'Ancien Testament (sauf généralement les deutérocanoniques), non plus faite sur le grec, mais sur l'hébreu. Vers 405, l'œuvre était terminée. Dans l'ensemble, cette traduction est très fidèle, bien que certaines parties soient faibles. Il fallut cependant plus de deux cents ans pour qu'elle fût universellement acceptée. Au xiii* siècle on lui donna le nom de Vulgate, qu'elle a conservé depuis.

Page 1