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C) RÔLE DU SANG

Le sang est le liquide nourricier de l'organisme. Il porte aux tissus les matériaux de réparation et l'oxygène, en rapporte les produits d'usure et de combustion (CO*). Pour juger de son importance, il suffit d'examiner quels sont les effets de la saignée et de la transfusion.

1<* Hémorragie. — Les pertes de sang un peu considérables

amènent la pâleur des tissus, l'épuisement, la faiblesse musculaire, l'anhélation, la soif, la syncope. Lorsqu'on saigne un animal à blanc, à un certain moment apparaissent des coni-ulsions ; l'anémie agit donc comme un excitant sur les centres nerveux. P. Bert a prouvé que si l'on pousse la saignée jusqu'à l'apparition de ces mouvements convulsifs, l'animal ne peut plus survivre. Si la perte du sang atteint environ le 1/20'* de la quantité totale, la mort est immédiate chez le chien. En deçà, l'animal peut survivre, et, dans ce cas, la masse de son sang se reproduit avec une extraordinaire rapidité aux dépens du plasma interstitiel ; les tissus sont ainsi privés d'une partie de leurs liquides d'imbibition (d'où la soif ardente qu'éprouvent les blessés qui ont perdu beaucoup de sang). L'hémorragie rend le sang qui reste dans les vaisseaux plus coagulable : circonstance heureuse (|ui favorise la formation du caillot obturateur de la plaie du vaisseau.

2° Transfusion. — Si à un animal qui meurt d'hémorragie on injecte dans les vaisseaux soit son propre sang, soit celui d'un animal de môme espèce, on voit réapparaître progressivement tous les phénomènes de la vie, et l'on assiste pour ainsi dire à une résurrection. Ce phénomène peut être provoqué dans une partie quelconque de l'organisme ; ainsi la ligature de l'aorte abolit presque immédiatement l'irritabilité de la moelle épinière et des nerfs, la contractilité des muscles, ce qui se traduit par la paralysie du train postérieur de l'animal (expérience de Stenon) ; qu'on enlève la ligature, le cours du sang se rétablit et la paralysie disparaît progressivement. L'action vivifiante du sang apparaît encore dans l'admirable méthode des circulations artificielles imaginée par Ludwig : on peut rappeler et entretenir la vie dans les organes séparés du corps d'un animal en faisant circuler du sang défibriné dans leurs vaisseaux et de la sorte étudier le fonctionnement de ces organes en dehors de l'organisme. BROWN-SÉQUARoa môme pu ranimer la tôte d'un chien séparée du tronc en injectant du sang par les carotides. On comprend par là que la transfusion puisse rendre de grands services en médecine dans les cas d'hémorragie abon-

dante chez rhomme. Elle a été pratiquée pour la première fois chez rhomme par J. Denis en 4667. Pour qu'elle produise de bons effets, il est nécessaire que le sang transfusé soit du sang d'homme. La transfusion à un animal du sang d'une espèce différente amène des accidents (fièvre, hématurie, coagulations intravasculaires). C'est que le sérum sanguin a la propriété de -dissoudre les globules du sang provenant d'une autre espèce animale (propriété globulicide). Cette toxicité du sang est très accusée chez quelques animaux. Ainsi le sang de certains poissons, l'anguille par exemple, est très venimeux pour les mammifères, comme l'a établi Mosso. Celui des oiseaux l'est moins. Le sérum du sang de chien est particulièrement globulicide, alors, que ses globules se laissent difficilement dissoudre par le sang des autres animaux. Le sérum du sang j^araît être également toxique pour certains microbes (propriété bactéricide). Les effets de la transfusion proviennent évidemment de la restitution à l'organisme des éléments indispensables à sa nutrition ; mais ils sont dus en partie aussi au rétablissement de la tension sanguine abaissée par Fhémorragie au-dessous de la valeur qui est nécessaire pour que les échanges nutritifs s'opèrent entre le sang et les tissus ; ce qui le prouve, c'est qu'on peut ranimer un animal épuisé par une copieuse saignée, au moyen d'une injection d'eau salée dans les veines.

D) FonMATION ET DESTRUCTION DES GLOBULES ROUGES

Pendant la période embryonnaire, les globules rouges se forment aux dépens du feuillet moyen du blastoderme dans des sortes de cordons cellulaires anastomosés ; les cellules centrales forment les globules; les cellules périphériques la paroi du vaisseau. Dans le cours de la violes hématies naissent, suivantja plupart des auteurs, de cellules spéciales nucléées, cellules de Neumann, qui se chargent peu à peu d'hémoglobine, perdent leur noyau et prennent graduellement la forme et les caractères du globule rouge. C'est dans la rate (voyez Glandes vasculaires sanguines) et la moelle osseuse que se fait la genèse des hématies. La moelle rouge des os (qui se trouve dans les os courts et dans les épiphyses dos os longs) contient d'après les

recherches de Neumann et de Bizzozkro, des éléments de transition entre la cellule primaire et le globule rouge. On y trouve des cellules pâles, contractiles, analogues à des globules blancs, des cellules rouges nucléées et de vrais globules rouges. Les globules rouges se détruisent après un certain temps : la durée de leur vie peut dépasser, d'après Quincke, trois à quatre semaines. Pour être éliminés, ils sont transformés en albuminates de fer et englobés par les leucocytes des capillaires du foie, de la rate et de la moelle osseuse. L'hémoglobine détruite sert à former d'autres pigments. La bilirubine en dérive et sa formule représente l'hémoglobine moins le fer.

E) Altérations pathologiques du sang

Elles peuvent porter sur la quantité, soit que la masse du sang et des globules devienne supérieure (pléthore) ou inférieure (anémie) à la normale. Mais les altérations les plus importantes sont celles qui se rapportent à la qualité du sang. Dans la chlorose il y a diminution de l'hémoglobine (et par conséquent du fer) du sang; l'hémoglobine peut tomber à 6 et à 5 p. 100. Dans la leucémie le nombre des globules blancs augmente au point d'égaler le nombre des hématies et de donner au sang une couleur laiteuse. La fibrine augmente dans les maladies inflammatoires (rhumatisme, pneumonie, etc.) jusqu'à atteindre 9 à 10 p. 1.000, et, dans la coagulation d'un tel sang, il se forme à la partie supérieure du caillot une couenne épaisse [couenne inflammatoire.) Dans le mal de Brigkt l'albumine diminue dans le sang, par suite de la perte occasionnée par l'albuminurie ; l'urée, au contraire, augmente (urémie). L'acide urique augmente dans la goutte, le sucre dans le diabète. L'eau et les sels diminuent fortement dans certaines maladies, en particulier dans le choléra.

§ 2. — Lymphe

La lymphe recueillie par une fistule du canal thoracique chez un animal à jeun est un liquide transparent ou légèrement opalescent ; si l'animal est en digestion, sa couleur est

blanc laiteux par suite de son mélange avec le chyle qui n'est pas autre chose que de la lymphe chargée de gouttelettes graisseuses. Par cette fistule du canal thoracique on peut obtenir des quantités considérables de lymphe. Colin a pu de la sorte, chez une vache, recueillir plus de 95 kilogrammes de lymphe en vingt-quatre heures. Dans un cas de fistule lymphatique chez l'homme, cette quantité était de 6 kilogrammes en vingt-quatre heures. La quantité totale de la lymphe contenue dans le corps est cependant difficile à calculer d'après ces chiffres. Ludwig l'estime au quart du poids du corps.

La lymphe est alcaline comme le sang ; elle a une saveur fade, un peu salée ; elle se coagule à la sortie des vaisseaux et donne un caillot blanc, mou, peu rétractile et moins volumineux que celui du sang par rapport au sérum restant. La composition de la lymphe est semblable à celle du sang, moins les hématies. Elle ne contient pas d'oxygène ; aussi les leucocytes, qui sont identiques à ceux du sang, ne présentent point de mouvements amiboïdes dans l'intérieur des vaisseaux lymphatiques. WÙRTZ a trouvé qu'elle est plus riche en urée que le sang.

La lymphe provient de la transsudation du sang et de la diapédèse des leucocytes à travers les parois des capillaires ; mais Heidenhain soutient aussi qu'elle prend naissance par une sorte de sécrétion dont l'endothélium des vaisseaux lymphatiques est le siège. Cette sécrétion est augmentée par l'injection intraveineuse de certaines substances dites lymphagogues (peptones, extraits de sangsues, de muscles d'écrevisses, etc.). Les globules blancs se forment dans les ganglions lymphatiques et probablement aussi dans les organes dits lymphoïdes ; la lymphe qui sort des ganglions est plus riche en globules et en fibrine que celle qui y pénètre. Une fois formés, les leucocytes jouissent de la propriété de se reproduire par division de leur protoplasma, comme les amibes.

Quant au rôle physiologique de la lymphe, il est double, comme nous l'avons déjà fait remarquer ; la lymphe sert d'intermédiaire dans les échanges nutritifs entre le sang et les tissus ; de plus, le système lymphatique représente un véritable appareil de drainage.

ARTICLE II -

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