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SÉCRÉTION DU LAIT

La sécrétion du lait est intimement liée à la fonction de la génération et n'atteint toute son importance qu'après l'acte de la parturition. Toutefois il y a des exceptions à cette règle. Pour ne parler que de l'espèce humaine on a vu la mamelle excitée par la succion devenir apte à sécréter du lait chez des vierges ; et il existe même des cas, à la vérité fort rares, dans lesquels cette sécrétion s'est établie chez l'individu mâle.

±^ Lait. — Le lait est un liquide blanc, opaque, d'une saveur douce et sucrée. Sa densité est de i,028 à 1,034. Sa réaction est neutre, mais elle devient acide par la fermentation lactique du sucre de lait sous l'influence d'un micro-organisme, le ferment lactique, La quantité de cette sécrétion est difficile à apprécier et du reste éminemment variable ; on peut l'évaluer à 1 000, à 1 500 grammes par jour chez la femme. Vu au microscope, le lait apparaît formé d'une infinité de petits globules en suspension dans un liquide. Les globules sont des gouttelettes de graisse ; par le repos une partie de ces globules monte à la surface et forme la crème. On peut donc considérer le lait comme une véritale émulsion ; la cause qui s'oppose a la réunion des gouttelettes graisseuses n'est pas bien connue ; on a invoqué l'existence d'une membrane albumineuse autour de chaque gouttelette (membrane haptogêne). En fait, l'éther ajouté à du lait ne dissout pas la graisse ; mais si on traite

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d'abord le lait par la soude, Téther peut alors dissoudre la graisse ; de plus, on sait que le battage du lait [barattage) a la propriété de faire se réunir les globules gras ; c'est ainsi qu'on prépare le beurre. Le liquide dans lequel sont suspendus les globules est le plasma du lait ou lactoplasma. Ce liquide contient des matières albuminoïdes, un sucre particulier et des sels. Lorsqu'on additionne le plasma d'acide acétique, il se forme un précipité floconneux de caséine ; par acidification du lait entier les flocons de caséine en se formant emprisonnent tous les globules gras ; le liquide qui reste après la précipitation de la caséine contient encore deux matières albuminoïdes : la lactalbumine et la lactoglobuline. Le sucre du lait est le lactose du groupe des' saccharoses. Les sels sont des chlorures et des phosphates (K, Na, Ca, Mg). Le lait renferme aussi des gaz en dissolution (0, Az, GO^). Le lait de femme contient environ pour 1 000 grammes, 30 grammes de beurre, 20 grammes de matières albuminoïdes, 60 grammes de sucre de lait et 2 grammes de sels. Le lait de vache est plus concentré que celui de la femme, il contient plus de caséine (40 grammes) et plus de graisse (40 grammes), mais moins de sucre de lait. Il faut donc l'étendre d'eau et le sucrer pour en nourrir l'enfant.

En ajoutant au lait ce ferment particulier que nous avons mentionné dans le suc gastrique sous le nom de présure ou /aô, il se forme un coagulum dense et homogène contenant la graisse, le caséum ou fromage, lequel exprime bientôt en se rétractant un liquide transparent et un peu citrin, le sérum ou petit lait. Ce phénomène est complètement différent de celui de la précipitation de la caséine par un acide et l'on ne peut pas ne pas être frappé de son analogie avec la coagulation du sang. Effectivement dans la caséification, la caséine du lait est transformée par l'action du ferment en deux substances albunoïdes, l'une qui reste dans le caillot (caséum), l'autre qui passe dans le sérum (albumine du séi'um). De plus, d'après les recherches d'ARTnus, la présence de sels de chaux dans le lait est nécessaire à la production du phénomène comme pour la coagulation du sang.

Lorsque la sécrétion mammaire s'établit, ce n'est pas du lait qui est sécrété tout d'abord, mais un liquide jaunâtre et visqueux, nommé colostrum. Il contient, outre les globules du lait, des éléments morphologiques plus gros et granuleux (corpuscules du colostrum). Il diffère aussi du lait par sa composition chimique ; il est pauvre en caséine et coagule par la chaleur comme du blanc d'œuf.

2^ Mécanisme de la sécrétion. — La sécrétion du lait est due à l'activité spéciale de Tépithélium des acini glandulaires qui au moment de la lactation prennent un grand développement. Les phénomènes histologiques que présentent les cellules sécrétantes de la glande mammaire ne sont point absolument comparables à ceux que nous avons décrits pour les glandes sébacées. D'après Partsch et HEiDEiNHAiN, les cellules polyédriques de l'acinus se gonflent, deviennent plus claires et leurs noyaux se multiplient ; on voit leur protoplasma se charger de gouttelettes graisseuses ; ces gouttelettes font saillie du côté de la cavité acineuse ; la partie de la cellule qui les contient se bombe, de plus en plus et finit par se détacher ; le protoplasma se dissout et les globules gras deviennent libres. Mais ce n'est que la partie superficielle de la cellule qui se détruit ainsi ; la partie profonde reste en place et régénère la cellule. D'après les mêmes observateurs, les globules de colostrum sont des cellules qui proviennent aussi de l'épithélium glandulaire ; mais tous les histologistes n'admettent pas cette opinion et je mentionnerai plus particulièrement la conception de Dl'glert, qui regarde les corpuscules du colostrum non comme des cellules, mais comme des amas de substance colloïde produits par la dégénération du protoplasma cellulaire.

Les différents principes du lait sont formés par l'activité spécifique de l'épithélium mammaire et ne sont pas simplement tirés du sang ; la caséine n'existe pas dans le sang, elle provient sans doute d'une transformation de l'albumine ; de même il n'y a point de lactose dans les liquides de l'organisme autres que le lait ; on ignore si ce sucre se forme aux dé|»eiifi du glycose du sang ou des albuminoïdes. D'après P. Bert, il

serp-it précédé par la formation dans la mamelle d'une substance laclogène, de même que le glycose est précédé par la matière glycogène. Quant à la graisse du lait, elle ne peut pas provenir uniquement des corps gras de Falimentation, ainsi que nous l'avons fait précédemment observer, mais elle doit aussi dériver des transformations des matières albuminoïdes : la quantité de graisse est augmentée dans le lait par une nourriture animale.

L'action du système nerveux sur la sécrétion mammaire est des plus évidentes. L'établissement de la sécrétion lactée sous l'influence du développement de l'utérus et de la parturition indique une relation d'ordre réflexe, une sympathie, comme on disait autrefois, entre la mamelle et les organes génitaux. D'autre part, on reconnaît facilement le résultat d'une excitation sécrétoire d'ordre réflexe dans ce fait que la succion du mamelon active la formation du lait et une action inhibitoire provenant des centres nerveux supérieurs dans cet autre fait que les émotions arrêtent la sécrétion. Mais il est difficile de mettre en évidence l'action des nerfs périphériques sur la mamelle ; pourtant, d'après des expériences de Rôhrig et de Laffont, on pourrait isoler dans le nerf spermatique externe chez la chèvre et la chienne des filets vaso-moteurs, des filets érecteurs du mamelon (par excitation de ses fibres musculaires lisses) et des filets glandulaires probablement sécréteurs.

30 Rôle de la sécrétion lactée. — Le rôle de cette sécrétion est de fournir au nouveau-né les matières nécessaires à sou développement. Le lait est un aliment complet pour l'enfant. La durée de la lactation est très variable suivant les animaux. Certains d'entre eux tètent fort peu de temps ; ils sont déjà très développés à la naissance ; ils naissent les yeux ouverts et peuvent marcher de suite (ex, : cobaye) ; d'autres naissent dans un état de développement bien moins avancé, les yeux fermés et ne sont d'abord capables que de mouvements incoordonnés (ex. : chat) ; ceux-là ont besoin d'un allaitement plus prolongé. Dans l'espèce humaine l'allaitement de l'enfant dure au moins un an.

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