CHAPITRE V
Les modifications de conscience appelées sensations dues à l'excitation des terminaisons des nerfs sensibles par les agents extérieurs, présentent des modalités différentes suivant la nature de l'excitant et suivant la structure et les connexions des appareils nerveux. L'expérience vulgaire a depuis longtemps distingué les sensations spéciales en tactiles, gustatives, olfactives, auditives et visuelles et attribué chacune d'elles au fonctionnement des cinq appareils nerveux désignés sous le nom d'organes des sens. Cette division est physiologique, et on doit la conserver en la complétant.
Tout organe nerveux sensoriel comprend un appareil périphérique récepteur formé par des éléments différenciés de l'ectoderme, un appareil de transmission constitué par des fibres nerveuses et un appareil central de perception représenté par des éléments nerveux du cerveau. Chaque organe des sens est impressionné par une catégorie spéciale d'excitants (excitant spécifique ou adéquat); c'est-à-dire que ses terminaisons nerveuses périphériques ne sont influencées que par des vibrations de nombre et de longueur d'onde déterminés. Mais en réalité, la modalité particulière de la sensation est le fait des relations que contractent les organes des sens avec les appareils nerveux centraux (principe de Yénergie spécifique des organes des sens formulé par Muller, que nous avons déjà indiqué antérieurement pour l'appliquer d'une façon générale à tous les nerfs). Ainsi l'excitation de là rétine par la
lumière produit une sensation lumineuse ; mais cette sensation peut être aussi déterminée par l'excitation mécanique de la rétine ou du nerf optique. De même la sensation auditive qui résulte de l'excitation des terminaisons du nerf auditif par les ondes sonores peut être provoquée par l'excitation mécanique du nerf auditif.
L'appréciation des qualités différentes de nos sensations résulte du fonctionnement des centres cérébraux. Nous pouvons aussi juger de leurs différences d'intensité. A ce dernier point de vue, il est important de remarquer que l'intensité de la sensation ne croît pas proportionnellement à l'intensité de l'excitant ; en effet pour que la sensation croisse comme 1, 2, 3, 4, il faut que l'excitation augmente comme 1, 2, 4, 8. En d'autres termes : la sensation croît en progression arithmétique seulement lorsque l'intensité de l'excitant croît en progression géométrique (formule de Webbr) ; ou bien encore les sensations croissent proportionnellement aux logarithmes des excitants (formule de Fechner). Telle est la loi connue sous le nom de loi psycho-physique de Fechner.
ARTICLE I