‹ Précis de physiologie microbienneChapitre 103 sur 145 · LA VIRULENCE · texte numérisé non relu

LA VIRULENCE

cobaye, si inoffensives que non seuiement elles ne provoquent pas . d’accidents, mais même qu’elles ne vaccinent pas. Quelle apparente incohérence, n'est-il pas vrai !

L’immunité antimicrobienne est fonction de la phagocylose, nous l'avons démontré. Quand on inocule un -microbe pathogène atténué, la phagocytose se fait plus rapide et plus complèté, toutes conditions égales, que si on inocule le même microbe non atténué. Or nous avons vu que le microbe pathogène soumis à l'action du sérum

antimicrobien correspondant est plus rapidement et plus

complètement phagocyté, toutes conditions égales, que S'il n'avait pas subi l'action d'un tel sérum. Au point de vue de l'infection, le microbe atténué par l’un des procédés que nous avons indiqués et le microbe opsonisé (traité par l’immunsérum correspondant) sont donc équivalents : leur pouvoir pathogène, leur virulence est atténuée. Et l’on serait tenté d'ajouter à la liste des agents atténuateurs les sérums antimicrobiens. Pourtant une différence fondamentale existe entre les deux catégories de microbes. Si on cultive sur milieu convenable le microbe atténué, en pra-

tiquant de fréquents réensemencements, il conserve sa

virulence atténuée sans modification. Si on cultive de même le microbe opsonisé, il ne tarde pas à reprendre sa virulence primitive, celle qu'il présentait avant le traitement par le sérum antimicrobien. Pour bien marquer cette différence, il conviendrait de parler d'atténuation réelle (par vieillissement, par action des antiseptiques, par pas-

sages) et d'allénualion apparente (par sérum antimicro-

bien).

La virulence microbienne peut être augmentée ou exaltée par divers procédés, dont le plus efficace sans doute et le plus fréquemment utilisé consiste à pratiquer une série de passages sur des animaux convenablement chousis :

c'est là l’une des méthodes qui tout à l'heure nous per- F4

mettait d’atténuer les microbes : l'expérience a montré que, selon l'espèce sur laquelle se fait le passage, on proyoque l’atténuation, ou l’exaltation de la virulence du microbe.

Le miorobe du AR d pore inoculé au bis le ie en 1 5 26; ours quand il provient d’un porc qui vient de succomber à la maladie. Par passages successifs chez le lapin, sa virulence augmente pour le lapin, qui est tué de plus en plus rapidement par lui. Mèmes faits pour le

pigeon, quand les passages se font de pigeon à pigeon.

Nous avons noté des faits équivalents en inoculant la moelle rabique h

en série à des lapins, pour obtenir finalement le virus fixe, notablement plus virulent que la moelle primitive (p. 319).

Si on inocule sous la peau du lapin une culture de streptocoque provenant d’une longue série de réensemencements sur bouillon, on constate qu’elle est peu virulente pour lui, et que, pour tuer cet animal, il faut injecter une assez grande quantité de la culture. Si on

ingcule la culture à un premier lapin en quantité suffisante pour le tuer, puis le sang de ce premier lapin à un second lapin et ainsi de suite, on reconnaît que la virulence du streptocoque croît continue-

ment et rapidement d’un passage au suivant, jusqu’à atteindre une valeur considérable : on peut en effet obtenir un streptocoque, dont la

culture tue le lapin à la dose de o c. c. 000001.

Il peut arriver qu'en choisissant l’animal sur lequel on À

fait les passages (et qui peut différer de celui vis-à-vis

duquel on étudie la virulence du microbe), on exalte la

virulence au delà des limites qui semblaient ne Pas pouvoir être dépassées.

La virulence du microbe du rouget du porc est exaltée pour le pore et pour le pigeon par passages chez le pigeon. Quand le microbe est devenu virus fixe pour le pigeon (c’est-à-dire quand sa virulencepour le pigeon n’augmente plus, malgré qu’on continue la série des pas- É sages sur pigeons), sa virulence pour le porc est de beaucoup supé- s rieure à celle qu’il peut présenter en passant de porc à porc, sans jamais quitter cette espèce animale (comme il arrive en cours d’ épi démie).

La bactéridie n’est pas virulente pour le chien, au moins quand on l’inocuie à dose moyenne ; mais elle est virulente pour le chien enragé (p. 308). Reportée de ce chien enragé mort charbonneux sur un chien normal, elle se montre virulente pour lui-même à dose moyenne : le passage dans l’organisme du chien enragé a donc sur- exalté sa virulence.

Ces résultats autorisent à supposer que si, par un procédé quelconque, on a atténué la virulence d'un microbe, on pourra sans doute exalter cette virulence, faire récu=

Ÿ: Ps LS Ce » + a no: Fr | pérer à au idiobé sa les Déheure et ent

même la dépasser en usant de la méthode des passages,

convenablement réglés et suffisamment répétés chez des animaux judicieusement choisis. L'expérience vérifie ces prévisions.

En cultivant la bactéridie à 420,5, on obtient après 7 jours un mi-

crobe qui n’est plus virulent pour le mouton, le lapin, le cobaye

adulte ou jeune ; seul le cobaye naissant est réceptif pour elle. Inoculons cette bactéridie au cobaye d’un jour, et quand il succombe au charbon qui s’est développé en lui, inoculons un peu de son sang … à un autre cobaye d’un jour, puis continuons les passages sur cobayes . d’un jour : la maladie s’aggrave, l’évolution se précipite à mesure que nous renouvelons l'essai ; bientôt la bactéridie peut tuer le cobaye de 2 à 3 jours, puis celui de 8 iours, celui de 15 jours, le cobaye adulte enfin, puis le lapin et finalement le mouton.

La virulence esl donc une qualité éminemment variable el plaslique, que nous pouvons (à condition de posséder une documentation suffisante, que seule la pratique empirique nous permet d'acquérir) modeler à peu près complè- tement à notre gré.

Une réserve pourtant. Supposons que nous poussions encore plus

loin que nous l’avons fait l’atténuation de la bactéridie ; elle perd sa virulence même pour le cobaye d’un jour. Comme cet animal est le plus sensible que nous connaïissions, nous pouvons dire que la bactéridie n’est plus pathogène : elle est rentrée dans le groupe, si abondamment pourvu d’espèces, des microbes banals, inoffensifs ; c’est pourtant une bactéridie, car elle en a tous les caractères morpholo-

giques, histologiques, chimiques ; seule la virulence lui manque.

Peut-on la lui rendre ? Les tentatives faites pour y réussir n’ont pas

abouti : tout nous conduit à penser que, pour pouvoir récupérer sa

virulence, la bactéridie doit encore être virulente, si peu que ce soit, au moins pour un animal ; mais quand sa virulence est universellement éteinte, nous soraies impuissants à la régénérer. Nous n’aflirmerons pourtant pas qu'elle est irrémédiablement perdue. Qui sait s’il n'existe pas quelque animal plus réceptif que le cobaye d’un jour, et pour lequel notre bactéridie avirulente se montrerait faiblement pathogène, et s’il ne serait pas possible par passages sur cet animal de faire réapparaître la virulence et de l’exalter (n’est-ce pas là justement ce que nous avons fait quand, constatant que la bactéridie atté-

nuée pendant 7 jours était avirulente pour tous les animaux de labo- .

| PHYSIOLOGIE ICROBIEN!

ratoire, nous avons recouru au cobaye d’un jour p). Qui ait

pathologique dans laquelle la bactéridie avirulente pourrait montrer quelque virulence pour un animal en apparence réfractaire, et si nous ne disposerions pas ainsi d’un moyen de renforcer celte virulence et de la ramener à la primitive valeur ? (N'est-ce pas là ce que nous avons reconnu en inoculant la bactéridie non virulente pour le chien, chez le chien enragé ? On obtient encore des résultats équivalents en inoculant à un animal un streptocoque non pathogène, celui qu’on trouve normalement dans la bouche p. ex., associé au bouillon de culture du bactérium coli.)

Si nous ne nous étions interdit d’aller errer au bois des illusions et des rêves, nous dirions volontiers que beaucoup peut-être, parmi les microbes banals répandus à profusion dans le monde ambiant, et qui ne sont pas pathogènes, n’attendent pour le devenir qu’une occa-

sion favorable, créant des réceptivités actuellement inexistantes et que cela réserve sans doute aux générations à venir des maladies et épi-

démies qui ont disparu présentement, qui même peut-être n’ont -

jamais existé. Mais arrétons-nous, car nous n'écrivons pas un roman à la Jules Verne.

Nous venons de constater de remarquables variations de virulence, que nous pouvons produire à notre gré. Nous en constatons d’équivalentes en épidémiologie : telle épidémie typhique ou cholérique est relativement bénigne, telle autre est d'une exceptionnelle gravité, sans qu'il soit pos- sible de reconnaître quelque condition particulière capable de rendre compte de ces dissemblances ; force nous est de

rapporter les différences observées dans la gravité du mal à des différences de virulence des microbes coupables de l'épidémie.

Il serait assurément très important de pouvoir dissocier les éléments simples de celte résultante qu'est la virulence microbienne, et d’étudier méthodiquement chacun de ces éléments : la propriété de produire des toxines agissant sur les éléments de l’organisme sensibles à l’in-

fection, ou des leucotoxines ou leucocidines agissant sur los cellules

phagocytaires, la propriété de se développer et de se multiplier plus ou moins rapidement dans les humeurs de l’organisme et de s’y adapter toujours mieux, la propriété de créer dans le milieu un chimio- taxisme négatif pour les phagocytes, la propriété de se mouvoir ct d'éviter par là en quelque mesure la poursuite phagocytaire, la pro-

priété de se soustraire à l’englobement par la production de gaines

n'existe pas quelque condition médicamenteuse, toxicologique où

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LA VIRULENCE MICROBIENNE

ou d’auréoles, la propriété d’engendrer des spores plus résistantes à que les formes végétatives à la digestion intraleucocytaire, ou de se . montrer inaltérables par les sucs protoplasmiques. Cette étude faite, il serait possible de fixer la part qui revient dans une infection déterminée à l’une ou à l’autre de ces diverses propriétés, et sans doute fe d'intervenir plus efficacement, parce que plus exactement, pour neutraliser tel ou tel de ces moyens de combat. Actuellement, nous Es devrons nous borner à donner de sommaires indications sur les points que nous venons de soulever.

Pour les microbes toxigènes, la propriété de produire la toxine en quantité plus ou moins grande, toutes conditions égales, est assurément un élément de virulence. On a isolé des fausses membranes diphtériques des bacilles plus ou moins toxigènes, et on possède dans les laboratoires des races qu’on s’efforce de conserver inaltérées, qui se distinguent par la capacité qu’elles possèdent à un degré éminent de fabriquer de grandes quantités de toxine, ou, si on préfère employer cette forme de langage, une toxine très active. — Il serait toutefois imprudent de prétendre que la virulence des bacilles diphtériques, tétaniques, etc., ne dépend que de leur aptitude à produire plus ou moins de toxine. On conçoit aisément que cette virulence puisse dépendre aussi de la rapidité plus ou moins grande de la multiplication du microbe et des obstacles plus ou moins efficaces qu'il oppose à la phagocytose. En fait, de deux microbes toxigènes inégalement virulents, le plus virulent n’est pas toujours et nécessairement le plus toxigène.

Après avoir reconnu le rôle fondamental de la phagocytose dans Vimmunité antimicrobienne, nous avons noté les phénomènes de chimiotaxisme positif ou négatif, phénomènes dépendant vraisembla-

- blement de la diffusion dans le milieu de quelque substance issue du microbe et capable d’impressionner les leucocytes qu’elle atteint. … Mais que sont ces substances microbiennes ? Sont-ce les toxines elles- mêmes quand il en est sécrété ? Sont-ce des substances distinctes des toxines ? Sont-ce des substances banales, matières salines, produits de désintégration chimique du protoplasma microbien, etc. ? Nous ne le savons pas. Sont-elles spécifiques ? Et nous pourrions multiplier les questions qui ne reçoivent pas de réponse présentemént.

On a imaginé que les microbes fabriquent et excrètent ; des substances qu'on a appelées agressines, et qui s’en iraient au loin agir sur les leucocytes pour les dépouiller . totalement ou partiellement de leur propriété phagocy- - taire, un microbe étant d'autant plus virulent qu'il produit

SE des agressines plus ihotdenier et in acte D'une façon générale, il semble que les agressines, définies comme nous venons de le faire, sont plus théoriques que réelles : il sera sage en tous cas de ne pas trop se bd =

PH YSIOLOGIE | ICROB

en leur compagnie.

Notons pourtant que quelques microbes, le staphylocoque et le bacille pyocyanique p. ex. sécrètent un poison agissant sur les leucocytes.

Injectons dans la plèvre du lapin une culture staphylococcique : un exsudat se forme qu’on peut retirer et par filtration débarrasser des microbes qu’il contient. Cet exsudat est toxique pour les leucocytes : si on examine au microscope des leucocytes frais immergés dans ce liquide, on les voit subir de profondes modifications : leurs mouvements amiboïdes cessent de se produire ; ils prennent bientôt l'apparence globuleuse et finalement ils se dissolvent dans le milieu. — On obtient les mêmes résultats avec le bacille pyocyanique.

Il est évident que si tel ou tel microbe virulent a la propriété de

fabriquer de telles substances, qu’on appelle leucocidines, elles jouent un rôle important dans la fixation du degré de virulence. Maïs en

existe-t-il toujours, ou simplement souvent ? Nul n’oserait l’affirmer.

La mobilité, que présentent certains microbes, semble leur venir en aide pour éviter la prise leucocytaire, pour se multiplier et pour infecter l'organisme.

+ On le démontre au moins dans un cas particulier. Si on injecte dans le péritoine du cobaye une quantité de culture cholérique un peu supérieure à la dose mortelle, on constate que la phagocytose se pro-

duit : ce sont les éléments les moins mobiles qui sont tout d’abord englobés, puis ceux qui sont un peu plus mobiles. Finalement, 3 ou 4 h. après l’injection, l’examen microscopique du liquide péritonéal montre, à côté de leucocytes remplis de vibrions englobés, des vibrions libres remarquables par la rapidité de leurs mouvements : ils ne se laissent pas englober, se développent, se multiplient et finalement provoquent une infection qui conduit le cobaye à la mort.

Certaines espèces de microbes peuvent créer, dans des conditions déterminées tout au moins, des appareils de

protection, auréoles et gaines défensives, grâce auxquelles Rs

ils se soustraient à l’englobement phagocytaire.

Voici ce streptocoque de la variété très virulente pour le lapin dont nous avons parlé p. 374 : il tue le cobaye à la dose de o c. c. 2 en

injection intrapéritonéale. Quand nous injectons seulement o c. c. 1 la phagocytose intrapéritonéale est totale et rapide. Avec la dose mortelle de o c. c. 2, la phagocytose n’est que partielle : des microbes . échappent à l’englobement et se multiplient, Or ces microbes pré- sentent un caractère qu'ils n’avaient pas au moment de l’inoculation : … ils sont enveloppés d’une auréole assez large, présentant des colorabilités histo-chimiques très spéciales, grâce auxquelles on la mani- feste aisément. Les microbes nouveau-nés, dérivant de ces microbes auréolés, le sont comme eux, et, comme eux, échappent totalement à l’englobement phagocytaire. L’exsudat renferme de nombreux macro- phageset microphages, mais, dans leur protoplasma, il n’y a pas un … seul streptocoque auréolé. Est-ce à dire que ces leucocytes auraient … été altérés par quelque agressine microbienne supprimant leur propriété phagocytaire ? Non, car si on introduit maintenant dans le … péritoine quelques microbes banals, p. ex. le proteus vulgaris, non = pathogène, l’englobement de ce dernier est réalisé presque instanta- nément par les phagocytes, qui continuent à ne point englober les streptocoques auréolés. Les streptocoques auréolés sont donc protégés par l’auréole, dont ils se sont enveloppés, contre l’accollement aux phagocytes, et par conséquent contre la phagocytose.

Voici la bactéridie charbonneuse vivant dans un organisme, et qui s’entoure d’une gaine (comme le streptocoque s’entoure d’une auréole), la protégeant contre la phagocytose et lui permettant de se - multiplier et d’engendrer l'infection mortelle. Voici le bacille pes- teux, qui lui aussi peut présenter l’auréole de protection ; et on pour- - rait citer d’autres exemples encore, le pneumocoque, etc.

L'importance de ces auréoles et gaines comme éléments … de virulence est facile à mettre en évidence. Les streptocoques présentent d'innombrables degrés de virulence faciles à obtenir : les streptocoques virulents pour un ani- . mal donné sont aptes à fabriquer l’auréole quand ils sont inoculés à dose suffisante dans l'organisme ; les streptocoques peu virulents sont dépourvus de cette propriété. Lorsque la bactéridie est soumise aux actions qui l’atté- nuent et la transforment en vaccin, elle perd la propriété de fabriquer une gaine.

Toutefois s1 les auréoles et les gaines sont d’importants … élements de virulence, ils ne sont pas des éléments nécessaires de virulence: la virulence peut exister pour des

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PHYSIOLOGIE MICROBTENNE "

microbes inhabiles à en fabriquer. D'autre pe à S. microbes encapsulés ne sont pas tou) ours et nécessairement

virulents. Ne confondons pas gaine, auréole et virulence :

contentons-nous d’avoir noté des faits intéressants, et disons que, pour les streptocoques tout au moins, l'auréole est le témoin de la virulence, comme pour les bactéridies, la gaine en est le garant.

Certaines espèces microbiennes enfin peuvent se laisser phagocyter, mais ne subissent pas de digestion intraleucocylaire, continuant à vivre et à se développer après leur englobement. Ces faits sont d’ailleurs exceptionnels. On cite les gonocoques dans l'infection blennorrhagique de l’homme. Cette résistance à la digestion intraleucocytaire est un élément de virulence, quand elle se manifeste.

En général, les microbes englobés sont'à peu près tou-

jours tués, désagrégés et dissous, mais ils ne le sont pas avec la même rapidité.

. Les vibrions cholériques, englobés vivants et intacts se transforment rapidement en granules et par conséquent périssent très vite : si l’on voulait démontrer que les vibrions ont été phagocytés vivants, .en transportant dans un milieu de culture convenable un peu de sérosité péritonéale ne contenant plus de microbes libres, il faudrait faire ce transport aussitôt qu'ont disparu les derniers vibrions libres, sous peine de voir la culture demeurer stérile. Tel autre microbe sera plus résistant : le bacille typhique est encore cultivable 2 h. après l’englobement. Tel autre sera plus résistant encore : le streptocoque demeure vivant dans les leucocytes pendant de longues heures et même, pour quelques races de streptocoques, pendant des jours.

Qui dit englobement ne dit pas nécessairement destruction totale et définitive du microbe : si nous le prétendions, le gonocoque nous donnerait un démenti. Qui dit englobement ne dit pas nécessairement destruction immédiatement acquise du microbe, puisque le microbe survit plus ou moins longtemps dans le leucocyte, et que l'infection risque d’éclater malgré l’englobement parachevé, si quelque condition spéciale vient à se réaliser. Qui dit englobement dit simplement première phase de la destruction microbienne avec (nous pouvons ajouter à peu près toujours) probabilité de destruction totale du microbe par la

ges n ecdliniaite. qui ‘et la nie phase de FD phagocytose totale.

Nous nous Dorsesens à ces quelques indications qui sont les seules positives que nous possédions sur la virulence microbienne. La question demande de nouvelles recherches expérimentales nombreuses. Nous ne commettrons pas la faute de substituer à ces recherches inaccomplies des hypothèses et des théories, qui prouveraient sans

doute que nous possédons une imagination fertile, mais qui n’auraient

pas d’autre valeur.

Au point où nous sommes arrivés, il convient d'étudier l’évolution d’une infection, et d'assister à cette lutte entre l'organisme et le microbe, dans laquelle les deux adver-’ saires s'engagent à fond, perfectionnant et multipliant les armes jusqu'à ce qu intervienne la décision.

Les microbes pénètrent dans l'organisme par des voies et par des moyens divers : tantôt ils sont introduits avec les aliments dans le tube digestif, tantôt ils sont apportés par l’air inspiré et déposés sur les paroïs nasales, pharyngées, laryngées, bronchiques ou pulmo-

naires, tantôt amenés avec les poussières en suspension dans l'air à la surface de la peau, ils profitent d’une discontinuité épidermique accidentelle pour envahir le derme, ou le tissu cellulaire sous-cutané ;

tantôt enfin ils sont inoculés plus ou moins profondément dans les tissus à la suite d’un traumatisme, etc.

Admettons que, par un moyen quelconque, un microbe ait été introduit en une région déterminée de l'organisme, dans le tissu cellulaire sous-cutané p. ex. On constate souvent, non pas toujours (l’inoculation sous-cutanée de bacilles pesteux ne donne lieu à aucune réaction locale) qu'il se produit une inflammation dans la région d'inoculation. Jadis on désignait sous ce mot d’inflammation une modification locale caractérisée par les symptômes : chaleur, tumeur, rougeur, douleur. On distingue actuellement dans l’inflammation divers éléments : la vaso-dilaltahon locale, la perméabilisation des parois capillaires, ou plus généralement vasculaires, la diapédèse des leucocyles.

La vaso-dilatation est un phénomène physiologique qui peut re-

connaître deux causes distinctes, soit une cause nerveuse centrale, soit

une cause noie énobure eu le” premier cas, d’une suspension de l’action vaso-tonique du bulbe rachidien, totale ou partielle, telle qu’on peut l'obtenir par cocaïnisation bulbaire ;

dans le second cas, il s’agit d’une suppression de la tonicité vasvulaité Ne

par action exercée directement sur les petits vaisseaux, sans qu'il à soit possible de distinguer la part qui revient en ce phénomène à la fibre musculaire et celle qui revient à l’appareïil nerveux vaso-moteur périphérique. |

Dans le cas d’inflammation consécutive à l’inoculation micro-

bienne, on n’est pas autorisé à faire intervenir le bulbe, ou toute à autre partie du système neveux central, parce que les vaso-dilatations -

d’origine centrale sont systématiques, c’est-à-dire intéressent simultanément l’ensemble des vaisseaux d’un organe (foie ou rein p. ex.)ouù d’un groupe de muscles, tandis que la vaso-dilatation d’inflammation

microbienne est strictement limitée à la zone de l'organisme envahie A

par les microbes, ou par les produits toxiques sécrétés par eux, où injectés avec eux : la vaso-dilatation d’inflammation est le résultat d’une action locale, directe. On connaît de semblables vaso-dilatations consécutives à l'injection de. venins ou de sérums, ou protéines toxiques : - si l’inoculation est sous-cutanée ou intramusculaire, la vaso-dilatation est locale ; si l’inoculation est intraveineuse, la vaso-dilatation est générale. Par analogie, on admet que la vaso-dilatation d’inflammation résulte d’une action exercée localement sur les petits vaisseaux par les produits microbiens.

On n’a pas généralement assez insisté, en traitant de HE tion, sur les modifications de la perméabilité vasculaire. On démontre en physiologie que la quantité du plasma sanguin transsudant à tra=. vers la paroi dés petits vaisseaux, pour apparaître sous forme de lymphe dans les interstices des tissus, augmente ou diminue en même temps que la pression du sang dans le système artériolo-capillaire. On établit, d’autre part, qu’il est possible de réaliser telles conditions expérimentales dans lesquelles l'augmentation ou la diminution de la lymphogénèse ne sauraient être expliquées par les seuls changements de la pression sanguine ; on admet que les irrégularités ainsi constatées relèvent de quelque modification de la paroi artériolo-capillaire, qui est devenue plus ou moins perméable à la liqueur sanguine, qu’elle ne l’est normalement : une telle perméabilisation se produit p. ex. sous l'influence des injections de peptone chez le chien, ou sous l’influence des injections de venins chez plusieurs espèces animales. — Dans l’inflammation, il y a à coup sûr, augmentation de la pression artériolo-capillaire, comme il arrive chaque fois qu’il y a vaso-dilatation. Mais la vaso-dilatation constatée ne suffit … pas à rendre compte de la production d’un abondant exsudat séreux

au point d'injection ; car, malgré que la vaso-dilatation soit également

ével be à Le mile Hs ue SN RTE Asomblables. en det n’a

pas la même abondance dans les deux cas; car aussi, on connaît

maintes conditions physiologiques dans lesquelles se produit une

vaso-dilatation considérable sans exsudation. Nous sommes ainsi con-

duits à admettre, par analogie, que les produits microbiens diffusant perméabilisent la paroi capillaire pour le passage du liquide et la formation de l’exsudat inflammatoire plus ou moins abondant selon l’infection considérée.

La diapédèse enfin se produit : les leucocytes quittent les vaisseaux pour se diriger vers les points d'infection, guidés par leur chimiotaxisme positif. Ici encore, nous ferons intervenir une substance, issue des microbes, et allant à distance impressionner les globules blancs, car la diapédèse suppose que le leucocyte a été arrêté, en cours de voyage vasculaire, en quelque point d’un capillaire, pour de là s’insinuer à travers la paroi et glisser dans les espaces périvasculaires : comme les leucocytes sont dans les vaisseaux, donc sans contact avec les microbes, ceux-ci ne peuvent agir sur ceux-là que par des produits chimiques émis dans le milieu ambiant.

Notons que la diapédèse n’est pas la conséquence nécessaire de la vaso-dilatation et de la perméabilisation des vaisseaux, parce que ces

deux modifications peuvent s’accomplir sans que la diapédèse s’en-

suive : c’est ce qui arrive p. ex. quand le microbe inoculé exerce une

action chimiotactique négative sur les leucocytes (streptocoques chez

le lapin p. ex.). Les agents du chimiotaxisme positif ou négatif ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux qui déterminent la dia-

pédèse. On pourrait d’ailleurs établir que la vaso-dilatation et la per-

méabilisation des vaisseaux ne dérivent pas de l’action exercée par une seule et même substance : il peut y avoir en effet vaso-dilatation sans perméabilisation vasculaire (en pareil cas, l’exsudat ne se pro--

duit pas, ou ne se produit qu’en petite quantité).

Si, dans notre analyse des manifestations inflamma-

toires, nous ne nous sommes pas mépris, l’inflammation …

nous apparaît comme la conséquence d’actions exercées

par des éléments chimiques issus des microbes sur les

vaisseaux el sur les leucocyles.

Tantôt les phagocytes attirés par les microbes (cas de chimiotaxisme positif) vont accomplir leur œuvre d’englobement, et la lutte n’est pas de longue durée, les microbes étant rapidement détruits. Tantôt les phagocytes repoussés par les microbes (cas de chimiotazisme négatif} ne jouent pas le rôle bienfaisant qui est le leur : la bataille est perdue. pour l’organisme avant d’être livrée, puisque ses défenseurs ne partent.

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ré

pas à la contre-attaque. Tantôt la bataille s’engage, dure, prés

des alternatives, reprend plus vive après une phase d’accalmie, etne

prend fin que tardivement : c’est infection avec ses phases successives, et c’est la guérison ou la mort, selon que l’organisme ou le microbe gagne la partie.

L'appel leucocytaire est parfois tellement persistant et. impérieux que les éléments blancs (ce sont dans ces conditions surtout les microphages) s'accumulent innombrables au point d'infection et y demeurent comme embouteillés, en raison de l'insuffisance des voies d'évacuation. Les conditions dans lesquelles ils se trouvent ainsi placés sont assurément défavorables à leur vitalité : ils subissent des transformations structurales progressives, notamment une dégénérescence graisseuse, qui les transforme en globules de pus. Ainsi se constitue une collection purulente, qui se loge entre les tissus qu'elle écarte, dissocie et

refoule. Parfois aussi le microbe présent fabrique une de

ces leucocidines, dont nous avons parlé, et qui empoisonnent le leucocyte et le font périr : du pus est encore engendré.

La suppuralion, c'est-à-dire la transformation en pus d'une sérosité leucocytaire est généralement la conséquence d’une infection microbienne. Elle se présente particulièrement fréquente et importante dans les infections où se produit une abondante diapédèse et où le microbe engendre une leucocidine : c'est le cas des infections staphylococciques et streptococciques, et plus généralement des infections par microbes dits pyogènes. Ce sont en général en pareille circonstance les microphages qui abondent dans le milieu.

L'appel leucocytaire peut s'adresser aux macrophages ; il est alors généralement moins puissant. Les macrophages arrivés en la zone d'infection s'unissent souvent et se fusionnent en cellules géantes, dans lesquelles sont englobés des microbes (c'est ce qui se produit p. ex. pour le bacille tuberculeux). Autour de la cellule géante, d’autres macrophages viennent s’accoler, et ainsi se constitue peu à peu le {ubercule, soit le tubercule proprement dit (quand il s'agit de bacilles tuberculeux), soit une formation équi-

vale te Funk il 5 agit d dates ice) lé tubéreule d’ailleurs subit une transformation progressive sous l'in- fluence des substances toxiques engendrées par les bacilles . tuberculeux, et qui constitue la caséification (transformation caséeuse) des parties centrales. C’est encore une suppuration (transformation de leucocytes en pus), mais une suppuration d'un type spécial.

La suppuration, sous les deux formes que nous venons - d'indiquer n’est pas liée à la vitalité des microbes : elle se produit également bien quand on inocule les microbes tués (staphylocoques et bacilles tuberculeux p. ex.), et elle revêt, dans les deux cas, les mêmes apparences.

-. L'immunuité esl rapidement assurée si la phagocytose …. est totale, c'est-à-dire si les leucocytes ne laissent aucun microbe libre dans le milieu et leur font subir la destruction dans leur protoplasma. L'infection se développe, au - contraire, st la phagocytose n’est pas lotale, et cette - infection est d'autant plus grave, toutes autres conditions égales, que la phagocytose est moins parfaite. - Les microbes non englobés peuvent se propager de proche en proche dans les tissus voisins (infection par ” continuité), mais en général, ils sont entraînés par la … lymphe: la lymphe provenant du champ inflammatoire est d’ailleurs surabondante, en raison de l’exagération de Ja perméabilité vasculaire ci-dessus notée. En cours de route dans les lymphatiques, les microbes en suspension dans la lymphe traversent les ganglions lymphaliques, correspondant à la région d'où ils proviennent, et là, comme partout sur leur passage, ils créent une irritation —. d'abord, une inflammation ensuite (les ganglions sont volu- —. mineux et douloureux ; ils sont d'ailleurs congestionnés et … œdématiés). Les leucocytes sont nombreux dans les gan- …. glions : il pourra s’y livrer une nouvelle bataille phagocy- …. taire, et l'infection pourra être arrêtée en cours d’invasion. … Mais il se peut aussi que les leucocytes ganglionnaires soient impuissants à assurer la phagocytose totale : des microbes dépassent les ganglions et, après un simple . arrêt plus ou moins prolongé en cette intermédiaire sta-

ARTHUS. — MicRoB. 25

tion, ils Sen de nouveau, pour gagner par les gro | troncs lymphatiques la circulation générale. Deux cas

peuvent alors se présenter : tantôt le microbe est simple-

ment emporté par le sang, sans s’y développer rapidement

et abondamment, il y a baclériémie; tantôt le microbe se

développe à l'infini dans le sang, et fait du sang son

domaine : il y a seplicémie.

Chez l’homme, on connaît quelques exemples de septicémies, p.ex. …

la septicémie streptococcique, la plus fréquente et des septicémies.

staphylococcique, bactéridienne, pesteuse ; par contre, les pneumococcies, les gonococcies, les tuberculoses, la fièvre typhoïde ne se

. présentent pas de coutume sous la forme septicémique : les microbes

correspondants passent bien dans le sang, et par lui sont entraînés pour aller constituer des colonies lointaines, mais ils ne font pas, à vrai dire, du sang leur habitat. Le pneumocoque pulmonaire donnera des colonies pleurales (on connaît des pleurésies purulentes pneumococciques) ou méningées ; le gonocoque fournira des colonies

‘articulaires (arthrite gonococcique) ; le bacille tuberculeux pulmo-

naire se propagera aux méninges, aux os, aux reins, etc.), mais ilsne produisent généralement pas de septicémie. Notons du reste que les microbes des espèces qui produisent le plus facilement des septicé-

- mies n’en produisent pas toujours et nécessairement, se contentant

de donner naissance à des colonies distantes ; et qu’inversement les

microbes qui ne produisent pas de coutume des septicémies en peuvent engendrer exceptionnellement. — Nous ne connaissons pas les causes et conditions de ces modes particuliers de propagation : nous enregistrons simplement les observations.

La généralisation d’une infection est essentiellement question d'espèce microbienne : il est des microbes qui ne sont pas envahissants, d’autres qui le sont quelque peu, d’autres qui le sont beaucoup ou infiniment.

Le bacille diphtérique se développe de préférence à la surface des muqueuses, et notamment des muqueuses pharyngée et laryngée, et

n’a aucune tendance à envahir l’organisme. Le bacille tétanique n’existe qu’au point de pénétration ou d’inoculation. Le vibrioncho-

lérique, dans le choléra de l’homme, ne se trouve que dans l'intestin. En général les microbes qui sont puissamment toxigènes ne sont pas envabhissants. Il existe des microbes qui se développent particulièrement bien (sinon exclusivement) dans certains tissus manifestant par là cette propriété qu’on appelle organotropie : le virus de la rage

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LA VIRULENCE MICROBIENNE

; p.ex. quel que soit son point de pénétration, se développe abondam- e

ment dans les centres nerveux ; le méningocoque, dans le liquide céphalo-rachidien ; le virus de la polyomyélite, dans la substance grise des cornes antérieures de la moelle ; le microbe de la dysente-

rie bacillaire, dans la muqueuse du gros intestin. Par contre, le streptocoque, le staphylocoque, le bacille tuberculeux se développent er :

quelque tissu que ce soit, et ont tendance à se généraliser.

Durant que se livre cette bataille de l'organisme et du microbe, ou, si l’on veut, du phagocyte et du microbe, des changements se produisent chez l’un et chez l’autre adversaire, qui peuvent faire pencher la balance en faveur de l’un ou de l’autre, de l’attaque ou de la défense, selon que la modification aura renforcé la résistance de l’organisme ou l’aura diminuée, selon qu'elle aura renforcé ou atténué la virulence du microbe, comme, en des armées combattantes, les modifications d'armement, de ravitaillement, de commandement peuvent changer considérablement la situation et décider du sort des pays en guerre.

Nous avons signalé ci-dessus la production de gaines ou d’au-

réoles autour des bactéridies et des streptocoques, grâce auxquelles la

phagocytose de ces microbes ne se fait plus. C’est là un fait de ren-

forcement de la virulence qui se révèle à l'observateur miCroscopi- |

sant par la production de particularités structurales et à l'observateur expérimentateur par la supériorité combattive que confèrent ces dispositions spéciales au microbe qui les a réalisées.

Parmi les microbes présents au début de l'infection, les uns ont pu fabriquer gaine ou auréole avant d’être phagocytés, les autres ne l'ont pas pu, le temps peut-être leur ayant manqué, ou la capacité biologique de le faire. Ces derniers se sont montrés inférieurs aux autres dans la lutte pour la vie, qu’ils soutenaient contre les phagocytes : ils ont disparu, englobés et détruits. Les autres seuls, él6ments sélectionnés ainsi, particulièrement armés pour la lutte, ont survécu, constituant une race plus résistante. La virulence a été ainsi renforcée pour ces microbes particulièrement vigoureux et pour leurs descendants : c’est là un fait d’exaltation de la virulence, dont nous

saïsissons le mécanisme,

Tous les microbes virulents ne fabriquent pas des auréoles ou des

… gaines et nous ne connaissons pas le mécanisme de leur survirulence. …—. Ilest sans doute d’autres moyens de défense, que nous ne connais-

sons pas, que le microbe peut développer durant la lutte qu’il mène

acquise.

‘chntre le phagocyte. Le OMG est posé ; 5 NE à n st Luc

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