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STATIONS DE LA VIE DES MICROBES

albumines alimentaires après simplification de la molécule, et décomposition en acides aminés qu’ils unissent de nouveau en une synthèse complexe ; ils fabriquent leurs hydrocarbones soit aux dépens d’hydrocarbones, soit aux dépens de protéines alimentaires. Les végétaux chlorophylliens fabriquent leurs albumines aux dépens des nitrates et des sels ammoniacaux du sol, ét sans doute aussi de substances azotées mal définies présentes dans l’humus, et c’est là une différence profonde entre les végétaux et les animaux ; ils fabriquent leurs

hydrocarbones et leur cellulose aux ‘dépens de l’acide carbonique atmosphérique sous l'influence des radiations lumineuses solaires.

Notons que les champignons sans chlorophylle ne sauraient emprunter

leur cellulose à l’acide carbonique aérien.

Comment s’alimentent Les microbes ? De très nombreux

microbes se développent bien sur des bouillons ne conte-

nant, comme substances azotées, que des peptones, sur du sérum coagulé ne renfermant guère, comme substances azotées, que des protéines ; on peut donc admettre qu'ils savent, comme les animaux, transformer les protéines étrangères en protéines de leurs tissus. Ces mêmes microbes, poussant sur les mêmes milieux dans lesquels il n’y à pas d'hydrocarbones, sont capables de produire leurs propres hydrocarbones et leur cellulose ; on peut donc admet-

tre que, comme les animaux, ils savent tirer des hydro-.

carbones (et de la cellulose) des protéines nutritives. Les microbes utilisent fort bien les sucres ajoutés à leur milieu

de culture ; on ne saurait douter qu'ils peuvent les trans-

former en leurs propres hydrocarbones. En tout cela, il n'y à pas de différence entre animaux et microbes. Mais les microbes peuvent, comme les végétaux, faire

des protéines aux dépens de substances azotées non protéiques et notamment de sels ammoniacaux et de nitrates.

Nous avons vu pousser l’Aspergillus sur le liquide de Raulin, qui

ne contient comme substances azotées que des sels ammoniacaux

acide minéral (nitrate, phosphate, sulfate). Les 25 gr. récoltés ren-

… ferment une importante proportion de protéines, qui ne sauraient - dériver des minimes quantités de protéines apportées par les spore : . qui ont ensemencé le liquide ; c’est dire que ces protéines dérivent des sels ammoniacaux.

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Les due. comme les moisissures, mais moins Hide et moins abondamment, peuvent se développer sur des milieux pure- ment minéraux ne contenant pas trace de protéines; les microbes proprement dits le font aussi, mais en général plus Léhienat à encore que les levures.

Tous ces micro-organismes, du reste, se développent sur des mi-

lieux organiques contenant les substances azotées sous forme de pro- :

téines, de sorte qu’on peut dire qu'ils tirent l’azote dont ils ont besoin soit des protéines soit des nitrates et sels ammoniacaux. Pour fixer plus sûrement ces notions dans les esprits, nous dirons que — en ce qui concerne leur nutrition azotée, les microbes vivent : 1° aux dépens des tissus animaux ou végétaux ; 2° aux dépens de matières chimiques minérales. Dans le premier cas ils sont au régime animalien ou végétarien ; dans le second, ils sont au régime minéralien. I] y a des microbes minéraliens facultatifs, lesquels peuvent s’accommoder des deux régimes. Il y aurait des microbes minéraliens obligatoires, qui ne se développeraient que sur les milieux exclusivement miné- Taux.

Ces faits de synthèse protéique à partir de l’ammoniaque par les

microbes sont intéressants : ils nous apprennent que, malgré leur petitesse, ces êtres possèdent les mécanismes sans doute complexes qui .

leur permettent de faire la synthèse des protéines, de leurs protéines. | :

La faculté que possèdent les microbes de se multiplier sur des milieux ne renfermant pas de protéines est à noter, car cette propriété est avantageusement utilisée pour résoudre quelquesuns des problèmes, et non des moins importants que pose à l’expérimentateur le développement de ses études sur la physiologie microbienne.

Les microbes n’empruntent pas seulement au milieu ses éléments azotés ; ils utilisent aussi les éléments ternaires, hydrocarbones ou autres substances.

Le liquide de Raulin contient 70 gr. de sucre candi et 4 gr. d'acide tartrique pour 1 litre 1/2. Or, après 6 jours, dans les conditions coutumières, le sucre a disparu, l’acide tartrique a notablement diminué : l’un et l’autre, ils ont servi à l’alimentation de la moisissure.

Le sucre a rempli le double rôle alimentaire : il a participé à la

constitution des tissus ; il a fourni de l’énérgie. La récolte d’Asper-

gillus pèse 25 gr. ; or le liquide de Raulin, si on en élimine le sucre

ne contient pas 25 gr. de matières fixes pour 1 litre 1/2 ; ilencon- .

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| ue tout au plus 10 gr. ; done le sucre participe à la constitution

matérielle de la moisissure. Si on dose le sucre du liquide à divers moments du développement, on constate qu’à l’époque de la germination des spores et de la première poussée végétale la quantité de sucre consommée représente le double du poids de l’Aspergillus produit ; bientôt elle atteint au triple de ce poids, et il en est ainsi durant la plus grande partie de la poussée ; au moment de la fructification, la proportion augmente encore et considérablement. Bref, à tout moment, le sucre est à la fois fournisseur de matière et fournis seur d'énergie. La partie du sucre qui fournit de l’énergie est brûlée et transformée en acide carbonique et eau ; la partie qui sert à la construction cellulaire forme les hydrocarbones protoplasmiques et la cellulose des membranes d’enveloppe.

Quant à l’acide tartrique, son rôle dans le liquide de Rule est moins alimentaire que chimique : il donne à la liqueur une réaction acide favorable au développement de l’Aspergillus ; et la preuve que tel est bien son rôle essentiel, c’est qu’on peut le remplacer par la quantité acidimétriquement équivalente d’acide sulfurique sans changer sa valeur nutritive. Pourtant l’acide tartrique peut être un aliment : si on prépare un liquide de Raulin sans sucre, la moisissure y pousse encore, faiblement du reste gmais certainement, et parallèlement acide tartrique diminue dans la liqueur. L’acide tartrique est également consommé dans le liquide de Raulin complet, mais seulement après la disparition du sucre, jouant le rôle d’aliment complémentaire, pour le temps de disette.

Notons que si les microbes s’accommodent généralement d’un milieu banal pour s’y développer, il en est qui sont forts exigents (le bacille tuberculeux ne pousse bien que sur milieu glycériné); et surtout que pour chaque espèce microbienne il existe, semble-t-il, un milieu spécifique particulièrement favorable, dans lequel le dévelopment est maximum.

Il est remarquable de voir un être auquel nous aurions tendance à refuser une organisation histologique complexe et délicate (les bactériologistes ne nous en parlent pas ou presque pas) présenter de telles finesses de fonctionnement, faisant pour ainsi dire un choix entre deux aliments, consommant d’abord l’un sans toucher à l’autre et

- n'ayant recours à ce dernier que si le premier vient à totalement __ manquer.

Nous devons insister, en présence de tels résultats, sur cette notion

fondamentale : les microbes, malgré leur petitesse et leur apparente

simplicité morphologique, sont doués de propriétés physiologiques remar-

quablement délicates el nuancées, et, comme les êtres supérieurs, pos-

sèdent un fonctionnement très complexe. La biologie des microbes n'est pas une biologie simplifiée.

è | PHYSIOLOGIE MICRO ENN.

La nutrition des microbes, comme celle des 2 animaux, : est un acle complexe : les Stlhents doivent d’abord être transformés en matières absorbables etassimilables, comme : chez les animaux. Parfois cette transformation se fait dans le protoplasma microbien et par des agents que nous ne

connaissons pas véritablement, ne les ayant pas sûrement isolés ; parfois elle se passe en dehors du microbe, dans le milieu, et sous l'influence d'agents que le microbe déue verse dans le milieu, et qui sont des diaslases équiva- lentes et fort semblables aux diastases digestives des animaux. Sans doute, un microbe quelconque ne possède pas l'entière série des diastases digestives de l'homme, et tous les microbes ne produisent pas les mêmes diastases ; mais aussi, tous ne se nourrissent pas indéfiniment d'aliments très variés ; au contraire, chacun utilise préférablement tel ou tel aliment et fabrique et excrète justement les diastases correspondantes.

On pourrait parler d’une absorption alimentaire, d’une assimilation, d’une désassimilation et d’une excrétion des déchets du travail chimique intramicrobien ; mais on ne serait pas constamment soutenu dans un tel exposé par les faits, car l’étude expérimentale de la physiologie alimentaire et nutritive des microbes n’est faite que pour quelques rares questions limitées. N’insistons donc pas.

Les microbes ne sont pas immuables : ils présentent sous l'influence des agents extérieurs des modifications : plus ou moins durables, tant au point de vue morpholo- « gique qu'au point de vue physiologique. En cela, ils ne diffèrent pas des êtres supérieurs, pour lesquels on a signalé tant et de si remarquables faits de érans/ormation | organique. k

En voici un premier exemple. Si on ensemence sur un liquide de Raulin ne contenant pas de sucre des spores d’Aspergillus niger, etsi avéc les spores de cette première culture on ensemence encore un liquide de Raulin sans sucre, et ainsi de suite pendant une assez longue série de générations, on constate que les spores des dernières cultures cessent d’être noires pour devenir verdâtres. Si on ensemence à ces spores verdâtres sur un liquide de Raulin normal, elles fournis- ; sent une variété d’Aspergillus à spores verdâtres, au moins pendant ÿ

CR aractères normaux. C’ est là, ‘dans nanchonont des KE un exemple de ces Mod ÉcatQns morphologiques que présentent les animaux et végétaux soumis à certaines influences du milieu.

En voici un second exemple. La bactéridie charbonneuse forme des

spores dans les conditions ordinaires de culture. Portons un bouillon A dans lequel on vient d’ensemencer la bactéridie à une température de

42 à 43° ; le développement se fait, assez péniblement du r este, mai

- Ja bactéridie ne fabrique pas de spores, et, si on ramène le bouil'on à

20° (température à laquelle la bactéridie non chauffée forme abondamment des spores), elle n’en fabrique pas davantage Si on ense- … mence cette bactéridie asporogène dans un bouillon neuf qu’on maintient à 20°, température optima, elle s’y développe, mais ne forme pas de spores, et elle n’en forme plus jamais quelque nombreux

qu’aient été les réensemencements. Le chauffage à 42-439 a donc - créé une variété stable de bactéridie.

En étudiant ci-dessous la virulence des microbes, nous retrouverons de nombreuses et importantes transformations de leurs qualités biologiques, à la suite d’un traitement convenable.

De telles transformations n’ont pas de conséquences favorables pour le microbe : que les spores de l’Aspergillus soient vertes ou noires, peu importe pour le plus grand profit de la moisissure ; —

et si la bactéridie perd sa propriété d’engendrer des spores, ce n’est … pas un progrès biologique, car elle est ainsi privée d’un moyen sou vent fort efficace pour résister aux conditions défavorables dans les-

quelles elle peut temporairement se trouver. Mais on connaît aussi

des modifications microbiennes qui sont de véritables adaptations aux conditions qui leur sont imposées : en voici des exemples.

La bactéridie charbonneuse peut se développer à 10° et à 429,5; mais elle le fait très lentement. Si on la cultive pendant de nombreuses générations soit à l’une soit à l’autre de ces températures, on

Ja voit s’y développer de mieux en mieux et finalement s’ÿ multi- Li

plier fort rapidement. La bactéridie s’est adaptée progressivement aux conditions dans lesquelles elle a vécu.

La même bactéridie peut s’accoutumer, en quelque mesure ob ee

au moins, aux an!iseptiques : on a reconnu, par exemple, que 0,05 °/vo. de sublimé ne permet pas à la bactéridie normale de se développer ; mais qu'il faut en employer 0,07 °/,0 pour arrêter le développement de bactéridies qui ont été cultivées pendant plusieurs générations sur

des milieux contenant une dose de sublimé compatible avec la vie du

+ microbe.

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