‹ Précis de physiologie microbienneChapitre 53 sur 145 · CHAPITRE VIII tt · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII tt

É À L'IMMUNITÉ ANTITOXIQUE . SOMMAIRE. — Immunité antitoxique naturelle, absolue, relative, con : __ ditionnelle. — Exemples et précisions : intoxication peplonique du + ss chien el immunilé peplonique du lapin ; sérum d’anguille et hérisson ; 8 venin de vipère, hérisson et mangouste; toxine diphtérique et rat, |

LS toxine tétanique et poule. — Remarques d’un caractère général. — Ë Le Du mécanisme de l’immunité naturelle antitoxique. — Etude de trois

de immunisations mixtes. — Quel est lemécanisme de l’immunité acquise ?

. hypothèses : la toxine est-elle détruite par les humeurs, examen de quelques cas ; la toxine est-elle indifférente pour les éléments anato- | miques, examen de quelques toxines hématolytiques ; la toxine est-elle retenue loin des éléments sensibles : poule et toxine tétanique. — La

solution des problèmes d’immunité naturelle antitoxique doit être S

. établie pour chaque cas. ; é - Ammunisation contre les toxines : immunilé acquise. — Immunisation

par injections répétées de doses mon mortelles de toxine: sérum … d’anguille, venin de Cobra, toxines tétanique et diphiérique. — Spé-

cificité de l’immunisation; exceptions. — De l'excellence des venins

curarisants pour les études d’immunisation. — De la nécessité de

substituer à la méthode d’immunisation par les toxines naturelles une autre méthode pour obtenir une immunisation plus forte. —

Méthode des toxines modifiées par la chaleur : immunisation antité-

tanique. — Méthode des toxines atténuées par les substances chi-

miques : immunisalions antidiphtérique et antivenimeuse. — Méthode ia

des toxines-antitoxines. — De la longue durée de l’immunité. — Des Ÿ

| — L'immunité est-elle cellulaire ou humorale? — Le sérum anti- 4

| toxique: immunisations antitélanique, antidiphtérique, anticobraïque ; à

: les humeurs antitoxiques. — Existe-t-il une immunité cellulaire acquise à côlé de l’immunilé humorale acquise ? — Attendons une

… bonne démonstration. — Quelques définitions : les antigènes et les anticorps ; les immunsérums et les animaux immuns.

8 L° substances toxiques précédemment considérées, toxines microbiennes, protéines toxiques etvenins, que pour simplifier nous appellerons foxines, ne provoquent pas

TÉENT PPS UT aiier

toujours et nécessairement des intoxications chez tous les animaux. Il est telle espèce animale, pour laquelle telle . loxine est ino/ffensive ; il en est telle autre, pour laquelle

telle autre toxine est faiblement offensive, c'est-à-dire ne produit d'accidents que pour des doses, 10 fois, 100 fois, 1000 fois supérieures à celles qui suffisent pour engendrer des désordres graves et la mort chez la plupart des animaux. Dans le premier cas, l'animal est {ofalement réfraclaire à l’action de la toxine, ou, comme on dit encore, l'animal possède une immunilé absolue vis-à-vis de la {oxine ; dans le second cas, l’animal est peu sensible à l’action de la toxine, ou comme on dit encore, l’animal possède une iëmmunilé relative ou partielle vis-à-vis de la toxine. Enfin, telle espèce animale peut être à la fois sensible ou insensible à l’action d’une toxine, selon que celle-ci a été inoculée en telle ou telle région de l’organisme, selon que l'animal est jeune ou adulte, selon que les conditions physiologiques dans lesquelles il se trouve sont celles-ci ou celles-là. On pourrait parler ici d'ëmmunité conditionnelle, c'est-à-dire se manifestant dans des conditions déterminées, et non pas dans toutes conditions, comme c'était le cas pour l’immunité absolue ou l'immunité relative de tout à l'heure. Ces trois immunités du reste sont dites ëmmunitlés nalurelles, et en les désignant ainsi, on entend marquer qu'elles existent chez l'animal tel qu'il est dans l’état de la nature, c'est-à-dire sans avoir subi aucune préparation, sans avoir été soumis à aucun traitement, sans avoir été antérieurement intoxiqué par la toxine considérée.

Et maintenant, des exemples et des précisions.

L’injection intraveineuse de peptone pratiquée chez le chien, à la dose de 10 cgr. par kgr. détermine un ensemble d’accidents (accidents d'intoxication peptonique), chute de pression artérielle, incoagulabilité du sang, état comateux, etc., tous phénomènes transitoires, qui ne tardent pas à s’atténuer et à disparaitre progressivement et

totalement. Or si on injecte dans les veines du lapin des doses de peptone 10, 50, 100 fois plus considérables, on ne provoque aucun des.

accidents de l’intoxication peptonique du chien, ni aucun autre d’ailleurs. Le lapin est réfractaire à l’intoxication peptonique ; il possède une immunité naturelle vis-à-vis de la peptone. Gette immumité est-

l’affirmer, lauee éxpérimentateurs ayant observé des troubles apr s

avoir injecté des doses colossales de peptone chez le lapin ; mais les

quantités supportées par le lapin sans en souffrir sont si grandes par rapport à celles qui provoquent des accidents graves chez le chien,

qu’on est autorisé à parler ici d’une immunité absolue.

Le sérum d’anguille, injecté dans les veines de cobayes de 4oo gr. les tue en 10 min. environ à la dose de o c. c. 005. Injecté dans les veines du lapin ou du chien à doses équivalentes (mêmes doses pour 1 kgr. d'animal), il détermine encore une mort précoce. Par contre, pour tuer un hérisson de 500 à 600 gr., il en faut employer 0 c. c.1, c’est-à-dire 20 fois la dose mortelle pour le cobaye ; et encore, avec cette dose, la mort ne se produit-elle qu'après plusieurs heures. Le hérisson présente donc une immunité relative vis-à-vis du sérum d’an-

guille ; et, malgré que la dose mortelle pour lui ne soit pas très con--

sidérable (o c. c. 1), nous dirons que le hérisson est peu sensible à l’action toxique de ce sérum d’anguille, parce que la dose mortelle pour lui est très notablement plus grande que la dose mortelle pour la plupart des animaux.

Le hérisson présente encore une immunité relative vis-d-vis du venin de vipère : : ce venin peut le tuer, à dose suffisante, mais la dose minima mortelle est 4o à 50 fois supérieure à la dose minima mortelle pour le cobaye, et plus généralement pour les animaux d’expérience (lapin, chien, etc.), en tenant compte du poids de l’animal. La mangouste des Antilles présenterait une immunité relative, considérable du reste, vis-à-vis du venin de plusieurs espèces de serpents.

Le rat et la souris résistent, sans présenter d’accidents, à l’inoculation sous-cutanée, intramusculaire ou intrapéritonéale de doses considérables de toxine diphtérique, suffisantes pour tuer plusieurs dizaines de cobayes (si l’on tenait compte des poids, il faudrait 1000 fois plus

. de toxine pour tuer 1 kgr. de souris que pour tuer 1 kgr. de cobaye).

La poule résiste vigoureusement à la toxine télanique. Sans doute,

on peut, en injectant des doses énormes sous la peau ou dans les

muscles, provoquer chez elle un tétanos typique et mortel, mais les doses nécessaires pour y réussir sont incomparablement plus grandes que celles qui suffisent à tuer un même poids de souris ou de cobaye. La très forte immunité relative de la poule vis-à-vis de la toxine tétanique peut d’ailleurs être diminuée dans des conditions choïsies : p. ex. une poule refroidie devienttétanique à la suite de linoculation de doses inoffensives pour la poule non refroidie ; p. ex. encore l’inoculation intracérébrale d’une quantité modérée de toxine tétanique suffit à engendrer le tétanos chez la poule, alors qu’elle résisterait à l'inoculation sous-cutanée où intramusculaire de doses 100 fois plus considérables, C’est là un exemple d’immunité conditionnelle.

5 oxines en éies ou peu. sensibles, ou Fnsonsibles Une espèce peut être réfraclaire vis-à-vis d’une toxine et éminemment sensible vis-à-vis d’une autre : la souris, p. - ex., est réfractaire à la toxine diphtérique et présente une - exquise sensibilité à la toxine tétanique. L'observation et …. l'expérience permettent seules de fixer ces sensibilités . spécifiques dans chaque cas particulier : les séries rangées … par ordre de sensibilité croissante ou décroissante pour les diverses toxines présentent le plus e/farant désordre. # Quèlle est la raison de cetle immunité naturelle antitoxique, absolue, relative ou conditionnelle ? Trois hypothèses se présentent à l'esprit. Ou bien la toxine inoculée est détruite ou atténuée par quelque substance contenue dans le sang ou les humeurs de l'animal réfractaire, comme un acide est supprimé ou atténué par une base à laquelle il s’unit pour former un sel, ou encore comme une - matière colorante est enlevée par le noir animal auquel - elle adhère solidement, etc. Ou bien la toxine n’est pas détruite dans l'organisme, mais elle n’est pas capable, chez l'animal réfractaire, d'agir, pour les modifier ou troubler leur fonctionnement, sur ces éléments anatomiques qu’elle lèse ou dévie chez l’animal sensible. Ou enfin la toxine, non détruite dans l’organisme, n'arrive pas, chez

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et injectons des volumes égaux de ces deux mélanges respectivement à deux cobayes : les accidents engendrés sont identiques quant à leur gravité, leur évolution, leur durée, leur terminaison. Le sang ou le

- sérum du rat ne Cntiopndai pas d’antitoxine diphtérique.

4 La poule est réfractaire à la foxine tétanique, au moins dans les conditions de vie normale. Préparons des mélanges en proportions déterminées de toxine tétanique et de sang défibriné, ou de sérum de

poule, ou de toxine tétanique et d’eau salée, et injectons-en des

- J’animal réfractaire, au contact des éléments anatomiques, - qu’elle atteint et impressionne chez l'animal sensible.

À La première hypothèse — destruction de la toxine par L. quelque substance contenue dans les humeurs — ne se . vérifie pas.

4 - Le rat est réfractaire à la toxine diphtérique. Mélangeons, en pro- . portions déterminées, de la toxine diphtérique avec du sang défibriné ou du sérum de rat, ou de la toxine diphtérique avec de l’eau salée,

dei Area débutant, fr ea et conduisant à la Sen

niques.

Sans doute, on a signalé des cas où un observateur superficiel con-

clura peut-être que les humeurs des animaux réfractaires ou peu sensibles sont antitoxiques ; maïs on peut démontrer, dans ces cas, que cette propriété ne saurait rendre compte de l’immunité de l’animal réfractaire. Le hérisson est peu sensible au venin de vipère ; son sang mélangé à ce venin en atténue quelque peu la toxicité pour le rat, le lapin, etc., sans doute ; mais le sérum de cheval ou de cobaye atténuent tout autant le venin de vipère pour le rat et le lapin, et pourtant cheval et cobaye sont très sensibles à l’action de ce

venin.

Le plus souvent les humeurs des animaux réfractaires . aux toxines ne sont pas antiloxiques. Dans les cas exceptionnels où elles le sont quelque peu, cette propriété antitoxique ne suffit pas à rendre compte de l'immunité de l'animal réfractaire. La première hypothèse doit être écartée. ;

Dans notre deuxième hypothèse, nous avons supposé que la toxine n’est pas détruite, mais qu'elle n’exerce pas d'action, chez l'animal réfractaire, sur tel élément anatomique qu'elle altère chez l'animal sensible. Cette hypothèse se vérifie, au moins dans certains cas.

On connaît une toxine provenant d’araignée, et qu’on appelle arachnolysine, capable d’hématolyser les globules rouges du lapin, mais inoffensive pour les globules rouges du cobaye. Or les globules rouges du lapin la fixent et la retiennent si bien que le liquide perd peu à peu son pouvoir hématolytique pour d’autres hématies sensibles à l’arachnolysine ; tandis que les globules rouges du cobaye ne la fixent pas et la laissent dans le milieu, apte à exercer son action hématolytique sur des globules rouges sensibles.

Le sérum d’anguille est hématolytique pour les globules du cobaye ; il ne l’est pas pour les globules de grenouille ; on peut encore ici démontrer que les globules du cobaye fixent l’hématolysine, tandis que les globules de la grenouille ne la fixent pas.

Et l’on pourrait multiplier les exemples.

Donc, dans certains cas tout au moins, l'immunité

nément. Les humeurs de la Pons ne sont donc pas antitéta- Fr

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antiloxique semble résuller de ce que le poison ne présente pas d’affinité (ne spécifions pas s’il s’agit d’affinité chi- mique, c’est-à-dire de combinaison, ou d’affinité physique, … c'est-à-dire de simple fixation) pour les éléments de l’animal réfractaire, tandis qu'il en présente pour ceux de l'animal sensible.

; Mais il serait imprudent d'imaginer que c’est là la règle … générale qui préside à l’immunité antitoxique, et d’en con- - clure que la troisième hypothèse n’a pas besoin d'être … examinée, et peut, sans plus ample informé, être écartée. Documentons-nous.

4 La poule est réfractaire à la toxine télanique. Or, après inoculation … sous-cutanée, intramusculaire ou intrapéritonéale de cette toxine, on la trouve dans le sang circulant (car le sang inoculé à des animaux sensibles au tétanos en fait apparaître les manifestations), et malgré - que le sang irrigue les éléments du système nerveux central, le tétanos n’éclate pas chez la poule, dans les conditions ordinaires de vie. Si on avait injecté la toxine tétanique directement dans l'épaisseur de l’encéphale de la poule, le tétanos se fût développé avec ses caracières et sa gravité typiques, même si la dose injectée avait été faible. . Il en faut conclure que la toxine contenue dans le sang ne le quitte pas pour passer sur les éléments nerveux. La toxine d’ailleurs, malgré qu’elle soit dans le sang, ne se trouve pas dans les divers tissus de la poule (supposés débarrassés de leur sang) sauf en petite quantité dans les glandes sexuelles, ovaires ou testicules. Voilà les faits. Deux hypothèses se présentent à l’esprit : ou bien la paroi capillaire est imperméable à la toxine, ou bien le sang renferme quelque élément possédant pour celte toxine une puissance de fixation plus grande que les tissus en général, le tissu nerveux en particulier. La première hypothèse : doit être écartée puisque les tissus ovarien et testiculaire contiennent de la toxine venant nécessairement du sang. La seconde hypothèse paraît au moins acceptable ; les tissus testiculaire et ovarien seuls auraient un pouvoir d'attraction pour la toxine tétanique plus grand que le sang, chez la poule, Ne considérons pourtant ces données que comme de premières indications ; il faudrait expliquer en effet pourquoi le sang perd cette affinité majeure chez la poule refroidie, qui prend le tétanos à la suite de l’injection intrapéritonéale ou souscutanée de toxine tétanique.

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