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CHAPITRE IX

. LES SÉRUMS ANTITOXIQUES

SOMMAIRE. — Hyperimmunité et sérums thérapeutiques de cheval. — Préparation des chevaux fournisseurs de sérum antidiphtérique

el remarques à ce sujet. — Quelques propriétés des sérums thérapeutiques. — Les antitoxines: tentatives de séparation et d'isolement. — La neutralisation de la toxine par l’antitoxine est directe : ricine, venins coagulants ; elle se fait selon la loi des proportions définies. — Les antitoxines neutralisent tous les effets toxiques des toxines : venins de Cobra et de Scorpion. — L'action des antiloxines est spécifique ;

justification de cette proposition et réserve. — La neutralisation des … venins par les antivenins est instantanée : expériences in vitro et in vivo ; remarques sur quelques expériences mal interprétées. — Les

antitoxines ne sont pas des diastases. — Régénération de la toxine

en partant du mélange neutre toxine-antitoxine : exemple emprunté à

à l’histoire des venins ; de la préparation d’hyperimmunité dans ses

phases avancées. — Les sérums antiloxiques sont préventifs ; èmmunilé passive et ses caractéristiques. — Influence de la voie d'injection;

durée de l’immunité passive. — Les sérums antitoxæiques sont-ils cura-

tifs? — Du sens du mot curatif. — Trois cas examinés. — Sérum

antidiphtérique et conditions de son efficacité. — Sérum antitétanique non curatif. — Sérum anticobraïque : éludes de sérothérapie antico-

braïque faites dans diverses conditions ; démonstration rigoureuse de —

l’effet curatif du sérum anticobraïque. — La question de l’origine des antitoxines n’est pas résolue. — Dans le maquis des théories. — Spé-

cificité des antitoxines et conception dérivée ; les antitoxines sont-elles |

des toxines transformées ; objection. — Les antiltoxines sont-elles produites par quelque élément de l’organisme vivant excité par les toxines ? — Réserves des physiologistes et raisons de ces réserves. — Théorie d'Ehrlich; point de départ chimique ; naissance et développement de la théorie; images littéraires et rêveries. — Une improbabilité. — Prière d'attendre.

E sérum des animaux immunisés contre plusieurs doses |

mortelles d'une toxine ou d’un venin manifeste des

propriétés antitoxiques, c’est-à-dire neutralise une certaine

on du fournisseur de Sérum, Pour étudier les propriétés de ces sérums antitoxiques et celles de l'agent qui leur confère cette action antitoxique (an{itoæine), nous aurons recours aux sérums les plus actifs possible : on les obtient en prolongeant longuement la préparation d'immunité, en E réalisant ainsi l’hyperimmunité, c’est-à-dire l'nnnté - contre un très grand nombre de doses mortelles pour 4 l'animal neuf. De tels sérums d’ailleurs sont préparés dans …. un but thérapeulique, afin, tout à la fois, de pouvoir re- 4 cueillir aux dépens d'un eu animal une grande quantité d’antitoxine, et de pouvoir se borner à en injecter de pe- …. tites quantités pour appliquer, chez le malade, le traite- ment antitoxique.

Pratiquement on utilise le cheval : il fournit une grande quantité de sérum ; et puis son sérum n’est pas toxique pour l’homme, qu’on … l’injecte sous la peau, dans les muscles, dans les veines, ou ailleurs ; …. enfin il s’est trouvé qu’il convient fort bien à la réalisation de l’hy- … perimmunité et qu'ilest un des animaux dont le sérum peut s’enrichir d’antitoxine au maximum.

… Un cheval immunisé contre la toxine diphtérique et ayant reçu =. lors de la dernière injection préparatoire 500 c. c. de toxine, a fourni - un sérum dont : c. c. neutralisait une quantité de toxine diphtéri- que capable de tuer 50 o00 cobayes. On obtient des résultats au …. moins aussi remarquables pour le sérum du cheval immunisé contre …. la toxine tétanique.

. Un cheval immunisé contre le venin de cobra a fourni un sérum dont rc. c. neutralisait o mgr. 7 de venin sec, c’est-à-dire 15 fois la … dose mortelle pour le cobaye (dose mortelle 1/20 mgr.). Les che- - vaux immunisés contre les venins de Bothrops et de Cascavel four- “ nissent des sérums neutralisant 1 mgr.de venin sec à la dose de - ze. c. C’est dire que les sérums antivenimeux sont beaucoup moins . puissants que les sérums antidiphtérique et antitétanique.

En préparant les chevaux producteurs du sérum anti- diphtérique, on a noté des faits intéressants, rs nous allons résumer les principaux.

Tous les chevaux ne sont pas équivalents comme producteurs d’antitoxine diphtérique. En fin de préparation, c’est-à-dire quand la puissance antitoxique du sérum n’augmente plus après une nouvelle

et lite Are de toxine, tel oral fournira un sérum pos

tel autre, toutes conditions ayant été rigoureusement semblables durant la préparation. Il est même, exceptionnellement d’ailleurs, des chevaux qui ne fournissent jamais qu’un sérum faiblement actif et en vérité inutilisable dans la pratique sérothérapique. Le maximum d'activité antitoxique est de coutume atteint lorsque la dose de toxine injectée en une fois est de 250 à 300 c. c. ; exceptionnellement il ne l’est qu'après injection de 500 à 600 c. c. de toxine.

Le maximum d'activité antitoxique n’est pas réalisé aussitôt après la dernière injection. Toute injection de toxine, à quelque moment que ce soit de la préparation, abaisse le pouvoir antitoxique du sang; ce n’est guère que 5 jours après l'injection que le sang a recouvré sa valeur antitoxique, telle qu’elle était au moment de la dernière injection ; il continue d’ailleurs à s’enrichir en antitoxine du 5° au 10€ ou 12° jour (jusqu’au 20° jour pour le sérum antitétanique) ; il conserve cette activité maxima durant quelques jours seulement, puis, si on ne renouvelle pas les injections, il s’appauvrit progressivement, et perd finalement toute propriété antitoxique au bout de plusieurs mois. En s'appuyant sur ces données, on a coutume de faire la prise de sang pour la préparation du sérum antitoxique 10 jours après la dernière injection préparatoire (on retire 6 à 8 litres de sang, qui donnent 2 1. 1/2 à 31. 1/2 de sérum), et parfois on renouvelle la prise 3 jours plus tard (6 I. de sang).

Pour que la valeur antitoxique d’un sérum ne fléchisse pas, ou plus exactement fléchisse le moins possible, il faut, après la saignée, renouveler les injections de toxines. Selon les instituts serothérapiques, on injecte aussitôt après la saignée de 300 à 500 c. c. de toxine, ou bien on attend pour faire les injections ici que 15 jours se soient passés, là que 3 à 4 semaines se soient écoulées. En général, on fait alors une nouvelle série d’injections en commençant par une dose notablement inférieure à la dose finale maxima de la première série, puis on augmente progressivement la dose, pour atteindre en 5 à 6 injections 600 c. c. Parfois aussi on se contente d’injecter de moindres proportions, mais en augmentant le nombre des injections : on injectera p. ex. 50 c. c. à 4 reprises, puis 100 c. c., 6 à 8 fois. Bref, il n’y à pas de règles fixes, il y a des pratiques propres à chaque institut.

Après cette seconde série d’injections toxiques, le sérum a toujours un pouvoir antitoxique moindre que celui qu'il présente lors de la première saignée: à peine atteint-on les 3/4 ; parfois on ne dépasse : pas les 2/3. Après une troisième série d’injections le pouvoir antitoxique baisse encore et tombe à 1/2 ou 1/3 de la valeur maxima antérieurement acquise. C’est là une valeur qui demeure généralement fixe, si on multiplie les saignées et les injections toxiques.

sédant une activité antitoxique double, triple et même quadruple FR

se Notons que ce ne nt B que des renseignements approximatifs.

oxique applicable au traitement sérothérapique de la diphtérie, si on pratique les saignées de 6 semaines en 6 semaines, ou de deux mois

en deux mois, en faisant alterner les saignées etles séries d’injections

toxiques, Tel cils cheval voit fléchir progressivement la valeur antitoxique de son sérum, malgré qu il soit traité exactement comme le

er précédent. Parfois un cheval fournit pendant des années un sérum

utilisable thérapeutiquement, donc riche en antitoxine, puis, tout à coup, sans raison apparente, le pouvoir antitoxique baisse, malgré

qu'on pratique les injections toxiques, et finit par n’avoir plus qu’une

valeur trop faible pour pouvoir utilement servir en thérapeutique.

. Non seulement, en cette matière, on note des différences inexpli- | quées, mais encore on est exposé aux surprises les plus inattendues. On est en plein empirisme,

La quantité d’antitoxine produite par un cheval soumis à l’immu-

nisation antitoxique est incomparablement plus grande que la quan- tité qui suffirait à neutraliser la totalité de la toxine injectée en cours

de préparation : dans certains cas tout au moins et pour.les immunisations antidiphtérique et antitétanique, le rapport est comme les nombres 100 000 et 1.

et à l'obscurité conserve pendant très longtemps son activité antitoxique (1 an et plus) intacte. Le sérum anticobraïque se comporte de même (après 6 ans la valeur antitoxique était rigoureusement la même qu'au moment de la récolte du sérum).

Le sérum antidiphtérique s’atténue sous l'influence de

la lumière vive, lentement mais sûrement (après 3 ou 4 : mois d'exposition au soleil le titre antitoxique est nette- - ment abaissé). Il résiste à la température de 38° main-

tenue plusieurs jours consécutifs, mais il s’atténue quelque peu à 60° en 1 heure. L’ oxygène pur le rend moins actif très rapidement ; l'air agit de même, mais notablement moins vite. Desséché dans le vide, il supporte un chauf- . fage à 100° sans que son pouvoir antitoxique fléchisse ; le

résidu sec n’est altéré qu'à 120° et encore modérément. Les.

antiseptiques du groupe phénol, lysol, toluol, ajoutés en quantité modérée ne le modifient pas. La filtration sur porcelaine dégourdie réduit considérablement sa puissance

. antitoxique.

; es RUE re.

Tape:

Te 1 cheval conserve pendant des années un sérum fortement anti-

Le sérum antidiphtérique maintenu en flacons remplis

FE

On admet que les autres sérums antitoxiques se con portent vis-à-vis des agents physiques et chimiques comme le sérum antidiphtérique. ec 1e

Toutes les tentatives faites pour isoler à l'état de pureté les antitoxines, en les séparant des substances qui les accompagnent dans les sérums, ont échoué.

Le sulfate d'ammoniaque ajouté à saturation au sérum antidiphtérique précipite la totalité des protéines et avec elles l’antitoxine. Le sulfate de magnésie ajouté à saturation au sérum antidiphtérique précipite la totalité des globulines et avec elles l’antitoxine. Pourtant l’antitoxine n’est pas une globuline; les globulines ne dialysent pas, le sérum antidiphtérique introduit dans un dialyseur laisse passer un | peu d’antitoxine dans le liquide extérieur; — les globulines sont précipitées par un excès d’alcool fort et totalement coagulées quand elles demeurent quelques jours au contact de cet alcool fort; le sérum antidiphtérique étant précipité par un excès d’alcool fort et le précipité maintenu quelques jours au contact de cet alcool fort, il est possible d’extraire du précipité desséché, en le faisant macérer dans l’eau salée, un peu d’antitoxine.

Bref, l’antitoxine est précipitée avec les globulines par le sulfate d’ammoniaque, le sulfate de magnésie et l’alcool ; mais elle n’est pas globuline, ni même protéine (au moins protéine coagulable).

Il nous a été impossible d'isoler les diastases et les toxines et par suite de connaître leur constitution chimique : il nous est impossible d'isoler les antitoxines pour en étudier la constitution. Mais nous pouvons, sans les connaître, étudier certaines de leurs propriétés, comme nous avons :

étudié, sans connaître diastases et toxines certaines propriétés chimiques des premières, certaines propriétés toxiques des secondes. 2)

Des opinions diverses ont été émises sur le mode d’aclion des antiloxines. De ce qu’un mélange en proportions |

. convenables de toxine et de sérum antitoxique peut être injecté chez un animal sensible à l’action de la toxinesans « ne produire d'accidents, les uns avaient conclu que l’antio toxine détruit la toxine in vitro, comme une substance chi- 3 mique en détruit une autre (comme l’acide sulfurique eon- .. centré détruit une couleur d’aniline): la neutralisation antitoxique aurait été un fait chimique ; l'innocuité du

élange ne lon Curut été he à l'absence de toxine. — De ce que la neutralisation de la toxine par le sérum antitoxique ne se peut démontrer que par l'injection du mélange toxine-sérum antitoxique, dans un organisme vivant, les autres tiraient cette conclusion que rien ne prouve que la destruction de la toxine ait eu lieu, et qu’il est possible que l’antitoxine contenue dans le mélange … agisse sur l'organisme vivant pour le mettre en état de résister à l’action de la toxine présente dans le mélange, par un mécanisme d’ailleurs inconnu : la neutralisation aurait été un fait biologique ; l'innocuité de l'injection - aurait été liée à l'exercice d’une propriété vitale. Et, des deux côtés, on apportait quelques faits de détail appuyant les conclusions présentées.

On a pu établir, sinon dans tous les cas, au moins dans quelques-uns, qui se prêtent particulièrement bien à la démonstration, que la neulralisalion est directe, et peut se manifester en dehors de l'organisme vivant.

On peut extraire de la graine du ricin une toxine, dite Ricine, qui, injectée sous la peau, dans les muscles ou dans les veines des animaux de laboratoire, produit des accidents et la mort. Ajoutée à des hématies mises en suspension dans un grand excès d’eau salée, cette toxine les agglutine et en provoque la précipitation au fond du vase. Or, en pratiquant une série d’injections convenablement graduées et espacées, on a pu préparer un sérum antiricine capable de neutraliser l’effet toxique pour l’animal de la ricine à laquelle on l’ajoute. Si on ajoute ce mélange ricine-antiricine à une émulsion de globules … rouges dans l’eau salée, l’agglutination et la précipitation ne se font …—…. plus. [ci on ne saurait imaginer que l’antitoxine a modifié de quel- …. que façon l'organisme vivant, tout s'étant passé in vitro. Reconnais- - sons toutefois que cette démonstration prête à la critique, car si l’or- … ganisme fait défaut, il y a pourtant in vitro des hématies qui sont … au moins organisées, et rien ne prouve que l’antitoxine n’a pas agi sur elles pour les rendre insensibles à l’action de la toxine du mélange.

Mieux vaut expérimenter avec les venins et les sérums correspondants,

Les venins de Bothrops et de Cascavel font coaguler in vitro les . liqueurs fibrinogénées (plasmas oxalatés, citratés, fluorés, plasma de … peptone, liquides de transsudat, solution de fibrinogène) : 1 mgr. de … venin sec peut faire coaguler en 2 à 3 minutes à la température du

ARTHUS. — MicroB. 12

ne ss 1 mgr. du venin nn la ph. ne coagule pas. Le sérum antivenimeux a donc neutralisé in vitro, en

dehors de la présence d’un élément organisé quelconque, l’action coagulante du venin correspondant.

Si à du plasma citraté de cheval non spontanément coagulable, on ajoute 1 à 2 °/,0 de chlorure de calcium, on en provoque la coagulation fibrineuse. Si à ce plasma citraté on ajoute une petite quantité de venin de cobra, puis le chlorure de calcium, la coagulation se fait, mais avec un considérable retard (1 h. p. ex., au lieu de 15 min). Reprenons l'essai en ajoutant au plasma citraté un mélange en proportions convenables de venin de cobra et de sérum anticobraïque, puis le chlorure de calcium la coagulation se fait aussi rapidement que si le venin de cobra n'avait pas été ajouté. Le sérum anticobraïque a

neutralisé l’action anticoagulante du venin de cobra en dehors de la

présence d’un élément organisé quelconque.

On démontre ainsi dans le cas des venins, et, généralisant, on admet dans le cas des autres toxines que la neutralisation de la toxine par l’antitoxine est un phénomène direct. Ajoutons sans tarder que neutralisation ne veut pas dire nécessairement destruction de la molécule de toæine : il s'agit de la neutralisation de ses effets.

La neutralisalion de la loxine par l’antitoæine se fait conformément à la loi des proportions définies : c'est dire que, pour neutraliser exactement une quantité de toxine double, triple, décuple, centuple, il faut 2, 3, 10, 100 fois autant de sérum antitoxique que pour neutrali-

ser l'unité de toxine. On peut le démontrer in vitro et

in vivo.

Déterminons la quantité minima de sérum antibothropique capable de neutraliser le pouvoir coagulant de 1 mgr. de venin de Bothrops ; supposons que ce soit o c. c. 75 ; le mélange contenant # mgr. de venin et o c. c. 70 de sérum est encore coagulant. On véri-

fie que, pour supprimer l’action coagulante de 10 mgr. de venin, il faut 7 c. c. 5 de sérum, 7 c. c. n’y suffisant pas; et que pour sup-.

primer l’action coagulante de 20 mgr. de venin, il faut 15 c. c. de sérum, 14 c. c. n’y suffisant pas.

On obtient des résultats identiques en opérant avec le venin de

cascavel et le sérum anticascavélique (action coagulante), avec le

venin à bre et 4 pos be (action anticogulante). sg avec la ricine et le sérum antiricine (action agglutinante). L’injection intraveineuse de 2 mgr. de venin de cobra chez le . lapin détermine l’arrêt respiratoire en 20 minutes environ. Détermi- … nons la dose minima de sérum anticobraïque capable de neutraliser ceteffet toxique du venin: supposons que ce soit 3 c. c. et que … 20c. c. 8 soient insuffisants pour assurer la survie du lapin. Si on in- … jecte 4 mgr. de venin, il faut, pour le neutraliser, 6 c. c. de sérum, 9 c. c. 6 n’y suffisant pas ; si on injecte 10 mgr. de venin, il faut … 19 c. c. de sérum, 14 c. c. n’y suffisant pas.

… La démonstration est assurément moins catégorique quand on emploie les produits diphtériques et tétaniques (toxines et sérums cor- : respondants) ; mais il ne faut pas oublier que les lapins présentent une réceptivité moins fixe pour ces toxines que pour le venin de .. cobra (2 mgr. de venin de cobra tuent des lapins de 2 kgr. 1/2 quels qu'ils soient, exactement en 20 à 22 min.). Le venin de cobra et le sérum bb sont les éléments de choix pour démontrer la loi des proportions définies.

h = 1 1 M De És.,

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