CHAPITRE X
L'ANAPHYLAXIE D.
SOMMAIRE. — Le phénomène de Richet. — Anaphylaxie du chien
par et pour les congestines. — Choc anaphylactique, crise d'anaphylaxie. — La réaction d’anaphylaxie n’est pas une manifestation d’accumulation toxique. — Incubation d’anaphylaxie. — Anaphy- &
laxie passive. — Spécificité de l’anaphylaxie du chien. — Le phénomène d’'Arthus ou séro-anaphylaxie du lapin : accidents locaux, accidents généraux, accidents tardifs. — Distinction provisoire de l’'ana phylaxie type congestine et de la séro-anaphylaxie. — Analyse des faits de la crise séro-anaphylactique : chute dé pression et anurie, diminution de la coagulabilité du sang. — Du nombre d’injections nécessaire pour obtenir la séro-anaphylaxie; du renforcement de l’anaphylaxie sérique. — Incubation de la séro-anaphylaæie, sa durée ; anaphylaxie croissante, anaphylaxie constante. — Réactions frustes d'anaphylaxie. — Des voies d'introduction du sérum dans la préparation et l’essai d'anaphylaxie. — Ovo, gélatino, pepto-anaphylaæies. — Les substances anäphylactisantes et les substances toxiques sont les protéines : protéo-anaphylaxies. — Non-spécificité de l’ana: phylaxie du lapin : anaphylaxies homologue et hétérologue. — Ana- « phylaxie et précipitation; indépendance des deux réactions. — À : Quelques remarques physiologiques sur les accidents de la crise de séro-anaphylaxie et applications pratiques. — Séro-anaphylaxie du chien : la crise séro- -anaphylactique : chute de pression, incoagulabilité du sang. — Parallèle de la crise séro- -anaphylactique chez le lapin et chez le chien. — Séro-anaphylaxie passive du chien. — Protéo-ana- | phylaxies du chien : spécificité des anaphylaxies du chien. — Pepto- « anaphylaxie du chien. — Identification des deux anaphylaxies provisoirement séparées, anaphylaxie par congestines et séro-anaphylaæie. — Réaction séro-anaphylactique et intoxication peptonique du chien. — Séro-anaphylaxie du cobaye : ses particularités, son instabilité. — Désanaphylaxie ou antianaphylaæie : conditions de sa production chez le cobaye : faits spéciaux au cobaye. — L'anti anaphylaie est une anaphylaxie masquée. — Anaphylaxie par les venins : venin de Cobra et phénomènes protéotoxiques. — Cas du venin de Daboïa et faits de coagulation sanguine. — Anaphylaxie venimeuse passes et sa non-Spécificilé. |
BE
… venin de Cobra, et de venin de Grotalus adamanteus. — Anaphylaxie-
immunité. — Etude de l’immunisation anticobraïque du chien : ana-
phylaxie précoce} immunité tardive. — Les propriétés anaphylactisante et immunisante du sérum de chien préparé par le venin de Cobra. — Injections longuement répétées de sérum de cheval chez le: chien : phase d'anaphylaxie, phase d’immunité non anaphylactique : remarques sur les deux immunités, naturelle et acquise. — Injections répétées de venin de Crotalus adamanteus chez le lapin : anaphylaxie de début, immunité tardive, en réalité anaphylaxie-immunité. — De
l’intrication des faits d’anaphylaxie et d’immunité. — Rapports de
l’anaphylazxie et de l’'immunité. — Toute immunité n’est pas précédée d’anaphylaxie. — L'immunité du lapin est spécifique, l’anaphylaxie me l’est pas. — L’immunité el l’anaphylaxie sont deux élais biologiques distincts.
Es extraits glycérinés de {enlacules d’actinies, de moules, d'éponge (Suberites domuncula), le latex d’une euphorbiacée, Æura crepilans sont toxiques pour le chien en injection sous-cutanée, et, pour une dose suffisante, déterminent la mort. Si la dose injectée ne suffit pas pour tuer l’animal, mais le rend malade quelques jours (le chien recouvre la santé parfaite au plus tard 4 ou 5 jours après
l'injection), on constate qu’une seconde injection faite tar-.
divement (un mois p. ex. après la première), à la même dose que la sremière, ou même à une dose notablement moindre,
(capable tout juste d’engendrer des accidents légers et peu . durables chez le chien neuf) suffit pour provoquer la mort,
ou tout au moins des accidents extrèmement graves. La première injechon de l’un de ces poisons a sensibilisé le
chien à leur action toxique. On dit que le chien a été ana-
phylactisé, ou est en état d’anaphylaxie (C'est là le phénomène de Ch. Richet). à
Ces divers poisons ont été appelés congestines ; on rappelle ainsi
l’une des actions qu’ils exercent, l’action congestive, manifestée pen-
dant la vie par des selles sanguinolentes et à l’autopsie par des.
congestions viscérales souvent poussées jusqu'aux hémorragies. Les congestines provoquent les mêmes accidents chez les chiens neufs et
Pourquoi et comment se pose la question des rapports de l'anaphylaxie et de l’immunité. — Enoncé du problème. — Injections répélées de
chez les anaphylactisés ; ils sont toutefois exagérés et parfois compli-
qués de quelques manifestations complémentaires chez ces derniers.
Comme ces accidents se produisent plus brusquement chez les chiens
anaphylactisés que chez les chiens neufs (accidents foudroyants), on a
; LH aëté déppecieo Le retour à la santé, après la crise, se un as
rapidement (quelques heures), ce qui a conduit à parler de crise
d’anaphylaæie.
L’anaphylaxie n’est pas une manifestation d’accumulation toxique (on connaît l’action cumulative de la digitale p. ex.), la seconde injection ajoutant son effet toxique à celui de la première, pour deux raisons. 1° Si on injecte à un chien neuf 1 cgr. d’ actinocongestine par kg., on détermine des accidents à peine perceptibles ; si, un mois plus tard, on renouvelle l'injection à la même dose, on tue l'animal; 3
-or l'injection de 2 cgr. de poison à un chien neuf ne provoque que
des accidents très faibles, 2° Si on injecte à un chien neuf 1 cgr. d’actinocongestine par kg. et si, 8 jours plus tard (et non plus 1 mois), on renouvelle l'injection à la même dose, les accidents ne sont pas plus graves que ceux déterminés par la première injection : dira-t-on que l'effet cumulatif, qui ne se produit pas au 8e jour, se produira le 30° ? Ce serait absurde. “ Par là s’est manifestée la période d’incubation d’anaphylazie; elle
varie, semble-t-il, avec la substance toxique, mais n’est pas inférieure à 10 jours. À partir de la fin de la période d’incubation, on peut con- sidérer une période d’anaphylaxie croissante (1 à 2 semaines), durant
laquelle la sensibilité de l’animal à l’action toxique croît progressi- vement, suivie d’une période d’anaphylaxie constante, se maintenant pendant très longtemps (des mois à coup sûr, peut-être des années). Pour déterminer l’anaphylaxie il faut injecter la congestine par
woie parentérale (sous la peau, dans les muscles, dans le péritoine,
dans les veines), maïs non par voie digestive; pour provoquer la:crise d’anaphylaxie, il faut injecter la congestine par voie parentérale encore et particulièrement dans les veines.
Si on injecte par voie parentérale à un chien neuf le sérum d’un
chien anaphylactisé par et pour une congestine déterminée, on ana-
phylactise le chien neuf pour la même congestine. Ainsi est créée une anaphylatie passive, se révélant, comme l’anaphylaæie active dont nous parlions ci-dessus, par l’exagération de la sensibilité à l’action toxique de la congestine, mais différant de l’anaphylaxie active : 1° parce qu’elle existe aussitôt après l'injection du sérum ; 2° parce ‘qu'elle ne dure que peu de temps Se à 3 semaines environ), disparaissant progressivement.
Les anaphylaxies active et passive du chien par et pour les congestines sont spécifiques, c’est-à-dire que seule est apte à provoquer la crise la congestine utilisée pour la préparation de l’animal anaphylactisé activement ou de l’animal fournisseur du sérum me 5 disant.
Une remarque. Nous avons implicitement fait une sorte de parallèle
antitoxique active as par linjotion de toxine chez l’animal neuf, et d’immunité antitoxique passive produite par injection à un. animal neuf du sérum d’animal activement immunisé. Nous avons
noté la longue persistance de l’immunité active, la courte durée de Vimmunité passive ; nous avons reconnu la spécificité de l’immunité. N'insistons pas actuellement sur ces rapprochements ; nous y reviendrons.
Si, chez le lapin, on injecte par voie parentérale du sé-
rum de cheval, frais ou conservé, chauffé à 57° ou non
chauffé, à faible dose ou à dose considérable, il ne se produit pas d'accidents précoces ou tardifs : le sérum de cheval est inoffensif pour le lapin. Si on répète à quelques
jours d'intervalle cette injection sérique, on constate
qu'après quelques injections, le sérum produit, même à faible dose, des accidents, qui, selon le degré de préparetion de l'animal, sont légers ou graves, qui, selon la voie
d'introduction, sont locaux ou généraux, immédiats ou
tardifs : le sérum de cheval est toxique pour le lapin pré- . paré, ou sensibilisé, ou anaphylactisé par et pour le sé- … rum de cheval (phénomène d’'Arthus). Les injections répé-
tées de sérum de cheval pratiquées chez le lapin ont
engendré un état d'anaphylaxie, ou pour mieux préciser de
séro-anaphylaxie.
Nous venons de parler d'accidents divers produits par.
* l'injection de sérum de cheval chez le lapin séro-anaphy- - lactisé : voici des précisions.
Un lapin reçoit tous les 6 jours 5 c.c. de sérum de cheval sous la : se
peau de la paroi abdominale. Lors des 3 premières injections, la se résorption du sérum se fait en quelques heures ; aprè sla 4° injection, il se produit une infiltration molle, persistant 2 ou 3 jours; après la 5°,
linfiltration est plus dure, œdémateuse et ne se résorbe qu’en 5 ou 6 jours ; après la 6e, in£liration œdémateuse se transforme. rapidoment en une shération profonde du tissu cellulaire sous-cufané, qui donne une masse épaisse, compacte, blanche (aseptique, et qui n’est
pas du pus), persistant inaltérée pendant des semaines ; aprèsla ge, les mêmes modifications se produisent en s’accentuant ; la peau
recouvrant l’empâtement rougit d’abord, puis blanchit et se dessèche :
il se produit une plaque de gangrène, dont les tissus s’éliminent
si plaie anfractueuse, profonde, se cicatrisant péniblement. L'état 7 . général de l’animal est de coutume demeuré bon. Voilà pour les acci-
à Tantoment Pate are) en See Tree it ouvert
dents locaux.
Un lapin a été préparé par 6 à 7 injections sous-cutanées de# c.c. desérum de cheval; il présente les accidents locaux ci-dessus décrits. On injecte dans les véine 5 c.c. de sérum de cheval. Après 1 min. environ, le lapin secoue la tête, comme pour éternuer, puis devient anxieux et agité, puis se couche sur le ventre : sa respiration devient polypnéique (200 à 250 par min., au lieu de 50 à 60 chez le lapin normal), mais non dyspnéique; elle est superficielle et régulière ; elle ne comporte pas de mouvements costaux ou faciaux exagérés. Des . bols fécaux sont évacués en grande abondance. Parfois et le plus souvent ces accidents persistent quelque temps (1/2 h. ou 3/4 d’h.), puis disparaissent totalement et rapidement. Parfois, et plus rarement le lapin se couche sur le flanc (2 à 3 min. après l’injection du sérum), renverse la tête en arrière, fait avec les pattes des mouvements de course, puis demeure immobile cessant de respirer : après une courte pause, pendant laquelle se produit de l’exophtalmie (réflexe cornéen aboli), le lapin fait 4 ou 5 bâillements asphyxiques, puis il reste inerte. Le tout n’a généralement pas duré plus de 4 min. La cage thoracique étant rapidement ouverte, on constate que les ventricules sont arrêtés en systole, que les oreillettes présentent encore quelques faibles contractions, que le sang est liquide dans les vaisseaux. Voilà pour les accidents généraux précoces.
Le lapin qui, après avoir présenté les premiers accidents de la crise,
a rapidement repris son état normal, semble d’abord parfaitement guéri. Mais, quelques jours plus tard, il devient cachectique : il est amaigri, son squelette soulève partout la peau, le poil est sec, hérissé, tombant par places, la peau est écailleuse ; l’œil est terne, l'oreille est pendante. Le sang contient de nombreux leucocytes, les hématies sont diminuées de nombre, le taux de l’hémoglobine a baissé. Le lapin meurt dans le marasme après plusieurs semaines sans avoir présenté d'accidents aigus. Voilà pour les accidents tardifs.
Ce ne sont pas là manifestations d'accumulation sérique dans l'organisme du lapin, car l'injection sous-cutanée ou intraveineuse de 40 c. c. de sérum de cheval, pratiquée d'un coup chez l'animal neuf, ne produit aucun accident, tandis que tous les accidents ci-dessus décrits s’observent si on injecte 2 c. c. à chaque injection, c'est-à-dire pour une quantité totale de sérum moindre que 20 c. c.
La brusquerie des accidents et leur violenre, quand le