CHAPITRE XII
“LES SÉRUMS BACTÉRIOLYTIQUES,
HÉMATOLYTIQUES, etc, ET L’ALEXINE
SOMMAIRE. — Injections nitrapéritonéales de vibrions cholériques chez le cobaye neuf et chez le cobaye immunisé. — Le phénomène de Pfeiffer. — Bactériolyse in vitro. — Sérums bactéricides ou bactériolytiques. — La bactériolyse n’est pas un fait général. — Bactériodyse et bactériolysine. — Spécificité de la bactériolyse et conséquences. — Agglutination et bactériolyse. — Choléra-sérum désactivé à 55° et réactivé par addition de sérum frais de cobaye neuf ou de quelque autre animal. — Les deux agents de la bactériolyse: la substance thermolabile et la substance thermostabile: leur mise en évidence in vitro et in vivo. — Comment doivent agir ces deux substances. — Questions de mots : sensitilisine ou immunisine, alexine ou complément; une comparaison photographique : la substance révélatrice. — La disparition de la sensibilisatrice lors de
la sensibilisation ; la sensibilisatrice n'agit pas à la façon d’une
diastase ; est-elle fixée ou détruite ? — L’alexine disparaît dans le cours de la bactériolyse : fixation ou consommation d’alexine. — De la surabondance de l'alexine. — L’alexine n’augmente pas de quantité par la préparation d’immunisation.
De l’hématolyse des globules rouges par un immunsérum correspon-
dant. — Préparation d’un sérum hématolytique. — Réaction hémato- … lytique obervée soit à l’œil, soit au microscope. — Hématolysine. —
Spécificité de l’hématolyse. — Parallèle de l’hématolyse et de la bactériolyse. — Les deux agents de l’hématolyse ; leur aclion succes
* sive : la sensibilisatrice et l’alexine ; la formation d’un complexe par
l'union du globule rouge et de la sensibilisatrice ; la disparition ou consommation d’alexine. — Le cas des stromas globulaires. — Faits . essentiels et accidents : l’accident de la transformation granuleuse des vibrions, l’accident de l’hématolyse. — Bactériolyse et hématolyse. — Le problème des sérums cytotoxiques. — Quelques faits :
sérums leucotoxique, antiplaquette, spermatotoxique et autospermatotoxique. — Les sérums organotoxiques et les difficultés d'étude. — Un mot sur les bactériolysines et hématolysines des sérums normaux.
> L'alexine des sérums normaux et l’alexine des immunsérums. — its
Identité des deux alexines. — Les sensibilisatrices des sérums LE
normaux. — La famille des alexines rapprochée de la famille des at
hémoglobines. — Les microbes non bactériolysables sensibilisés par l’immunsérum correspondant fixent l’alexine : d’un moyen simple de le manifester. — Des accidents bactériolytique et hématolytique et du fait fondamental de la fixation de l’alexine. — Consommation de l’alexine par les précipités spécifiques. — Quelques applications : détermination rigoureuse d’une culture microbienne. — Sensibilisatrices du sérum des malades et des convalescents : détermination par la méthode de consommation de l’alexine ; conditions générales de læ réaction, — Du cas particulier de la syphilis. — Comment, partant de données scientifiques, on a abouti à l’empirisme.
oninjecte dans le péritoine du cobaye une certaine S quantité d’une culture de vibrion cholérique, on constate, en faisant des prises du liquide péritonéal à divers moments après l'injection, que les vibrions conservent 508 leur vitalité, leur mobilité et leur apparence normale ; ils se multiplient d’ailleurs rapidement et provoquent bientôt la mort de l'animal.
Si on injecte la même culture sous la peau du cobaye, l’animal résiste bien en général ; si on répète cette injection sous-cutanée à 2 ou.3 reprises, à quelques jours d’in- Fe tervalle, l'animal ainsi traité présente une immunité très nette contre l'injection intrapéritonéale d’une quantité de culture cholérique qui tue rapidement le cobaye neuf. : Nous appellerons le cobaye ainsi préparé cobaye immunisé : contre le vibrion cholérique. | | Si on injecte une certaine quantité de culture de vibrion cholérique dans le péritoine du cobaye immunisé contre lui, on constate, en faisant des prises du liquide péritonéal à divers moments après l'injection, que Les wibrions subissent d'importantes transformations. Au lieu des microbes mobiles, de forme si typique, qu'on avait inoculés, on trouve des éléments arrondis, des granules immobules, se colorant moins fortement par les réactifs histologiques , que ne se coloreraient, sous l'influence du même traitement des vibrions normaux. Cette {ransformalion granuleuse des vibrions, dans les conditions spécifiées, a reçu le
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tion entraîne la mort des vibrions, on a parlé d'action
bacléricide ou microbicide, mais généralement on parle plutôt de baclériolyse et d'action bactériolytique.
Le phénomène de Pfeiffer s'observe aussi hors de l’organisme : si on mélange sous le microscope du sérum de cobaye immunisé contre le vibrion cholérique (du cholérasérum, dit-on), et une certaine quantité d’une culture de -ce vibrion, on voit la transformation granuleuse se produire exactement comme elle se produit dans le péritoine du cobaye immunisé. Cette observation est intéressante, car elle montre que dans la transformation granuleuse du vibrion in vivo, le sérum seul, ou mieux la sérosité péritonéale seule intervient (et non quelque cellule, globule blanc ou cellule endothéliale du péritoine), puisqu'in vitro, en l'absence de toute cellule, le phénomène se produit avec toutes ses particularités. Cela conduit à parler de sérum et d’humeurs bactéricides ou bactériolytiques.
Le vibrion avicide, qui détermine chez la poule uné maladie infectieuse et qui est pathogène pour le cobaye, se comporte comme le vibrion cholérique. Introduit dans le péritoine du cobaye neuf, il s’y multiplie sans subir aucune altération morphologique ou biologique et détermine la mort rapide; introduit dans le péritoine du cobaye immunisé contre lui (on réalise cette immunité en injectant à plusieurs reprises sous la peau du cobaye d’abord des vibrions tués, puis des vibrions vivants), il se comporte, comme se comportait dans des conditions équivalentes le vibrion cholérique : il subit la transformation granuleuse et le cobaye survit. Ici encore la transformation granuleuse s’observe en dehors de l’organisme, quand on mélange la culture de vibrion avicide et le sérum du cobaye immunisé contre lui.
On a reconnu des faits équivalents pour quelques autres vibrions, appartenant à des espèces voisines ; mais le fait est très loin d’être général. Si on a pu démontrer la bactériolyse des spirilles, notamment des spirilles de la fièvre récurrente et de quelques autres, si on a pu apercevoir des débuts tout au moins de bactériolyse du bacille typhique, on a constaté que les streptocoques, staphylocoques, pneumocoques, bacilles diphtériques, etc., ne sont pas bactériolysés dans les conditions où se produit la bactériolyse du vibrion cholérique.
Ce dernier, dont la sensibilité à l’action bactériolytique des sérums
maxima ŒE exquise est | l'élément de choix pour J'étude de ce remarquable processus.
Le pouvoir bactériolytique du sérum n'apparaît pas aussitôt après l'injection sous-cutanée du vibrion : il ne se montre guère que 8 à 10 jours après cette injection ; il …. s’exagère d'ailleurs et considérablement, si on répète les - injections immunisantes.
De même qu’on a rapporté les pouvoirs précipitant et agglutinant des immunsérums à des substances spéciales, les précipitines et les agglutinines, de même a-t-on, au
riolylique, dont nous nous occupons, à une bactériolysine.
3 Le pouvoir bactériolytique est assez instable ; le choléra- - sérum aseptiquement conservé à la température ordinaire ne possède plus d'action bactériolytique au bout de 2 à . 3 semaines. Il suffit d’ailleurs de le porter à 55°, pendant 1 heure et même moins, pour l’en priver totalement,
Nous avons antérieurement noté que les agglutinines ne
sont détruites qu'à 65-70° ; c’est donc que les bactériolytines et les agglutinines sont distinctes. Le choléra-sérum, qui est à la fois agglutinant et bactériolytique, perd son action bactériolytique, mais conserve son pouvoir agglutinant, quand on le chauffe à 55°.
à La bactériolyse est spécifique in vivo et in vitro, c’est- » à-dire qu’elle’ne se produit, sous l'influence des humeurs du cobaye préparé, que si Le microbe considéré est celui-là méme qui a servi à la préparation du cobaye. Le vibrion cholérique n'est pas bactériolysé par les humeurs du cobaye immunisé contre le bacille typhique ou le vibrion avicide ; le vibrion avicide n’est pas bactériolysé par les humeurs du cobaye immunisé contre le vibrion cholérique.
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2 Ces observations ont fourni un moyen d'identification remarquablement simple et précis pour les vibrions tout au moins, et pour les * quelques microbes qui présentent le phénomène de la bactériolyse. A-t-on observé et isolé un microbe dans une infection intestinale suspecte, et qu’on ne peut définir cliniquement, et veut-on savoir si ce
microbe est bien le vibrion cholérique : il suflira de rechercher si ce
ARTHUS, — MicRoB, 17
moins au début de ces études, rapporté le pouvoir bacté-
ans subit la H botéotns d CS le ne % cobars RE 1 contre le vibrion cholérique, ou sous l’ influence du choléra-sérum :
si la bactériolyse se produit, il s’agit de vibrion cholérique ; si elle: ne se produit pas, il s’agit de quelque autre microbe,
Il est facile de rendre au choléra-sérum chauffé à 55e le
pouvoir bactériolytique qu'il a ainsi perdu, ou, commeon
dit encore, de réactiver le choléra-sérum désactivé par chauffage à 55° : il suffit de lui ajouter du sérum frais de cobaye neuf (ce dernier sérum n'est pas bactériolytique quand on l’emploie seul). Il est, d'autre part, facile d’acliver (c'est-à-dire de rendre bactériolÿtique) un sérum frais de cobaye neuf (qui n'est pas bactériolytique): ik suffit de lui ajouter du choléra-sérum désactivé à 55°; il suffit du reste d'en ajouter très peu pour activer une grande quantité de sérum frais normal. Si on injecte dans la cavité péritonéale d’un cobaye neuf un mélange de culture: cholérique et de choléra-sérum désactivé (dans lequel la
bactériolyse ne se produit pas in vitro), la bactériolyse s'y
produit : les petites quantités d’exsudat contenues dans le péritoine ont suffi à réactiver le choléra-sérum injecté.
Pour réactiver un choléra-sérum désactivé de cobaye, il n’est pas nécessaire d'ajouter du sérum de cobaye ; on peut utiliser un autre sérum, ceux de chien, de lapin, de cheval. de rat, d'homme, etc.
Tous ces faits se présentent identiques quand on expérimente avec le vibrion avicide et l’immunsérum correspondant.
Ces observations ont conduit à imaginer que le cholérasérum actif renferme deux substances, l'une {hermolabile, détruite par chauffage de 1 heure à 55°, l'autre {hermostabile, résistant à cette température (et que seules détruiraient des températures supérieures à 65°). La première est une ëmmunisine spécifique du choléra-sérum ; elle n'existe pas dans le sérum normal ; elle n'existe que dans. le sérum des animaux immunisés contre le vibrion cholérique ; elle apparaît dans ce sérum et dans les humeurs. sous l'influence de la préparation d’immunisation. La seconde est une substance banale existant dans tous les sérums d'espèces diverses (en proportions d'ailleurs très
que dans le sérum d'un animal neuf appartenant à la même espèce zoologique.
La séparation et la mise en évidence de ces deux éléments de la bactériolyse, que nous avons faite antérieurement in vitro, peut se faire in vivo. On a constaté que le liquide de l’œdème produit chez le cobaye immunisé contre le vibrion cholérique, par compression veineuse, n’est pas bactériolytique (des vibrions cholériques ne sont pas
bactériolysés à son contact), mais le devient quand on Jui ajoute du
sérum de cobaye neuf, ou de tout autre animal non préparé. La substance thermostabile passe dans le liquide d’œdème ; la substance = thermolabile n’y passe pas.
Les deux substances nécessaires pour assurer la transformation granuleuse des vibrions doivent-elles agir simullanément sur les vibrions, ou peuvent-elles agir successivement, et, dans ce dernier cas, est-il nécessaire . que ce soit l’une, la thermolabile p. ex., dont l’action - précède celle de l’autre, la thermostabile, ou inversement ?
Mettons en suspension dans un choléra-sérum désactivé à 55° des vibrions cholériques, puis après 1/2 h. ou 1 h. centrifugeons pour - les séparer du sérum, décantons celui-ci, puis alternativement et à à plusieurs reprises lavons à l’eau salée et centrifugeons, pour enlever > jusqu'aux dernières traces de choléra-sérum. Mettons alors les * vibrions en suspension dans du sérum frais de cobaye neuf : la trans- - formation granuleuse se produit. Il n’est donc pas nécessaire que les deux substances qui interviennent dans la bactériolyse agissent simultanément.
Répétons l’essai en intervertissant l’ordre des substances, faisons agir sur les vibrions cholériques d’abord du sérum frais de cobaye neuf, centrifugeons et lavons à l’eau salée alternativement pour éliminer totalement le sérum, puis mettons les vibrions en suspension dans le choléra-sérum désactivé par chauffage à 55° : la bactériolyse ne se produit pas.
Ces expériences établissent donc que La bactériolyse
peut résuller de l’action successive des deux substances
dont nous avons reconnu la nécessité, à condition que La substance thermostabile agisse la première.