CHAPITRE XTII
L'IMMUNITÉ ANTIMICROBIENNE NATURELLE
SOMMAIRE. — Exemples d’immunités antimicrobiennes et de différences de réceptivité selon les espèces et les races; données exclusivement empiriques. — Immunités relative et conditionnelle. — Immunité et résistance. — De l'invasion des microbes : protection tégumentaire et périphérique. — Les humeurs des animaux réfractaires sont-elles bactéricides ? — Chien et charbon, etc. ; les humeurs bactéricides, le
sérum de rat et la bactéridie. — Il y a immunité sans pouvoir
bactéricide des humeurs-et inversement. — Les humeurs des animaux
réfractaires peuvent-elles assurer la nutrition des microbes correspondants ? — Oui, répondent des expériences faites avec divers microbes. — Les humeurs des animaux réfractaires sont-elles antitoxiques ? — Les microbes injectés dans les vaisseaux d’un animal réfractaire disparaissent rapidement. — Ils ne sont rss ni par les urines ni par quelque sécrétion. 2
Etude de la sérosité péritonéale normale. — Des conséquences de l'injection intrapéritonéale de bouillon chez le cobaye : leucolyse prtmitive et afflux de leucocytes. — Microphages et macrophages. — Injection intrapéritonéale d’hématies étrangères et résorption de ces hématies. — Absorption des hématies par les macrophages et destruction intraprotoplasmique des hématies englobées. — Résorption des spermatozoïdes injectés dans le péritoine. — Résorption des hématies injectées sous la peau. — Phagocytes et phagocytose. — Résorption des microbes injectés dans la cavilé péritonéale : streptocoque, vibrion cholérique, spirilles. — Résorption dans le tissu cellulaire sous-. cutané. — Phagocytose des spores des trypanosomes, des microphages. — La part des macrophages et celle des microphages. — Le sérum sanguin favorise la phagocytose. — Opsonine. — Le chimiotaxisme. des leucocytes et sa mise en évidence expérimentale. — L@& phagocytose est le pivot de l’immunité antimicrobienne naturelle. — *
Intoxications microbiennes et infections microbiennes. — Les phago-"
cytes englobent des microbes vivants et inaltérés. — Les microbes.
meurent, s’altèrent, se désagrègent, quand ils ont été englobés par les
Phagocytes. — Dans limmunité antimicrobienne naturelle, la pha-
PATES est tout. — Donhiel nt — A où
immunilé, la phagocytose se produit totale; là où il y a infection, la nu
phagocytose fait défaut, ou est insuffisante ; streptocoque et cobaye;
bactéridie, lapin et cobaye ; bacille du tétanos atoxique et gélose ;
spores et poussières. — Les immunités relatives et l'abondance des microbes injectés. — L’immunité de la poule vis-à-vis du charbon : influence du refroidissement. — L'immunité anticharbonneuse du chien et la sensibilité charbonneuse du chien enragé. — Un mot sur le pouvoir bactéricide des humeurs.
D maladies de l’homme et des animaux dérivent du parasilisme microbien (charbon, choléra, peste, fièvre typhoïde, etc.). On le démontre en établissant qu'un microbe d'espèce donnée, caractérisé par sa forme, ses dimensions, ses colorabilités, ses propriétés biologiques, etc., peut toujours être décelé dans l'organisme du sujet présentant les symptômes cliniques de la maladie correspondante, et que ce microbe, introduit dans des conditions convenables dans l'organisme d’un sujet sain fait appa-
raître chez lui les symptômes de la maladie, dont il était
le témoin.
Tantôt une maladie microbienne ne s’observe que chez les animaux d’une seule espèce, tantôt elle peut s'observer, soit avec la même symptomatologie, soit avec des symptomatologies plus ou moins différentes et nuancées, chez des animaux de plusieurs espèces. Tantôt un microbe pathogène, inoculé à des animaux de diverses espèces, n’engendre de maladie que chez ceux qui appartiennent à l'espèce sur laquelle on a prélevé le microbe ; tantôt il est pathogène pour quelques-unes des espèces, ou pour la plupart des espèces, ou pour toutes les espèces soumises à l'essai.
L’infection par le gonocoque p. ex. ne s’observe que chez l’homme, comme aussi l’influenza ; le tétanos, le charbon, la peste peuvent s’observer chez l’homme et chez divers änimaux : on a noté le tétanos chez le cheval, le charbon chez le bœuf, la peste chez le rat,
D'ailleurs, le charbon du bœuf et celui du mouton ont de frappantes analogies symptomatiques ; la peste de l’homme et celle du rat, au contraire, affectent, au moins en général, des formes distinctes, la peste de l’homme est d'ordinaire bubonique, celle du rat est d'ordinaire pneumonique.
Les microbes de plusieurs maladies de l’homme, syphilis, polyo-
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Ælentes quand on les inocule aux animaux d'expérience (sauf au
ave, he FA Anne n ‘engendrent pas de maladies é équi-
singe). Par contre, le microbe du choléra des poules est pathogène ù
pour la poule, le lapin, la souris ; le microbe du rouget du porc, pour le porc, le lapin, le cobaye, la souris; la bactéridie charbonneuse
pour le mouton, le bœuf, le lapin, le cobaye, la souris, etc. En général, la gravité de la maladie microbienne expérimentale varie suivant l'espèce, parfois suivant la race de l'animal en expérience. A
La poule et le lapin présentent une maladie générale presque tou-
jours mortelle quand on leur injecte sous la peau une culture du
microbe du choléra des poules; le cobaye, dans les mêmes conditions expérimentales, ne présente généralement qu’une suppuration locale,
se terminant par la guérison. La maladie pneumococcique de la souris affecte généralement la forme d’une septicémie mortelle ; celle de l’homme affecte généralement la forme d’une pneumonie localisée, pouvant se terminer par la guérison. La morve expérimentale comme la morve spontanée du cheval évolue selon le mode chronique ; la morve expérimentale comme la morve spontanée de l’âne évolue selon le mode aigu. Les moutons des races françaises sont très sensibles au charbon bactéridien ; les moutons des races algériennes sont
très résistants à l’action de la bactéridie. La fièvre jaune et la malaria
sont beaucoup plus graves pour les blancs que pour les nègres.
Il y a donc, selon les espèces, des différences de sensibilité à l’action pathogène des microbes, des différences de réceplivilé, dit-on encore. Mais il n’y a pas des espèces douées en général d’une grande réceptivité et des espèces
douées d’une réceptivité faible, ou d’une réceptivité moindre. Une espèce animale peut avoir une très grande récep-
tivité pour un microbe pathogène et une très faible pour un autre, tandis qu’une autre espèce peut avoir une très faible réceptivité pour le premier, et une très forte pour le second.
Nous signalions tout à l’heure la forte réceptivité de la poule et du lapin pour le microbe du choléra des poules ; le cobaye a une récep tivité beaucoup plus faible pour ce même microbe. Par contre, la réceptivité du cobaye pour la bactéridie est beaucoup plus grande que celle de la poule ou du lapin. Le rat, qui prend si facilement la
peste, le chien, qui re si facilement la rage, résistent road S blement bien à la bactéridie. Et on pourrait multiplier les exemples ee à
à l'infini.
Bref, dans les questions de réceptivité des espèces animales, aucune règle ne saurait être tirée de l’examen des innombrables documents longuement et minutieusement amassés : c’est, en vérité, l’anarchie la plus complète, le chaos le plus indescriptible.
Certaines maladies microbiennes ne se présentent que chez les animaux d’une espèce ou de quelques espèces, les animaux des autres espèces étant insensibles à l’inocula-
tion du microbe correspondant : les gonococcies sont pro-
pres à l’homme ; par contre l’homme n’est pas sensible aux microbes de la peste bovine, du choléra des poules, de la pneumo-entérite du porc, etc.
On dit que les animaux ou l’homme insensibles à l’action
d'un microbe, pathogène pour les animaux d’une autre ,
espèce, sont réfractaires, ou encore qu'ils possèdent une immunilé vis-à-vis de ce microbe, iImmunité naturelle, dit-on, pour l’opposer à l'immunilé acquise, telle qu'on peut l’engendrer par une préparation convenable, ou tout au moins pour l'en distinguer.
L'immunité naturelle n’est pas toujours, ni même le
plus souvent absolue, c'est-à-dire valable quels que soient la quantité de microbes inoculée, le point d’inoculation, l’âge de l'animal, son état de santé, etc. Souvent elle n’est que relative ou conditionnelle.
L’immunité naturelle peut-être relative, c’est-à-dire n’être valable que pour une quantité modérée de microbes inoculés, mais non pour une quantité surabondante : le mouton algérien résiste à l’inoculation des bactéridies, si la quantité inoculée est modérée ; mais, en forçant la quantité des bactéries inoculées, on peut faire apparaître chez lui un charbon mortel ; la dose minima nécessaire pour tuer le mouton algérien est toujours notablement plus grande que la dose minima nécessaire pour tuer le mouton français; voilà pourquoi on parle de l’immunité relative du mouton algérien vis-à-vis de la bactéridie.
L'’immunité naturelle peut être conditionnelle, c’est-à-dire n’être valable que dans certaines conditions, mais non pas dans toutes conditions : la poule est résistante à l’action de la bactéridie; mais elle
; . ge si on la maintient refroidie Ses les Sade Éd ve È
suivent l’inoculation.
D'ailleurs, il est généralement possible de modifier le microbe pathogène en le soumettant à des actions judicieusement choisies et d'obtenir ainsi, non pas des espèces nouvelles (car les caractères morphologiques et biologiques demeurent, car la maladie engendrée a toujours la symptomatologie normale), mais des variétés dont quelques-unes sont capables d’engendrer la maladie typique chez des sujets appartenant à des espèces réfractaires à l’action pathogène du microbe normal.
On peut légitimement distinguer l’immunité absolue (celle qu'on ne peut vaincre. ou tout au moins qu'on n'a pas pu vaincre jusqu'ici) et l’immunité relative.
À l’immunité absolue, on pourrait conserver la dénomination d'immunité ; à l’immunité relative, on pourrait appliquer la dénomination de résistance, et considérer des résistances plus ou moins grandes, selon qu'elles seraient plus ou moins difficiles à vaincre. Les animaux présentant l'immunité absolue seraients dits réfraclaires ; les ani-
maux présentant l’immunité relative seraient dits résis-
tants. En pratique, on n’a pas coutume de faire ces dis-
tinctions (nous le regrettons, car l'exactitude et la précision
du langage sont indispensables en science, autant, sinon plus, qu’en littérature); on parle d'immunité et d'animaux réfractaires, même quand l’immunité n’est pas absolue. Quelle esi la cause de ces différences de sensibilité à l'égard d’un même microbe pathogène, présentées par des
animaux d’espèces différentes ; quelle est la cause de ces
différences de sensibilité à l’égard de divers microbes pathogènes, présentées par divers individus d’une même espèce animale ? |
Les microbes ne développent leurs effets pathogènes que s'ils ont
envahi l’organisme, c’est-à-dire forcé la barrière que leur oppose la
surface de l’organisme (exception faite pour quelques microbes géné-
rateurs de toxine, tels que le bacille diphtérique, qui se développent
à la surface des muqueuses, sans s’introduire dans l'intimité de l’économie, mais dont les toxines envahissent l'organisme par diffusion).
La surface cutanée est représentée par un épiderme, imperméable aux e
continue des mucosités. Il ÿ a là des moyens de défense de l’organisme, très intéressants sans doute, mais dont nous n’avons pas à nous. occuper, parce qu'ils jouent évidemment contre tous les microbes et même plus généralement contre toutes les particules solides apportées par le milieu ambiant, et non pas seulement contre tel ou tel microbe, chez tel ou tel animal.
Nous supposons que le microbe pathogène, trompant la vigilance des défenses périphériques, a pénétré dans l’organisme (dans le sang, sous la peau, dans une cavité séreuse, dans les muscles). Dans ces conditions, qui sont généralement expérimentales, certains microbes, chez les animaux appartenant à une certaine espèce, se multiplient et se propagent, engendrant une maladie grave et mortelle, tandis que ces mêmes microbes, chez les animaux d'une autre espèce, ne se multiplient, ni ne se propagent (et dès
lors ne provoquent aucun trouble organique, chiniquement appréciable), ou ne se multiplient et ne se propagent que
modérément (et dès lors ne provoquent qu'une affection
légère et guérissable). Pourquoi ?
La première idée qui se présente à l'esprit est que les microbes injectés dans l'organisme, sont, dans le cas d'im-
munité, tués par les humeurs dans lesquelles ils baignent.
Que vaut cette hypothèse ? Les humeurs, et en particulier le sang, le plasma ou le sérum des animaux réfractaires à une infeclion sont-ils toxiques pour le microbe corresvondant ?
Le chien est réfractaire au charbon (au moins s’il est adulte, si la
uantité de culture inoculée n’est pas colossale, et si l’on n’emploiïe Œ P » P
pas quelque variété de bactéridie particulièrement dangereuse). Or, si on ajoute à une culture de bactéridie du sang défibriné, du sérum, de la lymphe ou des transsudats de chien, on constate qu'aucun de ces liquides ne tue la bactéridie, ou même ne diminue sa vitalité et son aptitude à se multiplier.
Le cobaye, le chien, le rat sont peu sensibles au streptocoque ; l’âne, le cheval, le mouton sont à peu près réfractaires (au moins visà-vis de certaines races de streptocoques). Or le sérum etles sérosités fournis par l’un ou par l’autre de ces animaux ne sont pas toxiques pour les streptocoques.
rt tant qu 2 est intact ; és muqueuses DR d ordinaire Se revêtues d’un liquide visqueux emprisonnant les microbes etles tenant à distance des cellules épithéliales, en raison de la sécrétion
Ces faits, auxquels on pourrait en ajouter beaucoup
d'autres semblables, établissent done que l’immaunilé naturelle-contre les microbes pathogènes n'est pas, au moins dans tous les cas (et nous faisons cette réserve parce qu'en » ces questions les généralisations trop absolues sont extrémement imprudentes), la conséquence d’une action loæique exercée par les humeurs de l’animal réfractaire sur le microbe considéré.
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À la vérité, on a signalé quelques faits qui semblent, au moins à un examen superficiel, démontrer que certaines immunités pourraient êtres liées à la toxicité des humeurs de l'organisme réfractaire pour le microbe correspondant.
Les rats sont réfractaires à la bactéridie (au moins si la quantité de bactéridies inoculées n’est pas très considérable). Or si on ajoute du sérum de rat à une culture de bactéridies, on reconnaît qu’elles cessent d’allonger leurs filaments et de se multiplier, qu’elles perdent leur forte réfringence normale et qu’elles ne se colorent plus que faiblement sous l'influence des réactifs qui les coloraient vivement autrefois. N’est-il pas naturel d’en conclure que l’immunité du rat vis-à-vis de la bactéridie est due à la toxicité de ses humeurs pour ce microbe ?
Et pourtant cette conclusion serait erronée: on peut en effet établir, par des expériences, dans le détail et la technique desquelles il ne convient pas d’entrer ici, que, si le sérum du rat est toxique pour la bactéridie, le plasma du rat n’est pas toxique pour elle. Or dans l’organisme, il y a du plasma et non du sérum; donc l’immunité anticharbonneuse du rat ne dépend pas de la toxicité de ses humeurs.
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S'il n’était toujours imprudent en biologie de trop vite généraliser, nous dirions volontiers que l’immunité naturelle ne relève pas de la toxicité des humeurs de l'animal réfractaire pour le microbe considéré. Peut-être vaudra-t-il mieux se contenter de dire que les quelques faits, qu'on a présentés pour appuyer l'hypothèse d'une immunité naturelle d’origine humorale, n'ont pas la signification qu’on A leur avait attribuée. Nous nous garderons bien de nier la possibilité d’une immunité naturelle d’origine humorale; À nous dirons simplement que jusqu'ici aucune preuve valable n’en a été fournie.
Mais il se pourrait que les humeurs des animaux réfractaires, tout en n'étant pas microbicides, fussent impropres
se
à assurer à multiplieation et la a. des miero insuffisance alimentaire de ces humeurs.
C’est là toutefois une hypothèse bien fragile ; ne sait-on pas que la grande majorité des microbes pathogènes ne sont pas très exigeants
quant à la composition chimique du milieu sur lequel on les
cultive.
Les streptocoques se développent fort bien dans le bouillon ordinaire des bactériologistes, dans le lait, dans le sérum, sur la pomme de terre, etc. Les streptocoques sont très pathogènes pour la souris, peu pour le rat et presque pas pour le cheval. Faut-il admettre qu’il existe entre les humeurs de ces trois animaux des différences de composition suffisantes pour favoriser ou gêner (jusqu’à l'empêcher) le développement des streptocoques, si accommodants par ailleurs quand on les cultive in vitro. C’est au moins bien invraisemblable.
La bactéridie pousse admirablement sur tous les milieux de culture courants, bouillon, bouillon peptoné, gélatiné ou gélosé, sérum, lait, pomme de terre, urine légèrement alcalanisée et même sur des liqueurs purement minérales comme celles dont on use dans les
études de fermentations. Est-il vraisemblable que la sensibilité extrême du mouton et du bœuf à la bactéridie, et l’immunité de la poule et du chien à ce même microbe résultent de quelque différence de composition des humeurs, les unes étant éminemment
favorables à la multiplication des microbes, de autres ne le permet-
tant pas ?
L'hypothèse que nous examinons actuellement ne résiste pas à l'analyse expérimentale : on peut démontrer en effet que les sérums d'animaux réfractaires constiluent
d'aussi bons milieux de culture que les autres sérums,'
voire même parfois d'excellents milieux de culture.
Le streptocoque se développe parfaitement bien dans le sérum de cheval, malgré que le cheval soit assez réfractaire à l’infection streptococcique ; la bactéridie se développe admirablement dans le sérum de chien, malgré que le chien résiste généralement à l'inoculation charbonneuse.
Le microbe de l’influenza est fort exigeant quant à ses milieux de culture : il ne se développe pas sur les milieux d'usage courant en microbiologie ; il ne se développe bien que sur un milieu qu’on lui prépare en étalant un peu de sang frais à la surface d’un tube de gélose, le sang le plus favorable étant le sang de pigeon. N’en devrait-
culés, et que ceux-ci disparussent par suite de quelque 24
Li re des LS ar que le pigeon devrait être le ie shbles
des animaux à l’infection influenzaïque ? Or le pigeon, comme tous
les autres animaux (la maladie est exclusivement humaine), est réfractaire totalement à l’influenza.
Le microbe de la péripneumonie des bovidés est également difficile à cultiver : on n’y réussit guère que dans le sérum de lapin, N’en devrait-on pas conclure que le lapin devrait être le plus sen-
sible à l'infection correspondante de tous les animaux, en tout cas plus sensible que le bœuf, sur le sérum duquel il ne se développe pas:
in vitro. Or le lapin est totalement réfractaire, et le bœuf est très sensible.
Et puis nous notions ci-dessus que souvent l’immunité
naturelle antimicrobienne n’est que relative, et que l’in-
fection se produit quand on inocule de très grandes quan-
tités de microbes, Comment expliquerait-on que beaucoup de microbes trouvent à se nourrir en des milieux qui ne suffiraient pas à en nourrir quelques-uns ? L'hypothèse s'effondre devant cette conséquence absurde.
D’autres hypothèses, également vaines, ont encore été énoncées.
On a supposé que les humeurs des animaux réfractaires ou peu sensibles à l'action d'un microbe renferment une substance antagoniste des toxines qu'ils produisent et par lesquelles ils agissent sur l'organisme (en admettant que tel soit le mode d'action des microbes pathogènes) ; en réalité, on a démontré que quelques microbes agissent “bien ainsi, bacille diphtérique, bacille tétanique p. ex. ; mais, pour la plupart des microbes pathogènes, l'infection ne se réduit pas à une intoxication.
On a encore supposé que l’état réfractaire est la conséquence d’une action exercée par les humeurs sur les microbes, et qui les priverait de la faculté qu'ils ont de fabriquer des toxines.
Ces hypothèses ne résistent pas à l'examen des faits.
Si on inocule dans le péritoine de cobayes ou de lapins des bacilles tétaniques, qu'on a totalement débarrassés (par séries de centrifuga. tions et de lavages à l’eau salée) du liquide de culture dans lequel ils
. se trouvaient et de la toxine qu'il renfermait, l’animal résiste. Si on
ARTHUS. — Micro. 19
qu’on n’a pas totalement débarrassés du ns dans fase ils s’étaien | développées, l’injection étant faite, comme ci-dessus, dans le péri= 15 toine de lapins ou de cobayes, l'animal meurt tétanique. On ne sau rait prétendre que l’immunité de tout à l’heure était la conséquence
d’une neutralisation par les humeurs de l’animal de toxine produite
. par les bacilles inoculés, puisque la neutralisation de la toxine injectée ne se fait pas.
Supposons que nous disposions de bacilles tétaniques aébarttiité
de toute trace du milieu toxique dans lequels ils s’étaient développés,
— ou d’une culture de bacilles tétaniques chauffée à 850 (la toxine tétanique est détruite ; les bacilles sous leur forme végétative sont tués ; mais les spores tétaniques demeurent inaltérées). Injectons l’un ou l’autre de ces produits dans le péritoine du cobaye ou du lapin dans des conditions spéciales (p. ex. en mélangeant la matière avec un peu de terre ou de poussière fine stérilisées) : les animaux présentent les symptômes d’un tétanos mortel, Si l'injection est faite sans addition de quoi que ce soit aux bacilles lavés où à la culture chauffée à 85°, l’animal résiste, Si cette immunité était due à une action exercée par les humeurs sur les bacilles, et qui les empêcherait
de produire des toxines, pourquoi cette action se produirait-elle dans
un cas et non dans l’autre P
En résumé, d'une façon générale, l'immunité naturelle
ne relève ni d’un pouvoir microbicide des humeurs, ni de P ’
leur incapacité à à satisfaire aux besoins alimentaires des
microbes, ni d'un pouvoir antitoxique de ces humeurs, ou de quelque action qu’elles exerceraient sur le microbe pour
l'empêcher de produire, ou tout au moins d'’excréter des toxines. Il faut chercher ailleurs. — Injectons dans les
veines d’un animal un microbe auquel cet animal n'est pas sensible ; imaginons que nous ayons approximativement déterminé le nombre des microbes inoculés (20 000 000 p. ex.). Après 1/2 h. ou 1 h., faisons une prise de sang, déterminons la quantité de microbes contenus dans un volume donné de ce sang, et caleulons la quantité qui doit se trouver dans le sang total de l'animal, approximativement bien entendu. On en trouve beaucoup moins qu'on en avait inoculé, 10000 fois, 20 000 fois moins p. ex. Que sont devenus les autres ? Ont-ils été rejetés par les reins avec l'urine, par le foie avec la bile, par les glandes cutanées avec la sueur, par la muqueuse intestinale dans les fèces?
s auteurs l'ont soutenu, et, &. Ta de leur dire, ils ét ; é
‘apporté des résultats qui “ltaobirent la présence dans l’urine de bacilles typhiques dans le cours de la fièvre typhoïde, de bactéridies dans le cours dela maladie charbonneuse, de streptocoques aussi, etc. - Mais, de ce que des microbes passent dans l’urine au cours des infec-
tions, alors que le rein est sans doute plus ou moins altéré ou modifié,
die son suit pas que les microbes inoffensifs pour un animal, et qui, par suite, n’ont produit en lui ni trouble ni modification, doivent
la sueur.
ment y disparaissent, ne sont donc pas éliminés par l'urine, … ou par quelque autre liquide organique. Comme les hu- …. meurs de l'animal ne sont pas toxiques pour le microbe …. injecté (au moins dans la très grande majorité des cas), - on ne saurait admettre qu'il en soit mort en si grand nombre en un si court espace de temps (1/2 h. ou 1 h.), et dont les cadavres ne se retrouvent plus.
Avant d’aborder le problème de la disparition des microbes injectés … dans un organisme réfractaire, nous allons faire une assez longue “ digression. Ainsi procèdent parfois les géomètres quand ils rencontrent sur leur chemin un obstacle qu’ils ne parviennent pas à ren- . verser en l’abordant de front. Ils s’appliquent à résoudre un lemme … (c’est là une digression géométrique), grâce auquel ils auront aisé- — ment raison de l'obstacle, qui leur avait tout d’abord paru insurmontable.
Si on enfonce dans la cavité péritonéale d’un cobaye, à travers les plans de la paroi abdominale, un tube très effilé, on voit monter … dans la partie capillaire un liquide incolore, transparent, dans lequel … sont de rares éléments figurés, des lymphocytes surtout (leucocytes peu
très mince couche protoplasmique) et quelques leucocytes polynucléaires (constitués par une masse assez abondante de protoplasma finement granuleux, dans lequel on reconnaît un noyau très irrégulier, forme de 3 à 4 parties unies par des prolongements filamenteux).
… passer à travers le rein, qui est sain. En fait, on ne retrouve jamais ces microbes inoffensifs ni dans la bile, ni dans la salive, ni dans
Les microbes injectés dans le sang, et qui si rapide-
… volumineux formés par un noyau central sphérique recouvert d’une
| Injectons dans le péritoine du cobaye 5 c.c. de bouillon. Quelques | Fr - minutes après l’injection, le liquide est encore remarquablement … limpide: à peine y trouve-t-on quelques très rares éléments figurés,
si rares qu ‘on Done almeltre que ceux Qui, étant on
contenus dans cette cavité ont disparu, soit qu’ils aient été détruits
intra-péritonéaux (mésentère, épiploon, p. ex.).
On a parfois désigné ce phénomène de la diminution du nombre. ou de la disparition des leucocytes du liquide péritonéal sous le nom de leucolyse ; mais cette expression dépasse les faits observés, car elle conduit à supposer que les leucocytes sont alors détruits, ou tout au
moins transformés, ce qui est rien moins qué certain. Mieux vaudrait
parler ici d’hypoleucocytose ou de leucopénie, ce qui est la traduction verbale du fait observé, diminution du nombre des leucocytes présents.
Un peu plus tard (3/4 h. à 1 h. après l’injection), le liquide péri-
. tonéal dévient légèrement opalescent; on y reconnaît de nombreux leucocytes polynucléaires, avec quelques lymphocytes. Le temps.
passant, le liquide devient trouble et visqueux (en raison de la présence d'innombrables éléments organisés et de la résorption d’une