MAT TS
rues) pour deux raisons : d’abord son inoculation détermine
après une incubation de plusieurs semaines, ce qui est défavorable
pour expérimenter ; ensuite parce que tous les animaux inoculés sous. la peau (comme on le faisait au début des études) ne contractent pas. la maladie. On réalisa un premier progrès en pratiquant l’inoculation de l’émulsion de moelle rabique dans la masse cérébrale, ou plus volontiers sous la dure-mère cränienne (après trépanation): tous les animaux inoculés contractaient la rage, et (pour les animaux d’une même espèce, l’émulsion étant la même), après un temps très sensiblement le même. On réalisa un second progrès en créant le virus fixe. Une émulsion de moelle rabique étant inoculée sous la duremère crânienne d’un chien ou d’un lapin, la rage évolue jusqu’à la mort, en 15 jours p.ex. Üu second lapin inoculé, dans les mêmes conditions, avec la moelle de celui-ci meurt plus tôt que le premier,
et ainsi, en passant de lapin à lapin, on reconnaît que la mort est de …
plus en plus précoce : ce qui est défavorable pour l’étude systématique et expérimentale de la rage. Pour faire une étude utile, il faut disposer d’un produit possédant une action pathogène déterminée, fixe, comme c'était le cas quand nous utilisions les cultures du microbe du choléra des poules ou de la bactéridie, dont le pouvoir pathogène était rigoureusement constant. Or on a réussi à fixer aussi l'agent rabique à un taux pathogène constant. En multipliant les inoculations successives de lapin à lapin, ou de chien à chien, un moment arrive où la mort se produit toujours à la même date, au bout de 9 jours pour le lapin, sans avancer ou sans retarder si on poursuit la série des inoculations. L'agent pathogène présentant ce pouvoir maximum et constant est appelé virus fixe.
Nous voici en mesure de provoquer la rage à coup sûr et de la voir évoluer en un temps bien déterminé ; il suffit d’injecter le virus fixe sous la dure-mère.
Serait-il possible de faire vieillir l’agent rabique comme vieillissait le microbe du choléra des poules ? Prélevons aseptiquement la moelle et le bulbe d’un lapin qui vient de succomber à la rage provoquée par inoculation sous-dure-mérienne de virus fixe; suspendons-les dans un flacon disposé de façon que l’air puisse s’y renouveler et dans lequel on a placé des morceaux de potasse caustique pour assurer le plus possible la sécheresse de l’atmosphère, dans laquelle seront conservés la moelle et le bulbe à 20° (l’expérience a montré que ce procédé fournit.les produits les plus intéressants). Une moelle rabique ainsi conservée perd totalement son pouvoir pathogène en 2 semaines: son : émulsion dans l’eau salée injectée sous la dure-mère crânienne du lapin ne provoque aucun accident même très tardif. Une moelle qui
n'aurait été conservée que 5 jours serait encore pathogène pour le
environ) et ils évolueraient lentement al la mort ; tandis que la.
moelle tout à fait fraiche eût déterminé la mort en 9 jours. D’ailleurs des moelles rabiques prises à des moments divers après la mort des lapins qui les ont fournies sont plus ou moins pathogènes selon
qu’on les inocule peu de temps après la prise, ou plus tardivement.
procédant comme suit avec les moelles rabiques : la moelle, conservée
Si bien qu’on peut aisément disposer de moelles plus ou moins actives
et capables de produire les accidents rabiques et la mort à la date Le . plaira.
On peut donc songer à RS limmunisation du chien où du
lapin à l’aide de ces moelles plus ou moins longuement conservées dans les flacons secs, comme nous avons fait avec les deux vaccins
bactéridiens, p. ex. Une remarque pourtant : la poule peut présenter
un choléra des poules bénin et guérissable ; le lapin, le mouton
peuvent présenter un charbon bénin et guérissable, grâce à quoi nous
pouvons transmeltre à ces animaux une maladie légère, guérissable, créant l’immunité, ou tout au moins un certain degré d’immunité.
.. Mais on n’a pas observé de cas de rage symptomatologiquement
reconnue qui ait guéri: la maladie déclarée est toujours mortelle ; une très grande prudence s’impose dès lors dans la tentative d’immu- nisation que nous allons faire; et cette prudence, qui va nous amener
à n’employer pour le début de la préparation que des moelles an-
* ciennes, de celles qui ne provoquent aucun accident, nous imposera obligation de renforcer longuement la très légère immunité que
nous pouvons espérer engendrer ici.
Sous la peau du lapin ou du chien, injectons d’abord une émulsion | . de moelle rabique conservée depuis 16 jours, le lendemain injectons une émulsion de moelle conservée depuis 15 jours et ainsi, de jour en + jour, en utilisant chaque fois une moelle conservée depuis un jour de
moins que celle dont on a usé pour la précédente injection, janqu' ce que, le 17° jour, nous injections une émulsion de moelle qu’on vient d’extraire du corps de l’animal mort de la rage. Le fait que
cette dernière injection peut être faite, non seulement sous la peau
mais encore sous la dure-mère, sans provoquer le moindre accident prouve que le lapin ou le chien ont été immunisés par la préparation,
puisqu'ils supportent, sans en souffrir, une inoculation qui eût tué le
lapin neuf en 9 jours.
Quand nous avions atténué le microbe du choléra des poules ou la
- bactéridie, nous pouvions les conserver pathologiquement invariables
ou à très peu près, les fixer, dit-on volontiers, en cultivant en bouillon neuf et en réensemençant quotidiennement la culture atténuée. On arrive à un résultat moins parfait, mais pratiquement équivalent, en
ec pendant un certain Sn obie de ; jours, ps lnmiergée dns Fe
à tee : elle y garde son pouvoir pathogène, non pas sans doute ee indéfiniment immuable, mais tout au moins très peu atténué pendant “ des semaines. HER __ Pratiquement, on An la moelle rabique dans le flacon à air ; __ sec, et chaque jour on en coupe un petit tronçon, qu’on immerge - dans la glycérine, de façon à obtenir, en partant d’une seule moelle,
toute la gamme des pouvoirs pathogènes. 60 Ne semble-t-il pas que nous ayons répété pour la rage ce quenous avions fait pour le choléra des poules et pour le charbon. En tout cas, FOR
les idées qui ont été indiquées en cet exposé ont présidé à l’élaboration de la méthode d’immunisation, dont nous venons de tracer le schéma. Et pourtant si l’on veut bien noter attentivement les détails, les différences apparaissent.
Le microbe de la rage, avons-nous dit, semble vieillir dans la moelle conservée, Le mot vieillissement convient-il exactement ici ? Les cultures du microbe du choléra des poules et de la bactéridie étaient conservées en vase clos, autant que possible à l’abri des - influences diverses qui pourraient provenir du milieu ambiant : des
changements de leur puissance pathogène se sont produits; nous les avons enregistrés sous le terme vieillissement ; aucun agent extérieur ne nous a paru indispensable à leur réalisation. Dans le cas des moelles rabiques, on a démontré que la dessiccation est un élément important de l’atténuation des moelles, et plus encore que la dessiccation l’action exercée par l’oxygène de l’air (l’atténuation ne se produit que beaucoup plus lentement dans le vide). Il y aurait vraiment quelque imprudence à conserver, dans ce cas, le mot vieillissement ; avec raison, on emploie le mot atténuation. Il n’est pas certain du tout que le mécanisme de l’atténuation rabique soit le même que | celui qui intervient dans l’atténuation bactéridienne. Mais l’hypothèse du veillissement qui s’était présentée tout d’abord a été un guide sûr, une inspiratrice d'expériences qui ont amené au résultat espéré : c’est là tout ce qu’on peut légitimement demander à une hypothèse.
Une autre différence, que nous avons notée au passage, mais qu’il faut souligner, c’est le fait que les immunisations anticholérique et antibactéridienne comportaient l’inoculation de vaccins aptes à provoquer une maladie légère, tandis qu’en immunisation antirabique, aucune des inoculations pratiquées n’a déterminé d’accidents, même minimes. Cela n’établit pas une distinction absolue entre les unes et l’autre, parce qu’en recourant au procédé de la double immunisation pour le choléra des poules et pour le charbon, nous avons diminué considérablement l’intensité de la maladie vaccinale, et nous l’aurions 0 - plus atténuée encore, si nous avions multiplié les injections prépara- SU,
ARTHUS. — Micros, 21
Lans Toutefois la méthode d’immunisation pr de met en évidence: Au avec une netteté si particulièrement remarquable cette possibilité d’immuniser, sans qu’il ait été nécessaire de provoquer une maladie même légère, qu’on peut dire que c’est cette méthode qui a révélé cette importante possibilité.
Peut-être n'est-il pas inutile d’insister sur l’admirable maîtrisé, avec laquelle ont été conduites les études sur la rage. Une maladie transmissible par morsure est là ; nous imaginons qu’elle est microbienne, mais toutes les recherches tentées pour isoler le microbe, et. même pour l’apercevoir, ont échoué. La maladie, transmise à l’animal neuf par inoculation de la salive de l’animal enragé, est la plus étonnamment irrégulière qui soit : tantôt elle ne se réalise pas même après une longue attente ; tantôt elle se produit ; mais, ici, ses premiers symptômes se montrent après 2 à 3 sem., là ils n'apparaissent qu'après 8 à 4 mois ; ici, la mort suit de près l’éclosion du mal, là elle est notablement plus tardive. Peut-on raisonnablement songer à soumettre, dans de telles conditions, la rage à l’étude expérimentale ? Nous avons vu les étapes successives de cette recherche : comment on a préparé, dans les moelles rabiques, des cultures pures du
- germe de la maladie, malgré qu’on ne le connaisse pas, comment
on a modifié son pouvoir pathogène, en réalisant une série de passages d'animal à animal jusqu’à obtenir le virus fixe; comment, à l’aide de ce virus fixe, on a pu, par inoculation sous-dure-mérienne, provoquer une maladie toujours la même quant à son début, à son évolution et à sa terminaison ; comment, en agissant méthodiquement sur les moelles rabiques par la dessiccation au contact de l'air, on a pu atténuer le virus fixe autant qu’on le peut désirer et créer ainsi une série de vaccins, dont l’inoculation successive à un animal neuf, en commençant par les plus atténués, pour finir par le virus fixe, on a créé une solide immunité capable de protéger l'animal préparé contre l’inoculation du virus fixe, pratiquée dans les conditions qui la rendent particulièrement grave et plus rapidement mortelle.
Ce n’est pas tout. Quand l’homme ou un animal est mordu par un chien enragé, la maladie, si elle se déclare, n'apparaît qu’assez { tardivement ; l’incubation en est d’ailleurs de durée infiniment variable: chez l’homme, la rage n'’éclate généralement pas avant 15 jours, mais elle peut être différée jusqu’à 60 jours et même beaucoup plus. Or l’immunisation, pour s'établir très puissante, ne demande que 15 à 18 jours. Si donc on procède à l’immunisation : du sujet mordu aussitôt après la morsure, l’immunisation sera réalisée (en supposant que la morsure ne modifie pas, à ce point de vue, l’homme ou l'animal) avant que la rage ait pu éclater. Ne pourrait
ÉD + Me si | NN RE
Va
on espérer que, dans de telles conditions, limmunité acquise durant “
la période d’incubation soit capable de supprimer le mal, comme elle V’eût supprimé si elle avait été réalisée avant la morsure? L’expérience seule permet de répondre à cette question, mais déjà, avant de
- l’entreprendre, nous connaïissions des faits relatifs à la vaccine et à la
variole qui donnaient presque la note optimiste : la variole a une incubation de 10 jours environ ; or si la vaccine ne protège pas contre la variole quand les deux contages sont simultanés, il suffit de pratiquer l’inoculation vaccinale 4 à 5 jours avant l’inoculation variolique pour empêcher la variole d’éclater.
Nous savons aujourd’hui, grâce aux statistiques des instituts antirabiques, que le traitement dont nous avons indiqué le principe est efficace, sinon toujours, au moins très souvent. Nous en avons maintes preuves et p. ex. les suivantes : le nombre des morts par rage a considérablement diminué depuis l’adoption à peu près générale du traitement ; en particulier, les hommes qui ont subi des morsures graves et multiples, surtout des morsures de la face, et pour lesquels on notait un pourcentage considérable de cas de rage, sont aujourd’hui beaucoup moins souvent victimes du mal qu'ils ne l’étaient jadis. Et comme ces résultats ne portent pas seulement sur une région limitée et sur un petit nombre d’années, mais sur une étendue considérable de pays et sur un quart de siècle, on ne saurait attribuer la diminution de la mortalité rabique à quelque atténuation locale et temporaire de la maladie.
Quelques savants, assurément mal informés de la nature du traitement antirabique, et de ce qu’on est en droit de lui demander, ont
insisté sur ce que le traitement de la rage est sans valeur, parce qu’il
est des sujets qui meurent de la rage non seulement en cours de traitement, mais encore après que le traitement a été parachevé, ce qui est exact. Mais la conclusion qu’on en tire est inadmissible : de ce que le traitement n’est pas toujours efficace, cela ne prouve pas qu’il
ne le soit jamais. Faut-il d’ailleurs manifester grande surprise qu'il
comporte des insuccès, quand on sait que deux processus évoluent simultanément dans l'organisme, qui opposent leurs effets : il y a entre eux lutte de vitesse, et aussi, ne l’oublions pas, lutte de puissance. Si l’infection rabique est d’allure accélérée, elle prévient l’immunisation en éclatant prématurément; si l'infection se développe de façon particulièrement puissante, elle peut ne pas se laisser neutraliser par l’immunisation.
Bref, de ce que le procédé de traitement antirabique comporte et surtout comportait à l’origine maints insuccès, il ne faut pas conclure à son ineflicacité, car un insuccès ne supprime pas les incontestables succès d’à côté. Ajoutons que des perfectionnements successifs apportés au procédé primitif ont fixé les règles d’une meilleure
En ie N buvélle le pure fa SLI diminue en plus : il est aujourd’hui si faible que personne ne Fee contes 15. de bonne foi sa valeur. | RC.
Pour la troisième fois, malgré que je me sois promis de ne pas citer d'auteur ou d'inventeur, je prononcerai un nom, toujours le même, celui de Pasteur. C’est à lui que nous devons toutes les notions qui viennent d’être résumées ; c'est à lui que nous devons les merveilleuses découvertes qui ont enthousiasmé au delà de toute expression les hommes de ma génération; c'est à lui que nous devons la joie inoubliable qui fut la nôtre, quand nous comprimes que, là où nos devanciers avaient dû s'avouer vaincus, il nous serait possible, sur bien des terrains, d'arrêter la maladie et de faire reculer la mort. Jeunes gens qui me lisez, ne prononcez jamais qu'avec respect le nom de
Pasteur et honorez sa mémoire.
Les préparations d'immunisation ci-dessus signalées mettent en œuvre des microbes dont le pouvoir pathogène a été atténué (microbes atlénués). L'atténuation, dans les procédés pasteuriens est obtenue par le vieillissement et la conservation dans l’air sec. On a pu obtenir le même . résultat par maints autres procédés. Il suffira d'en citer quelques exemples.
On peut atténuer certains microbes par l’action d’une température convenablement choisie, suffisante pour les modifier, insuffisante pour les tuer. — Une culture du microbe du charbon symptomatique en bouillon, maintenue 2 semaines à 43-44°, constitue un vaccin ,permettant d’immuniser les bovidés contre le microbe le plus actif. — Si on cultive sur bouillon à 39° le vibrion cholérique à action pathogène considérable qu’on désigne sous le nom de virus fixe, et si tous les 2 ou 3; jours on procède à un réensemencement, toutes les cultures se faisant à 39°, on obtient un microbe très atténué, qui constitue un vaccin : en l’inoculant à un cobaye, on lui confère une immunité, qu’on vérifie en inoculant le virus fixe, quelques 10 à 15 jours plus tard : aucun accident ne se produit. &
On atténue parfois certains microbes en les faisant passer par l'orgarisme d'animaux convenablement choisis. — Quand on injecte au lapin une culture du microbe du rouget du pore, on détermine une maladie
| Leetalle en 5 à 6; jours. CS on ie es le lapin ainsi un peu
des sang, ou du tissu de rate, et si on l’injecte à un second lapin, et ainsi de suite, on obtient un microbe qui s’atténue progressivement, au moins pour le porc, qui s’atténue assez pour devenir vaccin, et, en provoquant chez lui une maladie bénigne et guérissable, lui confère l’immunité contre le microbe normal. L’atténuation du microbe par passage de lapin à lapin étant progressive, on peut disposer de deux vaccins : un premier vaccin très peu pathogène pour le porc, et un second vaccin plus pathogène sans doute, mais qui ne détermine que des accidents très légers s’il est inoculé quelque temps après le premier, et qui conduit à une forte immunité contre le microbe normal.
Ce procédé est l’image de ce qui se passe dans la vaccination antivariolique. Le vaccin jennerien ou cow-pox n’est en vérité (c’est l’opinion de maints auteurs, et elle semble légitime) que la variole atténuée par passages sur la vache. Prélevons chez l’homme du pus variolique, appliquons-le sur la peau légèrement scarifiée d’une génisse : il se développe une éruption, qui, transportée à plusieurs reprises de génisse, à génisse prend peu à peu les caractères du cowpox, et qui, reportée chez l’homme, détermine la vaccine et non la variole. Le microbe de la variole, par passages sur génisses, s’est atténué pour l’homme et ne lui impose plus qu’une maladie très bénigne, l’immunisant contre la variole grave.
Ces procédés d’immunisation par l'emploi de microbes atténués ne réussissent toutefois pas, quel que soit le microbe considéré : dans bien des cas, pour immuniser, il faut recourir à d’autres artifices.
On peut parfois, et au moins pour quelques microbes pathogènes, immuniser avec le microbe normal, non alténué : et c’est là, somme toute, l'équivalent de la variolisation. Tantôt il suffira p. ex. d'injecter un microbe en une région déterminée de l’organisme, que, par tâtonnements, on aura reconnue apte à neutraliser l'effet d’un microbe qui, injecté en quelque autre région du corps, eût provoqué une maladie grave et la mort. Tantôt il suffira d'inoculer de tel autre microbe une très minime quantité, alors qu'une quantité plus grande eût tué le sujet.
Si on inocule une culture du microbe de la péripneumonie des bovidés, ou le liquide retiré du poumon d’un animal souffrant de cette maladie, sous la peau du tronc, chez la vache, la maladie éclate très
Ce