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LES MÉCANISMES DE L’IMMUNITÉ ACQUISE

SOMMAIRE. — Intoxication et infection ; sérums antitoxiques et sérums antimicrobiens. — Immunité naturelle et immunité acquise ;

immunilé active et immunité passive. — L'immunité acquise antimicrobienne comporte un élément humoral : est-elle la conséquence d’un pouvoir microbicide des humeurs ? — Immunité antimicro-

-bienne. — Examens d’immunités acquises contre les spirilles, le bacille pyocyanique, le bacille typhique, le rouget du pore, le streptocoque ; immunité antibactéridienne du rat et du mouton. — La bactériolyse n’est pas le mécanisme de l’immunité acquise. — De la phägocytose dans l’immunité acquise : inoculation de vibrions cholériques dans le péritoine, sous la peau, dans les vaisseaux, etc. — De quelques moyens de réduire ou de supprimer la phagocytose. —

Cas du vibrion avicide. — De l’immunité antibactéridienne du lapin et du rôle de la phagocytose dans cette immunité. — De l’immunité antibactéridienne du rat. — Immunité antimicrobienne passive ;

sérum antibactéridien, sérum anticholérique. — Phagocytose et immunilé passive antibactéridienne et antistreptococcique. — De la substance active des sérums antimicrobiens et de son mode d’actian : cette substance n’agit pas sur les leucocytes pour exagérer leur pouvoir phagocytaire, mais sur le microbe pour le rendre plus phagocytable., — Action des sérums antimicrobiens sur la phagocytose in vitro. — De la phagocytose des cadavres microbiens et de son exagération chez les animaux immunisés. — Pouvoir opsonique et

opsonines. — Opsonines normales ; opsonines des humeurs des ani-

maux immunisés ou immunopsonines : leur spécificité. — Des deux éléments constituant l’opsonine : substance thermostabile et substance thermolabile ; sensibilisatrice et alexine. — Rapprochement de la bactériolyse et de l’opsonisation. — Opsonisation et consommation d’alexine : de la véritable signification de la fixation de la sensibilisatrice et de la consommation d’alexine par les microbes. — La bactériolyse est exceplionnelle; l’opsonisation est générale. — Agglutination et opsonisation: l’agglutination joue-t-elle un rôle dans l’immunité ? — Pouvoir opsonique et ses variations. — Encore

un mot sur la vaccinothérapie. — Série de questions posées et non

acquise : pouvoir bactéricide des humeurs et phagocytose ; sommaireanalyse. — La part respective de l’opsonisation et de la phagocytose dans l’immunité acquise. — Réserves nécessaires. — Sérums antitoxiques et sérums antimicrobiens. — Variabilité des leucocytes ; insuffisance leucocytaire. — Indications présidant à la préparation des sérums antimicrobiens.

L° étudiant l’immunité naturelle antimicrobienne, nous avons reconnu qu’elle n’est pas la conséquence de quelque propriété microbicide ou antimicrobienne des humeurs de l’organisme réfractaire, mais la conséquence de la phagocytose ; c’est une propriété cellulaire ; c’est une propriété de ces cellules que nous avons appelées. phagocytes, et qui sont essentiellement représentées par les globules blancs, microphages et macrophages. Or nous avions reconnu antérieurement que l’immunité naturelle contre les toxines et contre les venins était aussi cellulaire, ne relevant pas de la présence de quelque: substance antitoxique ou antivenimeuse dans les humeurs de l’animal réfractaire. Donc les deux immunités naturelles, l’antitoxique et l’antimicrobienne, sont conséquences de propriétés cellulaires, non certes.

d’ailleurs des mêmes cellules, car si l’immunité naturelle antimicro-

bienne est conséquence des propriétés des leucocytes, l’immunité. naturelle antitétanique est conséquence des propriétés de cellules ner-

veuses, l’immunité naturelle anticobraïque est conséquence des pro-

priétés des plaques motrices terminales, etc.

L'identité constatée pour les mécanismes des immunités naturelles antimicrobiennes et antitoxiques, se retrouve-t-elle pour les immunités acquises? L’immunilé antitoxique acquise est humorale; l’immunité antimicrobienne acquise est-elle éqalement humorale?

Notons une première ressemblance : l’immunité antitoxique acquise peut se transporter de l’animal qui la possède à la suite de la préparation d’immunisation à un animal neuf : il suffit d’injecter à l’animal neuf du sérum de l'animal activement immunisé. De même l’immunité antimicrobienne acquise peut se transporter de l'animal qui la possède à la suite de la préparation d’immunisation à un animal neuf : il suffit encore d’injecter à l’animal neuf du sérum d’animal activement immunisé : on réalise ainsi l’immunité antimicrobienne passive ; nous avons noté antérieurement la possibilité de l’obtenir visà-vis des infections dysentériques, méningococciques, streptococciques, pesteuses, charbonneuses, cholériques, etc.

résolues dans le domaine de l'immunité antimicrobienne acquise. — Les deux conceptions irréductibles du mécanisme de l'immunité

A) LE RRET A AIAE

On est ao Un à dire que Tl'immunité antimi r bienne acquise est humorale comme l'immunité antitoxi-

que acquise, ou plus exactement, et pour ne pas dépasser

les faits observés, comporte un élément humoral (cette

réserve dans la forme de l'énoncé s'impose, car il se pourrait

que l’immunité antimicrobienne acquise fût à la fois humorale et cellulaire.

Mais quelle est la signification précise de cet élément

humoral dans le mécanisme de l’immunité antimicrobienne

acquise? Les humeurs de l'animal immunisé contre un

microbe renferment un élément qui, transporté chez l'animal neuf, l’immunise passivement : voilà le fait observé. Mais cet élément caractéristique des humeurs de l’animal immunisé est-il directement antimicrobien, c'est-à-dire détruit-il, désagrège-t-il, dissout-il, tue-t-il, ou neutraliset-il les microbes? comme l’antitoxine neutralise la toxine en agissant directement sur elle, en s'unissant à elle? Ou bien, l'élément caractéristique des humeurs du sujet immunisé est-il indirectement anlimicrobien, c'est-à-dire agitil pour exalter p. ex. le mécanisme qui assure l’immunité

naturelle, la phagocytose, et, dans ce cas-là, active-t-il la

phagocytose en modifiant (sans d’ailleurs le désagréger ou le tuer) le microbe, ou en modifiant le phagocyte, ou en modifiant l’un et l’autre?

Le problème est done complexe (encore n'en avons-nous indiqué que quelques aspects); pour en trouver la solution,

il sera nécessaire de procéder méthodiquement.

Le sérum, et plus généralement les Aumeurs des animaux immunisés contre un microbe déterminé, sont-ils bactéricides pour ce microbe; et, dans l'hypothèse où le sérum de l’animal neuf de même espèce présente déjà un faible pouvoir microbicide pour le microbe considéré, le sérum de l'’immunisé est-il plus fortement bactéricide ?

Si on introduit dans le péritoine du cobaye en quantité suffisante des vibrions cholériques, ils y prospèrent, c’est-à-dire s’y multiplient

et déterminent rapidement une septicémie mortelle : les liquides

péritonéaux ou le sang du cobaye normal ne tuent pas le vibrion cholérique. Immunisons le cobaye, en injectant à plusieurs reprises des vibrions cholériques sous la peau, puis injectons dans le péritoine

du nisé du HA ue: on oistate que très *

ha rapidement ils subissent une transformation granuleuse, devenant immobiles, sphériques, peu réfringents et peu colorables : ils sont

__ d’ailleurs morts quand ils se présentent sous la forme granuleuse, car

ils ne végètent plus si on les ensemence dans un bouillon de culture. Cette transformation granuleuse est due aux humeurs, car, à la = suite de l’injection des vibrions, les leucocytes péritonéaux ont à peu . près disparu totalement et ne réapparaissent que longtemps après que la transformation granuleuse est universellement accomplie.

La même transformation granuleuse se produit chez le cobaye qu’on n’a pas activement immunisé, mais auquel on a injecté (pour

réaliser l’immunité passive) dans le péritoine, ou sous la peau de.

fortes proportions de sérum d’animaux activement immunisés : si, quelques heures plus tard, ou le lendemain, on injecte dans le péritoine des vibrions, ils subissent très rapidement la transformation granuleuse.

Le même phénomène enfin se produit in vitro: si, dans une goutte de sérum de cobaye immunisé contre le vibrion cholériqe, on introduit très peu d’une culture de ce vibrion, la transformation s’accomplit, et on en peut suivre le développement dans le champ du microscope.

N'est-on pas autorisé à conclure de faits aussi catégoriques que l’immunité antimicrobienne acquise résulte de l'apparition dans les humeurs, et notamment dans le sérum et dans la sérosité péritonéale, d’une substance microbicide qui n'existait pas dans le sérum et dans la sérosité de l'animal neuf?

Pourtant, avant de conclure, et surtout avant de promulguer quelque loi qui aurait un caractère de généralité, faisons une enquête aussi étendue que possible, s’appliquant en tous cas au moins à plusieurs types microbiens. En biologie, il est indispensable de multiplier les exemples, car la nature n’est pas aussi simple que nous l’imaginons volontiers.

Injectons dans le péritoine du cobaye du sang humain renfermant des spirilles de la fièvre récurrente : ces microbes, nous l’avons noté, disparaissent englobés par les leucocytes, sans avoir été préalablement transformés par les liquides péritonéaux. Supposons qu’on ait injecté à plusieurs reprises sous la peau de cobayes le sang à spirilles et que, chez les animaux ainsi préparés, on introduise le même sang

ARTHUS. — MICROB. 29

RATE à

à spirille ins le an on eonstale une ne on pas, sans doute, une transformation granuleuse (comme pour les vibrions), Fes

forme de petites gouttelettes sphériques), immobiles et agglu-

plus la pyocyanine ou pigment bleu, qui le caractérisait quand il était

- qu’elle renferme se développent fort bien en un bouillon de culture, =

mais une transformation pourtant : les spirilles ne tardant pas à Ê devenir très grêles (une partie de leur contenu est exsudée sous

tinés. s

Le bacille du pus bleu ou bacille pyocyanique engendre, chez le cobaye, une maladie expérimentale, contre laquelle on peut immuniser l’animal en injectant à plusieurs reprises sous la peau soit des microbes, soit le liquide de leur culture. Si on fait agir in vitro le sérum de cobaye immunisé sur des bacilles pyocyaniques, on reconnaît qu’ils ne sont pas tués. Il y a plus, on peut fort bien cultiver les bacilles pyocyaniques sur le sérum d'animaux immunisés contre lui, aussi bien certainement que sur le sérum d’animaux neufs. Deux petits faits seulement doivent retenir notre attention. Cultivés sur sérum de cobaye neuf, les bacilles pyocyaniques se présentent isolés ; cultivés sur sérum de cobaye immunisé, ils forment des chaïnettes plus ou moins longues, groupées en amas (ce qui est une manifestation de pouvoir agglutinant, mais non de pouvoir bactériolytique). Cultivés sur sérum de cobaye immunisé, le bacille pyocyanique ne produit

cultivé dans les milieux d’usage courant, ou sur sérum de cobaye neuf (ce qui prouve une modification biologique, mais non une destruction).

Si, dans le péritoine d’un cobaye neuf, on injecte des bacilles pyocyaniques, ils ne subissent pas de changements sous l’influence de la sérosité péritonéale ; ils se développent et engendrent une maladie mortelle. S'ils sont injectés dans le péritoine d’un cobaye immunisé contre eux, ils ne subissent pas de changement rappelant la transformation granuleuse des vibrions ; ils deviennent seulement un peu plus courts et un peu plus épais qu’ils n’étaient quand on les a injectés. Ils ne sont pas tués d’ailleurs, car une goutte de la sérosité péritonéale étant retirée quelques 2 à 3 h. après l’injection les microbes

et aussi bien que le prélèvement ait été fait chez le cobaye neuf, ou chez le cobaye immunisé. — Les humeurs du cobaye immunisé ne se sont pas montrées bactéricides ; elles ont tout juste fait subir aw bacille de très petits changements de forme. L’immunité du cobaye vis-à-vis du bacille pyocyanique n’est donc pas la HUE d’une propriété bactéricide des humeurs.

Le cobaye est immunisé sans peine contre la maladie typhique expérimentale (injection sous-cutanée de très petites quantités de la culture, ou de bacilles tués par la chaleur, ou du bouillon filtré, etc.). L’injection intrapéritonéale de bacilles typhiques étant prati-

‘quée ie Fs base rio les bacilles ne sa beot pas d’altéra-

tion, par la sérosité, aussi grave que celle manifestée par les vibrions

cholériques : on constate simplement que les bacilles sont immobiles

et agglutinés chez l’animal immunisé, alors qu’ils demeurent mobiles et libres chez l’animal neuf ; notons encore que certains d’entre ces bacilles (mais non pas tous) deviennent moins réfringents et moins colorables. Ces bacilles ne sont d’ailleurs pas tués : une goutte de l’exsudat péritonéal bacillaire étant prélevé 1 à 2 h. après l’injection les microbes qu’elle renferme se développent parfaitement bien sur bouillon, quelle que soit leur origine (cobaye neuf ou immunisé).

On obtient des résultats identiques quand on expérimente avec des bacilles paratyphiques sur des cobayes immunisés contre ceux-ci.

Le sérum des lapins fortement immunisés contre le microbe du rouget du porc n’est pas toxique pour ce microbe. Si on ensemence avec une culture du microbe du rouget du porc, du sérum de lapin immunisé, le microbe se développe très bien, sous forme de chaïînettes formées de nombreux éléments (cette disposition exceptionnelle est une manifestation d’agglutination). Si on traite une culture du microbe par le sérum de lapin immunisé, les microbes s’agglutinent fortement et se déposent en gros flocons ; mais ils conservent leur vitalité, car si on les lave et si on les centrifuge, pour enlever toute trace de sérum agglutinant, ils se cultivent comme des microbes normaux et manifestent la même puissance pathogène que ceux-ci. Bref le sérum des lapins immunisés n’est pas bactéricide.

On a pu immuniser le lapin contre le streptocoque, qui possède vis-à-vis de cet animal un pouvoir pathogène considérable. Or le sérum de tels lapins n’est pas toxique pour les streptocoques. qui se développent sur ce liquide aussi abondamment que sur le sérum de lapins neufs. Il en est de même quand le sérum est fourni par la chèvre fortement immunisée : aucune action microbicide ne se manifeste. Tout au plus, le sérum des animaux immunisés provoque-t-il la formation de quelques amas microbiens, d’ailleurs beaucoup moins volumineux que dans le cas du vibrion cholérique, ou du bacille typhique ; mais les streptocoques en amas sont vivants et leur activité pathogène n’a pas subi de diminution.

Le sérum du rat neuf est nettement bactéricide pour la bactéridie charbonneuse : les bactéridies immergées dans ce sérum deviennent moins réfringentes ; elles semblent se vider et se réduire à leur membrane d’enveloppe ; les réactions de colorations sont presque nulles quand les bactéridies ont été ainsi modifiées ; d’ailleurs les bactéridies sont mortes, car elles ne sauraient plus être cultivées. Le plasma sanguin et la sérosité d’œdème du rat neuf, par contre, n’agisssent pas sur la bactéridie. — On peut facilement immuniser les rats, sur-

Le M

Fi sat hs ae ie contre ce be et pol coté pe une

immunité. Or le sérum des rats immunisés est bactéricide comme sérum des rats neufs, mais il n’est pas plus bactéricide que lui ; quant |

au plasma ou à la sérosité d’œdème, ils ne sont pas bactéricides chez * - Je rat immunisé, comme chez le ra neuf.

Le sérum des moutons neufs est très faiblement bactéricide pour la bactéridie ; mais cette propriété est peu marquée, si peu marquée que la bactéridie peut être cultivée sur sérum de mouton neuf. Le mouton peut être très fortement immunisé contre la bactéridie ; le sérum d’un tel mouton est encore très faiblement bactéricide, ni

. plus ni moins d’ailleurs que celui du lapin neuf, et les cultures de bactéridies se font dans les deux sérums (celui du mouton neuf et

celui du mouton ina unres) avec la même abondance et la même rapidité,

Le sérum du cobaye enfin n’est pas bactéricide pour la bactéridie ;

le sérum du cobaye immunisé contre elle ne l’est pas plus que le sérum du cobaye neuf. ;

re CE APN. + NARITT, —

En résumé, pour les vibrions et pour les spirilles, l’action bactéricide du sérum et des humeurs des animaux immunisés se manifeste avec la plus grande netteté. Elle est indiquée pour le bacille pyocyanique et pour le bacille typhique. Mais on ne l'observe pas pour le streptocoque, pour le microbe du rouget du porc, pour la bactéridie (chez le cobaye tout au moins; chez le rat et le mouton, elle s'observe, mais au même degré que chez l'animal

neuf), auxquels on pourrait ajouter le pneumocoque, le staphylocoque, le bacille pesteux, le bacille dysentérique, etc., etc.

En faut-il conclure qu'il y a, suivant les espèces microbiennes considérées, deux modes de défense dans l’immunité acquise: certains microbes seraient tués par les humeurs des animaux immunisés, les autres résisteraient

> à ces humeurs et l'immunité correspondante relèverait de - quelque autre cause à déterminer. 7 Cette conception ne saurait être acceptée, car on peut ; établir que l'immunilé persiste chez les animaux préparés, ds même quand on opère dans des conditions où la baclériolyse est entravée ou supprimée. C'est ce qui a lieu FS quand on inocule les vibrions, les spirilles, les bacilles. | …. typhique ou pyocyanique sous la peau ou dans la chambre

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