‹ Précis de physiologie microbienneChapitre 94 sur 145 · LES MÉCANISMES DE L'IMMUNITÉ ACQUISE · texte numérisé non relu

LES MÉCANISMES DE L'IMMUNITÉ ACQUISE

antérieure de l'œil. C'est ce qui a lieu encore quand

l'inoculation est faite dans le péritoine si l’on a pris soin d'y injecter du bouillon 24 heures auparavant. Dans ces conditions diverses les transformations morphologiques cidessus notées ne se produisent pas, mais l'immunité persiste. L

Donc, même dans les cas où certaines humeurs sont aptes à déterminer la bactériolyse, celle-ci ne nous apparaît pas comme étant l'élément essentiel de l’immunité, mi même comme possédant une certaine importance pour la réalisation de la protection de l'organisme immunisé.

La bactériolyse, quand elle se produit, est un fait intéressant, scientifiquement parlant, et dont nous avons tiré profit ci-devant dans l’étude que nous avons faite des sérums bactériolytiques, hématolytiques et cytotoxiques et dans l'étude de l’alexine; mais ce n’est rien de plus, semble-t-il, qu'un accident, ou, si l’on veut, un sncident.

Comment est donc assurée l’immunité dans l’immunité

acquise? Les humeurs ne tuent pas en général le microbe. Seraient-ce encore les leucocytes qui interviendraient pour les phagocyter, comme ils le faisaient dans l’immunité naturelle? Rappelons que nous avons reconnu ci-dessus que l’immunité naturelle est intimement liée à la phagocytose : elle existe là où les leucocytes viennent englober les bactéries; elle n'existe pas là où, pour une cause

quelconque, les leucocytes n’englobent pas les bactéries,

ou ne les englobent pas toutes.

L'’immunité acquise aurait-elle pour base la phagocylose, et la différence entre l'animal neuf réceptif et l'animal immunisé réfractaire tiendrait-elle à ce que la phagocytose ne se produit pas chez le premier, au moins de façon suffisante, tandis qu’elle se produit suffisante chez le second ?

Reprenons, pour les développer et les étendre, les exemples de tout à l'heure.

Les vibrions, p. ex. le vibrion cholérique, subissent la transformation granuleuse dans le péritoine des cobayes immunisés contre eux. Les leucocytes, qui disparaissent à peu près complètement au moment de l’inoculation intrapéritonéale, reviennent ensuite et englobent les

ak 2"

PH y SIOLOGIE MI CROBIENNE

granules ve des vibrions. Ici la bactériolyse a précédé la Hans ; cytose, mais c’est un accident, comme nous l’avons dit ci-dessus. — Supposons qu'on injecte dans le péritoine du cobaye immunisé quelques c. c. de bouillon fraîchement préparé et chauffé à 38p, il se produit une hypoleucocytose immédiate, puis les leucocytes reviennent abondants. Si, 24 h. plus tard, on injecte dans le péritoine une culture de vibrions, l’hypoleucocytose ne se produit pas, ou elle est très atténuée. Dans ces conditions, la phagocytose se produit presque instantanément et, quelques (2 à 5) min. après l'injection des vibrions, on ne trouve plus dans la sérosité péritonéale que de très rares vibrions libres, ayant d’ailleurs conservé leur forme, leur mobilité et leurs colorabilités normales ; la presque totalité des vibrions a été absorbée par les leucocytes avant d’avoir subi aucune transformation, et, dans les leucocytes, on les reconnaît encore avec tous leurs caractères morphologiques et histo-chimiques normaux. Ce n’est qu’ensuite et dans l’intérieur des leucocytes qu’ils subissent la transformation granuleuse. — Voilà donc une phagocytose qui se produit d'emblée, et qui suffit à assurer l’immunité absolue du cobaye : le pouvoir bactéricide des humeurs n’a joué aucun rôle; la phagocytose a suffi à elle seule à assurer l’immunité.

Il en est de même quand on injecte dans le tissu cellulaire souscutané une culture vibrionienne (en choisissant une variété, le vibrion de Massaouah p. ex., capable de tuer le cobaye neuf quand on l’injecte sous la peau) chez le cobaye immunisé contre le microbe qu elle contient.

On ne reconnaît à aucun moment la bactériolyse extraleucocytaire ; à aucun moment, on n’aperçoit les granules vibrioniens. Peu à peu, les vibrions sont phagocytés par les leucocytes, à mesure qu'ils affluent ; la phagocytose se faisant pour des vibrions indemnes de toute altération morphologique. L’immunité est ici encore assurée par la seule phagocytose.

Il en est de même quand, chez l’animal immunisé, on introduit le vibrion dans la chambre antérieure de l’œil. L'animal survit; les vibrions n’ont d’ailleurs subi aucune altération sous l’influence du liquide contenu dans cette chambre antérieure de l'œil ; ils sont englobés intacts, assez tardivement du reste, par les leucocytes, qui arrivent lentement.

Dans ces diverses conditions done, on note la phagocytose seule et l’immunité sans bactériolyse extra-leucocytaire. N'est-ce pas la preuve que, dans l’immunité acquise, la phagocytose est l'élément essentiel, prépondérant, et même le plus souvent exclusif de tout autre?

CN ve

OR CO PE SR Er

Page 1