CHAPITRE VIII
Anciennes invasions de tribus syriennes, arabes, égyptiennes et juives dans les pays sahariens jusqu'à l'Atlantique.
Les ksour sahariens ont été, à toute époque, les sûrs 1-efuges des tribus vaincues dans les zones habitées ■qui entourent le désert. Ces tribus devaient dès lors embrasser la vie nonaade. L'uniformité de leurs conditions matérielles d'existence dans leur habitat y rendit moins sensible qu'ailleurs la mêlée des races. Les chroniqueurs nous ont conservé le souvenir de très anciennes migrations de peuples dans les régions sahariennes et mauritaniennes.
Dans la Bible le pays de Loub ou Lybie, déjà habité par une race blanche, est opposé au pays de Chous ou Ethiopie, habité par une race noire.
D'après Ibn Khaldoun, les Lemtouna, les Sanhadja et des Touareg, tous peuples de race blanche, étaient ■originaires de l'Abyssinie et sans doute de l'.^rabie d'où les avait chassés quelque conflit ignoré de peuples.
Salluste et Tacite font aussi venir d'Asie les Mauritaniens de race blanche.
Le Juif Josèphe estime, d'autre part, que les Berbères Oétules, fraction des Sanhadja, ont comme ancêtre, ainsi que tons les Libyens, Pout, fils de Mizraïin VÉgypiien. L'importante tribu des Gétules s'est peu à peu dispersée
et Barth (1) a peut-être relevé ses derniers vestiges dansles peuplades des Ighdalen ou Ghedala, nomadisant dans la région d'Agadès.
Libyens et Égyptiens se rattacheraient donc à une souche commune ; cette hypothèse serait confirmée, selon M. Slousch, par des noms ethniques de tribus berbères^ telles que ceux d'Amazigh (Touareg), de Mesrata (citéspar Ibn Khaldoun comme fixés dans la Cyrénaïque), de- Mazer ou Mazir (Djebel Nefouça), etc., qui équivalent «au nom sémitique Mezr, au duel Mezraïm ou Egypte » (2).
De très bonne heure les Libyens furent, par les côtes méditerranéennes, en rapport avec les Phéniciens; rinflnence de Carthage fut considérable chez eux. Vinrent également, lors de l'établissement de la 19^ dynastie en Egypte, se mêler à eux une partie des peuples pasteurs syriens ou hfjksos, qui avaient pendant plusieurs siècles dominé dans la vallée du Nil d'où lesrois nationaux les chassaient.
Vers 320 avant l'ère chrétienne, plus de cent milleprisonniers juifs furent internés par Ptolémée Sôter, conquérant de la Palestine, dans la vallée du Nil et dans la Cyrénaïque, où ils pullulèrent. Ils se révoltèrent contre Rome en 115-118, et la tradition rapporte que 220,000 d'entre eux furent massacrés ; les survivants s'enfuirent, gagnèrent soit le Maghreb, soit le désert; ils y reconstituèrent des groupements nombreux de religion hébraïque et convertirent à leur culte beaucoup de Berbères.
Ce fut là la source de la légende qui se répandit verscette époque parmi les juifs du monde, que les dix
(1) Barth, Voyages et découvertes dans Afrique (Ed. Boliné. 1860),. t.i,p. 230-2.31.
(2) Slousch, Étude SM/ l'histoire des Juifs au Maroc, in-ArchireSr morocaine^, v. iv, p. 3ol.
tribus disparues d'Israël s'étaient toutes réfugiées dans le Maghreb et le Sahara.
En 628 les habitants du district juif de Khuïbar, dans le Yeuien, vaincus par le Prophète, émigrèrent, partie en Syrie, partie dans le Sahara. Au vu« siècle, les Arabes envahisseurs rejetèrent vers les oasis sahariennes la plus grande partie des Berbères de l'Afrique septentrionale, convertis au judaïsme; ils y retrouvèrent d'importants groupements de leur religion.
Au ix« siècle^ les Juifs berbères avaient créé un vaste empire qui englobait le Sahara et s'étendait jusqu'au Soudan et jusqu'à l'Atlantique. Ce ne fut que lentement que la religion juive cessa d'être professée par les sahariens; sou empreinte fut profonde sur les peuplades mauritaniennes et noires.
« On trouve dans le mahomélisme soudanais des » traces nombreuses du judaïsme qui l'a probablement « précédé dans ces contrées... Toute l'histoire reli- « gieuse des musulmans du Sénégal et du Niger s'appuie » sur celle des Hébreux (1) — »
(l) Le Chatelier, l'Islam dans C Afrique Occidentale, p. 314