CHAPITRE X La société musulmane en Mauritanie
La tribu est pour le nomade ce qu'était la cité antiquepour le sédentaire. Elle forme un tout complet où l'étranger n'a pas de place, à moins d'être adopté par elle.
Organisée de façon à la fois très simple et très étroite,, elle est la plus grande famille. Mais dans une même famille chacun n'a ni les mêmes droits, ni les mêmes devoirs et, d'une famille à l'autre, les différences sociales sont souvent profondes. De même une hiérarchie sociale existe entre les tribus^ de même une hiérarchie de castesexiste dans la tribu.
A. — Hiérarchie entre les tribus
En Mauritanie la guerre a classé les tribus en conquéi^antes (Arabes béni Hassan originaires de la tribu, himyarite de Maquil), et i;amcw(?s(berbèresZenaga (1) et Zen a ta).
« (1) Les Zcnaga ou Sanhadja occupaient, selon Et-ïaberi et Ibn- » el-Kclbi, une partie du désert qui, dans le Maghreb, s'étendait à » une distance de six mois de marche. Parmi leurs races, les Mes- » soufa et les Lemtouna faisaient partie de la population qui porte » toujours le voile; elles fondèrent, sous le surnom d'Almoravides » un empire dans le Maghreb. Les porteurs de litham habitaient » la région stérile qui s'étend au midi du désert sablonneux. Da-
1. Les Arabes conquérants constituent une aristocratie" fière de ses ancêtres et de ses traditions; après avoir
« temps immémorial — depuis bien des siècles avant l'islamisme^ » — ils avaient continué à parcourir cette réirion où il trouvaient » tout ce qui suilisait à leurs besoins. Se tenant ainsi éloignés du' » Tell et du pays cultivé, ils en reuiplaçalent les produits par le » lait et la chair de leurs chameaux ; évitant les contrées civili- » sées, ils s'étaient habitués à l'isolement, et, aussi braves que » farouches, ils n'avaient jamais plié sous le joug d'une domina- » tion étrangère; ils formèrent plusieurs tribus telles que les Gue- » data, les Lemtouna,les Mossoufa, les Outzîla, les Targa ou » Touareg, les Zogaoua et les Lamta. »
» Les Lemtouna se partageaient en un grand nouibre de branches » dont nous pouvons nommer les Beni-Ourtentac (Portendicki, les )) Beni-Mal, les Beni-Moulan et les Beni-Nasdja. A l'instar des » Berbères du Maghreb, ils professaient le magisme. Ils ne cessèrent » (le se tenir dans ce pays et de le parcourir avec leurs troupeaux )) jusqu'à ce qu'ils embrassèrent l'Islamisme, quelque temps après » la conquête de l'Espagne par les Arabes A celte époque, ils » obéissaient à des rois héréditaires, princes dont le souvenir s'est » conservé jusqu'à nos jours. L'un de ces rois, Telngaquïn, fils » d'Ourekkout ou Araken, lils d'Ourtentac, était aïeul d'Abou-Bekr- » ibn-Omar, celui qui conunandait les Lemtouna lors du premier' » établissemont de l'empire almoravide en Maghreb.
» Dans le pays habité par ce peuple, on vivait ordinairement )) jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans. Quand les Lemtouna eurent » soumis les régions du désert, ils portèrent la guerre chez les )) nations nègres pour les contraindre à devenir musulmans. Une 1) grande partie des Noirs adopta alors l'islamisme, mais le reste- » s'en dispensa en payant la capitation.
» Un des plus illustres de leurs rois fut Tînezoua, qui régna sur » tout le désert dans le quatrième siècle de l'hégire. 11 marchait à la )) tète de cent mille guerriers portés sur des chameaux de race. Sa' » domination s'étendait sur une région longue de deux mois de » marche et large d'autant. Vingt rois nègres reconnaissaient son » autorité et lui payaient la capitation. Ses fils régnèrent après lui, )) et, ensuite, l'unité de la nation se brisa, de sorte que chaque frac- » tion et chaque tribu eût un roi. Et cet état de choses dura cent )) vingt ans. . ,
» Cette race fonda, dès le onzième siècle de notre ère, le puis- » sant empire des almoravides qui engloba le Maghreb, l'Espagne" )) et rifrîkia. . .
^'aincu, lors de l'invasion de l'Afrique par l'Islam, les Cerbères dans le nord de la Mauritanie, ils descendirent progressivement vers le sud sous la conduite d'un
» Les tribus porteuses du litham existent encore de nos jours » (xiv* siècle) dans les contrées où elles s'adonnaient autrefois à la )) vie nomade. Leur territoire avoisine le pays des Noirs et le » sépare de la région sablonneuse qui touche aux deux Maghreb )) et à rifrîkïa. On rencontre les peuples à litham depuis l'Océan » Atlantique jusqu'au bord du Nil de l'Orient. La fraction de cette » race qui fonda un empire en Espagne et en Afrique et qui se )) composa d'une faible partie des Messoufa et des Lemtouna, a )) péri ; épuisée à force de dominer, consumée dans dé lointaines )) expéditions et ruinée par le luxe, elle disparut enfin exterminée » par les Almohades (première moitié du xiu' siècle de notre ère).
» Quant à ceux qui restèrent dans le désert, rien ne se changea » dans la manière d'être, et, jusqu'à ce jour, ils restent divisés et » désunis à cause de la diversité de leurs sentiments et de leurs )) intérêts. Soumise l'autorité du roi des Noirs (Malek es-Soudan), » ils lui paient l'impôt (Kheradj) et fournissent des contingents à » ses armées.
)) Ils forment une espèce de cordon sur la frontière du pays des » Noirs; cordon qui s'étend vers l'Orient parallèlement à celui que » forment les Arabes sur la frontière des deux Maghreb et de » rifrîkïa.
)) L'éducation des chameaux forme leur principale occupation, » ces animaux fournissant à leur subsistance et servant aussi à les )) porter, eux et leurs bagages. On ne trouve que très peu de che- )) vaux chez eux, mais ils ont pour monture une espèce de chameau » très actif qu'ils appellent nodjob. Quand une guerre éclate entre » ces peuples, ils combattent montés sur jdes chameaux. L'allure » des nodjob est un amble qui approche du galop.
» Les Arabes du désert, et surtout les Beni-Saîd, peuplade qui » fait partie de la tribu des Rîah, envahissent, de temps à autre, les » contrées appartenant aux porteurs du litham et s'en retournent » au plus vite, après avoir pillé tout ce qui se trouve sur leur pas- » sage. Alors, l'alarme se répand dans les campements, l'on monte » les chameaux, l'on court occuper les points où les ravisseurs » doivent s'arrêter pour prendre de l'eau, et, presque toujours, on )) les atteint avant qu'ils puissent rentrer chez eux. 11 s'ensuit un » combat acharné, et les Arabes n'emportent leur butin qu'à grand » peine et après avoir perdu plusieurs de leurs camarades. »
ibn. Khaldoun, Jlisloi)X des IJerbères, t. ii, pas.sim.
personnage appelé Maghfar ben Oiidaï ben Hassan <jLow ^ ^^!) (1; surnommé le « père de tous les Arabes »
venu de l'extrême sud marocain au début du xvii* siècle avec son frère Embarek. Les noirs installés jusque dans le Tagant (2) furent, après de sanglants combats, chassés de la rive droite du Sénégal. Embarek et les siens se dirigèrent vers le Kaarta qu'ils saccagèrent et où ils s'établirent. Quant aux Béni Hassan de Maghfar, ils continuèrent après sa mort à descendre vers le fleuve, refoulant sans cesse devant eux ouolofs et sarracolais ; leurs chefs, fils de Maghfar, se nommaient Terrouze et Barkani, sous les auspices desquels se ci-éèrent, un jour d'inimitié, les confédérations des Trarza et des Brakna (3).
Les Arabes sont demeurés guerriers dans le sang et ont formé la plupart des familles" princières du pays (Ahmed Saloum, émir des Trarza; Alimadou, émir des Brakna, etc.).
Leurs principales tribus sont :
Les Aliel Amar ould Mohammed, fraction dirigeante •des Edouaïch (Tagant).
Les Ouled Saïd (Brakna).
Les Ouled Ali (Brakna).
Les Ouled Ammani (Adrar), fraction qui donne les -chefs .
Les Ouled Dahmane (Trarza).
(1) g/î est la représentation ortliograpbl(iiie ollicielle en Algérie -du son r' grasseyé.
(2| Au XV' siècle ces noirs, sans doute sarracolais, étaient appelés tiaganés.
(3) Selon une tradition recueillie par Bourrel, les Djiedjiba, les Tendara, les Ida-iboussat (v. p. 78-79;, seraient venus du Touàt se joindre à cette époque aux fils de Maghfar.
Les Oulad Ahmed ben Dahmane (Trarza).
Les Ouled Embarek (Soudan), puissants autrefois, eiï pleine décadence maintenant.
Les Arabes, trop peu nombreux pour constituer unempire, adoptèrent la manière de vivre des autres maures et vécurent côte à côte avec eux.
IL — Les populations berbères conquises portaient toutes les armes à cette époque. Leurs confédérations assez flottantes étaient ennemies les unes des autres. Elles laissèrent les Arabes s'installer auprès d'elles et leur imposer des chefs. Plus tard, à une époque indéterminée, ces tribus divisées en deux partis se firent la guerre avec acharnement ; ce fut le char Bouba deslégendes; le parti écrasé se consacra aux œuvres pacifiques de la religion et de !a vie nomade; le parti victorieux conserva seul le droit d'être armé ; il traita cependant ses ennemis abattus avec déférence, neréservant quelque mépris qu'aux tribus adverses qui n'avaient pas pris part aux combats (l).
Certaines familles portent aujourd'hui encore eu Mauritanie le sobriquet de Gharibouba (Moulay ould. Charibouba par exemple, chef des Legouofif, fraction des Aleb, Pays Trarza).
Les Maures berbères ou betdanes (blancs) se distinguèrent en deux grandes fractions :
1° Les pacifiques ou marabouts.
1° Les guerriers ou hassanes.
(1) A rapprocher la distinction, en Mauritanie, des tribus en n)araboutiques et guerrières, de celle qui existait en Judée entrela tribu sacrée de Lévi et les tribus profanes.
Ceux-ci n'exigèrent le paiement d'aucun impôt des premiers. Mais les marabouts désarmés étaient incapables de mettre leurs troupeaux à l'abri des incursions des pillards; les tribus j^uerrièi-es se chargèrent de les protéger contre ces derniers lorsqu'ils séjournaient ou passaient sur leurs territoires ; ils percevaient en •échange des droits appelés ghefar; ces droits, en 4;énéral minimes, devinrent de véritables abonnements ■d'assurance traditionnels ; ils sont encore réclamés par leurs bénéficiaires. Cette redevance, qui n'est pas due par toutes les tribus maraboutiques, n'est que la rétribution d'un service rendu.
Les marabouts accusent les guerriers de n'avoir d'autre maître que leur fusil et d'être dans leur conduite €t dans leurs croyances aussi peu musulmans que possible (1); ils déclarent qu'un guerrier n'hésite pas à manger de la viande de bote non égorgée selon les rites, h ne pas observer les prescriptions sacrées de la prière, (lu jeûne, etc. Us englobent les Arabes, porteui-s eux <mssi de fusils, dans la même réprobation.
Aussi est-il très rare qu'une fille de marabout consente il épouser un arabe ou un hassane. Cependant un marabout épouse très volontiers la fille d'un guerrier, mais ce fait est rare. En effet, les tribus n'aiment pas à se mélanger entre elles.
Plus l'on va vers l'Est, plus la distinction entre tribus maraboutiques et tribus guerrières va en s'effaçant ; elle n'existe plus chez les Mechedouf, les Allouch, les Berabich.
Parmi les marabouts les uns prétendent qu'ils descen- •dent des Koreïchites, tribu-mère de Mohammed, noble ■entre toutes ; les autres, venus en Mauritanie avec les
(1) Un guerrier devenu marabout est désigné sous le nom de taib v--.jU> pi. liah, qui signilie l'homme venu à résipiscence.
Béni Hassan, se supposent d'origine himyarite aucun ;. n'avouerait volontiers qu'il est de ceux qui furent vaincus par les arabes. Les guerriers maures sont berbères d'origine ; tous les beïdanes sont plus ou moins métissés de peulh, de sarracolais, de r'man, de ouolof, etc. A mesure qu'on remonte vers le Maroc, le teint des individus s'éclaircit.
Il ne faut pas attacher grande foi aux prétentions des musulmans, qui, dans leur généalogie, se rattachent à la famille du Prophète ou à la tribu sacrée des Koreichites, c'est une simple et fréquente manifestation d'orgueil sans base sérieuse (1).
1° Les principales tribus marabouliques sont:
Les Ouled-Beri (Trarza);
Les Ouled-Deïmane — Les Tendara —
Les Ahl-Barik-Allah — Les Ida-bel-Hassen — Les Ida-Iboussat —
(i) La péninsule arabique semble avoir, à l'aurore même des temps historiques, essaimé déjà nombre de ses tribus par le monde. (( D'après Sprengcr, dit Elysée Reclus dans l'Homme et la Terre, t. I, p. 498, les Arabes seraient les Sémites par excellence et c'est de leur péninsule qu'auraient successivement émigré les diverses peuplades desquelles seraient issus Assyriens et Chaldéens, Phéniciens et Juifs; il voit dans tous les représentants de la race autant de sédiments arabes séparés couche après couche. Renan, Schrader, Gesenius, de Sarzec exposent en d'autres termes la même hypothèse» Les populations subjuguées au cours des âges par les invasions arabes, ne tardaient pas à adopter la langue et les mœurs d'une race qu'elles considéraient comme la plus vieille aristocratie du monde ; nul peuple n'a autant influé qu'elle sur les destinées humaines ; essayer de se rattacher à elle par des liens ethniques a été pour les peuplades islamisées un moyen non seulement de se rapprocher de la source des bénédictions divines, mais aussi de s'assurer des ancêtres d'une noblesse incontestable.
l.cs Djedjiba (Bi'îjkna); Les Semassid (Adrar); Les Idaoïiali (Tagant)(l); LesTadjakant —
Les Kounta (Adrar, Hodli), Tagant (confédération à la l'ois guerrière et maralDOutique) (2).
il) Les Idaouali sont, d'après leurs traditions, originaires du Tabelbalei, près de l'Oued Draà et du Tafilalet. Lorsqu'ils occupaient cette province, ils étaient armés et divisés en quarante fractionslls se supposent cheurfa, mais déclarent (jue par modestie ils ne l'avouent pas volontiers.
Les Idaouali ont la réputation de sorciers parmi les maures. On les accuse de glacer le sang des gens auxquels ils veulent nuire; il leur sudit de les regarder pendant plusieurs minutes, en faisant quelques passes, et leurs ennemis sont condamnés à mourir. Pendant notre marche sur Tidjikdja. les guerriers nous contaient, à l'appui de cette légende, qu'en I90'i-,en une seule séance, les Idaouali avaient tué de la sorte, par malélice, vingt-sept hommes.
(2| Kounta. La très importante tribu des Kounta rattache son origine au ouali Sidi Yahia, enterre au Touat avec ses soixante-dix talibés, morts tous en odeur de sainteté. La généalogie de Sidi Yahia était la suivante :
Sidi Yahia ;
Ould Doumane ;
Ould Sidi Yalies ;
Ould ïamim ;
Ould Sàïd ;
Ould ladreb ;
Ould Chaker Ogba (Sidi Ogba^ premier conquérant de l'Afrique) ;
Ould El Moustadjer le Koreïschite, compagnon du Prophète,
En mourant, Sidi Yahia laissait sa femme enceinte; il prédit qu'elle donnerait naissance à un fils et ordonna d'imposer son propre nom a ce fils ; Sidi Yahia es-Serir fut le père ou le grandpère de Youcef ben Tachifine, émir des Lemtouna almoravides, qui conquit Fez vers 1063 de notre ère (Cf. Ibn Khaldoun, Jlisloire des Berbères, t. m, p. 2o3i.
Sidi Yahia es-Serir engendra
Sidi Yahia, père de
Sidi Ali, père de
Sidi Mohammed el Kounti, père de
2° Les principales tribus des Hassanes sont :
Les Lebeïdat (Trarza) ;
Les Aleb —
Les Oulad-Bouàlia ;
Les Oulad-Gheïlaiie (Adrar) ;
Les Oulad-bou-Sebaâ (Tiris, Adrar).
Sidi Ahmed Bekkaï qui est enterré à Oualàta, où sont encore une |Dartie de ses descendants et qui laissa trois fils :
1° Sidi Molianimed el-Kounti Serir, ancêtre des Kounta du Tagant ;
2" Sidi El-Ouafi, ancêtre des Kounta de l'Azaouad ;
3° Taleb bou Bakar, ancêtre des Hemnial.
Les principales fractions des Kounta sont :
Dans l'Azaouad :
Les Ahl Bekkaï;
Les Regagda ;
Les Oulad el-Ouafi ;
Lés Oulad Sidi Mokhtar ;
Les Hem mal.
Dans le ïagant :
Les Oulad Sidi Heïb Allah ;
Les Oulad Sidi el Ouafi.
Les Oulad Sidi bou Bakar;
Les Oulad El Boh ;
Les Oulad Tanaquia ;
Les Oulad bou Sif ;
Les Reqabat.
Dans l'Adrar et le Chemania :
Les Metaghambrin.
Dans le Cayor :
Les Ahl bou Nàma.
Dans le Tagant, les Kounta occupèrent de bonne heure les ksour de Rachid (0. Sidi Kl Ouati), et de Ksar-el-Barka ^0. Sidi Heïb Allah). L'occupation de ce dernier ksar l'ut faite par Taleb Sidi Mohammed, ancêtre du chef actuel desO. Sidi Heïb Allah ; ceux-ci cultivaient à cette époque toute la Tamourt cn-Nadj, la plus riche vallée du Tagant, oii leurs défriciicments n'avaient plus laissé qu'un seul arbre, un gonaké, dont l'ombre, à ce que dit la légende, était très convoitée par les bergers et les voyageurs : en ce temps là les noirs gaugari occupaient encore i'Asaba.
B. — Les castes dans la tribu
à)Zenaga. — A une époque indéterminée, très ancienne, de nombreux j;roupements berbères furent astreints par d'autres au paiement d'une redevance annuelle, dite droit d'honorabilité (horma). Ces gens ainsi soumis, probablement les antiques dominateurs gétules de la Mauritanie(l), dépendent tous maintenant des hassanes, et sous le nom de zenaga sont considérés comme de caste inférieure; ils continuent cependant à former des tribus; ils vivent et s'allient entre eux. Ces tributaires de condition sociale inférieure, qualifiés ironiquement, à cause de leur grossièreté, de viande (le/iam), ne sont nullement tyrannisés ou exploités, ils sont dans le sens latin la clientèle des hassane, qu'ils suivent à la guerre. Plusieurs de leurs groupements ont d'ailleurs recouvré leur indépendance et sont redeyenus les égaux sociaux -des autres beidanes ; toutefois le nom quelque peu méprisé de zenaga continue à leur être attribué.
Parfois le droit de horma est vendu par les hassanes <"i une tribu maraboutique ; les zenaga paieront dès lors à cette tribu la redevance qu'ils payent aux hassa-
Ksar el-Barka fut détruit une première fois parles Aiil Sidi Mahmoud, alliés aux Chratit, fraction des Idouaïcli, et ravat^é à nouveau, il y à une quarantaine d'années, par les Chratit, alliés aux Tadjakant.
(Renseignements fournis par Cheikh Mokhtar, chef des Kounla <lu Hodh (b. Sidi Heïb Allah'.
(1) Qu'on ne s'illusionne pas sur la prétendue haute civilisation de cette partie de l'Afrique occidentale aux époques anciennes. L'Atlantide, cette patrie idéale d'êtres supérieurs n'était qu'un pays de rêve comme le Paradis Chaldéen. Les géographes anciens en parlent sans enthousiasme : « Les Atlantes, disent-ils, sont une espèce inférieure à l'houime : ils ne donnent point de noms ; i's faut des imprécations contre le soleil ; ils ne rêvent point. » Pline, Hist. nat., t. v, p. 8.
lies ; les marabouts les dénomment en ce cas leurs talibé ou tolba (disciples).
Parmi les tribus zenaga, les unes portent les armes^ Jes autres se livrent à la culture ou au commerce.
Les principales tribus guerrières de Zenaga sont :
Les Rehala (Trarza) ;
Les Oulad-el-Faghi —
Les Arouidja —
Les Lemzazga —
Les Ida-Ichelli (Adrar) ;
Les Idouaïch (Ta gant) (1) ;
Les Touabir du Brakna.
Les principales tribus non guerrières de Zenaga sont:
Les El-Boughed ;
Les Oulad-Abd-el-Ouahhab ;
Les Oulad Rahmoun ;
Les Loummagui;
Les Lebbéïhat;
Les Touabir de l'Adrar ;
Les Jenagta ;
Les Lesghaïr.
b) Harraiine (hartani au singulier). — Au-dessousdes Zenaga ou tributaires sont les serfs ou harratine ; esclaves libérés ou derniers vestiges d'une population noire autochtone ; ils dépendent au point de vue social, d'une tribu dont ils empruntent le nom ; ils ont acquis la liberté^ le droit de posséder; ils ne sont astreints qu'à des devoirs de vénération et de respect envers leur ancien patron, ou, s'il est mort, à sa famille, ou, si sa famille est éteinte, à sa tribu. Ils cultivent souvent les
(1) hiounïch. Ils se divisent en doux fractions, souvent en ctal <I'hojtililé l'une contre l'autre; les Chratit et les Abakak.
terres de celui qui fut leur maître, et lui en paient le loyer selon des conditions débattues entre eux. S'il est hassane, ils sont armés et le suivent à la guerre. 11 serait déshonorant pour un béïdane de s'allier avec eux par le sang(l).
Les principaux groupes de harratines de guerriers sont :
Harratine des Oulad-Ahmed-ben-Dahmane (Trarza). — des Dekhi-eu (Trarza).
Les principaux groupes de harratines de tribus maraboutiques sont :
(1) En Mauritanie ce seront les Harratines etPourognes quiconslitueront nos meilleurs auxiliaires de pénétration méthodique; l'état traditionnel de sujétion auiiuel ils ont été astreints i)ar les Maures de race blanche, la persuasion rju'ils ont eux-mêmes de l'infériorité de leur caste, les prédisposent à cette discipline qui est, à la base de toute action sociale, prolitable, et qui n'est autre que l'unification des efforts individuels dans un but donné.
Ils n'auront donc pas de peine à devenir des soldats, à entrer dans les cadres d'une formation régulière. Le particularisme à outrance qui caractérise maintenant le Maure, comme de tout temps il acaractérisé le Lybicn, rend illusoire tout désir d'arriver à développer en lui la continuité de la volonté.
.Tamais aucun souverain de race blanche n'a consenti en Afrique à faire assurer sa sécurité personnelle et celle de son empire par des gens de sa race; les soldats noirs ou métis ét-aient les seuls en qui il eût confiance, car ils étaient les seuls susceptibles d'obéissance sans discussion préalable de l'ordre donné ; ils se les attachaient davantage en choisissant des femmes dans leurs familles ; de là la fréquence du type nègre parmi les descendants, même légitimes, des grandes familles arabes ou berbères. C'est, en soimne, plus par le sentiment qu'elles ont de leur mentalité inférieure que par l'infériorité réelle de cette mentalité, que certaines races, considérées comme inférieures par l'aristocratie, arrivent, après avoir été les meilleurs soutiens de cette aristocratie, à la supplanter.
Harratinedes Oulad-Deïmane (Trarza).
— des Tendara —
— des Djedjiba (Brakna).
— des Idaouali (Teganl).
— des Kounta — ,
c) Forgerons (mouàllemine). — Les forgerons constituent une caste méprisée dans la tribu ; leurs familles éparses dans les tribus mauritaniennes survivraient, d'après quelques ethnographes, à une peuplade très ancienne, subjuguée par une conquête inconnue. Ils paient une horma aux Arabes et ne s'allient qu'entre eux; c'est le forgeron du campement qui d'ordinaire procède aux circoncisions ; sous sa tente se réunissent les oisifs et les curieux de nouvelles.
Une tribji de forgerons de nobles, les Oulad-Regguig, attachée aux princes du Trarza, exerce une immense influence dans cette région ; ses membres travaillent le fer et portent les armes.
d) Griots. — Ces chantres ambulants appelés par les Maures igaoun, au singulier iguyoa, célèbrent les louanges des particuliers et les fastes de la tribu (1).
l'I) « Les guéheiès (griots) ont deux sortes d'instruments dont ils )) s'accompagnent en chantant. L'un, fait en forme de guitare, n'est )) autre chose qu'une petite calebasse ovale, recouverte d'une peau » de mouton très bien apprêtée; un bâton d'un pied de long la tra- » verse horizontalement près de ses bords, et sert à monter les cor- » des de l'instrument, qui sont au nombre de cinq, faites de plu- )) sieurs brins de crins tordus ensemble : cet instrument se touche » et rend des sons très agréables. Le second est une sorte de harpe » à quatorze cordes de boyaux de mouton, montées sur un bâton » de deux pieds de long, placé obliquement dans une calebasse ») ronde, beaucoup plus grande <iue la première. Une corde en cuir, » tendue horizontalement sur la peau qui recouvre la callebasse, » sert à fixer les cordes par le bas ; quelquefois c'est à un morceau » de bois placé en travers qu'elles sont attachées. A l'extrémité
Chaque famille riche en entretient un au moins à su suite. Ils sont fort peu considérés, ne s'allient qu'entre eux, détiennent souvent une très grande influence dans leur tribu.
La tribu de griots des Oulad-Manou est universellement connue en Mauritanie.
e) Captifs. — Le Qoran reconnaît l'esclavage comme licite; cette institution était un rouage indispensable de la société antique ; le Prophète recommande de traiter avec bonté et bienveillance le captif qui, n'ayant aucun droit, a tous les droits ; un musulman ne peut être réduit en esclavage, cependant l'esclave peut devenir musulman sans cesser d'être esclave; mais libérer son esclave est un acte de particulière pitié, et les affranchis abondent dans les pays de l'Islam.
En Mauritanie existaient avant notre arrivée deux sortes de captifs : le captif de tente appelé nanema (*jl3) et le captif de traite (àbid), principal objet du trafic des caravanes entre le Soudan et l'Au-ique du nord ; ce dernier a complètement disparu. Le nanema né dans une famille qui l'a élevé avec ses enfants et l'a considéré comme l'un d'entre eux (1), s'estime membre de cette famille et ne la quitterait pour rien au monde. Dans certaines tribus, lors delà récolte de la gomme ou de la
» de la calebasse et sous la dernière corde se trouve un morceau » de fer très plat et ovale, de cinq pouces de long, garni de petits » anneaux également en fer ; et lorsqu'on touclie de la liarpe ils » font un cliquetis qui accompagne agréablement le son de cet )) instrument déjà assez harmonieux. » (Journ. d'un voyage à Tombouctou et à Jenné, par René Caillé, i, pp. 94-9o).
(1) « Un marabout (brakna) m'amena une esclave qui avait un » cancer au sein et me pria de lui indiquer ijuclque plante qui pût » la guérir; il m'ollrit six bœufs pour ma récompense. » (R. Caillé, op. cit., 1, pp. 106-107.