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CHAPITRE XI Les groupements hors castes

Chasseurs et pécheurs. — Des groupements qu'on ne î)eut rattacher par aucun lien technique à la société féodale mauritanienne, vagabondent- dans la brousse et le long des côtes; leurs mœurs sont spécialement farouches.

Dans le Tagant et dans le Hodh nomadisent les Nemadi ; les Maures, interrogés à leur sujet, constatent qu'on les a toujours connus errant dans le pays, qu'ils ne sont ni aoulad ni id, bien que de race blanche ; ils recueillent chez eux les bannis et les proscrits des tribus maures ; bien que musulmans de nom, ils ne pratiquent pas la religion musulmane, ne font ni les prières, ni le ramadan, connaissent pourtant la circoncision et portent des noms arabes ; ils vivent de chasse, avec de grandes meutes de chiens; les mariages sont un. arrangement à l'amiable entre deux familles; une femme est payée avec des chiens; dans une famille de chioukh, par exemple, son prix sera de dix chiens. Ils chassent les gazelles,les biches et toutes les bêtes de la brousse qu'ils mangent sans les égorger et même lorsqu'ils les ti-ouvent à l'état de charognes; ils n'ont aucune monture, et courent avec une vélocité prodigieuse ; la légende

raconte qu'ils enlèvent les rotules à leurs enfants le jour de leur naissance pour leur permettre d'être plus agiles; un cheval au galop les dépasse, ils résistent cependant mieux que lui à la fatigue. Chaque homme est armé de deux lances non barbelées, non empoisonnées, dont il se sert avec une extrême adresse au jet ou ,à la main. Ils possèdent quelques fusils depuis peu de temps. Ils se font de petits abris ronds en paille ou habitent des trous de rocher; ils sont nomades et ne séjournent dans un endroit que tant qu'ils y trouvent du gibier. Ils s'habillent de boubous très courts de guinée, vivent parfois nus. Ils se confectionnent -cependant des couvertures avec la peau des bètes qu'ils tuent.

Leurs habitats ordinaires sont les régions de Mraier, de Tichit, de Oualâta, et plus particulièrement aux environs du lieu dit Agueïlit Nemadi, entre Tichit et Ouadan, dans le Mraier. Chacun a des amis à Tichit qui lui servent de correspondants. Certaines tribus maraboutiques leur paient des ghefar pour qu'ils leur ramènent les -chameaux égarés dans la brousse. Us parlent le maure, mais près de Tichit ils emploient un dialecte appelé azeîr, et qui se rapproche du sarracolais. Leurs nombreux chiens sont pour la plupart châtrés; les plus JDeaux sont réservés et servent d'étalons ; bien nourris de viande, parfaitement dressés à la chasse, ces chiens ne se battent jamais entre eux. Les Ahl Souïd, fraction des Idouaich, considèrent les Nemadi comme leurs tributaires.

Les Nemadi mangent, outre la viande de leur chasse, le az, sorte de mil sauvage et les plantes comestibles de la brousse. Vivant par petits groupes sans cohésion, ils ne guerroient pas contre les Beïdanes, auxquels cepen- -dant ils volent quelquefois des chameaux. Ils ont un roi -auquel ils obéissent aveuglément, qui réside le plus

■souvent dans l'AgLieïlit Nemadi et à qui ils envoient la moelle des os des animaux tués par eux. Ils connaissent la famille, ignorent la lecture et l'écriture, n'ont avec eux ni griots ni forgerons et se procurent à Tichit les rares objets qui leur sont nécessaires ; n'ayant ni troupeaux ni moyens de transports, c'est sur leurs épaules qu'ils chargent leurs bagages en changeant •d'habitat. Ils suivent le gibier dans ses migrations. Leur arme unique est, outre l'épieu, un poignard. Ils vivent en bons termes avec les Hassanes et servent de guides aux rezzous qu'ils conduisent à destination par des chemins •détournés et garnis de points d'eau ; quand les Hassanes passent près d'un de leurs campements, il est rare qu'ils ne s'y rendent pas pour les saluer et pour leur demander de la viande. Rarement les Nemadi descen- •dent jusqu'au fleuve; on cite pourtant une ou deux de leurs familles qui errent sur la rive gauche du Sénégal. Les femmes ne vont pas à la chasse, elles restent au campement et préparent la viande séchée dont ils se nourrissent. Le nombre des Nemadi ne dépasse guère quatre h ?inq cents individus.

Un autre groupe de race blanche analogue à celui-ci est constitué par les Ida Boujelten, harratine des Idaouali ; cette petite peuplade, confinée dans leTagant, vit de chasse ; elle se compose de trappeurs habiles à •confectionner des pièges. Leur existence est assez misérable. Habillés de peaux de bêles, ils ont un air farouche encore accru par leur chevelure en désordre et leur barbe hirsute. Ils ne possèdent pas de fusils.

Près de Nouakchott se trouve la tribu de pécheurs des Imeraguen dont le principal centre est à Bilaouak; ils sont tributaires des Oulad Bou Sebàa ; vers la baie du Lévrier, ^n rencontre les Ahei ei-Gliasal et les AbdouL Ouahhab, autres tribus de pêcheurs ; ils ne se servent guère que 4e filets confectionnés par eux avec la fibre de l'arbre

nommé tilareg, commun sur le bord de la mer, ou avee les tendons de certains poissons; ils ne pratiquent que peu la pêche à l'hameçon. Ils chassent le poisson et le traquent en organisant de vraies battues derrière la barre de la côte. Ils coupent la tète de tous les poissons qu'ils prennent et qu'ils ont d'abord tué à coups de bâton.

Ils font aussi des battues à l'autruche qu'ils cernent et poussent à la mer. Ils suivent les gazelles à la piste, les surprennent, les entourent et les tuent au pâturage.

Ils fabriquent leurs très rares pirogues avec les débris de naufrage poussés à la côte par le vent et les courants; ils font sécher leurs poissons, les empilent dan& des peaux de bouc, les échangent dans les campements des autres Maures contre des grains ou des marchandises, les envoient jusqu'à Atar dans l'Adrar. Ils n'ont pas de troupeaux, les plus riches ne possèdent que quelques ânes. Leurs habitations sont des plus primitives. Voici ce que dit un explorateur à ce sujet :

« Le genre de construction de ce village indique assez^ » qu'il sert d'habitation à des pécheurs. Les murs des » cases sont faits avec des algues marines ou varech. » Ils sont maintenus par quelques pierres prises dans » les ruines du fort et par de petits piquets, sur lesquels » s'appuient de petites branches destinées à supporter » de vieux filets de pêche, qui reçoivent une dernière » couche de varech formant la toiture. Une porte est » ménagée dans ces cases. Elle est basse et générale- » ment fermée par une natte en roseaux. Les cases » elles-mêmes, peu élevées, dépassent rarement2 mètres » de largeur sur 4 mètres de longueur.

» Chaque case est entourée du côté de la porte par » un petit mur très bas en algues marines consolidé

♦) avec des pierres. Ces murs fornienl avec la case une » espèce d'enclos.

» Un petit espace carré de 5 mètres de côté, entouré ♦> d'un mur de moins d'un mètre de hauteur, sert de » mosquée. Celte mosquée est située entre le fort et le » village» (1).

(1) Exploration de la baie d'Arguin par Fulcrand, capitaine du génie. Revue maritime et coloniale, mai 1861.

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