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CHAPITRE XII

Les musulmans dans leurs rapports avec le monde moderne

L'exercice intégral de la volonté est une fatigue dont sont seuls capables les hommes de génie. L'Islam est un tout compact et définitif; les musulmans sont imprégnés delui^ chair et intellectualité. Les recherches de la pensée originale sont donc inutiles puisqu'on connaît, par le Qoran, la pensée de Dieu. Le musulman est largement heureux de la vie, qui, pour lui, n'a pas de doutes; aussi jouit-il de façon indicible des aspects et des images, et quand il en est las, il s'endort en rêvant à des rythmes d'éternité. Poète insoucieux du réel, débarrassé des vaines philosophies des siècles où des exégètes audacieux tentèrent de discuter sur la religion, il a regardé passer l'humanité et l'a méprisée. Elle est maintenant très loin de lui.

Chaque musulman se suffît à lui même pour son propre salut par sa foi et par ses œuvres ; il n'a donc nul besoin de la hiérarchie sociale, nécessaire ailleurs au bonheur matériel des hommes; aussi, nulle part n'existe-t-il, à proprement parler, une société musul' mane ; il y a des musulmans, il n'y a pas d'organisation islamique comparable à un de nos États modernes. L'Islam n'est dans l'Histoire qu'un combat forcené ou

un repos absolu. 11 n'y a plus dans les pays islamiques que des ambitions personnelles.

Certains musulmans, les yeux fixés sur le passé, songent à reconstituer l'immense empire des Khalifes (1), c'est là une utopie qui amènerait, certes, quelques massacres d'européens, mais qui serait suivie d'une répression terrible complétée par la ruine temporelle de l'Islam ; les nécessités économiques de l'Europe l'ont

(1) Le panislamisme, dont les doctrines d'une si belle audace sont si tentantes pour les foules, n'est nullement un danger imaginaire, comme le supposent certains. Les récentes émeutes de Bakou (Russie), dont la répression fut, après des résistances inouïes, sr pénible et si sanglante, étaient faites en son nom. Dans son numéro du 6 septembre 190o, le Temps en rend compte dans les termes suivants :

Le caractère du mouvement. — La thèse oflicielle consiste à faire retomber sur les grévistes arméniens de Bakou l'origine du mouvement : mais il n'est pas douteux qu'on ne soit en présence d'une insurrection de caractère purement tatar et de tendance panislamiste .

Les autorités de Tiflis déclarent, en effet, avoir entre les mains la preuve absolue que cette révolte a été fomentée par des émissaires turcs et que des agitateurs promènent en ce nioment dans les campagnes l'étendard vert de l'Islam.

Selon la Gazette d« la Bourse, les autorités d'Erivan ont découvert des preuves patentes d'un complot mahométan ayant pour but la conquête de la région. Un dépôt d'armes a été découvert en territoire russe, tout près de la frontière constituée par le cours de l'Aras. Le propriétain- de la maison où était le dépôt, un musulman, fournissait d'armes ses coreligionnaires des deux côtés de la frontière persane. Les kbans persans de Nakin ont, d'ailleurs, toujours été au mieux avec les khans tatars de Nakhitchevan et coopèrent avec eux toutes les fois que l'occasion se présente de faire de la propagande panislamique.

Bakou était un des centres principaux de la propagande. Des proclamations portant en tète l'inscription : « Vive l'Islam ! A bas les giaours ! » ont, du reste, été trouvées sur les hommes qui ont attaqué les Arméniens. Les chefs des bandes musulmanes portaient même le fez rouge, comme pour se proclamer ouvertement soldats du calife.

obligée à mettre en valeur les friches des terres abandonnées du blad-es-siba (l) que le flot musulman laissa si nombreuses derrière lui. Cette mise en valeur nécessita ie sacrifice de capitaux et d'hommes ; elle profita aux musulmans eux-mêmes en leur apportant la pacification et les bénéfices des calmes négoces. Aux fruits de ses labeurs un État européen ne renoncera jamais. Toute tentative de coalition islamique trouverait devant elle une coalition européenne. Et que pourraient faire des bordes innombrables et fatalement indisciplinées contre la force rationnelle et ordonnée d'une armée outillée pour la destruction méthodique des masses? Elles mourraient en beauté, impuissantes, laissant au monde le ■souvenir de leur bravoure inutile.

L'Islam ne peut que continuer à être une religion iîdèle à ses tendances individualistes ; l'idéal théocratique est une splendide erreur. L'Islam a toujours été tolérant pour les autres cultes, il trouvera chez l'Européen la même tolérance pour le sien.

Puisque l'Islam est incapable d'organiser des étals iiutres que théologiques, c'est-à-dire en retard sur les États christianisés du monde, il ne doit gêner ces États dans leur vie. Le profit matériel qu'ils peuvent tirer de lui n'est que momentané. Les groupements musulmans actuels, en tant qu'États, doivent se modifier ou disparaître. C'est l'inéluctable loi du progrès scientifique.

(1) C'est une erreur de traduire, comme le font beaucoup d'auteurs, blad-es-siba (s\..y^\ >))-:>) par terre d'abandon. Le mot L^o ne

saurait être confondu avec le mot ^^-wj ; ils n'ont pas la même racine. A..-^ est le nom d'action de L-^ captivuin fecil, capticacit

hostem /"Freytag, Lexicon arabico-latinumi. Donc blad-cs-siba *L-^-^\ >)h signllie terre où se fait l'action de mettre en captivité,

territoire à captifs, à butin, terre ennemie, territoire de guerre, etc.

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