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CHAPITRE XViri Autres particularités de la vie de brousse

On distingue en Mauritanie la région du Chemama, dont les terres, renommées pour leur fertilité, forment sur la rive droite du Sénégal une longue bande dont la largeur varie de dix à trente kilomètres; les noirs de la rive gauche repeuplent peu à peu ces riches territoires, qu'ils avaient autrefois abandonnés devant les incessants pillages des maures ; quelques difficultés peuvent être soulevées dans cette région par la conciliation ,des intérêts des Maures, cultivateurs ou propriétaires, et ceux des noirs voulant réoccuper des lougans très anciennement possédés par eux. Le fonctionnaire aura donc à résoudre des questions agraires souvent embrouillées; il est extrêmement malaisé de savoir bien ohseroer, bien interroger, bien répondre ; il est recommandé de noter ses décisions sur un registre spécial à l'usage de ses successeurs.

Les origines et la marche d'un litige n'ont souvent que peu de points communs avec l'affaire dont le règlement est demandé à l'administration ; il faut cependant s'en enquérir pour éviter, en tranchant le seul détail, de préjudicier à l'ensemble.

Les Maures vont vendre leurs troupeaux sur la rive gauche du Sénégal ; les caravanes payaient autrefois, à la sortie de la Mauritanie, un droit d'octroi à leurs princes. Un arrêté gouvernemental du 18 décembre 1905

fixe les droits d'oussourou et de pacage, qui seront dorénavant perçus en Mauritanie (1).

(1) Article premier. — Les caravanes venant de l'extérieur de l'Afrique occidentale française acquittent, en pénétrant dans le territoire civil de la Mauritanie, un droit d'oussourou perçu sur les marchandises autres que les gommes et sur les animaux destinés à la vente et lixé au I/IO' de la valeur de ces marcliandises ou de ces animaux.

Art. 2. — Les troupeaux (jui viennent temporairement de l'extérieur pâturer dans le territoire de la Mauritanie acquittent, à leur •entrée sur ce territoire, un droit de pacage lixé à : 1/40' sur les moutons ; 1/G0« sur les bœufs, les ânes et les chevaux ; 1/lUO' sur les chameaux.

Art. ;}. — En principe, les droits d'oussourou et de pacage sont •perçus ou numéraire. Toutefois, ils peuvent être ac(iuittés ea nature lorsque les caravanes ou les conducteurs de troupeaux, n'ont pas en leur possession le numéraire nécessaire à l'acquittement des droits.

Art. 4. — Des mercuriales arrêtées par le Commissaire du Gouvernement général en Mauritanie, sur la proposition des Commandants de cercle, détermineront, chaque année, la valeur des aiiimaux et des marchandises assujetis aux droits d'oussourou etde pacage.

Art. o. — Le recouvrement des droits est eflectué sous le contrôle des Commandants de cercle par les chefs de poste ou agents désignés à cet ellet. , ..',...

Les droits sont, sous le contrôle des mêmes autorités, versés dans les caisses des agents spéciaux qui en délivreront quittance extraite d'un registre à souche.

Art. 6. — Quiconque se sera intentionnellement soustrait aux droits d'oussourou ou de pacage peut être astreint à payer, outre les sommes qu'il aurait dû acquitter, une amende fixée par les Commandants de cercle et dont le maximum ne peut dépasser le montant de ces droits.

Art. 7. — Les droits d'oussourou et de pacage remplacent et suppriment les droits de passage institués par l'arrêté du .21 novembre I90:{ qui est et demeure abrogé.

Art. 8. — Le Commissaire du Gouvernement général en Mauritanie est chargé de l'exécution du présent arrêté qui sera enregistré et communiqué partout où besoin sera et recevra sou elïet à partir du 1" janvier 1906. E. Roume.

Gorée, le 18 décembre 1905.

Jusqu'à nous l'unité monétaire était la pièce de guinée(l). Les étoffes de traite portent les noms suivants :

Guinée en général Khrount 1=-"-^

Guinée filature Filetour , As^

Guinée belge Chandoura s, «iÀi^

Cotonnades dites roum Roum Ç^j

Cotonnades bleues très foncées Chaàla jUxi.

Cotonnade bleue dequalitésupérieure. Taïa -^-J»'

Cotonnade noire de bonne qualité Maïliss rA.-^

Cotonnade noire de très bonne qualité. Senibourouss , ^,^^'w Cotonnade noire de qualité supérieure. Kitikane .,Kx5'

Cotonnade blanche Kamera V''^

Cotonnade blanche de la qualité la plus

inférieure Chach cr'^'

Cotonnade blanche ordinaire Titarekt <i^X:^

Cotonnade blanche plus apprêtée. .... Malikane jKJU

Basin * Moudelaâ jî-ILa

Pagnes tissés en pays noir et achetés

très cher par les Maures Tchaouali J|*^

Les monnaies françaises commencent à avoir cour& en Mauritanie; au début de notre occupation les piècesd'argent étaient fondues et transformées par les forgerons en bijoux à l'usage des femmes. En dehors de la^ guinée, les unités monétaires étaient : le mouton, lebœuf, le chameau, le cheval, le captif, la tête de tabac, etc.

(1) La guinco de Pondichéry fut apportée on Afrique par la: Compagnie des Indes, en 1742.

La principale denrée que les Maures se procurent au Sénégal et au Soudan, en échange de leurs produits, est le niil; ce n'est qu'au Tagant et dans l'Adrar que leur cuisine s'enrichit de couscouss à lasemoulede bléoud'orge^ ils en broient le grain entre deux pierres, une plate posée sur le sol et une ronde tenue à la nnain. Pour cuire la ^mouton ils creusent un trou dans la terre, y entassent des fagots de branches mortes et jettent sur les braises l'animal écorché, largement ouvert, puis le recouvrent de sable et de charbons ardents. La viande, qui conserve ainsi tout son jus, est particulièrement savoureuse. Cet apprêt porte le nom de hofra (viande au trou).

Outre le hofra, la cuisine maure comporte les mets suivants :

Le sanglé sénégalais, farine de mil bouillie ; ce plat est appelé àich ^ par les Maures, qui dénomment iijdjan ..^^srè\ (maure) ou ajoune (zenaga) la grosse farine

de mil, dite -sa/z/c/m/ en wolof.

Le àidi accommodé avec de la viande est le bellaldi

Le sankhal préparé en boullie très claire édulcoréed'un peu de sucre et de tamarin constitue un plat appelé rouille en walof et //ec/ia o^^ en maure.

Le terme Metboukh ^^^ désigne la viande bouillie.

La viande, une fois séchée au soleil pour être conservée, est dite tichtar ; séchée et pilée, c'est le tideguit.

Le n'gommou est un couscouss à très gros grains.

Le klieilout o^^ est un met composé de haricotsniébés et de graines de pastèques.

Le braguat' est un mélange de farine de mil et de graines d'arachides ; ce plat est renommé chez les Maures comme donnant des forces aux amoureuxtransis.

Le khaboutch ^j^-f'-^ est une friandise composée de

graines de pastèques de l'année précédente, grillées et mangées avec la pastèque de l'année.

Dans le Tagantetdans le Brakna, c'est un déshonneui* pour un Maure de race pure de manger du poisson (1) ;

(1) La répugnance des Maures et des Touaregs à manger du poisson semble se rattacher au vieux mythe juif de Josué,dont le culte eut tant de dévots en Afrique septentrionale et occidentale, longtemps encore après les invasions islamiques ; le mot de racine non arabe noun, qui signifie poisson en langue puni(iue et en assyrien, se trouve dans certains noms de lieu dans le nord de la Mauritanie. On sait l'inlluence considérable qu'eurent, après les Phéniciens, les Juifs sur les peuplades libyco-berbéres, et combien celles-ci ont conservé d'anciennes coutumes puniques et hébraïques. Josué. d'après la légende, dans un voyage qu'il fit avec Moïse jusqu'aux Colonnes d'Hercule, mangea un certain poisson qui ressucita sou dain et dont la race fut dès lors sacrée. L'origine de ce mythe est peut-être dans la confusion qui s'établit entre le nom de Josué et celui d'un dieu libyen appelé louch, dont le poisson aurait été le symbole, au même titre que chez les populations potamiennes, le dieu Oannès était représenté sous la forme d'un poisson (*). Il est établi, en efïet, que les Phéniciens étaient originaires du golfe Persique.

Peut-être ces deux légendes sortent-elles du même fond, mais comment la légende du poisson transformée peu à peu en Afrique au cours de leur domination, reprise par les juifs africains, a abouti au culte de Josué. C'est ce qu'on ne peut préciser.

Outre le poisson les maures ont d'autres tabous : ils ne mangent pas la cervelle des animaux et l'abandonnent à leurs captifs ; ils ne mangent pas les chevreaux, ce mets est cependant permis aux iamilles princières dans le Tagant. Ils ne boivent pas le lait des premiers jours, lorsqu'une bête laitière a eu un petit; les captfs seuls peuvent boire ce lait, mais cuit ; ce mets est dénommé serba ^^; c'est un déshonneur pour un maure d'y goûter ; c'est une injure sanglante pour lui d'être traité de buveur de serba. C'est une honte pour un homme de manger du beurre frais sans que ce beurre accompagne un autre aliment; l'usage du heurre frais est en elTet réservé aux femmes.

(*) Voir sur le culte ds Josué le livre de K. Basset, Nedrnniah et les Traras (un vol. in-S' E. Leroux, éd. Paris).

dans leTi'cirzu, nu contraire, les Beïdane en sont très friands; dans l'Adrar, certaines familles seules en mangent. Les Maures s'interdisent les œufs; la plupart s'abstiennent de manger des poules. Cependant ces tabous, rigoureux pour les adultes de race libre, sont adoucis pour les enfants et pour les captifs; c'est ainsi que ceux-ci, seuls dans tout le pays maure, peuvent joindre à leur nourriture ordinaire la chair du lièvre ou de la pintade.

Au-dessous du Chamama s'étendent d'immenses plaines appelées aftout. L'aftout est riche en gommiers et en terrains de parcours. Dans ces étendues illimitées, à -peine sillonnées de longues dunes appelées ûleb, la vue est boi-née pi-esque toujours par un monotone rideau d'arbres; la difficulté de trouver sa route n'y est point petite, même pour les Maures non habitués à la région. Aussi est-il nécessaire que l'officier ou le fonctionnaire qui traverse un aftout, possède l'énergie suffisante, à l'heure de la soif, si le point d'eau n'a pas encore été trouvé par ses guides (1), pour leur accorder un large crédit depatience ; qu'il ne s'étonne pas de leurs zigzags à la recherche de repères familiers ; qu'il ne cède pas aux suggestions de la colère ; le temps et l'espace sont pour le Maure des quantités négligeables ; comme n'importe quel homme il souffre lui aussi de la soif et de la

(1) Bourrel, au cours de la rédaction de son voyage dans le pays des Maures Brakna (Hevue maritime et coloniale, 1861), après avoir constaté que la grande préoccupation des indigènes qui changent de camp est de trouver de l'eau près des nouveaux pâturages choisis par eux, ajoute. « Ils disent que l'eau qui contient les urines des bestiaux fait du bien à la poitrine et au ventre. » C'est là une erreur ; un maure bien portant ne boira de l'eau accommodée au purin qu'à défaut d'autre ; cependant s'il est malade, et surtout dans les cas d'aflection de la bouche, il se soignera avec des urines de bestiaux. La médication des urines était, à ce que rapporte Hérodote, en usage chez les Égyptiens.

fatigue; ii se plaindra cependant moins que n'importequi, et respectei-a davantage celui qui comme lui souffrira sans se plaindre. Les soldats noirs, dont les qualités de bravoure et d'abnégation sont indiscutables, ne résistent pas au manque d'eau. Il leur faut absorber chaque jour de marche une quantité de liquide qui étonne l'européen, et qui stupéfie les sahariens qu'une rationquotidienne de trois litres d'eau satisfait. Aussi est-il recom.mandé au chef de ne pas négliger, lorsque l'étapesera longue ou quand il est à prévoir que plusieurs heures seront employées par le guide pour trouver l'aiguade, d'emporter dans des peaux de bouc ou dans des tonnelets une provision d'eau supplémentaire. Les hommes supporteront ainsi sans récriminations des retards imputables à de mauvaises directions prises parle guide. Autant que possible, en tout état de cause, il vaut mieux faire les étapes courtes, surtout avec des hommes à pied, marcher la nuit à la clarté de la lune, camper sur le meilleur point stratégique dont on dispose, non commandé par des hauteurs, et à proximité du point d'eau si l'on est assez nombreux pour n'avoir rien à redouter des maraudeurs; au cas contraire, faire sa provision d'eau, abreuver les animaux et aller camper à trois ou quatre kilomètres du point d'eau.

En Mauritanie on classe en général les points d'eau selon la très large division suivante:

Aïn. — Source en général, puits avec coffrage, moins profond que le bîr ;

Bîr. — Puits coffré de bois ou de pierres, profond de huit hauteurs d'homme au moins. En pays trarza le bîr est toujours coffré avec du bois ;

Harchane. — Puits peu profond, non coffré, creusé dans le sable on la terre, non persistant. On l'appelle badhi en pays trarza;

HacL. — Puits profond, non coffré, persistant ;

Ogla. — Puits peu profond de cinq à six hauteurs <riiomme. Désigne tout puits profond en pays trarza;

Data. — Mare non persistante, après une pluie ;

Meizen. — Mare qui persiste pendant plusieurs mois;

Guelta. — Endroit abrité par des roches où l'eau persiste d'ordinaire toute l'année;

Jridji {^?^jù- — Source au bas d'une montagne dont î'eau coule toute l'année. Si cette source est au haut "d'une montagne on l'appelle guettara(s.iy) ; -

Oiiadi^^^). —Cours d'eau en général, plus particulièrement en pays boisé;

Batha. — Cours d'eau en pays nu.

Kraiç,^^). — Dépression de terrain par où s'écoule i'eau provenant, soit d'un lac, soit d'un fleuve, C'est le marigot. Le mot kra est employé à la place du mot ouad en pays trarza.

Tichilit. — Marais.

Litguet. — Petit marais.

Leggua. — Petit marais très profond.

Eau salée. — Ma hami (trad. littérale : eau chaude).

Eau douce. — Ma hared (trad. littérale : eau froide).

Noms de quelques accidents du sol :

A/tout. — Plaine sans eaux courantes, où il n'y a d'eau à la surface du sol qu'à l'époque de l'hivernage.

Zira (^j-Jj). — Dune en général.

Aleb (w^^. — Dune très longue et très allongée. L'àleb, prononcé helip par les noirs, figure sur les anciennes cartes avec cette déformation linguistique due à l'impossibilité pour eux d'articuler certains sons de la langue arabe.

Draâ. — Longue dune.

Tamourt {'^Z-^jy^). —Vallée boisée appelée tamadert en zenaga.

Chelklia. — Vallée boisée en forme de cirque, dominée surtout par des dunes.

Taïert (O'.'jb). — Vallée allongée, dominée soit par des dunes, soit par des montagnes.

Chegg {—^>-^) ou chagga. — Ouverture, déchirement dans une muraille de roches.

Guelb. — Montagne isolée à contours arrondis.

Kheneg . — Défilé.

Ragg (^j). — Plaine caillouteuse.

Argoiib (w.y^). —Bande de terrain plat qui borde une montagne.

Baten { .^\i). — Même bande, mais plus large.

Le retranchement classique en pays saharien est la haie d'épines; une clôture de ce genre (zeriba) est vite construite; une zeriba empoche les chameaux de s'égailler la nuit dans les environs du camp ; une autre zeriba, concentrique à la première, protège les hommes ; si l'on arrive trop tard au gite d'étape pour construire l'enclos habituel, on formera le carré; les bêtes de somme occuperont le centre du carré, qui se retranchera derrière les bagages du convoi.

Ne jamais oublier de se munir d'appareils de puisage ; le plus simple se compose d'un deloa de peau de bœuf et d'une corde suffisament longue.

L'afLout est limité par le bloc de grès du Tagant, dont la muraille court du nord au sud de la Mauritanie ; des effondrements ont formé à l'intérieur de ce massif des vallées boisées (tamourt), dontla flore est intermédiaire entre celle du Sahara proprement dit et celle du Soudan, dont la faune comporte, entre divers types particuliers, des crocodiles d'espèces non analogues à celles du

Sénégal (Guilt;tor, Garaoïiel, Malmata, etc.), des chats sauvages, des lions (1), etc.

Sur les montagnes du Tagant on découvre un grand nombre de ruines fort intéressantes de villages noirs, vestiges de l'occupation des Gangaris ou Sarracolais ^ çà et là (Zirt en-nekhla, Agaïert, etc.) sont des alignements de dolmens, traces laissées par une race disparue, intermédiaire entre les âges de la pierre et les plus reculées époques historiques.

C'est dans le Tagant et l'Adrar que se trouvent les villes saintes de la Mauritanie : Tidjikdja, Atar, Ghinguetti, amas de masures (2; au bord de palmeraies ; peu

(1) « Il règne une superslitiou bizarre chez les Maures comme » chez les noirs, d'après laquelle Ils s'imaginent que, si un homme » est mordu par un lion, sa guérison ne sera complète que lorsque » le poil fauve de la bête, qu'ils supposent s'être introduit par la >) morsure dans le corps de la victime en sera expulsé. Alors, » pour opérer cette guêrison, ils soumettent le patient à une nou- « velle torture : on l'attache avec une ceinture et on l'amène dans > un cercle, où un tabala et des cris de toute espèce mêlent leur » vacarme. Pendant qu'on le tient, un homme s'avance vers lui et » le menace de son poignard ; on pousse des clameurs frénétiques ; » le patient, voyant contre lui tout le monde ameuté, entre dans » une crise de rage, bientôt il ne s'appartient plus, entre dans le » délire furieux, est tout à fait hors de lui, et cherche à mordre » ceux qui l'entourent. Tant qu'il lui reste des forces, on l'excite » en lui tirant des coups de fusil dans l'oreille et lui traçant des » lignes autour de son visage avec un poignard ; enfin ses forces » s'épuisent, il est haletant, l'écume sort de sa bouche, les mouve- » ments deviennent plus calmes ; le tabala sonne doucement, on » chante, et lorsque le patient est tout à fait calmé, chacun s'em- » presse de venir enlever sur son corps les poils fauves qui doivent » en être sortis. Ce qu'il y a de certain c'est que la plaie coule » abondamment à la grande satisfaction des assistants ». Bourrel, Voyaqe dans le pays des Maures Brakna. (Revue maritime et coloniale, oct. 1861.)

(2) La véritable demeure du Mauritanien est la tente.

« La tente du roi n'a rien qui la distingue de celle de ses sujets : » elle a vingt pieds de long sur dix de large ; elle est faite comme » toutes les autres en tissus de poils de mouton ; elle est garnie, à

<ie ces habitations sont enlretenues en bon étal par leurs propriétaires, découragés par les pillages des guerriers; elles se composent essentiellement d'enceinles de pierres formant cour, au fond desquelles s'élèvent des constructions rectangulaires aux pièces sombres, qui dissimulent des silos, des cachettes à vivres ou à marchandises ; parfois un étage étriqué mène à une

» chaque bout, de huit cordes en cuir, avec autant de piquets, qui j) servent à la tendre. Deux montants de dix ou douze pieds de >* long, croisés par le bout, et s'ajustant dans une petite traverse » d'un pied de long sur six pouces de large, se placent au milieu » et servent à l'élever ; cette traverse surmonte les montants et )) empêche que leurs bouts ne crèvent la tente. Un tapis fait dans ■i) le pays, en poils de mouton, entoure la tente intérieurement ; » quatre piquets sont plantés à l'un des bouts et soutiennent deux » traverses où l'on passe une corde ou une courroie en manière 4) de filet, sur laquelle on place le bagage. Les effets sont contenus » dans des sacs de cuir carrés en forme de malle, dont l'ouverture •)) est placée à l'un des bouts ; ces sacs ont un couvercle fermant » à cadenas.

» Les harnais des chevaux et des chameaux entourent la tente, j) Le lit du roi est fait comme celui des nègres; c'est une claie j) garnie de nattes, supportée sur des piquets et des traverses à « environ un pied de terre. Une natts étendue par terre remplit » le vide de la tente et sert de lit à la suite du roi. Le commun du ■)) peuple couche par terre sur des nattes sous lesquelles ils éten- » dent quelquefois un peu de paille. Pour préserver les effets d'être •» volés, on dresse une natte autour, vers le bout de la tente. La ■)) provision d'eau est gardée dans des outres placées sur des » piquets dans l'intérieur ; elle est réservée pour les besoins des i) maîtres, et pour abreuver les veaux.

« La vaisselle du roi consiste en six ou huit plats creux et i) ronds, en bois ; ils contiennent environ six litres chaque et » servent à mettre le lait et les autres aliments, trois c,haudières » en fonte et deux pots en terre qu'ils tirent du Fouta forment la » batterie de cuisine et complètent l'ameublement. Cette descrip- » tion de la tente du roi convient également à toutes ; seulement, )) cliez les pauvres, les tapis sont rcmplacc-s par des nattes ». {.Journal d'un vojjage à Tombovclou et à Jeune, par René Caillé, 1830, I, pp. V)4-9o). — Voir page 124 la nomenclature des diverses parties de la tente.

terrasse où sèchent, après la recolle, les couffes de dattes et les épis de céréales coupés liùLivement avant leur maturité, par crainte des larcins. Tous ces ksour ont besoin d'être régénérés ; Tichitt, Oualàla, centres commerciaux autrefois importants, périclitent; notre action pacifique leur rendra un peu d'une vie qu'entretenait surtout le commerce des esclaves. Çà et là des villes ruinées, des palmeraies brûlées attestent la férocité des -guerres défuntes ; les rappeler à l'existence serait une besogne éminemment utile et peut-être facile; c'est ainsi ■que les Kounta du Ilodli repeupleront leur ancien ksar de Rachid (1), à trente kilomètres de Tidjikdja, que les Kounta du sud rentreront en possession de Ksar-el- Barka, mis à feu et à sang par les Idouaïch il y a une quarantaine d'années ; c'est dans les ksour que les <lissidents trouvent les ressources suffisantes pour persévérer dans leur attitude à l'égard de la France ; occuper les ksour est les contraindre par la force même des choses à se soumettre; en outre, c'est seulement dans le Tagant et dans l'Adrar que les chevaux et les -chameaux n'ont rien à redouter du labourit.

Dans ces oasis, véritables métropoles de la Mauritanie, les transactions du négoce se font selon le mode primitif des barbares, Véchange. Les principales mesures <ie longueur et de capacité qui y sont usitées sont :

Capacité. — La hab^a Ç^j^), poignée.

La ne/ga (ALiiJ), composée de cinq habza à Atar et Oudjeft.

La ne/ga, composée de six habza à Chinguetti.

Le moudd ordinaire i-^-^), qui vaut quatre nefga à Atar ■et Oudjeft.

(1) Ces prévisions commencent à se réaliser. Une dépêche dit 2.1) janvier 1906 annonce que cinq cents Kounta du Hodh sont venus se réinstaller dans leur ancien kyar de llacbid.

Le moudd el-horma, dit aussi moudd de Seddoum, qui vaut deux nefga à Atar et Oudjeft (ce moudd sert de baseà la fixation du tribut ou horma payé par les Zenaga à leurs suzerains ; Seddoum est le nom d'un ancien chef des Idouaïch qui avait des droits réservés sur certaines Iribus de l'Adrar).

Le moudd de Chinguetti, qui vaut sept nefga.

A Tidjikdja, l'unité des mesures de capacité est fournie par le creux de la main, oudj-yed (w\> ^j).

La nefga est de quatre oudj-yed.

Le moule ordinaire est de quatre nefga.

Il existe aussi dans ce ksar la nefga dite El-Khremsia. Cinq nefga Khremsia font un moudd.

Longueurs.— Coudée (draà), depuis le coude jusqu'au bout des doigts allongés.

Adma, longueur du cubitus.

Foum kelb ou cheber (empan), intervalle entre le pouce et l'auriculaire étendus à plat.

Les distances sont appréciées en nuits de route. En indiquant la nuit d'un jour déterminé de la semaine, les Maures comme les Arabes ont toujours en vue la nuit qui précède ce jour : par exemple, la nuit de mercredi est pour eux celle du mardi au mercredi.

Quand un poste est construit près d'un ksar, des relations quotidiennes s'établissent entre les troupes d'occupation et les habitants; ces rapports seront surveillés de très près par les ofïïciers ou fonctionnaires ; le soldat iioh', dont les ancêtres ont eu la haine ou la peur du Maure, n'est que trop porté à abuser de la force qu'il lient de nous pour prendre sur nos nouveaux sujets une facile revanche; une sévère discipline matera les velléiLés brutales manifestées parfois par certains d'entre eux à l'égard des Mauritaniens; la plupart des difficultés qui

se soulèveront entre soldats ou goumiers et indigènes seront dues à des questions de femnnes et, à l'époque de la maturité dos dattes, à de petits larcins. Il est indispensable d'éviter ces incidents ; là surtout, il sera utile de tenir la main à l'observation stricte des règlements.

Les dattes provenant des palmeraies du Tagant et de l'Adrar peuvent sans inconvénient être données aux hommes en supplément de rations; les meilleures sont dites : tiguidirt, ganeb, hanikyya, etc.

Les côtes de la Mauritanie sont en général d'un accès difficile; cependant la baie du Lévrier (1) office de bons

(1) La Mission Tagant-Adrar, arrêtée en mai lOO.'i par la mort tragique do M. Coppolani, devait aboutir à la Baie du Lévrier, située à la limite de nos possessions maritimes de l'Afrique Occidentale Française. Le programme n'ayant pu être rempli, on se préoccupa dès le mois d'août suivant d'en reprendre le dernier article, et des pourparlers furent engagés avec le commandant de la Marine à Dakar pour obtenir la coopération de l'aviso « Goéland » à cette nouvelle mission.

Des difficultés de divers ordres, en particulier celles qui provenaient de l'alimentation en vivres et en eau douce d'un ellectif relativement considérable en retardèrent l'exécution jusqu'en décembre.

Le 18 décembre le Goéland quittait Dakar ayant à son bord le capitaine Gérard, Chef de la Section des Travaux Publics de la Mauritanie, chargé de la direction des opérations de reconnaissance à terre, et M. Gruvel, qui avait déjà accompli une mission d'étude dépêches maritimes dans ces zones et devait fournir des indications sur l'installation d'établissements industriels destinés à exploiter les pêcheries de la côte. Le lieutenant de vaisseau Terrier, commandant le Goéland; devait faire l'hydrographie de la partie de la Baie du Lévrier où le point de débarquement serait choisi.

L'aviso embarqua à Nouakchott, poste militaire situé près de l'ancien Portendick des Hollandais, une section de tirailleurs sénégalais destinés à servir d'escorte au capitaine Gérard dans ses reconnaissances.

Le 22 décembre, l'aviso mouillait dans la Unie de Cansado et les opérations de la mission commençaient immédiatement.

mouillages ; le poisson abonde dans ces régions maritimes; le banc d'Arguin et ses environs sont particulièrement riches en grosses morues ou vieilles (1).

La presqu'île du Cap Blanc (Nouazibou. en langue maure), fut reconnue d'un bout à l'autre par cet officier.

C'est une longue péninsule rocheuse, d'environ 40 kilomètres de longueur, terminée en pointe vers le Sud et s'élargissant progressivement vers le Nord. Du côté de l'Océan la côte est peu hospitalière et n'ollre qu'un abri assez précaire dans cette baie connue sous le nom de Baie de l'Ouest. Entre la presqu'île et le continent, au contraire, la Baie du Lévrier s'enfonce profondément dans l'intérieur des terres ; elle est protégée contre les vents et la houle lIu large, et présente une série de baies séparées qui, du Sud au Nord, sont: la Baie de Cansado, la Baie de l'Àrchimède et la Baie de l'Étoile Les navires du plus fort tonnage peuvent pénétrer dans la Baie du Lévrier et y trouver un refuge absolument sur.

Le meilleur mouillage est dans la Baie de Cansado, qui iorrae un demi-cercle de o l\ilomètres environ de diamètre, avec des fonds de 7 à 8 mètres à un demi-mille de la côte.

Dans la plage sablonneuse qui la limite du côté nord s'ouvre une baie secondaire appelée Baie du Repos, où les eaux restent calmes par les plus gros temps. Elle mesure un kilomètre de long sur une largeur moyenne de 300 mètres et est accessible aux plus .basses mers à des bâtiments calant3 mètres, c'est-à-dire aux plus grands bateaux de pèclie. Ses rives sont facilement abordables et on peut y débarquer sans apontement avec des chalands.

La Baie de l'Étoile, située au nord de la Baie de Cansado, est presque entièrement fermée ; peu profonde, elle ne se prête pas à la navigation ; mais, par contre, ses abords en pente très douce, alternativement couverts et découverts par la mer, constituent une vaste saline naturelle.

(1) On ne saurait mieux faire que de reproduire à ce sujet les observations faites en 1894 par M. Gaston Donnet ; « Au 21' de latitude nord — écrit cet explorateur — le rivage forme deux écbancrures : la plus grande, terminée par la cap Blanc, porte le nom de baie du Lévrier; la seconde, séparée de la baie du Lévrier par une presqu'île, a nom banc d'Arguin. Ou rencontre successivement sur le littoral les stations de prche de Tidra, Taganet, Kiji, .louik. le cap Mérik, Mehambar, Mahara, Afauidjeirat, Blaouïak et l'ortendick.

» Au large, la profondeur de la mer augmente faiblement; à 'M kilomètres de la côte, les fonds ont à peine 40 mètres. La drague

Lorsqu'un convoi sera en marche, adjoindre aux animaux chargés un certain nombre d'autres haut-le-pied, qui remplaceront, le cas échéant, les bêtes fatiguées ou blessées; le gaspillage des cordes (1) et des bâts est fréquent, s'en inquiéter; avoir dans chaque poste des guerba supplémentaires en bon état, des bats de chameau en quantité suffisante; il ne faut pas qu'à l'heure du plus pressant besoin, on s'aperçoive de l'absence ou de lu mauvaise condition du matériel de route.

En cas d'alerte ou d'attaque, le sang-froid du chef est la première condition de l'obéissance de ses honmies. Les guerriers Maures préfèrent combattre aux premières ou aux dernières heures de la nuit, et de préférence au début de la nouvelle lune; ils choisissent pour se battre

et le chalut peuvent parfaitement agir. Dans ces limites, la nature du fonds est de sable et coquilles et reste ainsi composé jusqu'à Fortendick.

» Un pareil état du sol sous-marin indique une faune conchyliogiquc très ridie et, par suite, la présence d'un très grand nombre de poissons qui y trouvent leur nourriture abondamment ; morues, sardines, anchois, rougets, surmulets, dorades, merlans, samas (grands et excellents poissons très communs sur toute la côte), abricotes, plusieurs sortes de saumons, etc.

» J'ai pu me faire une idée très exacte, continue M. Gaston Donnet, de l'énorme quantités d'espèces que recèle le banc d'Arguin.

)) Fendant quatre jours, poursuivis par les Oulad-Dclim elles Klile, nous avons longé la cote de Mehambar à Agadir (baie du Lévrier) dans un petit canot. Et ce que nous avons vu est vraiment étonnant.

» Par des fonds de 73 à 80 centimètres, à trois et môme quatre kilomètres en mer, les poissons se jouent en masses épaisses, en la transparence de l'eau. Il y en a en telle quantité qu'on pourrait les saisir avec la main, Plusieurs fois nous nous sonuiies amusés à les prendre à la façon de Robinson, avec une ficelle terminée par un clou recourbé, à l'extrémité duquel on avait attaché un morceau d'étolïe rouge. . . »

il) 11 faut onze mètres de corde pour corder une charge de chameau.

un jour considéré comme de bon augure par l'Islam. Ils rampent vers l'ennemi, vêtus d'un seul boubou roulé en corde sous les épaules, afin d'être moins embarrassés dans leurs mouvements; ils ne sont armés que de fusils et de poignards droits ou courbes; ils tirent couchés et se replient dès qu'ils ont déchargé leurs fusils à deux coups ; il remplacent souvent, par manque de métal convenable, les balles de plomb par des pierres arrondies. En se retirant, ils s'efforcent d'emporter leurs morts et leurs blessés; il est rare qu'ils mutilent les cadavres de l'ennemi sur le cham^p de bataille.

Pendant l'hivernage et spécialement à l'époque dite Aloua (août et septembre), il n'est pas d'usage pour les Maures d'organiser des rezzous ou des expéditions guerrières.

La bravoure telle que nous l'entendons est incomprise du guerrier mauritanien ; résister à un ennemi supérieur par le nombre ou par l'armement lui paraît absurde; il n'estime pas l'assassinat chose répréhensible. Par contre, il subit la mort avec impassibilité et résignation (1); pour lui c'est une fonction de la vie aussi fatale que manger, boire ou dormir.

Des conditions de la guerre en Mauritanie (2). — Les pillards, qui juchent sur leurs chameaux, infestent encore la Mauritanie, forment de petits groupes extrêmement

(1) La différence entre I anie orientale et 1 ame occidentale est nettement, quoique brutalement, résumée par un hindou dans la formule suivante : « J'ai peur de recevoir des coups de pied. Mais je n'ai pas peur de la mort, parce que je sais ce que je sais. Vous, vous n'avez pas peur des coups de pied, mais vous avez peur de la mort ». (Rudyard Kipling, La plus belle histoire du monde, trad. Fabulet-d'Humiores, pp. 46-47). Il y a là l'indication de toute une politique.

(2) Nous devons les éléments de ce paragraphe à l'obligeance de M. le Commandant d'Ktat-Major Ferradini, dont la haute compétence en matière de guerre coloniale est bien connue.

mobiles, armés de fusils dont certains sont ù tir rapide. i] convient de protéger contre leurs incursions les tribus ■paisibles dont il viennent sans cesse piller les biens.

La règle veut qu'en toute circonstance la force à •déployer soit en rapport avec la résistance à vaincre.

Puisqu'il s'agit de rattraper à la course des pillards qui s'enfuient sur des montures rapides, il ne suui-ait être question de constituer les forces de police avec -des fantassins rivés au sol et qui ne se déplacent qu'au pas de tortue.

AU chameau il faut opposer le chameau (1), car aucune

(1) Les allures du cliaincau sont :

Le pas, en maure tjoutra ÏJs^ ;

L'anible heïssa iLo-^jb ichez le cheval cette allure est dcnonotmée rou()la L^Jij. ) ;

Le petit galop a.sna/ ^^l-^-^ol ou ah'arrak cf^j}^ (chez le cheval -cette allure est dénommée tedzria Jl> .J.J') ;

Le grand galop defda <^> (chez le cheval cette allure est dénommée rabad iiool. ),

11 y a trois espèces de selles de chameaux : la selle pour homme, dite rahela, et deux sortes de selles pour femme, l'une et l'autre ■h cerceaux tendus d'étoiles au-dessus du siège ; de ces deux ■dernières, la plus riche est dite djahefa ixAjsr^ c'est le bassour ; Ja plus grossière est dits arayuen ^^^\^■

Les Maures connaissent trois espèces de bâts pour chameaux de charge :

r Le ketch (écrit en maure ^-.j:$' et en arabe régulier v^-*j;i) ; il est surtout en usage dans l'Adrar et dans le Tiris ;

2M'a msa m m a J'LcLm.^I c'est le bât en usage- dans le Gandiol (rive gauche du Sénégal) ;

3° le liaradj ^ ,^>-, variété d'amoamma ;

Les bourres dt- paille ou d'herbe qu'on forme en paf|uet pour «mpècher le chameau d'être blessé par sa cliarge s'appellent atkarir j-i .1$1j\ ;

Parfois aux lieu et place du bât on met deux sacs accolés l'un à l'autre et bourrés soit de provisions, soit d'ellets, soit de paille; «ces sacs sont appelés tarafaV ^^^^y, pi. tivaften c^^^'^y.

Le bat de l'âne est appelé ad^of *^^i.

monture ne réalise à un degré aussi parfait les conditions^ d'adaptation au uiilieu imposées par le désert.

Il est impossible, en effet, de compter trouver dans 1er pays des ressources suffisantes pour nourrir une cavalerie pendant la période de sécheresse.

La question des fourrages et des graines n'est pasl'unique difficulté du problème; l'eau ne se trouve pas partout en permanence dans le pays ; les puits, les sources, les guetta sont parfois espacés les uns des autres par d'assez longues distances. Il est donc souvent nécessaire et prudent de ne se déplacer qu'en, apportant avec soi une réserve d'eau.

Dans ces conditions, l'emploi d'une troupe de cavalerie pour faire la police nécessiterait des convois qui devraient, dans certains cas, porter de trente à quarante' kilogs d'approvisionnement, par jour et par cheval, ce qui exclut d'une manière radicale l'emploi systématique de la cavalerie, car, ainsi alourdie, elle perdrait la seule qualité que l'on comptait utiliser, la vitesse.

Le chameau, au contraire, s'accommode très bien desconditions qui résultent de l'état des choses. Il reste six jours sans naanger; il peut, tout au moins, lorsquecela est imposé par les circonstances, se contenter pendant une assez longue période, de la maigre végétation qui pousse toujours sur le sable, même dans les régions du désert les plus déshéritées, à la condition toutefois' que son départ ait été précédé par un long séjour dans un pâturage abondant et qu'à son retour il soit remis au pâturage et au repos.

Ces considérations seraient insuffisantes pour servir de base aux principes d'organisation d'une unité montée b chameau si nous n'y ajoutions quelques développements et une théorie plus complète du chameau.

Le chameau est un ruminant auquel il faut environ de 6 à 7 heures de temps par jour pour absorber les-

30 kilogs de fourrage qui sont nécessaires à sa nourriture.

Stationné dans un pâturage abondant pendant deux ou trois mois, ne produisant absolument aucun travail, et laissé entièrement au repos, il remplit lentement sa bosse (1) par une laborieuse assimilation physiologique et accumule dans cette protubérance graisseuse des réserves d'énergie.

Lorsqu'il est bien en état, mais alors seulement, oit peut lui demander un effort de deux ou trois mois,qu'aucun autre animal ne saurait supporter. Il peut faire une reconnaissance à longue poi-tée de 2,000 ou 3,00(>' kilomètres, au hasard des points d'eau et des pâturages ; il vit sur sa bosse.

Il est incontestable que la durée, de sa résistance, au cours de cette épreuve, dépendra aussi, beaucoup, de la façon dont cette bosse se réalimentera ; mais si cela est imposé, il pourra pendant une période d'une semaine par exemple, ne pâturer que quelques heures par jour et arriver ainsi à un pâturage, éloigné, où il rattrapera le temps perdu.

Au contraire, un chameau qui part en tournée sans avoir sa bosse faite et qui n'a pas régulièrement ses heures de pâturage, vous abandonnera avant la fin de la semaine.

Mais par ailleurs, le chameau qui a produit [une randonnée de deux ou trois mois doit être remis au repos et au pâturage ; il est incapable de prolonger cet efiforè et l'on doit s'estimer heureux qu'il l'ait fourni.

Ainsi, tout en justifiant amplement sa réputation proverbiale de sobriété, le chameau nous rappelle, avec entêtement, que lorsqu'on no lui a pas permis au préa-

(1) Nous devons à M. l'Administrateur Thereniant cette théorie extrêmement intéressante sur le rôle de la bosse.

lable de remplir sa bosse, il est d'un emploi extrêmement délicat. Si, par exemple, on ne prend pas la précaution d'arriver à l'étape avant 10 ou 11 heures du matin, il se couche et se refuse à prendre toute nourriture tant qu'il fait trop chaud; il ne se décidera à brouter que vers 4 heures du soir, et, comme les circonstances peuvent vous obliger à le faire rentrer au parc pour la nuit, voilà une journée à moitié sacrifiée, car votre animal n'a pas ses 7 heures de pâturage obligatoires.

Il n'y a, bien entendu, dans tout ceci, rien d'absolu et, si nous avons invoqué des conditions de temps, c'est uniquement pour bien dégager la loi générale qui doit présider à l'organisation de toute unité montée à chameau, loi dont la méconnaissance, par les débutants, est l'origine de tous les échecs méharistes et qui peut se formuler dans les deux propositions suivantes :

1° Une unité montée à chameau, qui doit produire un travail intensif de reconnaissances rapides et battre incessamment l'estrade, doit comprendre un nombre de chameaux de selle égal, au moins, au double de l'effectif, de manière à avoir toujours un relai de pâturage et à laisser au repos absolu les animaux qui viennent de travailler.

2° Lorsqu'une unité montée à chameau chargée du rôle défini plus haut n'a qu'un chameau de selle par homme, elle doit ménager ses montures ; obligée d'avoir égard aux nécessités du pâturage journaher, son rendement s'en trouvera très diminué et finalement elle deviendra inutilisable. Toute tentative faite dans ces .conditions est irrémédiablement vouée à un échec.

Les formations chargées de la police du territoire seront donc les unités montées à chameau.

Quel sera leur effectif?

Les bandes qui ont troublé et qui troublent encore la tranquillité de nos territoires, sont constituées généralement par des groupes de dix à vingt, ou trente honanaes ; rarement ce chiffre est dépassé ou alors, il s'agit d'une véritable expédition, et, après de nombreux conciliabules entre plusieurs tribus, on arrive à réunir une centaine d'hommes, ce qui constitue pour eux une opération de guerre.

On voit donc qu'avec des unités montées de 20 à 30 hommes composées d'hommes d'élite, entraînés aux fatigues et aux privations, solidement encadrés, bien instruits, parfaitement disciplinés, conduits par un chef énergique et ayant du mordant, on satisfera la besogne journalière. Quel serait le rayon d'action d'un groupe ainsi constitué?

Il lui serait entièrement facile d'exercer très efficacement la police dans un rayon de 800 kilomètres autour -de sa zone de stationnement, cette distance pouvant être facilement couverte en quatre ou cinq jours par les unilés du groupe, dont les randonnées dureraient ainsi de 10 à 15 jours, aller et retour.

Quinze jours de vivres pour un homme peuvent facilement trouver place sur sa monture; il suffirait donc de •doter chaqueunité de quelques chameaux de bât portant une réserve d'eau et de cartouches, et, jamais troupe ne réalisa des conditions si parfaites de mobilité.

D'autre part, deux groupes seraient largement suffisants pour faire efficacement la police d'un territoire ^yant 600 kilomètres du nord au sud et 800 de l'est à l'ouest, car leurs zones d'action auraient une partie commune.

Ainsi le problème serait résolu avec, au maximum, 180 hommes, 360 chameaux de selle et environ 60 chameaux de charge. L'organisation des unités est actuel-

lement menée avec la plus grande activité dans les deuxcentres de Kroufa et de Boutiliniit, qui sont deux pointsoù le chameau peut vivre sans avoir à i-edouter le tabourit.

La danse de guerre

(Extrait du rapport de Bourrel, Voyage dans le pays des Maures Brakna, Reçue maritime et coloniale, octobre 1861)

Après le conseil, on rentra au camp. J'avais été prévenu qu'il y aurait /eissé^ ou grande fantasia de guerre

Du plus loin qu'ils aperçurent les tentes, tous les guerriers se rangèrent en ligne de bataille : les Ahratine à droite, commandés par Samba Fall ; les Ahratin Llamas à gauche, sous les ordres de Boubakar, Les princes, à cheval, se tenaient massés entre les deux bataillons. Ainsi formée^ l'armée, composée d'un millier d'hommes,, s'avançait de front vers le camp. Tous sales et déguenillés, portant les costumes les plus disparates, l'air farouche, l'œil effaré, se poussant, s'excitant, dépassant la ligne comme des hyènes que la faim pousse vers leur proie, ils formaient un tableau unique en son genre.

Bientôt on entend résonnerie tabala sur le front des camps; ce sont les femmes qui accourent au-devant des guerriers pour les recevoir; alors la fantasia commence i les cavaliers s'éparpillent tout le long de la ligne, des cris rauques et sauvages sont poussés par des milliers de poitrines; les fusils volent en l'air, la foule se presse comme la marée montante. De temps en temps, desguerriers se détachent des rangs et font le simulacre de s'attaquer; ce sont des ruses à n'en plus finir; ils se baissent, sautent, passant leur fusil à droite ou à gauche, et visant indifféremment des deux côtés; les coups de fusil s'échangent ; un des deux combattants tombe, et

le vainquGiii', passant à côlé de lui, pousse un cri sauvage oL lui enlève son arme.

Eu avant du front de la ligne, les cavaliers se poursuivent à fond de train, et, se renversant en arrière la tète tournée vers la queue du cheval, font feu sur leur adversaire; d'autres fois, ils attendent de pied ferme, et, subitement, faisant un écart, tirent leur coup de fusil à bout portant sur celui qui les attaque. Tantôt, couchés sur leurs selles, ils visent celui qu'ils poursuivent, l'abattent, s'emparent de son fusil et enlèvent son cheval; tantôt, lançant leur fusil en l'air, ils le rattrapent au galop et font feu du même mouvement sur leur •ennemi.

Dans ces exercices, le Maure, comme l'Arabe, déploie toute son adresse et ses qualités de cavalier: sûreté du coup d'œil, souplesse du corps, rapidité de mouvements; tous manient leur cheval avec précision, sans éperon et en le pressant seulement avec les talons pour ticcélérer sa vitesse.

Cependant l'armée s'approche, la poudre pétille : c'est im feu nourri ; parmi les femmes, quelques-unes, et particulièrement les griottes, s'avancent au-devant des guerriers en dansant et en étendant les bras en rond au-dessus de leur tète ; elles poussent un cri prolongé qui répond au cri de guerre des hommes ; d'autres femmes (limra), chantent la gloire des Ouled Siid, de Sidi Ely et de son père Almédou.

En arrivant près du camp, les Ahralin prennent sur la droite pour aller devant leurs tentes ; les Ouled Siid et Ahratin font un circuit pour former un grand cercle autour des femmes ; les cavaliers restent en dehors.

Alors commencent les danses de guerre , elles sont ouvertes par une griotte, qui s'avance au milieu du iiercle, dansant en rond, arrondissant les bras au-dessus de sa tête ; le tabala sonne et les femmes chantent eu

chœur ; peu à peu la musique s'anime, la danseusepirouette sur elle-même, prenant des poses voluptueuses ou s'agitant convulsivement comme si elle était mue par un ressort; ses mains imitent le bruit des castagnettes. A la fin, haletante, épuisée, par un retour gradué, elle revient se placer à côté des chanteuses.

Au même moment, un jeune guerrier sort de l'enceinte, et, son fusil à la main, fait le tour du cercle, marchant en cadence, se baissant et se relevant avec élasticité \ ses omoplates et l'épine dorsale remuaient comme s'il eût été désossé; ses jambes se tordaient en tous sens comme des pattes de crabe.

Après cette présentation d'usage, il vint se camper au milieu, prit une expression furibonde et, par un bond de tigre toujours mesuré, il se porta, menaçant et horrible à voir, devant le groupe des chanteuses qui répondit à ce beau début par un crescendo de tabala; il se rejeta en arrière comme terrifié, ses yeux s'injectaient de sang, le bruit et les cris sauvages l'enivraient, il pivota deux ou trois fois sur lui-même, sur la pointe des pieds, saisit son fusil et le lança à 7 ou 8 mètres en l'air, à diverses reprises, le rattrapant toujours à la poignée avec une dextérité merveilleuse ; de là, il revient au tabala, frémissant, soufflant par les narines, et saisissant son poignard, se mit à tracer des cercles flamboyants dans l'air ; cet exercice le calma un peu, car il prit des postures demi-gracieuses, demi-grotesques, balançant la tête ; puis, tout à coup, il se rassembla comme une bête fauve et fit un bond énorme en lâchant ses deux coups de fusil.

D'autres guerriers arrivèrent en brandissant leurs armes ; les coups de feu se succédèrent auxquels répondirent des cris de femmes et un redoublement de tabala; excités par le bruit et l'odeur de la poudre, ces sauvages faisaient des soubresauts impossibles ; c'est ainsi

qu'ils s'attaquent au combat, leur lutte est celle des bêles fauves : tapis derrière un arbre, ils bondissent sur l'ennemi avant que celui-ci les ait aperçus ; rarement ils se battent en pays découvert; si ce n'est entre cavaliers et au commencement de l'action, mais bientôt un parti recule et se laisse pourîfuivro dans les fourrés, et c'est là que se passe la plus chaude partie de l'affaire.

On ne voyait plus que des fusils qui voltigeaient dans l'espace, puis, le guerriei* resta seul ; la griotte rentra en scène, s'inclinant tantôt sur une hanche, tantôt sur l'autre ; ses mouvements ondulés contrastaient avec les convulsions du guerrier; la musique devint plus lente, les chants plus doux, et la danse prit un caractère différent. Bientôt le cercle s'ouvrit et tout le monde, suivi du tabala et des femmes qui battaient des mains, se rendit dans les tentes.

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