CHAPITRE II Le dogme de l'unité divine
L'Islam a un seul dogme, celui de Vunilé divine. Allah est éternel et sa puissance est infinie , chei-cherà le comprendre est folie; on ne peut, en le désignant, que balbutier les épithètes louangeuses les plus intenses; sa volonté guide nos actes, rien ne se fait qu'il n'ait voulu. Il est universel, ne borne pas ses bontés à telle ■ou telle race, les étend à tous les croyants quelle que soit leur origine. Dans ses rapports avec la créature, il est le clément (1) et le miséricoi'dieux. Ces qualités le distinguent de Jahveh, le dieu impitoyable du petit peuple juif, émané des sanctuaires syriaques sur les hauts lieux aux sacrifices humains. Sa simplicité le rend si compréhensible aux foules barbares, que les cultes chrétiens compliqués de leurs mystères, de leur rituel,
(1) Le mot Clément, qui traduit d'ordinaire répithète 7-ahmân, représenterait en réalité une divinité distinctÊ d'AIlali. Voici à ce sujet, une note de M. H, Derembourg.
« L'adjectif rahmùn n'est pas employé en arabe et le Dieu •)) Ar-Rahmàn a été, dans l'esprit de Maiiomet, le concurrent (|ui a j) lonyteuips disputé la préséance au victorieux Aliàb. La formule w qui, dans le canon musulman, est en tète de toutes les sourates, w excepté la neuvième, est un compromis entre les deux rivaux » du monotbéisme et je la traduis : « Au nom d'Allah, le Hahmân )) miséricordieux ».
H. Derembourg. Opuscules d'un Arabisant, p. 21-22.
de leur hiérarchie hyzantine, de leurs menaces farouches, ne sauraient entraver sa propagande en Afrique ou en Asie; la conversion de ces peuplades à Tlslam est pour elles un incontestable progrès.
Les volontés de Dieu vis-à-vis de l'homme furent transmises par Lui à son prophète Mohammed; elles sont exposées dans le Qoran et ramènent à Dieu le geste humain entier ; la religion se confond avec la vie civile et s'amalgame si bien avec elle qu'on ne distingue plus ce qui appartient à l'une de ce qui est propre à l'autre ;. aucun intermédiaire n'est nécessaire entre l'homme et Dieu, alors que le prêtre est indispensable au juif et au chrétien ; Allah favorise cependant les plus pieux, par récompense anticipée, du don des miracles ; nul n'a besoin de la grâce pour être sauvé ; il lui suffît d'accomplir pieusement sa tâche, la récompense sera certaine; et d'ailleurs l'enfer n'est pas éternel pour le Croyant.
Le Qoran, guide pour la foi, pour la conduite de la vie, est aussi code civil et pénal. Il crée donc un tout compact de la société; le but de celle-ci est la plus haute glorification de l'Unité divine par la conquête du monde. Chaque musulman est un apôtre de VIslam. Tout ce qui se produit dans le monde se produit par la volonté de Dieu, pour le plus grand bien des Croyants.
Ce dernier principe permet ainsi aux musulmans d'accepter, le cas échéant, une domination non musulmane; il leur permet aussi, quand cette domination. s'afCaiblil, de tâcher de s'y soustraire.
En résumé, dans l'Islam, la politique est dans la stricte dépendance de la religion confondue elle-même avec la vie civile. La puissance est dans la main de Dieu qui la dispense à qui il lui plaît.