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CHAPITRE IV Le Nabi Mohammed

Il n'y a pas de créateurs de religions ; il n'y a que des ^réformateurs et des tranformateurs de cultes. Derrière tout dogme révélé sont des millions et des millions de générations synthétisées par un homme ; la plus simple -des transactions de la logique humaine, l'analogie, éleva l'immense édifice primordial de la magie : ce qui est au-dessous est comme ce qui est au-dessus; dès que ce concept fut agréé par la mentalité élémentaire des aïeux, la mystique enveloppa de ses voiles tous les problèmes .qui effrayaient les êtres empêtrés dans les souvenirs d'une animalité proche encore; la science des forces devint l'apanage des prêtres et des rois ; chaque épanouissement de la lumière eut son ombre où grimaçait de l'inconnu. Les religions cristallisèrent les premiers efforts de la science ; les forces mystérieuses, animées, indépendantes et immortelles inspirèrent leurs volontés aux élus divins. Le miracle naquit de l'énorme désir des foules d'avoir un intermédiaire entre leur foi et son objet. Dans les cultes aryens, les forces demeurent séparées les unes des autres, ce qui donne naissance aux divers polythéismes; dans les cultes orientaux, une force suprême dirige les autres, et c'est l'origine des monojthéismes sémitiques. Dans les premiers, chaque peuple se place sous la particulière protection d'une force (tribu

•du tonnerre, de l'eau, de la pluie, du vent, etc.) ; dans les seconds, chaque peuple est protégé par un dieu tontpuissant qui le créa pour dominer les autres (Assour, Bel, Jahveh, Allah, etc.)- Chaque force eut son devin, chaque dieu suprême eut son prophète.

La transformation des cultes les uns par les autres nous explique la persistance des mythes à travers les ûges ; le moindre acte des hommes divins se glorifie par la tradition ; la parole, qui n'est que l'expiession vocale d'un rapport d'images, suffît à cette œuvre d'amplification et de déformation. Aussi, sans sortir de l'Orient classique, les légendes de Moïse, du Christ, de Mohammed, sont-elles identiques ; Mohammed ne fui pas le fils d'Allah, mais il était prévu de toute éternité (ju'il serait envoyé à son peuple arabe pour régénérer le monde. Sa place est à la droite de Dieu.

Et en ce temps là les tribus arabes idolâtres, mélangées depuis des âges immémoriaux à des peuplades chamitiques, d'origine abyssinienne, venaient chaque <jinnées, au rythme lent des chants des chameliers, qui scandaient le rytlime lourd des quatre mesures en lesquelles se décompose la marche régulière des chameaux, accomplir autour du temple de la Mecque les sept circuits sacrés ; un sympose de 3G0 idoles, dont chacune était le palladium d'une tribu, gardait, sur le territoire sacré des koreischites, le vieux sanctuaire de la kaâba et la pierre noire (1) miraculeusement tombée du paradis

(Ij Le culte de la pierre noire se rattaclie au très ancien culte de Ja hache de pierre noire. « Dans les grottes funéraires de la » Marne, explorées par le baron de Baye, on a trouvé, à plusieurs » reprises, une figure gravée représentant une sorte de divinité )) féminine à côté de laquelle est sculptée en relief, comme les pre- » miers hiéroglyphes égyptiens, une hache de pierre emmanchée » peinte en noir, C'est la hache céleste, colle qu'on trouve dans l'écrij) ture sacrée de l'Egypte, où elle est le symbole de la divinité. Le » bas relief préhistorique est un acte cultuel ; il témoigne de l'exécu-

eu signe de la spéciale alliance des puissances invisibles et des fils d'ismaël. Et les pèlerins, après avoir fait sept fois le tour du temple, adoraient les images, buvaient, l'eau lustrale du puits de Zem-Zem et couraient lapider les démons dana le Val-aux-Cailloux.

Or, beaucoup parmi les Arabes s'étaient convertis au judaïsme, au christianisme ou au sabéisme, et d'autre& étaient de la secte ébionitedes Ra-Koassia ou chrétiensde Saint Jean-Baptiste, et d'autres étaient de la secteessénienne des Hanîf et affirmaient pratiquer le cult& unitaire d'Abraham, le monothéiste. Et Mohammed luimême s'affirmait un hanîf. Or, s'il est vrai, comme le veut l'érudition moderne, que le christianisme primitif ait des bases dans les croyances esséniennes^ celles-ci seraient le tronc commun d'où seraient issues d'unepart la religion chrétienne, d'autre part la religion islamique ; et cette même ancestralité contribuerait à expliquer la similitude des mythes prophétiques concernant Jésus et Mohammed.

Mohammed n'est donc pas le pauvre chamelier de génie qui bouleversa l'àme arabe, c'est le descendant) direct d'Abi-aham, l'être surnaturel auquel parlait l'Esprit saint sous l'apparence de l'ange Gabriel, et le dernier des prophètes.

» tion d'un rite. On sait que dans le primitif culte des pierres, uni- » verscllement pratiqué, la pierre noire était considérée comme » une émanation de la divinité et, par suite, comme la divinité » elle-même. Cela explique le choix de la hache et la couleur qu o» » lui a donnée )). (Georges Rivière. L'estliétique et la techniquedans l'Egypte et l'Orient anciens. Reçue des Idées, 15 février 19U6, p. lOG). La pierre de IaKaaba représentait sans doute autrefois une des divinités préislamiques, peut-être la déesse El-Ouzza adorée au même titre qu'Allah par les anciens Arabes. Voir à ce sujet le travail présenté par H. Derembourg au congrès international desorientalistes tenu à Alger en avril l'.)Or>, sur le culte de la déesse El-Ouzza en Arable au iv' siècle de notre ère.

Un vendredi, alors que les Arabes en pèlerinage lapi- •daient les démons dans le Val-aux-Gailloux, Mohammed fut conçu; à celte heure, par une influence surhumaine, tandis que les champs verdoyaient soudain, les simulacres furent renversés dans les temples et Satan le Lapidé s'écrasa au plus creux des enfers.

Un lundi, le 12 de rebi el-aouel, au milieu du jour, aiaquit le Prophète, vers 570 de l'ère chrétienne, tout •circoncis et sans cordon ombilical ; les oracles inspirés par les fils d'Eblls se turent à jamais, le feu sacré de 2oroastre s'éteignit, un tremblement de terre jeta à bas la moitié du palais de Kosroès Nouchirouan, roi des Perses.

Sept jours après, devant les Koreïschites assemblés, le nom de Mohammed était imposé à l'enfant par Abd -el-Motalib, son grand-père. A deux mois, le Prophète perdit son père Abdallah; à trois ans, deux anges le purifièrent, dans une visite mystérieuse, delà tache du péché originel; il n'avait que six ans quand mourut sa mère Amina la bénie; il passa sous la tutelle de son aïeul Abd el-Motalib, et deux ans après, à la mort du vieillard, sous celle de son oncle Abou Taleb.

A 13 ans, il fit en compagnie de celui-ci un voyage en Syrie; à Bassora, le moine nestorien Félix el-Bohaira reconnut qu'il portait les stigmates de l'élection divine. A 14 ans, sa présence dans leurs rangs donne aux Koreïschites la victoire dans la guerre impie d'El-Fidjar contre leui'S voisins les Beni-Haouazin,qui les avaient assaillis pendant les mois de la trêve sacrée. Il atteignait l'âge de 25 ans lorsque Khadidja la riche veuve renvoya en Syrie pour des affaires de négoce; à Bassora ie moine Nestor et plusieurs de ses compagnons crurent en lui, en constatant qu'un arbre sec sous lequel il s'était assis s'était soudain, pour l'abriter, recouvert de feuillage. A son retour, Khadidja la généreuse l'épousa,

bien qu'elle eût alors 40 ans. Son existence matérielle assurée de la sorte, le Prophète se consacra uniquement à Dieu ; il se retirait chaque ennée pendant un mois dans une grotte du Djebel Harra, près de La Mecque, et y vivait en ascète dans la bienheureuse plénitude de l'absorption céleste.

Mohammed avait 40 ans quand^ entre le vingt-troisième et le vingt-quatrième jour de ramadan, il reçut, dans sa caverne du Harra, mission de Dieu (I) d'avoir à rétablir dans sa pui-eté la religion d'Abraham. Cette nuit-là, le Qoran descendit du trône suprême dans le premier des empyrées, et la prière aux deux inclinations fut révélée au dernier des nabi; la vocation de Mohammed ne fut d'abord annoncée par lui qu'à sa famille et à quelques intimes; trois ans plus tard, il reçut du ciel l'ordre de la proclamer au monde; sous sa bénédiction se multiplièrent dans un festin aux Koreischites les viandes d'un agneau et le lait d'une peau de bouc, et les Koreischites ne crurent point en lui, et ils ne le persécutèrent point encore, l'estimant dénué de raison, et quand ils

(1) « La tradition musuhîiane et la science moderne sont d'accord » pour considérer le commencement de la sourate xcvi comme la » première prophétie de Mahomet, celle où son Maître s'adresse à » lui pour lui faire connaître ses destinées : « Récite au nom de )) ton Maître (*), qui a créé, qui a crée l'iiomme de sang coagulé. )) Uécite, car ton Maître est le plus noble. C'est lui qui a enseigné » l'usage du Kalam, qui a enseigne à l'homme ce qu'il n'avait pas )) appris. » Mahomet croyait avoir entendu cet appel dans une )) promenade sur le mont Hira, au milieu de méditations soli- )) taires : un ange lui était apparu, lui ordonnant de se rappeler )) et de propager les paroles révélées. D'après une autre version, » c'est dans un rùvc que l'ordre de son Maître aurait été couuno )) imprimé dons le cœur du Prophète. » H. Derembourg, Opusculeii d'un arabimnt, p. 23.

(*) Maliomel ne connaît à ce moment ni Itahmùn, ni Allùh^ mais seulement son Maître.

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s'aperçurent enfin qu'il menaçait de détruire le vieit ordre social, ils résolurent de le proscrire; ses compatçnons se réfugièrent en Abyssinie, et lui-même chercha un asile dans la maison de son ami Orkam, sur la montagne de Safa, non loin de La Mecque. Cependant quelques notables se convertissaient, et peu à peu le parti des fidèles croissait en nombre et en puissance. Mohammed fut alors mis hors la loi par ses concitoyens. Pendant trois ans son oncle Abou Taleb le tint, pour l'empêcher d'être assassiné, enfermé avec ses partisans dans sa maison-forte au milieu des montagnes qui avoisinent La Mecque. Il y resta jusqu'à la cinquantième année de son âge (vers 620 de l'ère chrétienne) et cette année il fut dénoncé parles Koreïschites au sage sabéen Habib, fils de Malek, vieillard de 140 hivers, prince du pays; et dans le Val-aux-Cailloux il fut contraint de comparaître devant lui et de prouver devant l'assemblée des peuples et les gardiens du temple la vérité de sa mission. Les miracles illuminèrent soudain le désert ; la fille sourde, muette, aveugle et impotente de Habib recouvra subitement par la pei-mission de Dieu l'ouïe, la parole, la vue et l'usage de ses membres; la lune, à la voix formidable du Prophète, descendit sur la terre, tourna sept fois autour de la Kaàba et s'inclina devant lui. Habib devint aussitôt musulman, et avec lui beaucoup de gens de La Mecque. Et cette année là Abou Taleb et Khadidja moururent.

L'année suivante, six habitants de Médine se convertirent et appelèrent leurs compatriotes à la loi de Dieu ; ils furent désignés sous le nom à.'Ansariens ou auxiliaires.

Dans la douzième année de sa mission, au mois de redjeb, Mohammed parvint en une nuit aux dernières limites des faveurs divines ; cela fut d'une immense importance pour l'histoire de la mystique musulmane,

^ar en évoluant, l'Islam a tendu sans cesse à se rapprocher de l'idéal de tous les cultes : l'effusion de l'individu créé dans la divinité incréée; en réalité la nonne catholique extasiée en le Christ, le psalmiste juif effondré dans le rayonnement des sephiroth et le mystère du Tetragrammaton, le soufî confondu avec l'unité ineffable, éprouvent mêmes joies après avoir grimpé mêmes échelons spirituels. Et il est fatal qu'il .en soit ainsi, car la foi dans l'exaltation infinie de l'amour est un besoin qui caractérise un certain stade de la mentalité humaine. L'ascension au trône de Dieu, ascension que quelques-uns parmi les docteurs déclarent avoir été faite par Mohamed en rêve, que le plus grand nombre affirment accomplie par lui corpoi-ellement, permit aux fervents d'user des pratiques de .l'ascétisme pour arriver à la suprême contemplation, alors que le Qoran avait formellement interdit l'ascétisme aux musulmans.

Cette année même eut lieu la première assemblée des musulmans à Médine. L'année suivante, comme les persécutions des Koreischites étaient plus vives que jamais, le Prophète révéla aux croyants que Dieu les autorisait à entreprendre la guerre sainte contre les infidèles; et douze hommes furent choisis sur sa demande pour être les chefs du peuple auprès de lui. L'an 622 de l'ère chrétienne, Mohammed s'enfuit à Médine où se trouvaient ses plus fermes partisans; le but de son hégire était d'échapper à ses ennemis de la Mecque, et de débarrasser d'eux son avenir; des mirac\es marquèrent cette retraite, qui fut le début de la vie active du prophète ; les hostilités commencèrent presque aussitôt entre musulmans et Koreischites ; entre temps Mohammed instituait la qibla, l'appel à la prière, le jeûne du ramadan, etc , et Fatma, fille unique du divin apôtre, épousait Ali, le plus brave guerrier de l'Islam

naissant. La victoire de Bedr consolida définitivement -le triomphe futur du nouveau culte. La prise de la Mecque, la chute des idoles, la conversion par les armes des tribus de l'Arabie occupèrent le reste de la vie du prophète qui, doux aux humbles, secourable aux ■affligés, mourut en souriant à Dieu onze ans après l'hégire.

Et l'Islam se rua à l'assaut des empires d'Orient et d'Occident.

Les cheurfa ou descendants du prophète. Mohammed lie laissa pas d'héritiers mâles ; ses descendants actuels !]e se rattachent à lui que par sa fille Falihma, qui, mariée à Ali ibn Abou Taleb, eut deux fils ; Hassan et Hossaïn ; outre les Hassani et les Hossaïni, doivent être qualifiées cheurfa les générations émanées d'Abdallah ibn Djafar, mari de Zeïneb fille de Fatma, et celles émanées du Khalife Othman, mari de ReKïa, fille du prophète. « Le Croyant, dit un auteur arabe, cité par M. G. Salmon dans son travail sur Ibn Rahmoùn et les généalogies chérifiennes(l), doit aimer les cheurfa en Dieu et en le Prophète, garder et respecter la famille du Prophète en leur personne, et éviter de leur causer du dommage en paroles comme •en action. Seuls ils peuvent, en droit, èti^e Klialifes et porter le titre d'Émir el Mouminin. » En raison de la vénération dont ils jouissent auprès des musulmans, les cheurfa plus ou moins authentiques ont pullulé dans l'Islam ; en réalité leur nombre est fort peu élevé; nulle qualité nobiliaire n'est plus usurpée que celle de descendant de Mohammed. « Ce n'est un secret pour personne, dans le monde musulman, dit M. Binger(2), que le grand chérif de la Mecque et les chérifs du Maroc sont les

1,1) Archices marocaines. Vol. iii^ n" 2, Leroux, édit. (2; Le périlde l'Islam {UuUeUn du Com. de l'A. fr., février 190G;,

seuls membres incontestés de la famille du Prophète qui puissent prétendre au litre de Khalife. On sait également que, comme ses prédécesseurs, le Sultan, pour prendre le titre d'Émir el Moumenin, est obligé de le faire légitimer par le grand chérif de la Mecque, quiseul peut le lui conférer».

En Mauritanie, les familles chérifîennes constituent quelques groupements sans grande importance et sansgrande influence. Elles vivent généralement en dehors des tribus ; on signale cependant des cheurfa chez les Idouaïch. Parmi ces familles les plus importantes sont :

Les Ahl Moulay Zeïn (Adrar) ;

Les Ahl Maàrouf (Trarza) ;

Les Ahl Sidi Yâref (Trarza);

Les Ahl Belkacem (Trarza);

Les Ahl Sidi Mohammed Cherif (Trarza).

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