‹ Précis de politique musulmaneChapitre 8 sur 33 · CHAPITRE VI Xie devoir religieux musulmaD et la politique · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI Xie devoir religieux musulmaD et la politique

La mentalité de l'être humain est telle qu'il a besoin d'être (attaché à la divinité qu'il adore par un cérémonial et des paroles consacrées; l'observation des formes rituelles a pour but originel d'éviter de prononcer des mots, de faire des actions de mauvais- augure ou pouvant indisposer les puissances supérieures; on sait l'immense rôle du verbe dans la magie primitive et tra- •ditionnelle; le mot est une force dont on ignore les limites.

Basé sur le dogme du péché, le christianisme supplie Dieu de lui épargner les souffrances de cette vie et de la vie future. Basé sur l'intense certitude que la volonté divine s'exerce pour le plus grand bien des Croyants, l'Islam leurordonne de s'incliner sans cesse devant elle, -car il est le Clément et le Miséricordieux. Pour le premier il y a antinomie entre l'homme et le monde ; pour le second, le monde est créé pour l'homme, qui est créé pour louer Dieu.

Toutes les actions humaines se rapportent donc à Dieu; aussi est-il convenable, dans n'importe quelle circonstance de la vie, de répéter à Dieu qu'on est son esclave (dôc^) ; et le musulman ne manque jamais à ce •devoir ; au nom de Dieu, — louange à Dieu, — s'il plaît à Dieu, sont des phrases instinctives chez lui.

Les devoirs religieux sont au nombre de cinq :

1» La prière, aux cinq grandes divisions du jour^ envoie à Dieu les paroles qui lui sont le plus agréables» celles de son Livre ;

2° Le jeûne, une fois par an, amène à Dieu, un moisentier, la pensée de ses fidèles ;

3° L'aumône rappelle au musulman que le musulman' est son frère et qu'en l'aidant à vivre, il lui donnera lesmoyens de louer Dieu ;

4° Le pèlerinage, conduit le fidèle une fois au moins dans son existence, à Tendroit choisi par Dieu pour êtreson reposoir sur la terre et où va chaque jour la pensée des musulmans;

5» La guerre sainte, est destinée à recruter à Dieu de: nouveaux fidèles.

La Prièbe. —Elle est d'obligation stricte cinq fois par jour ; elle se décompose en rekaâ, ensemble toujoursidentique de formules comportant une inclination profonde et une prosternation.

Les heures établies pour la prière sont :

1° Fedjer — l'aurore, — comporte deux rekaâ ;

2» Dohor — vers midi — comporte quatre rekaâ',

3» Asr — entre midi et le crépuscule — comporte quatre rekaâ ;

4° Maghreb — au coucher du soleil — comporte troi& rekaâ ;

50 Acha — après le crépuscule — comporte quatre rekaâ.

Avant de présentera Dieu les louanges de bon augure,. le fidèle se met en état de pureté légale. Installé dans un lieu propre ou sur quelque natte ou tapis, il se lave symboliquement (eau rituellement pure ou, à défaut,.

sable), les parties du corps qui pourraient s'èli-e souillées?à des contacts impurs, débarrasse sa pensée des contingences de ce monde et se tourne vers la Mecque, dont la direction est appelée qibla :

1° Immobile, debout, les bras collés au corps, il concentre son attention sur l'acte sérieux qu'il va accomplir;-

2» Lentement ses mains ouvertes s'élèvent à la hauteur de ses oreilles et il prononce le tekbir (Dieu est le plus grand) ;

30 Ses mains retombent, se croisent à la hauteur de la ceinture et, main gauche dans main droite; il dit la- Jatiha, ù laquelle il ajoute parfois des versets surérogatoires ;

4° Tekbir. Inclinaison profonde les mains sur lesgenoux, les doigts un peu écartés les uns des autres. Par trois fois il prononce la louange complète à Dieu, et relève la tête;

50 Tekbir. Il s'agenouille et se proslerne, touche le sol du front et du nez, les mains appliquées à terre dé" part et d'autre de la tète; dans cette posture, il prononce par trois fois la louange à Dieu;

6» Il relève la tète et, une main sur chaque genou, dit un tekbir :

70 II se prosterne une seconde fois et répète encore par trois fois la louange ù Dieu ;

8° Il se relève. Tekbir.

Ce cérémonial constitue une rekad. Achevée on la répète autant de fois que le comporte le canon de la prière de l'heure. La prière terminée, on tourne la tète à droite puis à gauche en souhaitant le salut et la miséricorde d'abord à l'ange scribe des bonnes actions, ensuite à l'ange des mauvaises actions.

D'ordinaire, après avoir prié, les musulmans fervents égrènent leur chapelet. La récitation du chapelet estun©'

innovation du soufisme dans l'Islam; les premiers siècles après Mohammed l'ignorèrent complètement; le soufisme généralisa son usage. Il comporte 99 grains -un par épithète divine. Dieu a un centième nom mystérieux qui était gravé sur le sceau de Salomon, roi des hommes, des djinn et des animaux. Quiconque prononcerait ce nom réduirait le monde en poussière.

Telle est la puissance de la parole humaine.

Ilest louable pour les musulmans de prier en commun ; l'assemblée du vendredi est recommandée aux fidèles; la mosquée est analogue à la basilique de notre moyen- ^ge, où l'on se i-éunissait pour entendre la messe et s'occuper de ses affaires ; on s'y réfugie en cas de poursuite, car elle a droit d'asile, etc. Elle se compose essentiellement d'une enceinte le plus souvent en partie Xîouverte ; une niche appelée mihrab indique dans cette .enceinte la direction de la qibla. Le clergé est inutile à la célébration du culte. L'homme instruit et de bonnes jïiœurs peut diriger la prière de l'assemblée.

A chaque maison des ksour de la Mauritanie, est accolée une estrade de terre battue, orientée convenablement : c'est là l'oratoire particulier de la famille .(mosallem)(l).

Les prières, en cours de route peuvent être retardées .ou groupées deux par deux.

Sauf nécessité urgente on peut, afin d'éviter les pieux

(1) « La mosquée, chez les Brakna, consiste en un entourage )) d'épines, quelquefois recouvert d'un mimosa, s'il s'en rencontre )) un dans la place où elle est située. Les Maures s'y réunissent » pour parler politique ou afïaires de commerce; souvent ils y )) passent toute la journée à causer de choses indilïércntes. Ce lieu » saint est interdit aux femmes ; elles font le salam devant leurs )) tentes. Les hommes mêmes, lorsqu'ils y entrent, observent um^ » sorte de cérémonie religieuse; elle consiste à mettre le pied droit )) en avant,, et à le tenir en arrière en sortant. » [Journal d'un .voyage à Tombouctou et à Jetiné par René Cnilliê, t. i, p. 91).

traînards et d'être aj^réable aux musulmans d'une colonne, faire coïncider les pauses avec les heures réglementaires des oraisons.

Le Coran recommande au musulman de ne pas s'étonner, de ne pas s'effrayer des éclipses qui sont de simples merveilles de Dieu; à leur occasion il est ordonné aux croyants de prier avec ferveur. En temps de scchei'esse la prière est utile pour fléchir la volonté divine.

Le Jeûne. — Le jeûne obligatoire est de trente fours par an; il tombe dans le neuvième mois (ramadan) de l'année lunaire.

Tout musulman est astreint au jeûne depuis VCiize de puberté. De la pointe du jour au crépuscule, il ne doit ni manger, ni boire, ni fumer, ni coïter, ni même avaler sa salive. Ces actes deviennent licites après le crépuscule; la nuit, les riches festinent et se divertissent. Le malade, le voyageur peuvent rompre le jeûne ; avant le ramadan suivant, il leur faut toutefois jeûner; un nombre de jours égal à celui dont ils sont débiteurs envers Dieu.

Comme acte de piété surérogatoire, le Coran permet de jeûner en tout temps, un jour sur deux. Le jeûne débute à l'apparition du croissant de la nouvelle lune. Deux témoins honorables doivent certifier avoir aperçu ce croissant.

Le jeûne n'est pénible que pour le travailleur. A cette époque une certaine nervosité se fait sentir parmi les populations musulmanes. Les Maures passent ce temps sous la tente, se distraient à jouer au siy ou à des jeux semblables, ou écoutent la lectui-e des hadits, ou la musique des griots, ou les poésies chantées par les femmes.

L'Aumône est un devoir strict du musulman envers ie pauvre et envers la communauté musulmane.

Envers le pauvre, c'est la sadaka.

Envers la communauté musulmane c'est le zekat ou< impôt de la dîme. La générosité, le largeur de paumesest une des vertus appréciées la plus par l'arabe. Le pauvre a droit à la vie comme le riche et le devoir du riche est de secourir son frère sans ressources. D'iS qu'un bonheur échoit à un fortuné du monde, il envoie sans délai d'abondants repas aux indigents, distribueson disponible. Le Rétributeur Ini tiendra compte, au dernier jour, d'avoir disséminé ses richesses à ceux qui avaient autant de droits que lui à les posséder, mais dont la pauvreté avait été inflexiblement écrite dans la nuit du Destin (î) (chaque année vers le 27 du mois de ramadan).

Le pauvre ne doit pas payer le zekat. Le taux de la^ dîme va de 2,50 % à 10 "lo du revenu. Il faut posséder au moins un revenu de cinq onces d'argent, ou de cinq' charges de chameaux, de dattes ou de céréales, ou untroupeau de cinq chameaux, ou de trente boeufs, ou de

(1) Il y a dans l'année sept nuits de hénédiciion :

1° La nuit de la conception de Mohammed ; — Premier vendredi de radjeb ;

2" La nuit de la naissance de Mohammed; — Deuxième nuit de rabià el aoual ;

3° La nuit de l'Ascension du Nabi au-delà du septième ciel ; — Le vingt-septième de redjeb ;

4° La nuit célèbre, où l'ange de la mort, Azrail, prend le livre où sont désignés ceux qui mourront dans l'année ;

;)° La nuit du destin où le sort inéluctable de chacun est déterminé pour l'année ; par miracK', dès qu'elle couimence, l'eau de la mer devient douce, et la i)rière du Croyant vaut cette nuit-là la prièrede mille nuits; car cette nuit-là le Qoran descendit du septième ciel dans le premier. On estime que cette nuit tombe le '27 duramadan ;

()° La nuit de la rupture du jeune ; la dernière de ramadan ;

7° La nuit de l'Aïd el Kebir, on fêle de la viande, (jui comuiémorcle sacrilice d'Abraham.

■quarante moutons ou chèvres. Lezekat est payé à l'État qui doit l'employer en œuvres pies dans l'intérêt des pauvr-es; il est défendu aux cheurfa d'en recevoir la moindre pai'celle. Le zekat est devenu la forme normale de l'impôt levé par la France sur ses sujets musulmans de race blanche (1).

(1) Un arrêté du Gouverneur général de l'Afrique occidentale française en date du 18 décembre 190o détermine ainsi les quotités, le mode d'assiotte et de perception de l'impôt dans le territoire civil de la Mauritanie :

Article premier. — Les indigènes de race maure du territoire civil de la Mauritanie sont astreints au paiement du « Zekkat », iuqîôt (Ixé au L''iO' de la valeur des animaux de toute catégorie et au 1/10' de celle de tous les produits du sol, les gommes exceptées.

La valeur des produits imposables est déterminée par les mercuriales locales arrêtés parle Commissaire du Gouvernement général, tsur la proposition des Commandants de cercle.

Art. 2. — Les indigènes de race noire habitant le territoire de la ^Mauritanie sont soumis au paiement annuel de l'impôt de <( Capitation », fixé au taux de 3 francs par personne. Sont toutefois exempts de cet impôt :

1° Les enfants au-dessous de 10 ans ;

2° Les militaires de toutes armes en service on Afrique occidentale française, ainsi que leurs femmes et leurs enfants pendant la durée du service du chef de famille;

3" Les gens sans ressources et sans famille atteints d'infirmités -qui les mettent dans l'impossibilité de subvenir à leurs besoins.

Art. 3. — Les rôles d'impôt sont établis annuellement par les Commandants de cercle, d'après les déclarations des djemmaà pour les tribus de collectivité maure et d'après les recensements fournis par les chefs de canton pour les villages de la population noire. Ils sont approuvés et rendus exécutoires par arrêté du Gouverneur général en séance de la Commission permanente du Conseil de Gouvernement.

Art. 4. — En principe, l'impôt est acquitté en numéraire : toutefois, dans les régions qui en sont encore dépourvues, l'impôt pourra tttre acquitté en nature après autorisation spéciale donnée par le Commissaire du Gouvernement général, qui fixe la nature des produits et la limite des quantités à percevoir au cours de l'exercice, dans les magasins du service local.

Sadaka et Zekat sont les libations à Dieu qui purifient l'homme de la souillure des richesses.

Le Pèlerinage. — N'est pas d'obligation stricte pour le musulman ; le malade, l'homme peu fortune, n'y sont pas astreints; le Croyant fera simplement son possible pour l'accomplir au moins une fois dans sa vie. Le pèlerinage à la Mecque a consacré une coutume préislamique des tribus arabes qui, chaque année, se réunissaient dans cette ville pour adorer leurs idoles dans la kaâba, autour de la sainte pierre noire tombéemiraculeusement du ciel. Le cérémonial de ces âges abolis fut dédié à Dieu par Mohammed.

Les mois sacrés sont le doaVqida, le douVhidja^ le moharrem ; le grand sacrifice a lieu le 10 du doul'hidja ; ce jour-là, dans l'Islam entier chaque fidèle sacrifie un mouton ; c'est Vaîd el-Kebir, la grande fête, Vaïd el-Leliam, la fête de la viande. Les rites solennels du pèlerinage, exécutés avec ensemble par une foule d'au moins cent mille croyants sont très imposants. Les pèlerins reviennent de la Mecque fanatisés.

Les deux autres villes saintes où il est méritoire de se rendre après le séjour dans la maison de Dieu^ sont Médine et Jérusalem.

En dehors de l'époque consacrée le pèlerinage s'appelle omra, Visitation ; il ne dispense pas du pèlerinage régulier fait en temps utile.

Art. o. — Los dates de perception de rimpùt sont annuellement lixées par le Commissaire du Gouvernement i,^6ncral en Mauritanie,

Les djemmaà et les chefs de canton, sous le contrôle des Commandants de cercle, sont chargés du recouvrement de cet impôt dans les collectivités ou les villages qu'ils représentent.

Les versements en numéraire sont faits contre récépissé dans les Caisses du Trésorier-Payeur, des Ueceveurs régionaux ou des agents spéciaux, sur états de recette délivrés par les Commandants de cercle. K. Uoumiî.

Le pèlerinage peut avoir lieu par procuration. Mourir pendant le pèlerinage est nnourir en état de sainteté.

C'est bien mériter de Dieu que d'aider les pauvres à subsister à la Mecque. De nombreux biens de mainmorte (habous) y ont été conslilués à cet effet. Bakar, émir défunt des Idouaïch, y avait acheté des palmiers dont le produit était réservé aux indigents de sa tribuqui accomplissaient leurs devoirs religieux sur le saint territoire.

En raison de l'aflfluence des foules insouciantes d'hygiène et même du plus élémentaire confort, la peste règne à l'état endémique à La Mecque; les puissances européennes, préoccupées de ce danger, ont organisé une commission internationale qui, chaque année, selon la situation sanitaire du Hedjaz, autorise ou interdit le pèlerinage. Pour ce motif d'intérêt général, il importe d'empêcher les départs clandestins ; déplus, les pèlerins originaires de colonies françaises et sans ressources au retour ont pour habitude d'arguer à Djeddah, auprès de notre consul, de leur qualité de sujets français, pour être rapatriés aux frais de l'État; aussi, en Algérie, exige-t-on de chaque pèlerin, avant d'autoriser son départ, la production officielle d'une somme de 1^000 francs, considérée comme le strict nécessaire pour entreprendre le voyage.

Le pèlerinage est l'occasion, pour les membres et dignitaires de quelques confréries religieuses à tendances panislamiques (chadeiya, taïbya, madanya, etc.), d'aller s'entretenir avec les chefs de leur ordre et recevoir des instructions qui ne peuvent qu'être hostiles à l'influence européenne. La surveillance de ces pèlerins s'imposedonc; en cet ordred'idées, il vautmieuxprévoir que punir.

La Gukrre Sainte.— Les guerres ont souvent revêtu

un caractère sacré. Le djUuid n'est pas pour le musulman une obligation stricte; en cas de guerre offensive, il peut rester chez lui s'il estime les croyants assez nombreux pour mener la conquête; si les terres d'Islam sont envahies, tout musulman doit s'armer pour les .défendre. Sont à épargner pendant la guerre sainte les Xemmes, les enfants, les vieillards, les prêtres, les moines, les rabbins. Qui meurt pendant cette période est martyr.

La proclamation de la guerre sainte dans une région X)ccupée par une nation européenne ou relevant de sa .zone d'influence peut causer à cette nation les plus vifs embarras. Il importe donc de surveiller de très prèSy en tout temps, les menées et démarches des personnages religieux dont la conduite est suspecte.

En particulier, le début de chaque siècle musulman est marqué souvent par des troubles; alors surgissent des mahdi xus'p'wés de Dieu pour fortifier les croyants dans leur loi, ramènera la bonne route les égarés, et proclamer la guerre sainte. La croyance aux mahdi séculaires est contraire à l'orthodoxie qui ne reconnaît authentique xjue le mahdi des derniers jours du monde.

L'Algérie française, par une fetoua du grand cherif de L.a Mecque, a été, à la demande de son gouverneur, M. Gambon, proclamée terre d'Islam (l).

Tabous sacrés. — 11 est puéril de donner pour cause à des prescriptions ou à des interdictions religieuses -des mobiles d'hygiène. Celle-ci, créée en somme par la science moderne, fut ignorée de l'antiquité arabe; il suffit de lire à ce sujet les traités de médecine laissés par elle; l'origine des interdits est due, dans la plupart

(1) En 1870 l'Angleterre avait obtenu une fetoua de la même autorité, (jui déclara « maison d'Islam » toute l'Inde musulmane, ;alors travaillée contre la domination chrétienne i)ar le oualiabisme.

<les cultes, à la crainte qu'a le vivant d ctre envahi par ie mort ou par l'invisible; le vin produit l'ivresse qui est l'afflux en l'homme des mauvais esprits (1); le jeu de hasard a des calculs et des combinaisons sous la domination d'on ne sait quelle magie diabolique; le sang de l'animal contient son àme qu'il faut se garder d'absorber en n'égorgeant pas l'animal suivant les rites; quant au porcy il fut toujours en abommation aux Syriens depuis qu'Adonis, dans le vieux mythe, mourut pour avoir été i)lessé par un sanglier; d'autres supposent qu'il fut le otem, le tana, de quelque tribu dispaïue.

Le jugement dernier. — Et un jour d'angoisse, ■dans la clameur des grandes eaux diluviennes et Je .fracas des monts défonçant les abîmes, devant tout l'univers comparaîtra l'univers ; et ce jour sera le jour rouge du talion de Dieu.

C'est en plein granit d'immortalité puissante que le Prophète a sculpté les sombres magnificences de l'assemblée du dernier jour; à sa voix passionnée les foules mugissaient de terreur, la peur au ventre, et les tètes s'inclinaient dans la poussière, car il était l'Annon- ■ciateur des Choses Éternelles.

Et au spectacle évoqué des tortures immuables, quand Jes corbeaux fatidiques croasseront d'inllexiblcs/«maf.s pUis, les nerfs dolents se retractaient devant les flammes grésillantes de l'enfer, les bouches béaient d'aise à i'espoir des jardins de délices.

Par une nuit toute dorée d'étoiles, au fond de quelque vallon embroussaillé d'épines, qui se blottit entre les remparts brûlants encore de soleil de montagnes dont Jes cimes déchiquetées luisent indécises dans l'améthyste du ciel, le Maître inspiré a escaladé une haute

Vl) Cf. Frazer, Le rameau d'or, i, p. 287 (Schlcicher, Paris).

pierre entre les foyers du campement ; à ses pieds se pressent les hordes des Bédouins aux yeux graves, aux manteaux solennels ; des courbes de sabre étincellentaux soudains éclats des feux.

L'homme immobile sur la roche se tait, la tête serenverse en extase, les bras se tendent vers l'Orient;, des étoiles filantes, qui sont les flèches de feu lancées par les anges aux démons en embuscade, strient la nuit solennelle.

Et tout à coup la voix du Nabi frémissant gronde et lesouffle divin qui l'envahit lui montre les montagneschavirées dans l'énorme bouillonnement des mers et l'humanité tourbillonnant entière à l'appel terrible de& destinées.

Et involontairement dans son verbe s'enflent des assonances, s'affirment des rimes imprévues !

« Le choc, que sera le choc :

Qu'est-ce qui t'a fait savoir ce que sera le choc, au jour où les hommes seront comme les papillons disséminés, et où les montagnes seront comme la laine l)igarrée répandue en flocons? Alors, celui en faveur de (jui les balances pencheront, sera dans une vie de ft^iicité et celui qui n'aura pour lui que des poids légers i-era perdu pour sa mère.

Ou'est-ce donc qui t'a fait savoir ce que sera le choc?

Ce sera un peu brûlant (1).

Lorsque le ciel se fendra, et que les étoiles se répandront, et que les mers seront enti-'ouvertes, et que les lombeaux seront renversés sens dessus dessous, alors s eulement chaque âme humaine reconnaîtra ses actes du commencement et de la fin. O toi homme, qu'est-ce (jui t'a égaré contre ton Maître si noble, qui t'a créé, t'a fîironné, puis t'a mis en équilibre, puis t'a composé sou

\1) Sourate.

une forme telle qu'il la voulnil? Mais vous, vous traitez la religion de mensonge, tandis que vous avez des gardiens nobles, inscrivant et sachant ce que vous faites. Aux pieux est réservé un lieu de délices, aux impies un feu auquel ils seront rôtis le jour du jugement, sans qu'ils puissent y échapper.

Qu'est-ce qui t'a fait savoir ce qu'est le jour du jugement, encore une fois qu'est-ce qui t'a fait savoir ce qu'est le jour du jugement, ce jour où aucune àme ne l)uurra rien ordonner pour aucune autre, le droit d'ordonner n'étant en ce jour qu'à Allah? » (1).

«■ Lorsque le soleil sera enroulé, et que les étoiles descendront, et que les montagnes seront mises en mouvement, et que les chamelles grosses de dix mois goûteront le repos, et que les bétes féroces seront assem- )>lées, et que les mers seront gonflées, et que les ùmes iseront accouplées, et que la fille ensevelie vivante sera appelée à dire pour quelle faute elle a été tuée, et aussi lorsque les feuillets seront déployés, et que le ciel aura été changé de place, et que le brasier sera enflammé, et que le paradis sera rapproché, c'est alors que chaque àme reconnaîtra ce qu'elle a produit. Oui, je le jure par les planètes occultées qui courent vers leurs retraites et par la nuit quand elle se couvre de ténèbres, et par l'aurore avec le souffle de son vent matinal, ceci est la parole d'un noble envoyé (l'ange Gabriel), plein de force et d'influence auprès de Celui qui est assis sur le trône, d'un envoyé qui mérite votre soumission et aussi votre confiance. Car, votre compatriote, qui n'est pas possédé des djinns, l'a vu au firmament distinct et il n'en garde pas pour lui le mystère. Ceci n'est pas la parole d'un Satan lapidé. Mais vous, oi^i allez-vous ?Ceci n'est qu'un avertissement pour les mondes, pour ceux d'entre vous

(1) Sourate. L'action de se fendre.

qui veulent marcher droit. Or, vous autres, vous ne voulez que ce que veut Allàii, le maître des mondes (1) ». Et les plirases hacliées, farouclies, du Nabi dont la voix mâle proclame les cataclysmes proches, planent sur les Bédouins qui tremblent à ses pieds dans Tangoisse de ne pas vouloir ce que veut Allah. Et depuis, leur appel menaçant n'a pas cessé de retentir en l'Islam au-dessus des générations qui tremblent toujours dans l'attente du jour delà colère.

(1) Sourate. L'enroulement. Ces remarquables traductions sont dues à l'cminent orientaliste H. Derenbourg, membre de l'Institut. Ojiuscules irun arabisant, p. 25, 2G, 27.

Page 1