‹ Précis de prononciation françaiseChapitre 4 sur 113 · I. John Evelyn, lui, quitta Paris pour Tours · texte numérisé non relu

I. John Evelyn, lui, quitta Paris pour Tours

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Qu'est-ce en effet que le français? Une langue artificielle, comme Titalien ou l'allemand, imposée par de puissantes œuvres littéraires? Non, c'est la langue du roi portée par l'administration dans les provinces. La littérature n'est venue qu'après coup.

Le français, c'est donc originairement la langue de Paris. Mais, comme son principal moyen d'expansion a été l'écri ture, un alphabet vague, où chacun, au moins pour les voyelles, peut lire les sons propres de son dialecte, il s'est laissé pénétrer par tous les patois qu'il allait remplacer. De là sont nées, dans toutes nos provinces, ces variétés régionales du français que l'on désigne sous le nom d'accents.

Parmi ces accents, les uns plaisent ou sont simplement supportables; les autres choquent plus ou moins : tout cela en raison de la plus ou moins grande ressemblance des phonétiques locales avec celle de Paris.

A Paris même, le français n'est pas resté semblable à luimême. Il a subi des modifications soit phonétiques, soit analogiques, qui l'éloignent de plus en plus des formes écrites. Les provinces anciennement francisées et plus conservatrices y trouvent matière à reproche.

Que Paris ait aussi son accent, il faut le concéder. On ne doit pas oublier en effet que ce mot désigne toujours, dans l'esprit de celui qui l'emploie, une particularité à laquelle il n'est pas accoutumé : ainsi toute langue a son accent. Celui de Paris est en général le bon.

§11 aUEL CHOIX DOIT FAIRE L'ÉTRANGER ?

Il est clair qu'une prononciation qui n'a rien de désagréable chez un Français instruit ne saurait déplaire chez

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un étranger. Et ici trop de purisme est souvent iiors de saison. Ce qui importe le plus à un étranger, c'est de se débarrasser de ses nationalismes, et il ne saurait y apporter trop de soin. Mais il n'est pas rare qu'il dépense toute son activité dans des efforts inutiles pour certains raffinements de prononciation qui n'ont rien d'obligatoire, et qu'il néglige de corriger des vices qui choquent tout le monde. Si donc l'étranger a pour professeur un Français, qu'il s'en tienne à la prononciation de son professeur. Mais, si son choix est complètement libre, qu'il préfère le parisien, en faisant toutefois les quelques restrictions que nous conseillerons.

La langue varie, en effet, suivant les quartiers, les conditions sociales et les intentions du sujet parlant. Un Parisien de la haute classe ne parlera pas comme un homme du peuple. Et l'homme du peuple lui-même se gardera bien de parler devant un étranger, une personne qu'il respecte, comme avec un camarade. Il y a des vulgarismes qui ne se rencontrent pas dans les anciennes familles de la bourgeoisie parisienne et dont les hommes issus du peuple cherchent à se débarrasser. On peut ne pas les laisser ignorer aux étrangers, mais il faut les donner pour ce qu'ils valent.

En dehors de ces vulgarismes, il y a des négligences qui passent inaperçues dans une conversation rapide, mais qui choqueraient dans une lecture lente ou une prononciation bien soignée. Nous les déconseillerons aussi. Si l'étranger parle vite, et s'il les reproduit h son insu par suite du seul mouvement organique, il se trouve dans les mêmes conditions que le Français, et personne ne le remarquera. Mais si au contraire, et c'est le cas le plus habituel, la prononciation est lente et quelque peu embarrassée, l'étranger qui en émaille son discours est tout à fait ridicule.

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Donc le français à conseiller à tous est celui de la bonne société parisienne, en exceptant, s'ils offrent trop de difficulté, certains parisianismes.

Mais où trouver cette bonne société parisienne sans mélange ? Existe-t-elle ? Oui, elle existe, et il n'est pas impossible de trouver des familles où depuis trois générations au moins il n'y a pas eu d'alliances provinciales. Au reste, il n'est pas nécessaire de remonter si loin. L'enfant né à Paris est Parisien, et même l'enfant qui y arrive le devient très vite, à la condition qu'il fréquente une école populaire.

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