I 9 — TRAITEMENT
Deny et Roy font avec raison une part au traitement prophylactique de la démence précoce. Ce traitement vise l'éducation des enfants prédisposés et l'hygiène qui leur est applicable. Il consiste essentiellement à éviter à ces sujets toutes les causes de surmenage intellectuel, physique et moral, à surveiller de très près leur première hygiène sexuelle, leur croissance, leur adolescence, et à les mettre autant que possible à l'abri d'atteintes sérieuses d'intoxication ou d'infection.
Le traitement proprement dit de la démence précoce varie suivant la période et suivant la forme.
a) A la période aiguë, il est nécessairement celui de la confusion mentale et comprend par suite tous les moyens thérapeutiques que nous avons indiqués plus haut, en particulier l'alitement, les grandes injections de sérum, les purgatifs, le lavage de l'estomac et le gavage, etc.
S) A la période d'état et dans la forme catatonique, le traitement comporte de très nombreuses données. Il offre d'abord un côté psychique que la suggestibilité parfois extrême du sujet, analogue à celle des états seconds, peut rendre plus ou moins efTicace.
Il peut également être symptomatique et s'adresser à chacune des grandes manifestations morbides : à l'agitation, à la stupeur, à l'insomnie, à l'insuffisance d'alimentation, à l'anémie générale, aux troubles de nutrition, à la spasticité, etc., etc. C'est dire que les sédatifs, les hypnotiques, les toniques et reconstituants, la suralimentation, les frictions, le massage, la gymnastique passive, la rééducation des muscles (Trômner), l'électricité, le traitement anti-tuberculeux, anti-syphihtique, etc., peuvent rendre de grands services. L'opothérapie, sous forme d'injections sous-cutanées de substance cérébrale, a été tentée par Lalanne et par moi dans les cas de période catatonique persistante, mais sans grand résultat. Chez une de mes malades, la ponction lombaire, pratiquée en vue de l'examen cytologique, a été suivie à la fois d'accidents peu graves mais d'une certaine durée, et d'une amélioration évidente de l'état mental. Nous avons mentionné plus haut l'essai de traitement bactériologique pratiqué par Lewis C. Bruce et Peebles.
Parhon et Urechie (R. N. a., 1909) ont rapporté un cas de démence précoce très améliorée à la suite d'une pleurésie purulente, ce que Marinesco attribue à la formation des anticorps et à leur action sur la cellule nerveuse.
■;) Dans la forme hébéphrénique , le traitement doit tenir compte de la phase de puberté, d'évolution traversée par le sujet.
C'est pour ce motif que j'ai essayé et préconise, suivant le
sexe, la médication thyroïdienne et la médication ovarienne, employées aussi par Sérieux. Malgré le peu d'importance des résultats ainsi obtenus, je crois qu'il y a lieu de conserver ces médications et d'y recourir dans les cas surtout où il existe manifestement des retards d'évolution, des difficultés d'instauration pubérale, de la dysménorrhée, des paroxysmes psychopathiques mensuels, de l'hypertrophie thyroïdienne, du pseudoœdème catatonique, de l'obésité précoce, etc., etc.
Le traitement médico-pédagogique, si excellemment organisé en France par Bourneville, est applicable au premier chef à la démence précoce hébéphrénique et il peut y donner des succès réels. Il varie pour les détails avec chaque malade.
Le traitement des symptômes, également variable, ne doit pas, cela va sans dire, être négligé.
o) Dans la forme paranoïde, le traitement, généralement impuissant, se réduit à peu de chose, et le système délirant confus s'établit et s'aggrave sans qu'on puisse s'y opposer de façon vraiment efficace. Toutefois, dans les premières périodes surtout, alors que la chronicité n'est pas encore définitive, on peut obtenir quelques bons résultats du traitement habituel de la confusion mentale, des toniques, de la sérothérapie, de la psychothérapie.
e) ]J internement est presque toujours nécessaire dans la forme paranoïde de la démence précoce, sinon au début, dans la phase aiguë, au moins plus tard, à la période délirante. Il en est de même dans la plupart des cas d'hébéphrénie,en raison des poussées d'excitation, des fugues et autres impulsions qui s'y observent. Dans la forme catatonique, on peut se contenter souvent d'un simple isolement.
s) A la période terminale, le traitement consiste à aider dans la mesure du possible à la guérison par des toniques, des stimulants, des dérivatifs, des révulsifs, la psychothérapie.
Si V incurabilitc survient, sous la forme d'évolution quasi cyclique, ou de démence incomplète, il convient encore soit de favoriser la fréquence et la durée des rémissions, soit d« conserver et d'utiliser la partie survivante de l'intelligence par tous les moyens appropriés, en particulier par un programme de vie
organisé et réglé dans ce but, par une sorte de rééducation, comme chez les aphasiques (Tromner, Sérieux).
« Le travail peut être considéré chez ces malades comme un endiguement du processus démentiel ; car, en dehors de la lésion irréparable causée par la maladie, il se pourrait que la démence progressive ultérieure fût le résultat de la non-utilisation du capital intellectuel existant encore. Cette hypothèse mérite d'être approfondie, car elle laisserait entrevoir la possibilité d'une thérapeutique psychologique qui garantirait ces aliénés de la démence profonde à laquelle aboutissent un grand nombre d'entre eux » (Masselon).