GÉNÉRALITÉS SUR LES DÉLIRES SYSTÉMATISÉS
La psychose systématisée essentielle progressive, telle que nous' Pavons indiquée au chapitre de la classification et telle que nous allons la décrire, ne représente pas, tant s'en faut, malgré son caractère synthétique, la totalité des délires systématisés. Il en existe d'autres, et leur nombre s'en augmente tous les jours.
Si Ton veut se rendre compte de cette multiplicité des délires systématisés, il suffît de lire les nombreux travaux d'ensemble sur la question : ceux de Séglas, de Kéraval, de RoubinoviTCH, Pouvrage de J. de Mattos (de Porto) sur la paranoïa (1898), Pexcellent article d'ARNAuo sur les déhres systématisés, dans le Traité de Pathologie mentale de Ballet (1903), les Traités de Psychiatrie de Kraepelin, de Tanzi, de Bianchi, les communications de Deny et de Dupré (S. M. P., 1906) et la revue d'ALBERTi (E. a., 1908) sur la paranoïa selon les derniers travaux italiens. On y verra que sous le terme générique de Paranoïa, classique chez les Allemands et les Italiens, ^on a
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englobé une foule d'états psychopathiques, n'aj'ant d'autre caractère commun que celui de se manifester par des idées morbides circonscrites et allant depuis la psychose systématisée essentielle progressive (paranoïa primitive chronique tardive ou acquise) jusqu'aux idées fixes et aux obsessions (paranoïa abortive ou rudimentaire) en passant par certains délires systématisés des dégénérés (paranoïa primitive chronique originelle) et certains cas de confusion mentale hallucinatoire (paranoïa primitive aiguë).
Depuis quelque temps même, le chaos devient plus profond, par suite de la tendance qui se manifeste à la dissociation des groupes, toujours changeants, de la paranoïa.
Pour beaucoup d'auteurs, aujourd'hui, les déHres systématisés doivent être distingués, dans leur ensemble, suivant qu'ils ont ou non une évolution démentielle. Ils comprennent donc deux catégories primordiales : l^les démences paranoîdes, représentées par les délires systématisés hallucinatoires versant dans la démence ; 2° la paranoïa proprement dite, composée des délires systématisés raisonnants, non hallucinatoires et non démentiels.
Mais, si l'on s'entend à peu près sur cette première division, bien qu'elle n'échappe pas à toute discussion et à toute critique, on n'est plus d'accord lorsqu'il s'agit de situer ces deux classes de délire à leur place nosologique et de différencier leurs variétés.
Les uns, avec Kraepelin (8^ édit., t. III, 1913, p. 971), font rentrer dans les ^ psychosfs démentielles endogènes », avec la démence précoce et à côté d'elle, les psychoses démentielles paranoîdes ou paraphrénies, divisées en systématique (délire chronique de Magnan), expansive, confabulante, fantastique. Les autres, au contraire, avec Pastore (1907) et l'école de Gênes, rapportent à la paranoïa la démence précoce paranoïde, la paranoïa fantastique, forme intermédiaire entre la démence précoce paranoïde et la paranoïa, et même la paranoïa secondaire, qui ne serait que le passage à la démence d'autres maladies mentales, en particulier de la mélancolie et de la folie maniaque dépressive.
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De même on ne s'entend pas en ce qui concerne la paranoïa. D'aucuns étendent cette dénomination à tous les délires systématisés raisonnants ; d'autres, à certains d'entre eux seulement. Ceux-ci, comme nous le verrons plus loin, séparent nettement parmi ces délires (voy. p. 503-505) le délire d'interprétation, le délire de revendication, le délire d'imagination, le délire des idéalistes passionnés, etc. et réclament, pour chacun d'eux, une existence et une description à part ; ceux-là fusionnent presque ces délires les uns avec les autres et les considèrent comme n'étant séparés que par des nuances symptomatiques.
Une autre tendance se fait jour actuellement : celle qui rapproche les délires systématisés, surtout ceux de la paranoïa, de la fohe maniaque dépressive, admettant soit des formes périodiques de paranoïa (Mendel, Kausch, Meschede, etc.), soit des formes paranoïennes de folie maniaque dépressive ou s?s délires systématisés symptomatiques de psychose périodique Kraepelix, Bleuler, Gierlich, Monkemoller, Anglade, F. Dubourdieu), soit enfm des formes de folie périodique sur fond paranoïdien (Soum, Masselon, R. Bessière).
Specht va même plus loin dans cette voie et enlève toute vie propre aux délires systématisés de la paranoïa pour les faire rentrer dans la folie maniaque dépressive. Sa thèse est d'ailleurs fortement combattue, notamment par Esposito.
Citons enfm, sans être complet, le mouvement qui porte à séparer des psychoses systématisées, sous le nom d'hallucinoses ou de psychoses hallucinatoires chroniques (Dide et Gassiot, Dupré et Gelma, Buvat, Ballet et Kahn, Séglas. etc.), celles essentiellement formées d'hallucinations plus ou moins conscientes, sans déhre ou avec un minimum de déhre.
On conviendra qu'il est bien difïïcile de se reconnaître et de se guider dans cette multipHcité de faits et de théories si variées et si contradictoires.
Quelle méthode devons-nous adopter, dans ces conditions, pour l'étude sommaire, telle qu'elle doit être faite ici, de< délires systématisés ? Celle qui, suivant les vues nouvelles cidessus, consiste à décrire le délire systématisé hallucinatoir.
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chronique dans la démène ■ précoce ou à côté d'elle et la paranoïa soit à part, soit en partie dans la folie maniaque dépressive, ou celle de Mac n an, considérant dans l'ensemble des délires systématisés : 1° une Psychose systématisée essentielle progressive, appelée par lui Délire chronique, avec ses variétés ou étapes ; 2° les délires systématisés aigus, raisonnants, d' auto-accusation, d'interprétation (Sérieux), etc., qui sont avant tout des délires de dégénérés, dans la description desquels ils entrent par conséquent ?
Les deux méthodes, comme les théories dont elles découlent, sont toutes deux défendables et critiquables. Nous adoptons la seconde, ainsi que nous l'avions déjà fait dans les précédentes éditions de cet ouvrage, parce qu'elle nous paraît, sinon plus juste en théorie, au moins plus simple en pratique pour nos lecteurs.
Nous nous bornerons donc à donner ici, après quelques explications préalables sur la manière dont elle peut être conçue, la description de la psychose systématisée essentielle progressive, réservant pour le chapitre consacré aux psychoses des dégénérés les autres variétés de délires systématisés.
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