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SYNTHÈSE CLINIQLE DES DÉLIRES SYSTÉMATISÉS ESSENTIELS

Envisagées au point de vue de la forme du délire, les folies systématisées sont relativement nombreuses : elles comprennent, en effet, la folie hypocondriaque , la jolie de persécution, la jolie religieuse, la jolie politique, la jolie jalouse, la jolie erotique, la jolie ambitieuse, etc., etc. Mais, ainsi qu'on l'a vu au chapitre de la classification, toutes ces folies ne représentent pas, à proprement parler, des entités distinctes ; ce sont des variétés ou plutôt des phases de la même maladie.

1» Le sujet passe d'abord par un état d'inquiétude pénible, pendant lequel, éprouvant des troubles étranges et sentant ses

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rapports avec le monde extérieur se modifier, il se replie sur lui-même et s'enfonce dans une analyse douloureuse. D'une acuité psychique d'autant plus vive que toutes ses facultés sont tendues vers le même objet, il scrute attentivement tout ce qui se dit, tout ce qui se fait, tout ce qui se passe autour de lui, et, dans toutes choses, par une série de raisonnements plus ou moins logiques, il découvre quelque ressort caché, quelque allusion à sa personne ou à sa situation. C'est là la période hypocondriaque de MoREL, la période d'incubation de Falret père, la période d'inquiétude de Magnan, qu'on pourrait appeler aussi période de concentration analytique ou d'analyse subjective, en raison de cette tendance à l'analyse inductive qui prédomine à ce moment chez le malade. Des hallucinations peuvent venir s'y joindre, mais c'est surtout dans la période suivante qu'on les observe d'une façon à peu près constante.

2° Dans cette seconde période, le malade imagine une explication rationnelle de ses souffrances, de ses inquiétudes, de l'attention véritablement surprenante dont il se croit l'objet : il trouve, comme on l'a dit si heureusement, « la formule de son délire ». Si les incidents fâcheux se multiplient sur sa route, s'il entend des voix qui l'injurient et répondent à ses pensées les plus secrètes, s'il sent de mauvaises odeurs, si ses aliments ont un goût étrange, s'il éprouve dans le corps de véritables secousses électriques, c'est qu'il est en butte à la malveillance et à l'animosité des gens ou de certains hommes en particulier. Des ennemis puissants et acharnés à sa perte ont organisé contre lui un véritable complot et ils ont recours, pour le perdre, à des procédés mystérieux tels que le magnétisme, l'électricité, le téléphone, etc. C'est le délire de persécution, découvert et magistralement décrit par Ch. Lasègue. Une fois implanté dans l'esprit du sujet, ce délire y prend corps peu à peu, s'y élabore et, par degrés insensibles, en arrive à former un thème invariable, une espèce de roman à clef dont le malade est à la fois l'auteur et le personnage principal. Cette seconde phase mérite bien, comme on le voit, le nom de période d'explication délirante.

30 Au bout d'un temps plus ou moins long, quelquefois seulement après bien des années, une modification importante a

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lieu dans l'état du sujet qui de persécuté devient ambitieux ou, comme on l'a dit, mégalomane. Il ne s'agit pas uniquement ici d'un changement de délire, d'une nouvelle explication substituée à l'ancienne ; c'est la personnalité tout entière de l'aliéné qui se trouve transformée : il est prince, il est roi, il est prophète, il est Dieu. Ainsi surviennent des idées ambitieuses qui se joignent aux idées de persécution non par simple association, mais par une combinaison des plus intimes, de manière à former un tout parfaitement homogène dans lequel les deux éléments délirants entrent pour une part plus ou moins grande, suivant les cas. Dès lors, le malade reste comme incrusté dans cet état qui persiste, on peut le dire, jusqu'à la mort. C'est là le troisième et dernier stade, ou stade de transformation de la personnalité.

Quant à la quatrième période admise par Mag.nan sous le nom de période de démence, elle ne constitue pas, en réalité, une phase de la maladie, mais uniquement un de ses modes de terminaison, comme cela a lieu pour toutes les autres formes de psychoses. Beaucoup de délirants systématisés n'arrivent jamais d'ailleurs à la démence proprement dite et, alors même que leur intelligence vient à la longue à s'affaiblir, leur délire survit toujours avec ses caractères essentiels. - Cette conception de la folie systématisée type est extrêmement juste et elle répond, sauf les exceptions dont nous aurons à parler plus tard, à la réalité des faits. Mais il y a plus : les autres folies systématisées dont nous avons signalé l'existence peuvent rentrer également dans ce cadre synthétique. C'est ainsi que la jolie systématisée religieuses'' est pas, en y regardant de près, une folie à part, mais simplement une variété d'explication déhrante faisant pendant au déhre de persécution. Il en est de même du délire erotique, du délire politique, du délire jaloux.

Les malades chez qui on les observe ont tous commencé par une période d'inquiétude ou d'analyse subjective absolument analogue à celle qui précède le délire de persécution. Ce n'est qu'au moment où ils ont cherché l'explication de leurs malaises qu'ils se sont séparés, les uns la trouvant dans l'intervention céleste ou diabolique (délire religieux), les autres dans l'amour

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d'une beauté idéale ou terrestre (délire erotique), d'autres enfin dans les agissements des partis (délire politique), ou d'ennemis de leur bonheur conjugal (délire jaloux). Tous ces délires et d'autres analogues, s'il en existe, ne sont donc que de simples variétés d'explication délirante de la folie systématisée pro- ^: gressive, des expressions différentes d'une formule unique et, à ce titre, ils rentrent tous dans la même maladie. Ce qui le prouve, c'est qu'ils s'associent très souvent au délire de persécution, et qu'il n'est pas rare de voir des sujets, dans ces conditions pathologiques, présenter à la fois du délire religieux, du délire erotique, du délire politique et même du délire jaloux, évoluant autour du délire de persécution comme autour d'un centre commun. Ce qui le prouve encore, c'est que tous ces délires qui ont eu le même point de départ, une phase hypocondriaque ou d'analyse subjective, aboutissent tous également à la même terminaison, la transformation de la personnahté ou mégalomanie.

Les folies que nous appelons folies systématisées essentielles se résument donc en une seule et même vésanie qui, dans sa forme normale, présente une évolution typique en trois périodes : 1^ une période d^ inquiétude ou d'analyse subjective (folie hypocondriaque) ; 2^ une période d'explication délirante (délire de persécution, déhre religieux, déhre erotique, déhre politique, délire jaloux, etc.) ; 3^ une période de transformation de la personnalité (délire ambitieux). Nous l'appelons pour et* motif : Folie ou Psychose systématisée progressive (Délire dtpersécution à évolution systématique, type Lasègue-Falret; délire chronique (Magnan); paranoïa chronique primitive tardive des Allemands).

ARTICLE III

DESCKIPTION DE LA PSYCHOSE SYSTÉMATLSÉE PROGRESSIVE

La psychose systématisée progressive est une folie chronique essentielle sans troubles de l'activité générale et des diverses

fonctions de l'organisme, caractérisée par un délire systématisé hallucinatoire à évolution progressive et aboutissant à la transformation de la personnalité.

1'^ Étiologie. — La folie systématisée, nous l'avons dit, constitue la folie essentielle, la folie vraie. Aussi son étiologie est-elle assez limitée. Chez elle, les causes adjuvantes n'interviennent guère, elle fait partie intégrante de l'individu. Les malades en ont reçu le germe en naissant, et elle se développe à l'heure dite, sous l'influence de la moindre occasion, par exemple de la misère, des difTicultés de la vie sociale, des mécomptes, des déboires, des malheurs conjugaux, de la ménopause, etc., etc. C'est ainsi que la principale cause de la folie systématisée est la prédisposition, prédisposition spéciale appelée comme nous l'avons vu par certains auteurs italiens, tels que Del Greco, constitution paranoîenne. Elle atteint de préférence, en effet, les sujets à caractère sombre, défiant, ombrageux, enclins à la misanthropie et à l'orgueil. Elle est également plus fréquente chez la femme, les célibataires et, surtout, chez les enfants naturels.

2" Symptomatologie. — Nous distinguerons, dans l'évolution symptomatique de la psychose systématisée progressive, les trois périodes suivantes : 1^ période d'analyse subjective ou d'incubation (délire hypocondriaque) ; 2° période hallucinatoire, d'explication délirante ou d'état ; 3'' période de transformation de la personnalité ou de déclin (délire ambitieux).

A. Période d'analyse subjective ou d'incubation (délire hypocondriaque). — L'affection débute, le plus souvent, par du malaise intellectuel (Lasègue), de l'hypocondrie morale, c'est-à-dire par des sensations maladives qui commencent par étonner l'individu, attirent son attention et le conduisent à s'analyser. Ce sont des phénomènes douloureux, par exemple des céphalalgies, des palpitations, des bourdonnements d'oreilles, des éblouissements. Plus fréquemment encore, ce sont des souffrances vagues ayant pour siège habituel les organes génitaux ou le tube digestif. Quelquefois, enfin, ce sont

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des sensations anormales de constriction crânienne, de vide dans le cerveau, avec difficulté de travailler, de penser, etc. Le malade s'inquiète outre mesure de cet état de choses ; il s'examine, scrute attentivement tout ce qu'il éprouve et constate en lui un changement qui va croissant. Ce qui lui paraît le plus étrange c'est qu'en dehors des troubles physiques qui l'assaillent, il sent son intelhgence se bouleverser ; son esprit fonctionne malgré lui, il n'est plus maître de le diriger, et cette partie automatique de son être devient quelquefois si forte que la pensée s'extériorise et se trouve plus ou moins consciemment projetée au dehors. Il s'agit là de véritables hallucinations psycho-motrices de Séglas qui, chez les individus de ce genre, sont souvent, malgré l'opinion reçue, l'un des premiers phénomènes à apparaître.

Jusqu'ici le futur délirant systématisé ressemble plus ou moins à l'hypocondriaque simple avec lequel, du reste, il peut être confondu ; mais bientôt, par une pente naturelle de son esprit qui le différencie de tous les autres aliénés, il en arrive à chercher la cause de ses maux, non en lui-même, mais en dehors de lui. C'est là, pour ainsi dire, la première étape de son évolution psychique qui, chez certains sujets, se manifeste d'emblée, sans hypocondrie antérieure.

A dater de ce moment, le malade étend à l'entourage la sphère de ses investigations et il rapporte à sa propre personne (autophilie de Ball, délire centripète ou égocentrique de Ziehen) tout ce qu'il voit et tout ce qu'il entend. Il lui semble que les êtres et les choses sont changés, non pas changés de nature ou de forme, comme dans la mélancolie anxieuse, mais de dispositions à son endroit : on s'occupe de lui, on le regarde, on fait des signes et on chuchote sur son passage ; tout ce qu'on dit est à double entente ; il ne trouve plus ses objets à leur place ; il ne peut plus travailler ; ses affaires vont mal ; rien ne lui réussit. Les événements, les faits, les contre-temps les plus simples et les plus exphcables ont pour lui une signification nettement tendancieuse (tendance paralogique).

Gardant toujours pour lui le résultat de ses pensées qu'il hésite tout d'abord à accepter, qu'il repousse même parfois, il

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devient de plus en plus sombre et peut se sentir poussé vers le suicide; mais ce mode de réaction est bien plutôt le fait du persécuté mixte, auto-accusateur ou persécuté mélancolique, que nous étudierons plus tard, que celui du délirant systématique progressif. Celui-ci ne cède que très rarement, à moins de cause surajoutée, à des découragements de ce genre ; d'habitude, il se dresse et accepte la lutte contre le sort, cherchant à s'éclairer davantage, s'enfonçant de plus en plus dans ses sombres recherches.

Remontant alors le cours de son existence entière, il y retrouve des incidents futiles qui lui apparaissent comme des faits significatifs et qui, groupés en faisceau, semblent lui démontrer qu'il est depuis longtemps l'objet d'une animosité cachée (délire rétrospectif, récurrent, métabolique).

Mais déjà les troubles sensoriels ont fait leur apparition, quand ils ne sont pas survenus dès le début. Tantôt, ce sont de fausses sensations olfactives ou gustatives ; tantôt des troubles divers de la sensibilité tactile ou génitale ; le plus souvent, ce sont de fausses sensations auditives : cris plaintifs, sons do cloches, détonations, voix confuses. Nous avons vu, au chapitre des hallucinations, que c'était le cas surtout pour une catégorie spéciale de malades qui sont conduits au déhre de persécution par leurs lésions auriculaires.

B. Période hallucinatoire, d'explication délirante ou d'état. — Cette période comprend : 1^ le délire de persécution ; 20 le délire mystique OU religieux ; 3^ le délire jaloux, le délire erotique et le délire politique.

a. Délire de persécution. — Etudié pour la première fois en 1852 par Ch. Lasègue, dont la description est restée magistrale, ce délire consiste essentiellement dans le développement et la systématisation progressive de la tendance du malade à tout rapporter à l'hostihté et au mauvais vouloir des hommes. Bien que sa marche soit loin d'être toujours absolument identique, voici comment les choses se passent dans la majorité des cas.

Tout d'abord, le délire est imprécis, indéterminé. Les sujets

r-Hiicis DE l'svcHiATRiE. 5= cdil • 26

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croient qu'on leur en veut, et voilà tout. Ils ne savent ni qui, ni pourquoi, ni comment, « On est leur terme habituel. » On m'en veut, on m'insulte, on me fait des misères, on m'électrise, on m'empoisonne, on me viole, on me jette de mauvaises odeurs, disent-ils. Puis, les uns plus rapidement, les autres plus lentement, ils choisissent dans leur vie passée, dans leurs occupations habituelles, dans leur mode d'existence, une particularité quelconque qui attire leur esprit sur tel groupe d'individus ou même sur un seul individu. Ceux-ci, suivant qu'ils ont été plus ou moins frappés, antérieurement, de l'idée de la police, de la franc-maçonnerie, des Jésuites, etc., attribuent ce qu'ils appellent leurs « misères » à la police, aux francs-maçons, aux Jésuites. D'autres, qui avaient déjà des ennemis, ou simplement des individus dont ils se défiaient, les érigent en auteurs responsables de ce qui leur arrive. Un complot se trame, dans lequel entrent les voisins, les concierges, les parents, les amis, souvent des inconnus ; quelquefois une ville entière est ameutée, et tout ce que voient et entendent les malades leur semble dirigé contre eux, ils l'interprètent dans le sens de leurs idées. Voilà le premier pas fait vers l'organisation du déhre. Quant à Texplication des procédés emplojés par les soi-disant ennemis pour agir, elle est presque toujours la même, au fond. Mis en face de phénomènes étranges et qui échappent pour lui à une interprétation naturelle, le persécuté cherche et trouve pour s'en rendre compte les solutions les plus curieuses. On a fait des trous dans le mur pour lui parler, lui adresser des injures, lui souffler des poudres brûlantes, de mauvaises odeurs, Télectriser ; on a installé dans les environs et jusque dans sa chambre des bobines, des piles électriques, des tuyaux acoustiques, des tétéphones, des phonographes, à l'aide desquels on l'insulte et on lui procure toutes sortes de sensations désagréables. On se sert même aujourd'hui des rayons X, des rayons N et de la télégraphie sans fil.

Pendant ce temps, les hallucinations se sont multipliées et ont fait des progrès ; si elles étaient restées jusque-là psychiques ou psycho-motrices, elles deviennent psycho-sensorielles. Les voix sont précises, franchement insultantes; elles sont entendues

non seulement la nuit, mais aussi le jour et sans interruption, quelquefois d'une seule oreille (hallucinations unilatérales), le plus souvent des deux; elles disent des mots grossiers, des épithètes injurieuses, des locutions d'argot, des phrases entières, dans lesquelles dominent les accusations, les injures et les menaces. Ces voix monologuent, dialoguent, tiennent conversation entre elles, le malade tantôt se bornant à les écouter, tantôt intervenant soit pour contester d'un mot leurs dires, soit pour leur répondre et les discuter, parfois bruyamment et avec animation. Très souvent à ce moment, parfois même, comme nous TaA'ons vu, dès le début, il se produit un phénomène hallucinatoire curieux, c'est Vécho de la pensée. Le malade entend sa pensée distinctement formulée en lui. au fur et à mesure qu'elle surgit, non plus à haute et distincte voix, mais sous forme de langage intérieur plus ou moins variable ; puis il croit que d'autres personnes l'entendent également, ce qui lui crée un supplice inimaginable, d'autant que les pensées qu'il désire le plus cacher sont précisément celles qui sont le mieux entendues. Il s'aperçoit qu'on devine sa pensée parce qu'on y répond sans qu'il l'ait articulée, parce qu'on lui parle des faits de sa vie passée qu'il est seul à connaître, etc., etc. Ce phénomène, si mystérieux pour lui, il l'explique encore par l'intervention de l'électricité, du téléphone, du phonographe ; quelquefois il en arrive à s'imaginer que cette voix qu'il entend en lui appartient à une autre personne, et c'est là le point de départ habituel, chez certains malades, d'un dédoublement de la personnalité

Dans certains cas, mais ordinairement beaucoup plus tard, les persécutés entendent des voix différentes dans chacune des deux oreilles (hallucinations dédoublées, Magnan). D'un côté, ce sont des choses pénibles, des injures et des menaces ; de l'autre ce sont des choses agréables, des encouragements et des conseils. Ces deux ordres d'hallucinations constituent pour eux, comme dit SE GLAS, Y attaque et la défense.

Ainsi que l'a justement fait observer Lasègue, les hallucinations de la vue sont très rares dans le délire de persécution. Le persécuté entend bien ses ennemis, il perçoit bien leurs voix, mais il ne les voit généralement pas. Ses fausses sensa-

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tions visuelles, lorsqu'il en éprouve, consistent surtout en apparitions hostiles, en figures grimaçantes, en écrits pleins de menaces, en changements à vue des personnes et des choses, qu'il accuse ses ennemis de lui avoir fait voir, par des moyens à eux. Mais il est exceptionnel que les hallucinations de la vue aient lieu d'une façon suivie, à moins qu'il ne se joigne à la maladie un autre état pathologique tel que V alcoolisme ou Vhystérie, ou qu'il ne s'agisse de vieillards (Lasègue, Ritti).

En revanche, le sens de Vodorat, le sens du goût, le sens du tact, la sensibilité interne ou cénesthésique jouent un grand rôle dans le déhre. Les malades sentent des odeurs de fumier, de soufre, d'ammoniaque ; ils ont dans la bouche un goût d'arsenic, de cuivre, de phosphore, d'où ils concluent qu'on cherche à empoisonner leur nourriture, ce qui les pousse parfois à la sîtiophobie, ou tout au moins à ne manger que de certaines substances ou de certains plats. Enfin ils éprouvent les sensations les plus extraordinaires. On leur provoque des secousses dans tout le corps, des crampes, des coups, des torsions, des brûlures ; on leur arrache l'estomac, le ventre ; on leur souffle des gaz dans l'intestin ; on leur introduit des corps étrangers dans les parties sexuelles, on les viole, on les sodomise, on les masturbe, on leur soutire le sperme, etc. (persécutés génitaux). Toutes ces sensations sont variables à l'infini, et les expressions par lesquelles les aliénés les traduisent aussi typiques qu'impossibles à reproduire.

Beaucoup cherchent à se protéger contre leurs hallucinations, notamment contre leurs hallucinations auditives et sexuelles. Les hallucinés de l'ouïe se bouchent les oreilles avec du coton, de la mie de pain, de la cire, de la terre glaise, du mastic ; les hallucinés génitaux, les femmes surtout, se protègent en serrant leurs jambes, en tamponnant leur vulve et leur vagin. Ce sont là les moyens de défense des persécutés, étudiés par nombre d'auteurs, notamment par Séglas, A. Marie, etc.

A ce moment, les malades commencent à agir en persécutés. Presque toujours, leur premier acte est une plainte. Ils s'adressent de vive voix, mais de préférence par écrit, à l'autorité publique pour faire cesser les persécutions dont ils sont

l'objet, surtout au commissaire de police, au Procureur de la République, quelquefois même au ministre de la justice ou au chef de l'Etat. Il en est qui fatiguent ainsi tous les magistrats, grands et petits, de leurs réclamations et les assaillent des dossiers les plus volumineux. En même temps, ils. changent fréquemment de domicile, s'expatrient même pour échapper à leurs persécuteurs et essayer de se soustraire à leur action (aUénés migrateurs de Fo ville). Mais ils ont beau se déplacer, se cacher, les persécutions les suivent partout.

Après avoir fait de vains efforts pour obtenir justice et avoir épuisé, pour ainsi dire, toutes les juridictions, les malades songent à se faire justice eux-mêmes. A ce moment, ils entrent dans une période nouvelle, dans la période de lutte active, changement que Lasègue a parfaitement défini en disant que de persécutés, ils devenaient persécuteurs.

Le plus grand danger que puisse courir un individu est d'être pris par un persécuté pour l'âme du complot qui l'entoure, pour le personnage contre lequel il doit se venger ; danger d'autant plus grand qu'il est ignoré, et que le malade, en pleine possession de ses moyens intellectuels, met au service de sa haine une astuce et une énergie extraordinaires.

Cette situation n'est pas sans analogie avec la légendaire vendetta corse, mais elle est pire encore. C'est, en effet, au moment où il s'y attend le moins et où il est parfaitement paisible et tranciuille, qu'un individu se trouve frappé tout à coup par un personnage qu'il ne connaît pas, souvent qu'il n'a jamais vu et à qui il n'a rien fait. Parfois même, le malade, sans avoir de persécuteur attitré, frappe au hasard le premier venu sous l'influence d'une hallucination de l'ouïe ou d'une impulsion morbide. On ne saurait trop le répéter : avec les épileptiques et peut-être plus encore que les épileptiques, les persécutés sont, de tous les aliénés, les plus dangereux. La plupart des crimes pathologiques commis au dehors, et presque tous ceux commis dans les asiles, le sont par des persécutés. Au reste, ce n'est pas seulement à V homicide qu'ils ont recours ; ils peuvent encore se livrer à V incendie, à Y empoisonnement et quelquefois, mais exceptionnellement, en dépit de l'opinion reçue, au suicide.

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Quels qu'ils soient, leurs actes morbides revêtent très souvent le caractère impulsif.

Pendant ce temps, le persécuté s'enfonce de plus en plus dans son délire qui, ayant pris définitivement corps, se systématise, se cristallise, comme on l'a dit, et à part quelques légères nuances, reste désormais invariable. S'il n'a pas encore créé quelques néologismes pour traduire ses conceptions, il y arrive à ce moment et en vient souvent à jeter dans ses phrases une quantité plus ou moins grande de mots bizarres, inconnus, par lesquels il exprime son délire ou désigne ses persécuteurs. Ce langage pathologique est le signe le plus évident de la chronicité du délire, et s'il restait encore quelques chances d'espoir, il faut dès lors les perdre complètement.

Le caractère des persécutés est habituellement mauvais. ILs sont défiants, ombrageux, froids et durs dans leur accueil, secs et menaçants dans leurs paroles ; ils répondent impoliment aux questions qu'on leur adresse et, souvent, se bornent à prononcer ces phrases absolument caractéristiques : « Je n'ai rien à vous dire ; vous le savez mieux que moi », qui paraissent trahir l'idée qu'ils ont qu'on communique avec eux d'une manière occulte et que leur pensée est entendue.

Au reste, la plupart des persécutés sont au plus haut point des réticents. Certains, il est vrai, se complaisent à exhaler leurs plaintes, à faire entendre leurs protestations soit verbalement, sur un ton généralement hautain et menaçant, soit graphiquement, sous forme d'écrits portant déjà les marques caractéristiques de l'état délirant et adressés à toutes les autorités. Mais le plus grand nombre se renferment en eux-mêmes et ne laissent rien percer au dehors de leurs hallucinations et de leur délire. Il faut alors une grande habitude et une certaine habileté de tactique pour venir à bout de leur défiance obstinée et pénétrer le mystère de leurs conceptions. Ils présentent au plus; haut point cette attitude générale, cette expression et cej regard caractéristiques, fixes, défiants, malveillants, provocateui*s, que nous avons décrits aux hallucinés de l'ouïe dans le second chapitre de'cet ouvrage (voir fig. 46). Très souvent, on les surprend en conversation muette ou même parlée avec

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leurs voix, souriant ou se fâchant de ce qu'elles disent, leur répondant, ou se livrant, sous leur influence, à quelque acte subit d'excentricité ou de violence, ou à quelque moyen de défense toujours le même (monologues, dialogues, mimique, stéréotypies des persécutés). C'est surtout en raison de la persistance de ces hallucinations et de l'obéissance passive dans laquelle ils vivent vis-à-vis d'elles, que les persécutés sont sujets à des impulsions subites, et qu'ils sont, par conséquent, essentiellement dangereux.

Au bout d'un temps plus ou moins long, de quelques semaines ou de quelques mois, plus souvent encore de plu sieurs années, le persécuté tend peu à peu à en arriver à ce qui doit être le couronnement de son état pathologique, c'est-à-dire à la transjormation de sa personnalité.

Cette transformation s'opère de deux façons différentes :

ou brusquement, sous l'influence d'une hallucination ou d'une sorte àHdée suggestive

qui révèlent tout à coup au malade son origine royale, son titre nobiliaire, son caractère de grand personnage, ou lentement, par le fait même de V évolution logique du délire, qui finit par faire croire au persécuté que, pour qu'on s'acharne ainsi contre lui, il faut qu'il soit quelque chose ou quelqu'un.

Ce mode de transformation par évolution logique du délire est cependant contesté par beaucoup aujourd'hui et on tend à le considérer comme moins fréquent, parmi ceux à voie lente, que les deux suivants.

L'apparition du déhre ambitieux, dans la fohe systématisée progressive, ne se fait pas, disent certains auteurs, par déduc-

Fig. 46.

Type de persécuté halluciné

(d'après Dagoxet).

464 PSYCHOSES SYSTEMATISEES

tion logique du délire de persécution. Elle a sa genèse propre, indépendante, et résulte de la germination d'idées surajoutées dans un cerveau débilité primitivement et consécutivement (Gharpemier, Taty et Toy). D'après cette opinion, ce seraient donc les persécutés peu intelligents qui deviendraient des ambitieux. Pour faire un mégalomane, dit humoristiquement Charpentier, il faut que le persécuté soit : l*^ un sot ; 2^ un fat ; 30 un orgueilleux ; 4» un insuffisant.

D'autres fois, et c'est là une origine qui, si elle n'est pas des plus fréquentes, est bien nette dans certains cas, le malade est conduit au délire de grandeur par la dissociation même de sa personnalité. Nous avons vu plus haut que souvent les persécutés entendaient deux sortes de voix distinctes : les voix d'attaque, le» voix de défense. Chez quelques-uns, tout ne se borne pa* là et il s'établit, à côté du système délirant de persécution, un système délirant de défense qui, comme le premier, peut se développer, posséder son organisation, ses hallucinations, ses stéréotypies. Le sujet est alors comme suspendu entre ce* deux forces opposées qui se le disputent : poursuivi ou tourmenté par les jésuites, les francs-maçons, par tel ou tel individu, il sera protégé, sauvegardé par l'Eglise, l'armée, les dames ou quelque personnage puissant. Le délire ambitieux résulterait, chez ces malades, du triomphe progressif de la défense sur l'attaque, du bien sur le mal. Ce mode spécial et curieux de transformation par voie de défense, chez les persécutés, a été mis plus particulièrement en lumière par Séglas, Car- PENTiER, Arnaud.

Quelle que soit, en somme, l'origine de la transformation, dans tous les cas le résultat est le même ; c'est une personnalité nouvelle qui se crée et dont l'intervention s'annonce par des idées ambitieuses qui commencent à se faire jour au milieu des idées de persécution, jusque-là tout à fait exclusives. A ce moment, le malade entre dans la troisième période de son affection.

b. Délire mystique ou religieux. — L'ne seconde forme délirante par laquelle se traduit, avons-nous dit, à la deuxième période, l'état du malade dans la folie systématisée progrès-

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sive, est le délire mystique. Au fond, cet état est le même, et les mêmes péripéties se déroulent ; l'explication seule a changé. Au lieu d'attribuer les sensations extraordinaires qu'il éprouve à une intervention humaine, l'aliéné les attribue à une intervention surnaturelle. Toute la différence est là.

Le délire systématisé religieux, en dehors des conditions étiologiques communes à tous les types de psychoses essentielles, frappe de préférence les individus plus portés par leur sexe, leur pays d'origine, leur naissance, leurs dispositions naturelles, leur éducation, leur ignorance, leur profession, à subir morbidement l'action des idées religieuses et superstitieuses. C'est dire qu'il est plus fréquent chez la femme et chez les rehgieux.

Le début de la maladie est plus rapide que celui du délire de persécution et c'est souvent d'emblée, sans tâtonnement et sans hésitation, que le sujet attribue les sensations anormales qu'il éprouve à une influence malfaisante, c'est-à-dire diabolique ou maléfique, car le persécuteur peut être, suivant le cas, le diable ou le sorcier. Vallon et Marie, dans leur intéressante étude sur les psychoses religieuses à évolution progressive, disent que, contrairement au mélancolique religieux qui est surtout atteint de démonopathie interne, c'est-à-dire de possession démoniaque intérieure, le persécuté religieux présente plutôt, lui, de la démonopathie externe, c'est-à-dire de la simple obsession diabolique extérieure. Je ne crois pas que cela soit exact, et j'ai observé, au contraire que, le plus souvent, le persécuté religieux localise de prime abord le mauvais esprit dans son corps, tantôt dans la poitrine, tantôt et surtout, dans une région quelconque de l'abdomen, telle que le creux épigastrique. Tout ce qu'il éprouve. là, normal ou pathologique, est rapporté à la présence du démon : il y sent des mouvements de reptation analogues au déplacement d'un serpent ; il y entend des bruits comme des cris d'animal ou des voix ; il y constate des gonflements, des tumeurs qui ne sont autre chose que l'habitat de l'ennemi.

Que cet ennemi soit au dehors ou au dedans de lui, d'ailleurs, il ne lui laisse aucun repos et le torture de mille façons : en lui

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faisant arriver toutes sortes de malheurs ou d'incidents fâcheux, en l'injuriant, en le poussant au mal contre sa volonté.

Le mode de persécution privilégié du démon, est, en effet, celui-là : il inspire de mauvaises pensées à sa victime, il cherche à la faire blasphémer, renier Dieu, commettre des péchés, principalement contre les mœurs. Les persécutés religieux sont tous, ou presque tous, en effet, des saint Antoine en état de tentation, ce sont tous ou presque tous des persécutés génitaux. Hommes, ils éprouvent des désirs lubriques, une envie irrésistible de se li\Ter à l'onanisme, au coït, à des actes sexuels anormaux ; ou bien ils ressentent, malgré eux, principalement la nuit, dans leur sommeil, le spasme voluptueux, comme si l'on agissait invisiblement sur leurs organes. Les femmes surtout présentent, dans ces conditions, un véritable délire de persécution génital : Satan abuse d'elle toutes les nuits ; elles le sentent matériellement ; elles vont parfois, comme les sorcières du moyen âge, jusqu'à donner sur ces rapports hallucinatoires les détails les plus circonstanciés.

Deux particularités assez importantes différencient le délire de persécution rehgieux du délire de persécution ordinaire.

La première, c'est que les hallucinations psycho-motrices y sont à peu près constantes et y jouent un rôle au moins aussi actif, sinon plus, que les hallucinations auditives. Si, en effet, le persécuteur surhumain, démon ou sorcier, peut se faire entendre par l'oreille, comme le persécuteur humain — et souvent alors, c'est par V oreille gauche (oreille sénestre) — il est bien plus fréquent qu'il parle dans le corps même du sujet. La façon dont il parle et l'endroit d'où sa voix émane sont variables. Tantôt il s'agit d'une pensée non articulée ; tantôt d'une parole, non perçue par l'oreille, ou arrivant, bien que d'origine intérieure, aux organes de l'audition ; tantôt elle est dans le creux de l'estomac, tantôt dans le cœur, la tête, la matrice, etc. Parfois enfin, elle parle par la bouche même du malade. En un mot, toutes les variétés et tous les degrés d'hallucinations psycho-motrices, simples ou combinées, décrites par Séglas, peuvent se retrouver ici.

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La seconde particularité plus spéciale au délire de persécution religieux, c'est l'existence relativement fréquente d'hallucinations de la vue, exceptionnelles, nous le savons, dans le délire type de persécution. Ces hallucinations de la vue sont naturellement en rapport avec le délire : le malade voit Satan, des diables, l'enfer, des animaux horribles ; il assiste à des scènes de sabbat ; parfois aussi, ce sont des tableaux voluptueux qui se déroulent à ses yeux pour l'exciter et le tenter.

Il va de soi que les hallucinations de l'odorat, du goût, de la sensibilité générale et même de la sensibilité motrice se mettent dans bien des cas de la partie et les odeurs de fumée, de soufre, de boue, d'urine de chat, le goût d'amertume, de chair pourrie, la sensation de piqûre, de brûlure, de coups de lance, de souffles de feu, d'enlèvement dans les airs, etc., etc., appartiennent, on peut le dire, au tableau symptomatique de la maladie.

Contre toutes ces sensations hallucinatoires pénibles, les malades emploient, comme les persécutés, toutes sortes de moyens de défense. Ils se livrent aux pratiques superstitieuses extravagantes usitées encore dans certains pays pour se délivrer des sorciers ; ils font des prières, des neuvaines, ils portent sur les différentes parties du corps habitées ou souillées par les démons, des emblèmes et objets religieux tels que chapelets, scapulaires, crucifix, qu'ils vont parfois jusqu'à avaler (Cul- LERRE) ; ils réclament avec insistance d'être exorcisés, de subir une opération libératrice et trop souvent, comme les persécutés, ils se vengent eux-mêmes sur ceux qu'ils croient avoir été vis-à-vis d'eux les suppôts de Satan.

Cette situation malheureuse dure plus ou moins longtemps. Mais, plus fréquemment et plus tôt que dans le délire de persécution, on voit intervenir la contre-partie, c'est-à-dire la défense qui, ici, est presque de règle.

Ce double délire antagoniste, si bien décrit chez les persécutés ordinaires par Séglas et Bezançox, Carpextier, Arnaud, est, en effet, chez les persécutés religieux, des plus caractéristiques. Il semble que la nature même de leurs persécutions et la personnaUté diabolique de leurs persécuteurs déterminent

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pour ainsi dire forcément une réaction défensive délirante ainsi que le choix des défenseurs.

Dès lors, à côté du système (Vattaque, se dresse progressivement un système de protection. Le malade est menacé, tenté, violenté par Satan ; il est soutenu, réconforté, dirigé par Dieu, la Vierge, le Saint-Esprit, tel ou tel saint. C'est sur son corps et dans son esprit une lutte perpétuelle de ces deux forces opposées.

La conséquence de ce dédoublement du délire en deux fractions contradictoires, c'est naturellement le dédoublement de Vindividu lui-même. D'habitude, en effet, une partie de son être appartient au mal : le démon est dans son ventre, il a jeté son dévolu sur son côté gauche, il lui parle d'une façon à lui, toujours la même, par voie psycho-sensorielle ou psycho-motrice : l'autre partie appartient au bien : Dieu, le Saint-Esprit, sont dans sa tête, dans son cœur, ils se manifestent à lui par des signes et un langage spéciaux, différents des autres. Toutes les combinaisons sont, on le comprend, possibles dans ce dédoublement.

Un de mes malades, dont j'ai pubhé le cas, et qui s'intitulait « frère pénitencier du Sacré-Cœur », était à la fois persécuté par le diable et défendu par le Saint-Esprit.

« Le Saint-Esprit, qui habite son corps, lui parle, lui dicte des ordres sous forme d'une voix intérieure sans son, siégeant dans le côté droit de sa poitrine (hallucination motrice verbale auditive). Il le fait également penser, parler mentalement ou tout haut (hallucination motrice verbale orale) comme aussi écrire machinalement, à son insu (hallucination motrice verbale graphique).

« Satan, de son côté, qui cherche à contrebalancer cette influence divine, mais qui reste au dehors de lui, l'éprouve par toutes sortes de moyens : de mauvaises odeurs, de mauva goûts, des piqûres, des coups, des excitations génitales, enfi des voix qui se font entendre sous forme de cris striden comme ceux des chauves -souris, dans l'oreille gauche (halluci nations psycho- sensorielles olfactives, gustatives, cutanées génitales, auditives). »

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Au bout d'un temps plus ou moins long, il arrive ce qui à peu près forcément devait être, c'est que la puissance divine l'emporte sur la puissance diabolique. Et ce triomphe de la divinité., qui est aussi le sien, conduit par étapes le malade au délire mystique ambitieux, à la théomanie. Assurément, Satan peut avoir le dessus dans ce conflit ; mais même dans ces cas beaucoup plus rares, l'aUéné n'en aboutit pas moins à la transformation mégalomaniaque de sa personnalité ; seulement, au lieu d'être pape, prophète. Christ, il est Satan, l'antipape, l'antéchrist, etc.

Ce délire, dont nous venons de tracer à grands traits les caractères, représente l'ancien délire de persécution, celui qui existait et sévissait, avec la fréquence et l'intensité que l'on connaît, au moyen âge. Aujourd'hui, il subsiste encore, surtout dans certains milieux, mais il a été remplacé en grande partie par le délire de persécution humain, électrique, téléphonique, scientifique en un mot, qui est, on peut le dire, le délire de persécution moderne. On saisit là l'influence des idées du temps sur la couleur du délire.

Magnan a bien fait ressortir, dans le tableau suivant, les caractères comparatifs du délire de persécution religieux ou ancien et du délire de persécution humain ou moderne.

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