COULEUR DU DELIRE SUIVANT L EDUCATION ET LE MILIEU SOCIAL
Délire du moyen âge. | Déhre moderne.
i° Période d'incubation; passe généralement inaperçue. (Inquiets.)
ÎL° Systématisation commençante, préoccupations pénibles . délire de persécution.
(Persécutés).
Démonopathes.
Possédés.
Ensorcelés.
Damnés.
Lycanthropes.
PRÉ0I6 PE PSYCHIATRIE, 5» édit. 27
Electrisés, magnétisés, hypnotisé:
Empoisonnés.
Mouchardés.
Volés.
Ruinés.
P^YCHO^E^ ^YSTEMATI^EE.S
3° Systématisation de plus en plus accentuée.
Délire des grandeurs stéréotypé.
(Ambitieux.)
Démonolâtres.
Théoinanes 'Dieu, Saint-Ksprit,
Christ. Vierge).
Antéchrist.
Jeanne d"Arc.
Prophètes.
Mégalonjanes (empereurs, rois, députés, présidents de république, millionnaires).
Réformateurs.
Inventeurs.
Nous devons noter ici que, depuis quelques années, de nombreux cas de délire de persécution consécutifs à des pratiques spirites ont été signalés et qu'ils ont donné lieu à des travaux déjà mentionnés au chapitre de Fétiologie générale (p. 27). Tout récemment encore, à la Société de psychiatrie, ces cas ont fait l'objet de discussions intéressantes.
Il semble donc que, actuellement, sous l'influence sans doute d'une recrudescence dans les croyances et les pratiques du spiritisme, il se produise une sorte de variété nouvelle de délire de persécution, la variété spirite.
Cette variété n'a d'ailleurs pas de caractères bien spéciaux^ lui appartenant en propre et elle présente les symptômes fondamentaux du délire de persécution classique, en particulier ceux du délire de persécution par possession, sorcellerie, hypnotisme, c'est-à-dire par toutes les influences mystérieuses considérées par les malades comme agissant malgré eux sur leurs pensées et sur leur volonté.
Signalons cependant, parmi les particularités plus spéciale au délire de persécution spirite, l'existence habituelle du tei rain dégénératif, la fréquence relative des rémissions, parfoij même de la guérison.enfin, suivant Joffroy, l'importance symj tomatique de l'interprétation délirante.
Telle est l'évolution du délire religieux. C'est ainsi qu' parvient à se systématiser, à se cristalliser, se traduisant par de> conceptions de plus en plus coordonnées et un langage pathologique entrecoupé de néologismes et d'expressions singulières. Souvent même le délire offre un mélange d'idées mystiques et
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de persécution, si bien que les malades sont à la fois mystiques et persécutés. C'est ce qui arrive chez certains qui, ayant des révélations divines, entretenant commerce avec Dieu ou la Vierge et se croyant chargés de soutenir la vraie foi, considèrent comme des ennemis et comme des suppôts de l'enfer acharnés à leur perte, les sorciers, les francs-maçons, les jésuites, les prêtres, leur famille ou telle et telle personne, vis-à-vis desquels ils se placent dès lors en persécuteurs.
Sans être positivement aussi dangereux que les persécutés purs, les mystiques se Hvrent très fréquemment, par le fait de leur délire ou de leurs hallucinations, à des actes barbares ou criminels. Tantôt ils vont de ville en ville, catéchisant, prêchant la bonne parole, menaçant des foudres célestes et de la colère divine, usant même de violence contre les ennemis et les détracteurs de la religion ; tantôt ils vantent les mortifications, les mutilations les plus épouvantables qu'ils accomplissent sur eux et poussent leurs fidèles à accomplir, fondant ainsi des sectes religieuses plus ou moins étendues (Skopzy, etc.) ; tantôt obéissant à leurs voix, ils frappent tel ou tel personnage en vue qui leur semble représenter le parti du démon ; enfin, ils en viennent fréquemment à renouveler le sacrifice d'Abraham et à immoler en holocauste leurs propres enfants.
C. Délire jaloux, délire erotique, délire politique. — Le délire de persécution et le délire religieux constituent les deux expressions les plus nettes de la psychose systématisée progressive à sa deuxième phase, phase d'état ou d'explication.
Les autres déhres sont moins fréquents et surtout moins autonomes. Ils s'associent d'habitude, en effet, aux deux types précédents dont ils paraissent être plutôt, par suite, de simples variétés.
Ainsi le délire erotique n'est souvent pas autre chose que la prédominance des idées et des hallucinations génitales dans un délire de persécution ou un délire religieux. Les sujets y sont plus particulièrement tourmentés par des attentats sexuels de la part des hommes ou du diable et leurs préoccupations sont surtout tournées de ce côté, voilà tout. Ce n'est que dans des cas exceptionnels que ces délires peuvent se présenter à l'état
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d'indépendance et d'isolement. Il est donc inutile d'en tracer ici une description spéciale.
De même le délire jaloux, bien étudié dans ces dernières années par Krafft-Ebing, Bombarda, mon élève Imbert, ViLLERS et Victor ParAnt fils, est le plus souvent un délire de dégénéré, d'hystérique, d'alcoolique, ou bien la traduction plus ou moins passagère du délire de persécution. Il est exceptionnel qu'il constitue à lui seul un délire systématisé essentiel, hallucinatoire et progressif.
Le plus souvent, lorsqu'il s'agit de psychose systématisée essentielle, le délire jaloux, favorisé par une prédisposition hystérique, alcooHque, des malformations ou de l'impuissance génitale, la ménopause, etc., ouvre la scène et constitue la première période de la maladie.
Le sujet épie jour et nuit sa femme, suspecte ses paroles, ses actes, sa correspondance, ses sorties, l'accuse de le tromper, de lui avoir donné des bâtards, de se moquer de lui, de chercher à le supprimer, lui fait des reproches, des scènes, des menaces, allant plus ou moins vite dans cette évolution suivant qu'il est ou qu'il n'est pas halluciné, qu'il tire ses déductions de ses raisonnements ou qu'il les emprunte en partie à ses fausses sensations. '■
Le déUre de jalousie ne reste pas longtemps à cet état de pureté et ne continue pas de progresser toujours dans le même sens. Fuerstner dit qu'il n'y a pas de pur délire systématisé de ce genre.
Le plus souvent, le délire de jalousie s'efface peu à peu, au bout de quelque temps, devant les idées de persécution qui envahissent l'esprit du malade. Ce sont d'abord les parents de sa femme qui se font ses compUces ; puis viennent des troubles sensoriels nouveaux servant à établir le déhre de persécution.
L'infidèle veut l'empoisonner ; elle se Hvre à ses ennemis qui s'allient avec elle ; finalement, les idées d'infidélité disparaissent et la persécution reste seule. Dans ces délires de persécution ayant débuté par du délire de jalousie, on ne retrouve pas la phase de persécution vague et générale qui fait le début de la forme commune du délire de Lasègue.
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Parfois la transition est plus brusque. A la suite d'un internement, par exemple, les idées de jalousie disparaissent assez vite et le malade est persécuté par le personnel de l'asile : ce fait contribue à prouver l'influence importante du milieu sur le délire.
En d'autres cas, il se produit une transformation curieuse de l'idée de jalousie. La femme, qui n'avait d'abord qu'un amant, devient la maîtresse d'une quantité de gens ou bien elle se livre à des personnes de plus en plus élevées, souvent le chef du malade, un contremaître ou un patron.
Contrairement à ce qui a lieu dans la période de délire exclusivement jaloux, dans les délires combinés, les hallucinations de l'ouïe sont très fréquentes ; elles ne sont cependant pas constantes, d'après Bombarda, Elles jouent dans le délire du malade un rôle moins prépondérant que dans le délire de persécution, accompagnées qu'elles sont d'hallucinations nombreuses du goût et surtout de l'odorat, de la sensibilité générale et enfin de troubles de la sensibilité génitale. Ceux-ci vont de l'impuissance relative ou absolue, dont le malade rend responsable sa femme, à une exaltation que la femme ne peut et ne veut pas souvent satisfaire. Chez les femmes, dit Krafft- Ebing, ils vont jusqu'à la sensation de pollution nocturne quand le mari a des rapports avec ses concubines invisibles.
Les hallucinations de la vue sont rares et peuvent être rapportées à des habitudes alcooliques avec lesquelles elles coexistent. Les illusions de la vue concourent cependant avec les autres troubles à la genèse des interprétations délirantes.
Moins rarement que les persécutés, les jaloux se suicident ; mais l'attentat qu'ils accomplissent le plus souvent est le meurtre soit de leur femme, soit de l'amant désigné.
Lorsque ces aliénés sont en liberté, il n'est pas rare qu'une excitation alcoolique passagère, exaspérant les troubles sensoriels, détermine l'impulsion homicide.
L'évolution du délire, qu'il soit pur ou combiné, se fait très lentement et l'affaiblissement intellectuel n'arrive qu'à la longue. Les néologismes, qui apparaissent souvent après quelques années chez les persécutés, n'existeraient pas chez les jaloux,
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d'après Bombarda. II est possible, cependant, de les rencontrer. La guérison est une terminaison rare du délire jaloux systématisé.
Le délire jaloux, chez la femme, semble plus fréquent. Souvent, il s'y développe sur un fond d'hystéricisme, avec ou sans crises, hallucinations de la vue, etc.
G. Période de transformation de la personnalité ou DE DÉCLIN (délire AMBITIEUX). — Persécutés, mystiqucs, erotiques, politiques ou jaloux, les délirants systématisés parviennent donc, par des voies en apparence différentes, à la troisième période de leur état pathologique qui consiste, avonsnous dit, dans la transformation de leur personnalité, et se traduit par un délire ambitieux caractéristique.
Cette terminaison des divers délires systématisés par le délire ambitieux a été maintes fois discutée et beaucoup la croient rare. D'autres, au contraire, la considèrent comme la règle dans les formes typiques. Taty et Toy l'ont relevée dans 78 p. 100 des cas de délire de persécution.
Il est difficile de se prononcer à ce égard, faute de pouvoir suivre toujours la psychose systématisée progressive, de son début jusqu'à la fin, c'est-à-dire pendant quelquefois de longues années. Je crois cependant que cette terminaison doit être très fréquente, sinon habituelle, non seulement parce que l'observation paraît le prouver, mais aussi parce que tout délire, quel qu'il soit, tend, par le fait de sa chronicité, à hypertrophierj la personnalité de l'aliéné et à l'orienter finalement vers le délire ambitieux. Quoi qu'il en soit, ce délire, chez nos malades, qui tout d'abord ne se compose que de quelques idées d'orgueil^ perdues au milieu des idées de persécution, ne tarde pas à st développer, à se condenser, en se mélangeant à ces dernièresj de façon qu'à un moment donné, le malade présente une coexistence manifeste de délire de persécution et de délire am-* bitieux. Mais bientôt, les conceptions orgueilleuses commencent à prédominer, elles refoulent et étouffent peu à peu les idées de persécution qui subissent dès lors une marche régressive et deviennent plus ou moins confuses ; si bien qu'il arrive
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un moment où le malade, comme on dit, de persécuté est devenu jnégalomane, moi heureux et qui exprime bien cet état nouveau, à condition toutefois qu'on n'attache aucune signification au terme " mane » puisqu'il ne s'agit en rien, ici, de manie.
Il faut noter cependant que, dans certains cas, des idées de persécution nouvelles se manifestent comme conséquence