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I II

Fig. 47 (d'après Dagonet».

I, perskulé dereau m3;^alomane. — II, mystique devenue mégalooiaue.

même du délire de grandeurs, les sujets étant cette fois poursuivis, menacés, internés, parce qu'on veut les dépouiller de leurs titres, de leurs richesses, de leurs droits, etc. Ces idées de persécution qui sont, du reste, peu actives et très au second plan, constituent ce que l'on appelle le délire de persécution en retour.

Pendant ce temps, les hallucinations persistent ; ce n'est que très longtemps après et au moment où la démence tend à appa-

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raître, qu'elles diminuent et s'affaiblissent progressivement.

Les malades continuent, pour la plupart, à être égoïstes, orgueilleux et méchants. Mais ils ont, à ce moment, quelque chose de véritablement caractéristique, c'est qu'ils se composent, à leur façon, l'habitus du personnage qu'ils croient être. Ce sont ces vieux aliénés qu'on voit dans les asiles vêtus de costumes si étranges, ornés de plumes, de lambeaux de drap de couleur voyante, de croix, de médailles, de chapelets, d'oripeaux de toutes sortes ; souvent même ils se font une tête spéciale et se composent une coupe de cheveux et une barbe caractéristiques. Rien n'est plus commun que d'en voir dont la tête et le visage rappellent, par exemple, la tête et le visage du Christ. Tous ces malades sont fiers, dignes, majestueux dans leur attitude et ils ne se départent pas un seul instant de leur sérieux et de leur solennité. On dirait des acteurs de tragédie chargés de quelque rôle royal, qui continueraient en public, et dans le costume de leur emploi, à jouer leur personnage.

Cette période de folie ambitieuse dure indéfiniment, jusqu'au jour, parfois très tardif, où survient la démence qui affaiblit et plonge peu à peu dans un néant confus toutes les conceptions vaniteuses de ces malades.

3° Marche, durée, terminaison. — La marche de la folie systématisée est essentiellement chronique avec ou sans rémissions et sa durée couvre la vie tout entière du malade, à partir du moment où elle se développe.

Beaucoup d'auteurs admettent cependant un délire systématisé aigu. Nous avons dit plus haut ce que nous pensions de ce délire.

La durée de chacune des périodes est éminemment variable suivant les sujets. Chez les uns, le stade hypocondriaque est très long ; chez d'autres, la mégalomanie survient presque au début du stade d'exphcation délirante, au point de paraître parfois primitive. Il peut arriver également que la première période, courte et peu saillante, passe inaperçue, ou bien que le malade s'éternise pour ainsi dire à la seconde période, dans

son délire mystique ou de persécution, et meure sans avoir subi la transformation terminale de sa personnalité. Au fond, ce ne sont là que des variétés individuelles à évolution en apparence anormale, mais dans laquelle on fmit toujours par retrouver, plus ou moins distinctement, la marche typique que nous avons décrite à la maladie.

Quant à la terminaison habituelle de la folie systématisée progressive, elle n'est autre que la démence. Mais la démence est très longue à venir le plus souvent, et les malades peuvent rester aliénés pendant quinze, vingt et trente ans, sans présenter un affaiblissement marqué de l'intelligence. Au reste, alors même qu'ils sont tombés dans la démence, ils conservent des traces évidentes de leur délire ainsi que des vestiges de leurs hallucinations, ce qui donne à leur démence un caractère particulier (démence ambitieuse).

La mort survient ordinairement par le fait d'une complication quelconque ou d'une maladie intercurrente, assez souvent sous l'influence d'une hémorragie cérébrale.

4^ Pronostic. — Il n'est pas nécessaire de faire ressortir combien est grave le pronostic de la folie systématisée chronique ou typique. Lorsqu'elle est réellement constituée, elle est à peu près constamment incurable. Ce n'est que dans les premières périodes, alors que le délire n'est pas encore stéréotypé, qu'on peut voir survenir une guérison ou, tout au moins, une amélioration temporaire.

50 Anatomie pathologique. — L'anatomie pathologique reste ordinairement muette. Tout au plus constate-t-on, à la mort des malades, une atrophie cérébrale plus ou moins marquée. Mais ce n'est là qu'une lésion terminale, explicable par le fait de la longue durée de la maladie et qui, d'ailleurs, ne lui est pas spéciale, puisqu'on la retrouve dans la plupart des folies restées longtemps à l'état chronique.

6° Diagnostic. — Le diagnostic de la folie systématkée, assez facile à établir lorsque l'affection a atteint sa période d'état, peut présenter, dans certains cas, des difficultés. Il peut

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arriver, par exemple, qu'en raison de la réticence des malades, de leur habileté à dissimuler leurs conceptions délirantes, et de l'absence chez eux de toute réaction pathologique générale, on les prenne pour des individus sains d'esprit. Cette erreur est assez fréquemment commise par le public, qui se fait de la folie une tout autre idée. Pour l'éviter, il faut avoir soin surtout de procéder avec toute l'habileté et toute la circonspection désirables à l'interrogatoire de ces sujets.

Aux premiers temps de la folie systématisée, alors qu'elle se résume encore en hallucinations et en idées vagues d'hypocondrie et de persécution, on peut la prendre pour un accès de mélancolie délirante. Nous avons assez insisté déjà sur les différences qui séparent la folie essentielle de la folie généralisée, et notamment de la mélancolie avec idées de persécution, pour n'avoir pas besoin d'y revenir. Il faut se rappeler principalement que les mélancoliques sont des contrits et les persécutés des révoltés. De même, on ne confondra pas le délire ambitieux qui termine la folie systématisée avec celui qui peut exister dans Vexcitation maniaque. Outre que le premier ne s'acconipagne d'aucun des symptômes généraux qui caractérisent la manie, et que, de plus, il est coordonné et systématisé, on sait encore qu'il n'est pas primitif et qu'il s'accompagne habituellement d'hallucinations, ce qui n'a pas lieu dans le délire ambitieux de l'excitation maniaque. A plus forte raison, ne confondra-t-on pas la mégalomanie de la folie systématisée avec celle de la paralysie générale. En dehors des antécédents, des caractères et de l'évolution du délire, si différents dans les deux cas, l'existence ou l'absence des signes physiques de la démence paralytique suffiraient à lever tous les doutes.

Il est des cas au début de la folie systématisée où les malades, sous l'influence des premiers troubles qu'ils éprouvent, se] mettent à boire, en sorte qu'un délire alcoolique plus ou moins, aigu peut venir voiler ou tout au moins modifier les conceptions déUrantes qui forment le fond de l'affection. Ces malades sont] communément pris pour de simples alcooliques et on est fort surpris, lorsque le délire toxique disparaît, de le voir démas-j quer un délire de persécution qui dès lors progresse et suit ses!

étapes successives. Aussi faut-il toujours réserver le pronostic et se défier dans les cas où un délire alcoolique s'accompagne d'idées de persécution marquées et surtout d'hallucinations de l'ouïe prédominantes (Voy. p. 583).

Nous indiquerons plus loin, en parlant des psychoses des dégénérés, notamment du délire à base d'interprétation, les principaux éléments du diagnostic différentiel des diverses formes de délires systématisés les unes avec les autres.

7'^ Traitement. — Le traitement de la fohe systématisée ne peut guère être que palliatif. Il se borne à V isolement, qui s'impose dans presque tous les cas, en raison du caractère essentiellement dangereux que présente la maladie. Le traitement moral est nul ou presque nul dans cette forme mentale. Il faut se borner à traiter les complications, et surtout à surveiller de près les malades pour les empêcher, dans la mesure du possible, de commettre les actes dangereux auxquels ils sont si souvent enclins.

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