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CHAPITRE PREMIER

(dégénérescences)

Les infirmités d'évolution ou dégénérescences, dont l'idée scientifique, née avec Morel, a progressivement évolué depuis, comme vient de l'établir remarquablement Gen'il-Perrin (Th. P. 1913), diffèrent des psychoses en ce qu'elles affectent la mentalité du sujet dans sa constitution même et non plus seulement dans son mode d'activité. Elles représentent les anomalies de l'organe, les psychoses étant en quelque sorte les maladies de la fonction.

Les infirmités d'évolution ou dégénérescences ne sont donc pas simplement des accidents de la vie psychique, mais de véritables tares originelles, pesant le plus souvent sur la race tout entière, c'est-à-dire plutôt familiales qu'individuelles. Elles se traduisent, aussi bien dans l'ordre physique que dans l'ordre psychique, par ces déviations embryogéniques ou malformations que nous avons étudiées, au chapitre de la symptomatologie générale, sous le nom de stigmates de dégénérescence.

DESEQUILIBUATIÛNS 481

Ces malformations ou stigmates, essentiellement indélébiles, peuvent s'accompagner de troubles névropathiques ou psychopathiques variés et plus ou moins durables (syndromes épisodiques, névroses et psychoses des dégénérés).

Blin, dans une revue critique, divise l'ensemble des états dégénératifs ou débilités mentales en cinq classes, savoir : 1° la dégénérescence mentale proprement dite (dégénérés supérieurs de Magnan; ; 2^ la débilité mentale proprement dite ; 30 l'imbécillité ; 4» l'idiotie profonde ; 5° l'idiotie complète. Nous croyons suffisant de les répartir en trois genres ou degrés progressifs :

1° Les déséquilibrations (dégénérés supérieurs, dégénérescents) comprenant la désharmonie, l'originalité, l'excentricité ;

2^ Les dégénérescences proprement dites (dégénérés moyens, dégénérés) comprenant les dégénérescences simples et les dégénérescences avec psychoses ou psychoses des dégénérés ;

3^ Les monstruosités (dégénérés inférieurs) comprenant l'imbécillité et Fidiotie.

Ce classement est assez analogue, on le voit, à la nomenclature médico-pédagogique que nous avons adoptée, à Bordeaux, pour les anormaux psychiques, catégorisés ainsi : 1° anormaux no7i arriérés ; 2° anormaux arriérés ; a) légers, b) moyens, c) profonds.

Examinons successivement chacune des divisions du classement ci-dessas.

ARTICLE PREMIER

DÉSÉQUILllJUATlONS

DÉGÉNÉRÉS SETPÉRIEUKS, DÉGÉXÉRESCENTS

Les déséquilibrations forment pour ainsi dire la transition entre l'état normal et l'état pathologique. Ce sont de véritables frontières où vivent des individus intelligents, parfois même brillants, mais incomplets et porteurs d'une tare qui se traduit par un défaut d'harmonie et de pondération entre les diverses facultés et les divers penchants.

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1^ Principaux types. — On peut y distinguer comme types : 1° les désharmoniques ; 2° les originaux et excentriques.

a. Désharmoniques. — Les désharmoniques sont des anormaux caractérisés par un assemblage inégal de lacunes et d'excès dans les éléments psychiques.

Dès l'enfance, ils se font remarquer par leur précocité, leur aptitude à tout saisir et à tout comprendre, en même temps que par leurs caprices, leur entêtement, leurs instincts cruels, leurs accès de colère violents et convulsifs. Au moment de la puberté, ils présentent souvent des migraines, des névralgies, des troubles névropathiques divers, en même temps que des crises passagères d'excitation ou de dépression avec exagération de certaines tendances psychiques ou passionnelles (mysticisme, onanisme, aspirations sexuelles vagues.désirs de voyages, recherche d'actions d'éclat, etc.).

Devenus hommes, ce sont des êtres complexes, hétérogènes, formés d'éléments disproportionnés, de qualités et de défauts contradictoires, aussi bien doués par certains côtés qu'ils sont insuffisants par d'autres. Dans l'ordre intellectuel, ils possèdent quelquefois à un très haut degré les facultés d'imagination, d'invention et d'expression, c'est-à-dire les dons de la parole, des arts, de la poésie (Vigen, Th. B., 1904, Régis, E., 1906, Antheaume et Dromard, vol., 1908, Voivenel, vol., 1908. Rémoxd et Voivenel, vol., 1911). Ce qui leur manque d'une façon plus ou moins complète, c'est le jugement (aphroniques de Bérillon), la rectitude d'esprit, et surtout la continuité, la logique, Funité de direction dans les productions intellectuelles et les actes de la vie. Il en résulte qu'en dépit de leurs qualités souvent supérieures, ces individus sont incapables de se conduire d'une façon raisonnable, de poursuivre régulièrement l'exercice d'une profession qui semble bien au-dessous de leurs capacités, de surveiller leurs intérêts et ceux de leur famille, de faire prospérer leurs affaires, de diriger l'éducation de leurs enfants : si bien que leur existence, sans cesse recommencée, n'est pour ainsi dire qu'une longue contradiction entre l'apparente richesse des moyens et la pauvreté des résultats. Ce sont des utopistes, des théoriciens,

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des rêveurs, qui s'éprennent des plus belles choses et ne font rien.

Le public, qui ne voit d'eux que les dehors brillants, les apprécie et les admire souvent comme des artistes, comme des hommes supérieurs. Mais la médaille change de face pour ceux qui les suivent de près et qui partagent leur existence ; ceux-là voient les défectuosités, les incapacités, les mauvais penchants : ils en sont non seulement les témoins, mais les victimes.

Car, en dehors de leur impondération mentale, les déséquilibrés offrent encore soit un excès de sensibilité émotive, soit au contraire un manque absolu de sensibiUté ; de la diminution ou de l'absence de sentiments affectifs ; de la perversion ou du défaut de sens moral ; de l'aboulie avec prédominance visible de la spontanéité sur la réflexion et la volition. D'où leur mobilité, leur instabilité, leur irrésolution, leurs alternatives d'apathie et d'activité, d'excitation et de torpeur, leurs accès d'emportements violents comme leurs crises de désespoir pour les motifs les plus futiles et les plus légers.

Dans certains cas enfin, on peut déjà constater chez eux 1 existence de quelques-uas des stigmates physiques qui caractérisent l'état de dégénérescence.

b. Originaux, excentriques. — A un degré plus marqué, la déséquilibrationse traduit, outre la désharmonie que nous avons signalée, par certaines particularités morbides, désignées sous le nom de bizarreries ou d'excentricités. Ce sont des anomalies isolées, des manies, comme les appelle le pubUc, qui portent soit dans une habitude extérieure, dans la façon de se vêtir, de se coiffer, de marcher, d'écrire, de parler, soit dans un geste bizarre, une locution, un tic, une grimace. Souvent aussi loriginalité se révèle par une tendance impérieuse, obsédante, qui pousse le sujet dans une direction intellectuelle ou morale déterminée à l'exclusion de toute occupation pratique et utile : par exemple à s'entourer d'oiseaux, de fleurs, de chats, à collectionner des objets insignifiants, en particulier des objets de toilette tels que cravates, chapeaux, chaussures, robes de chambre de toute couleur et de toute forme, à s'absorber dans des recher-

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ches, des calculs, des inventions ridicules. Ou bien, ce sont des émotivités singulières, des appréhensions ou des attractions invincibles pour tel ou tel animal ou tel ou tel objet. La prodigalité excessive, l'avarice sordide, l'exaltation religieuse et politiqu , l'érotisme, sous ses modalités, ses perversions, ses rites mystiques les plus bizarres, le mensonge spontané, l'esprit d'intrigue et de duplicité, la passion du jeu et de la boisson, l'hypocondrie et la misanthropie sont encore des tendances qui se retrouvent fréquemment chez ces individus, que le public désigne vulgairement sous le nom d'excentriques, de maniaques, de toqués.

2^. Accidents nerveux et psychiques des déséquilibrés. — Désharmoniques, originaux, excentriques, les déséquilibrés sont sujets à des accidents nerveux et psychiques de toute sorte, en particulier à des manifestations neurasthéniques et hystériques, ainsi qu'à des obsessions et des impulsions. La neurasthénie, constitutionnelle, revêt le plus souvent chez eux la forme dite cérébrasthénie ou psychasthénie (Raymond et Pierre Janet). L'hystérie y est également surtout psychique. Quant aux obsessions et aux impulsions, très variées d'aspect, elles s'associent à l'état névropathique de façon à constituer des accidents en quelque sorte mixtes, c'est-à-dire psychonévropathiques.

3'^ Résumé. — En résumé, les déséquihbrés sont des dégénérés au premier degré, des dégénérés supérieurs ou plus exactement des dé génères cents, chez lesquels la tare constitutionnelle ne se traduit pas encore par des malformations, des arrêts de développement graves de l'organisme, mais s'annonce déjà psychiquement par des indices caractéristiques se résumant surtout en développement inégal, aberrant et plein de contrastes entre les diverses facultés et les divers penchants, hypertrophies et lacunes intellectuelles et morales, instabilité, excitabilité, obsessivité, impulsivité.

Il est à peine besoin de dire que les déséquihbrés étant, en somme, de simples anormaux, vivent au dehors de la vie de

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