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DÉMENCE ALCOOLIQUE

Lorsque l'alcoolisme chronique a duré un certain temps, il détermine à la longue une déchéance progressive de l'individu, tant au point de vue psychique qu'au point de vue physique.

Dans la sphère physique, le tremblement, ki dyspnée, l'aphonie, les convulsions épileptiformes, l'empâtement de la langue, l'affaiblissement musculaire, l'anesthésie et l'hyperesthésie, les troubles oculo-pupillaires, la dégénérescence graisseuse, la perte de l'appétit, les vomissements bilieux, les troubles

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circulatoires, la congestion du foie, etc., etc., sont les plus importants de tous les symptômes.

Quant à V affaiblissement psychique, il survient lentement et se manifeste comme tous les états de démence parla diminution progressive de la mémoire, des facultés, ainsi que par l'indifférence et la perte des sentiments et des affections. A cette démence se joignent le plus souvent des idées vagues et confuses de persécution, de jalousie, d'hypocondrie, de l'insomnie, des rêves hallucinatoires, professionnels ou zoopsiques, revenant par intermittences, de l'irritabilité, de la violence, des tendances impulsives diverses, en particulier des vols, des actes obscènes, immoraux, des outrages et des attentats à la pudeur, marqués au coin de la diminution et de la perversion du sens moral.

De dégradation en dégradation, les malades en arrivent à la démence artério-scléreuse, à Vétat gâteux et finissent dans le marasme, emportés le plus souvent par une attaque apoplectique. Dans certains cas, ils rappellent de plus ou moins près l'aspect de la démence paralytique, au point que le diagnostic est rendu parfois difficile. Le tremblement, les hallucinations, le caractère de l'embarras de la parole, enfin la coexistence de tous les autres signes de la cachexie alcoolique, permettent cependant, en général, de différencier ces deux états de démence. Nous dirons un mot d'ailleurs, au chapitre de la paralysie générale, de son diagnostic avec la pseudo-paralysie générale alcooUque (voir p. 902).

A l'autopsie on constate les lésions, de l'alcoolisme que nous avons signalées à propos de la psychose aiguë, auxquelles vient se joindre parfois une atrophie plus ou moins marquée du cerveau.

ARTICLE II

SATURNISME

Le saturnisme est le résultat de l'empoisonnement par le plomb, comme l'alcoolisme est le résultat de l'empoisonnement

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par l'alcool. Mais tandis que les troubles psychiques liés à l'alcoolisme ont été l'objet de nombreux et intéressants travaux, on s'est fort peu occupé de la psychose saturnine, probablement parce qu'elle est plus rare et qu'on a, par suite, moins souvent l'occasion de l'observer. En dehors en effet des rapports du saturnisme et de la paralysie générale, dont l'étude a été abordée par certains auteurs et que nous mentionnerons en parlant de cette dernière maladie, on en est encore, relativement aux psychoses causées par le plomb, et si l'on en excepte quelques rares travaux, comme ceux de Quenzel (N. C, 1899) et Robert Jones (B. M. J., 1900), aux vagues indications laissées par Tanquerel des Planches et Grisolle.

Or, conformément à ce principe nosologique que nous nous sommes efforcé d'établir, que toutes les intoxications et infections se traduisent par des manifestations cliniques identiques, la psychose saturnine ressemble exactement à la psychose alcoohque. C'est à ce point, ainsi que je l'ai déjà signalé en 1879, que des erreurs sont souvent commises et que le délire saturnin est considéré dans nombre de cas comme un délire alcoolique.

Ceci nous dispense d'entrer dans de longs détails au sujet des troubles psychiques liés au saturnisme, qui se prêtent à la même division et à la même description que les troubles psychiques liés à l'alcoolisme.

Il existe donc : 1° une psychose saturnine, avec ses variétés subaiguë, aiguë et suraiguë ; 2<* une démence saturnine. A la rigueur même, on pourrait admettre une forme plus légère encore, Vivresse du plomb, plus ou moins analogue à l'ivresse alcoolique.

I l— PSYCHOSE SATURNINE

10 Psychose subaiguë. — L'accès subaigu, dans le saturnisme, est plus rare que l'accès aigu, contrairement à ce qui a lieu dans l'alcoolisme. Il a exactement les mêmes caractères que l'accès subaigu alcoolique, y compris le tremblement généralisé. La seule différence consiste dans la coexistence

0^^t. PSYCHOPATHIES DES EXO-INTOXIGATIONS

des stigmates habituels de Fintoxication saturnine, et notamment du liséré de Birtox, qui permettent d'établir le diagnostic. Encore ce diagnostic est-il rendu des plus difficiles lorsque le malade, ce qui arrive assez fréquemment, est à la fois imprégné de plomb et d'alcool.

2^' Psychose aiguë. — La psychose saturnine aiguë se manifeste à peu près constamment sous la forme agitée. Le plus souvent elle s'annonce par des prodromes tels que céphalalgie, tristesse, somnolence, accélération du pouls, vertiges, tremblement, et, dans certains cas, albuminurie. D'autres fois, le début de l'accès est brusque. Comme l'accès alcoolique, il peut survenir soit à la suite d'une intoxication rapide, soit consécutivement à la suppression du poison habituel, quelquefois enfin sous l'influence d'un traumatisme physique ou moral.

Quoi qu'il en soit, le premier symptôme est le trouble du sommeil, qui devient agité, rempli de rêves. Peu à peu ï excitation apparaît, s'accroît, le déhre survient accompagné d'illusions et d' hallucinations de la vue plus ou moins terrifiantes un tremblement des plus considérables se manifeste; le malad est rouge, vultueux, animé ; il pousse des cris, se porte à deviolences, profère des obscénités : en un mot, il offre d'une façon absolue le tableau de l'alcooUque atteint de psychose aiguë.

La durée de cet accès est habituellement courte, et ne s'étend guère au delà d'une ou deux semaines ; la guérison est la terminaison la plus fréquente, et elle se manifeste par le retour du sommeil et la disparition progressive des symptôme.-. Parfois, cependant, le malade peut mourir subitement pendant sa crise.

3' Psychose suraiguë. — La psychose suraiguë, dans l'intoxication saturnine, est un peu plus rare, et, lorsqu'elle existe, elle se présente presque toujours sous forme de stupeur. Gett ■ forme est grave, et lorsqu'elle n'entraîne pas la mort, elle laiss constamment après elle une obtusion de l'intelligence qui peu: persister plus ou moins longtemps.

Les lésions trouvées à l'autopsie ne rendent généralement

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pas compte des symptômes observés. Il est rare qu'on trouve, surtout dans l'intoxication aiguë, des traces de plomb dans le cerveau. En revanche, on le décèle aisément dans les leucocytes, qui jouent un rôle très actif dans son absorption (J. Garles, s. m. B., 1909).

|2 — DÉMENCE SATURNINE

De même que l'empoisonnement alcoolique longtemps prolongé peut amener, à la longue, une déchéance physique et morale progressive, de même l'empoisonnement lent par le plomb peut amener une dégradation analogue, traversée ou non, comme dans l'alcoolisme, par des épisodes délirants ou convulsifs plus ou moins aigus. Il est à remarquer que, dans le saturnisme chronique, la démence est précoce et plus profonde, la cachexie plus marquée, les paralysies locales et les convulsions épileptiques ou éclamptiques plus fréquentes, le marasme et l'état gâteux plus rapides, et qu'au bout d'un temps plus ou moins long, les malades meurent soit par les progrès de la cachexie physique, soit plutôt emportés par une attaque convulsive. La pseudo-paralysie générale saturnine est relativement fréquente.

Il est habituel, dans cette forme, de rencontrer des altérations plus évidentes, telles que ramollissement du cerveau, atrophie cérébrale, présence du plomb dans les centres nerveux, etc.

ARTICLE III

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