MORPHINISME
actes indélicats, quelquefois même des actes délictueux ou criminels.
Enfin leurs instincts peuvent être dépravés et ils se li\Tent assez fréquemment à toutes sortes d'excès, et même à une débauche véritablement pathologique. Le sommeil est canstamment troublé et dans certains cas presque nul ; tout au plus se produit-il alors daas la journée une tendance à la somnolence, mais n'aboutissant pas au repos. Lorsque tous ces troubles acquièrent une certaine intensité, il s'y joint d'habitude des accidents plus graves, tels que terreurs paniques, halluci^iations de la vue surtout, mais qui peuvent affecter également l'odorat et le goût. Quelquefois il survient un véritable état de dépression neurasthénique ou mélancolique avec idées de persécution, tendance au suicide, etc. Le délire hallucinatoire aigu est plus rare ; cependant on peut l'observer dans certains cas.
Enfin l'abus prolongé de la morphine peut déterminer, à la longue, un état de démence cachectique plus ou moins analogue aux autres démences toxiques et qui, comme celles-ci, présente parfois l'aspect de la démence paralytique.
A ces désordres vient se joindre le cortège habituel des sv-mptômes physiques de l'empoisonnement, tels qu'anesthésie ou hyperesthésie, diminution des réflexes, augmentation de l'appétit, constipation opiniâtre avec ténesme et épreintes, dysurie, impuissance, intermittence du pouls, dyspnée, raucité de la voix, induration de la peau, tendance aux accidents locaux au niveau des piqûres, enfin aspect vieilli et ridé de la face.
b. Effets de V abstinence. — Ces effets se produisent chez les morphinomanes qui, soit volontairement, soit involontairement, se trouvent plus ou moins brusquement privés de leur stimulant habituel. Parmi ces effets de l'abstinence, les uns sont identiques et les autres opposés à ceux qui résultent de l'abus. Du côté de V intelligence, on voit disparaître Y euphorie qui est remplacée par V irritabilité, les inégalités de caractère et d'humeur, la tendance à tout critiquer et à tout voir en mal. Il s'y joint une sensiblerie plus ou moins grande, de l'incapacité de travail, de la faiblesse intellectuelle, de la somnolence, de Vaffaissement de la volonté. Parfois les malades tombent dans
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la torpeur et l'inertie, ils ne bougent pas de leur lit ; d'autres fois au contraire ils sont dans une agitation extrême, ils vont et viennent, ne peuvent rester en place, poussent des cris et des gémissements, pleurent et se lamentent à tout propos. Souvent il existe aussi des hallucinations de la vue, de l'odorat et du goût. U insomnie est en général complète. Dans certains cas il se déclare un véritable accès aigu, surtout à forme agitée et violente, et même un véritable délire tremblant.
Les troubles physiques concomitants dans la sphère d? la sensibilité, de la motilité et des fonctions organiques sont bien plus marqués que dans l'abus et ils peuvent aboutir à un état très grave, comme le collapsus, susceptible d'entraîner la mort. On sait que le retour aux injections de morphine, dans ce cas, fait souvent disparaître comme par enchantement les accidents, pour si graves qu'ils paraissent.
3'^ Diagnostic. — Le diagnostic consiste essentiellement à constater la morphinomanie, souvent très dissimulée par les malades. En dehors des symptômes habituels du morphinisme, l'aspect de la peau avec ses traces de piqûre, et l'examen des urines qui renferment l'alcaloïde même plusieurs jours après l'abstinence, suffisent à lever tous les doutes.
4'' Pronostic. — Le pronostic est grave, car il n'est pas de passion plus tyrannique que celle de la morphine, et à moins qu'on ne soit parvenu à la vaincre, ou tout au moins à l'atténuer, par une diminution progressive de la dose de l'alcaloïde, les malades finissent le plus souvent par la phtisie ou dans le marasme.
5'" Traitement. — Le traitement consiste soit dans la suppression graduelle du poison, soit dans sa suppression brusque, \)\\is dangereuse et susceptible de déterminer les accidents graves de l'abstinence. Une troisième méthode, intermédiaire, dite méthode d'Erlenmeyer, consiste à supprimer brusquement h ration de luxe, et à diminuer graduellement la dose d'entretien jusqu'à suppression totale. L'isolement dans une maison d3 santé est le plus souvent nécessaire et la plupart des auteurs
ÉTHÉRISME, CHLÛRALISME, COCAINISME, ETC. 591
n'hésitent pas à en faire la base essentielle du traitement. C'est à peu près le seul moyen en effet — et encore est-il parfois insufTisant — d'empêcher le morphinoniane de tromper et de se procurer, par des ruses habilement ourdies, son excitant habituel. Pour éviter l'internement dans les asiles d'aliénés, on a fondé à l'étranger d'abord, puis en France, des établissements spéciaux dont la méthode consiste dans la privation progressive ou brusque du poison, sauf intervention immédiate, mais sans morphine, s'il survient des accidents sérieux.
ARTICLE IV
ÉTHÉRISMI', CHLORALISME, COCAIMSME 0XY-CARI30MS-ME
L'alcool, le plomb, la morphine nesont pas les seules substances capables de déterminer des troubles psychiques. 11 en est un très grand nombre d'autres qui ont sur l'organisme des effets plus ou moins identiques, La description de toutes ces psychopathies toxiques est inutile ici pour toutes les raisons déjà données. Nous nous contenterons donc de résumer très brièvement, à la fin de ce chapitre, les principaux caractères de certaines d'entre elles, susceptibles d'être observées dans la pratique courante.
1'^ Éthérisme. — Cette intoxication est comparable à celle de la morphine, avec moins de fréquence et aussi moins de gravité. La passion pour l'éther, Véthéromanie, ne s'accompagne pas au même degré de l'entraînement irrésistible vers le stimulant. De même l'état de privation diffère considérablement de l'état de besoin du morphinomane et ne provoque pas les mêmes accidents sérieux.
Le chloroformisme chronique, dû à une sorte de dipsomanie' chloroformique, bien qu'il existe, est relativement plus rare que l'éthérisme. Le chloroformisme aigu, en revanche, est fréquent, surtout dans la chloroformisation chirurgicale, qui donne lieu
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alors à un délire hallucinatoire confus dont nous aurons à reparler à l'article consacré aux psychoses post-opératoires et qui a été étudié, entre autres, par Savage et Scheuerer.
2^ Chloralisme. — Le chloralisme se caractérise, comme le morphinisme, par une tendance irrésistible à l'absorption de doses progressivement croissantes de la substance toxique et par un véritable état de besoin provoqué par l'abstinence de cette substance, mais sans phénomènes aussi graves. Les accidents physiques paraissent consister surtout en troubles gastro-intestinaux. Les accidents psycho-sensoriels sont rares ; il s'agit d'habitude d'un affaiblissement mental.
Antheaume et Parrot ont décrit récemment un delirium tremens chlorahque avec cure par désintoxication rapide, mais non brusque.
3'^ Cocaïaisme. — Il existe des troubles cérébraux engendrés par la cocaïne. Dans la plupart des cas observés, l'intoxication était à la fois morphinique et cocaïnique, ce qui compliquait la distinction des symptômes. Cependant, les effets spéciaux de la cocaïne ont pu être déterminés chez des malades exempts d'alcoolisme et de morphinisme. D'après Magnan et Saury, le signe prédominant réside dans l'existence d'impressions cutanées particulières (sensation de vers, de microbes, de vermine autour du corps, sur la peau ou dans les plaies des piqûres) ; viennent ensuite les hallucinations de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et enfin le délire, habituellement composé d'idées hypocondriaques et de persécution. Il s'y joint parfois des troubles oculaires (diplopie, amblyopie, dyschromatopsie) et, même à la suite de doses faibles de cocaïne, comme dans les cas de Calmers Da Costa, de l'état tétaniforme, du collapsus, des convulsions hystéro-épileptiformes et de l'agitation violente.
La cocaïne peut être considérée comme l'agent d'une intoxiition grave qui exerce sur l'économie des ravages aussi rapides que profonds. C'est un médicament dangereux, surtout sous la forme d'injections hypodermiques répétées.
PELLAGRE u93
Une. sorte à.'' épidémie de cocaïiiomanie nasale, sévissant surtout dans certains quartiers de Paris, vient d'être signalée par Briand et ViNCHOx, Beaussart, etc. (S. C. M., 1912).
4-^ Oxy-carbonisme. — Les vapeurs d'oxyde de carbone peuvent produire une intoxication soit chronique et professionnelle, comme chez les repasseuses, soit aiguë et accidentelle-, comme dans l'empoisonnement par les poêles mobiles.
Le symptôme psychique qui domine est Vamnésie, habituellement rétrograde et remontant plus ou moins au delà de l'empoisonnement, souvent aussi antérograde ou de fixation. Cette amnésie se rattache à un état de confusion mentale qui peut s'accompagner de stupeur, d'hallucinations, de vertiges, d'oppression, de syncope, etc. Il existe également, dans l'oxycarbonisme chronique, un état marqué d'^ asthénie (Rogues DE FuRSAC, c. M. 1, 1913).
Si les accidents ne sont pas trop anciens, la soustraction à l'action du gaz délétère fait disparaître tous les symptômes. Dans le cas contraire, la démence est rapide et incurable.
Les troubles psychiques de l'oxycarbonisme seraient dus d'après les auteurs, en particuHer d'après Le Dosseur, non seulement à l'anoxhémie par surcharge oxycarbonée des globules, mais aussi à une action spécifique directe sur la cellule nerveuse.
Le traitement doit consister surtout en hygiène, toniques, reconstituants. Dans la période aiguë, bromures alcalins, bromhydrate de quinine, bains tièdes prolongés, allusions vertébrales.
ARTICLE V