AUTO-IXTOXICATIONS GASTRO-INTESTINALES
le processus d'auto-intoxication. Fèces également caractéristiques.
Dans certains cas, la psychose aiguë par coprostase se termine par la mort ; la plupart du temps, pour si grave qu'elle paraisse, elle reste susceptible de guérison, et souvent il suffit d'une purgation énergique ou d'une débâcle spontanée pour la provoquer.
Mais, et c'est là une particularité qui doit rendre le pronostic toujours réservé, les rechutes et les récidives ne sont pas rares, et on a vu des malades, guéris une ou plusieurs fois d'accès de ce genre, succomber ultérieurement par suite d'accidents analogues ayant pris une tournure plus grave.
b. Psychoses des auto -intoxications gastro-intestinales chroniques. — Lorsqu'il s'agit d'une auto-intoxication chronique, telle qu'elle est réalisée, par exemple, par les dyspepsies, le cancer de l'estomac, etc., le trouble mental se manifeste habituellement sous la forme d'un état de mélancolie dépressive, anxieuse ou consciente, sans aucun délire ou avec idées prédominantes d'hypocondrie, de ruine, de découragement, de culpabilité, de défiance et d'empoisonnement, inquiétude très grande, insomnie, refus d'aliments, tendance plus ou moins marquée au suicide, le tout coïncidant avec des perturbations fonctionnelles évidentes de l'appareil digestif (Bettexcourt-Rodrigues, 1889).
D'habitude les troubles psychiques oscillent en sens direct ou inverse des troubles viscéraux, auxquels ils peuvent même se substituer comme des sortes d'équivalents. Souvent ils se reproduisent à divers moments de la vie, sous forme d'accès de mélancolie hypocondriaque et consciente, à type anxieux, coïncidant avec une poussée plus marquée d'auto-intoxication. Cette mélancolie consciente par accès est le type notamment de la psychose viscérale arthritique (Mabille et Lallemaxt (1891), Séglas (1894), Lange (1896), Herzog (1898), etc.). Les accès de mélancolie anxieuse consciente d'origine viscéroarthritique ont souvent des rapports étroits avec la neurasthénie. Tantôt il s'agit d'une mélancolie qui ressemble à une neurasthénie, ou inversement; tantôt, et plus fréquemment
PllÉCIS DE PSYCHIATRIE, 5* édit. 34
(302 PSYCHOrATHIES DES AUTO-INTOXICATIONS
peut-être, il s'agit en quelque sorte de formes mixtes, dans lesquelles les deux éléments neurasthénique et mélancolique s'associent en proportions variables (Régis, Boissier, Escu- DiÉ, Th. B., 1908). Il va de soi que le diagnostic est parfois alors des plus difTiciles.
Les psychoses liées aux auto-intoxications gastro-intestinales chroniques peuvent se présenter aussi sous les traits de la mélancolie hypocondriaque avec délire d' obstruction et d'inexistence d'organes.
Ce délire, signalé par Baillarger (1860) dans la paralysie générale et considéré pendant longtemps comme spécial à cette maladie, s'observe en réalité, de même que tous les délires, dans nombre de psychopathies. Gotard (1882) en a fait, nous l'avons vu (p. 299), sous le nom de délire de négation, Vêlement fondamental d'une variété de mélancolie anxieuse dans laquelle il revêt tous les caractères d'une systématisation progressive. On l'observe également, soit dans des cas encore mal connus de nécrose d'angoisse aiguë à base neurasthénique (L. Cotard, Th. B., 1905), soit mélangé ou non au délire d'indignité et de culpabilité habituel, dans certains cas de lypémanie, qui, par suite, ressemblent plus ou moins à la paralysie générale hypocondriaque, au point de n'en être pas toujours facilement distingués (Régis, C, 1889).
Le déhre dans ces cas, qui s'observent surtout chez des arthritiques et à la présénihté (Loup, Th. L., 1906, Gaussen, Th. B., 1911) paraît être le résultat d'une auto-intoxication des voies digestives, probablement par l'intermédiaire des altérations cénesthésiques qu'elle détermine. Les malades nient leurs organes parce qu'ils ne les sentent plus, parce qu'ils ont une véritable anesthésie viscérale constatable, chez beaucoup, par un manque total de réaction des muqueuses aux divers excitants. Dans ces derniers temps (voy. p. 299), on a montré que ce délire d'obstruction et de négation était loin d'avoir toujours le pronostic fâcheux attribué au syndrome de Cotard et pouvait guérir, notamment lorsqu'il était lié à une psychose intermittente (S. P., 1912, Got, Th. B., 1912).
A côté de ces mélancolies à délire hypocondriaque prédomi-
AUTO-IXTOXICATIONS GÂSTBO-INTESTI>"ÂLE< 603
nant, on trouve aussi, dans les auto-intoxications gastro-intestinales chroniques, des psychoses de toutes sortes dans lesquelles le délire ou les hallucinations s'objectivent sur l'organe malade, de façon que les sujets en arrivent à croire qu'ils ont des corps étrangers, des animaux, des vers, des personnages vivants, le diable et jusqu'à des conciles dans le ventre, comme la célèbre Mère Concile d'EsQUiROL, à l'autopsie de laquelle on trouva une lésion chronique de l'intestin (délire de possession démoniaque (Artur, Th. B.. 1911 i; délire de zoopathie interne (Dupré et Lé ri, 1903), délire de fausse grossesse, etc., etc.). On est à peu près d'accord aujourd'hui pour penser que le trouble local, fonctionnel ou organique, qu'on peut parfois déceler, même par la radiographie (Régis, S. M. P., 1906), ne crée pas de toutes pièces le délire mais se borne, chez un prédisposé, à l'orienter et à le fixer, c'est-à-dire à lui donner sa forme, sa couleur et sa localisation.
2'^ Anatomie pathologique. — Les psychoses aiguës dont nous avons parlé sont les seules formes de psychoses d'autointoxication gastro-intestinale dans lesquelles des lésions aient été décrites. D'après Solder, l'autopsie fournit, dans ces cas, les données suivantes : cerveau et ses membranes hyperémiés et œdématiés ; dans les poumons, hyperémie, œdème aigu ou pneumonie ; dans le rein et le muscle cardiaque, souvent aussi dans le foie, dégénérescence parenchymateuse. L'intestin présente toujours une forte coprostase. La muqueuse offre, cornme formations secondaires, de la rougeur, de la tuméfaction, de la nécrose.
S'^' Diagnostic. — Le diagnostic des psychoses d'auto-intoxication gastro-intestinale est relativement facile, le plus souvent. Il se tire, tout d'abord, de la forme même du trouble mental. Les psycho-névroses ou psychoses anxieuses, intermittentes ou par accès, les délires hypocondriaques d'obstruction, de négation, de possession, doivent faire songer à une auto-intoxication, surtout à une auto-intoxication gastrointestinale. L'examen des organes de l'appareil digestif, la
constatation d'une affection ou d'un trouble d'un de ces organes, leur ptôse (Glénard), l'existence des zones de Head, d'une constipation opiniâtre, la présence dans l'urine d'une forte proportion dindican, de scatol, l'analyse des fèces, etc., compléteront la démonstration. La distinction entre une autointoxication secondaire à une psychose et une auto-intoxication productrice d'une psychose, parfois difficile, pourra se faire par l'antériorité de l'auto-intoxication sur la psychose, ainsi que par la forme clinique de cette dernière.
Il serait également possible, d'après Krafft-Ebing, de différencier le délire aigu par auto-intoxication gastro-intestinale du délire aigu ordinaire, le premier se carajctérisant par une profonde diminution mentale, l'absence de rémission, de troubles moteurs graves, l'évolution apyrétique, enfin par l'action souvent efficace d'un traitement approprié.
4*^ Traitement. — Le traitement par excellence est évidemment ici le traitement de l'auto-intoxication par le régime, les purgatifs répétés, les lavages de l'intestin, les lavages de l'estomac, les désinfectants gastriques, ainsi que par les pratiques hydrothérapiques, électrothérapiques et le massage, suivant les cas. On peut aussi parfois, comme dans toutes les psychoses d'intoxication, recourir à la psychothérapie. Enfin Glénard (1902) admet que la chirurgie doit également avoir sa part dans la cure des psychoses symptomatiques à pathogénie digestive.
ARTICLE II