AUTO-INTOXICATION GÉNITALE : ACCOUCHEMENT
les points de vue ; aussi convient-il d3 les distinguer dans la pratique, c'est-à-dire de se demander, dans chaque cas, s'il s'agit d'une vésanie ou d'une psychose toxique. Le plus souvent la distinction sera facile et le traitement pourra, par suite, être précisé. Parfois, cependant, on se trouvera embarrassé : en présence, par exemple, de malades qui offriront simultanément ou successivement des symptômes de psychose toxique et de psj^chose vésanique (associations confusionnelles). En principe, il faut, ici comme ailleurs, se défier de ces cas dans lesquels on voit un déUre toxique s'associer ou tourner à un déUre vésanique, et réserver le pronostic.
De façon générale, la psychose de la grossesse, surtout dans sa forme vésanique, n'exerce par elle-même, et en dehors des actes nuisibles qu'elle peut engendrer, aucune influence fâcheuse sur la gravidité. Dans certains cas tout à fait exceptionnels, le trouble mental est si menaçant vis-à-vis de l'état de grossesse, que la question peut se poser de la nécessité d'un accouchement provoqué. On comprend qu'une telle solution ne peut être adoptée et réalisée qu'à la suite d'une mûre et sérieuse consultation.
Cj — PSYCHOSE PUERPÉRALE PROPREMENT DITE
l'^ÉtioIogie. — La psychose puerpérale proprement dite ou des suites de couches est presque unanimement considérée aujourd'hui non plus comme une vésanie du3 à l'hérédité ou à la dégénérescence, mais comme une psychose infectieuse ou toxique.
Les preuves étiologiques, expérimentales, cUniques et thérapeutiques, accumulées dans les dernières années, ne laissent plus guère de doute à cet égard. Aussi, comme l'a fort bien dit SiEGENTHALER, de Bàlc (1898), il faudra désormais s'efforcer de fixer le type sympLomatique des psychoses puerpérales suivant la nature bactériologique ou toxémique de l'infection, cette infection pouvant être soit puerpérale, soit PxOn puerpérale, ou, suivant l'expression de Pigqué et Privât (1904), utérine ou extra-utérine.
tj40 PSYCHOPATHIES DES AUTO-INTOXICATIONS
Quant à l'agent d'infection, il varie peut-être, mais il est probable que, dans la plupart des cas de psychose puerpérale aiguë, on doit avoir affaire au streptococcus pyo gènes déjà cultivé en 1890, dans cette maladie, par Courmont, à la clinique de PiERRET, et qui est identique aux streptocoques puerpéralis et erysipelatus.
Il faut tenir compte, dans l'étiologie de la psychose puerpérale, de l'action des auto-intoxications secondaires, notamment de l'insuffisance hépatique, et aussi, d'après R. DupouY (Th. P., 1904) et Rochaix (Th. L., 1913), de la toxémie par insuffisance thyroïdienne, ovarienne, etc.).
2^ Début. — La psychose puerpérale peut apparaître à un moment quelconque de la période des suites de couches, soit immédiatement après l'accouchement, ce qui est rare, soit, ce qui est le plus fréquent, dans la première et dans la deuxième semaine. Le maximum de fréquence paraît être du sixième au dixième jour.
Tantôt son apparition a été précédée les jours d'avant ou même dès le temps de la grossesse par certaines singularités qui avaient déjà attiré l'attention sur la mentahté de la malade ; cela a lieu de préférence chez les déséquihbrées, les hystériques, les alcoohques, les albuminuriques. Tantôt, et le plus souvent, le trouble mental survient brusquement, après quelques prodromes tels que : état saburral, constipation, fièvre, énervement, rêvasseries et surtout céphalée, qui fait rarement défaut, nous le savons, au début des psychoses d'intoxication . Cette poussée psychopathique coïncide d'habitude, cela va sans dire, avec des manifestations infectieuses soit locales (accouchement long, difficile, comphqué d'intervention et de mort de l'enfant, déchirures du périnée, etc.), soit générales (grippe, rhumatisme, tuberculose, syphilis) et, phénomène sur lequel nous ne saurions trop appeler l'attention, avec une diminution plus ou moins notable du taux urinaire.
3" Symptomatologie. — Le type clinique de la psychose est toujours, croyons-nous pouvoir dire, la confusion mentale.
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Mais, suivant sans doute l'intensité de l'infection de l'organisme, cette confusion mentale peut varier de degré et de forme. -Dans certains cas, il s'agit de confusion mentale simple, asthénique, sans délire, limitée à l'obtusion, à la désorientation, à l'incoordination psychique.
Dans d'autres cas, il s'agit de délire aigu fébrile, avec méningisme ou méningite, rapidement mortel.
Parfois enfin on a affaire à une des variétés intermédiaires entre ces deux extrêmes : le délire onirique, le délire hallucinatoire aigu, la stupeur.
Le plus souvent, il survient une confusion mentale plus ou moins agitée, plus ou moins violente, avec désordre d'idées, d'actes, obscénité, c'est-à-dire un délire hallucinatoire aigu. Cette phase violente, d'aspect maniaque, dure un certain temps, quelques jours ou quelques semaines, mais il est rare qu'elle persiste davantage ; ou bien elle s'apaise pour se terminer par le calme mental, puis par la guérison. ou bien elle fait place à de la confusion mentale simple, délirante ou non, ou à de la stupeur.
Le délire dans ces cas est toujours d? nature onirique. D'acuité et de durée très variables, il est, chez certains malades, tout à fait passager ; chez les autres, il persiste la nuit et If jour pendant tout le temps de l'accès.
Quant à la stupeur, complète parfois au point d'atteindre les limites extrêmes de l'inertie physique et mentale, elle alterne souvent avec des périodes d'agitation. C'est dans ces cas que la psychose puerpérale peut s'accompagner de suggestibilité, d'attitudes cataleptoïdes, de négativisme, en un mot des symptômes de l'état désigné sous le nom de démence précoce catatonique [y oy. fig. 29 et 32).
Tous les auteurs ont signalé la fréquence de l'origine puerpérale de la démence précoce, et c'est en visant particuUèrement les faits de ce genre que j'ai pu considérer la démence précoce surtout dans sa forme catatonique, comme une confusion mentale aiguë infectieuse tendant à l'état chronique.
Les symptômes généraux font rarement défaut dans la première phase ou phase aiguë de la psychose puerpérale et ils
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sont plus ou moins marqués suivant le cas. Le faciès est altéré, terreux, les yeux brillants, les lèvres et la langue sèches, souvent fuligineuses, la peau également sèche ou couverte de sueur, la constipation opiniâtre, le pouls petit et rapide, la température fébrile, mais sans élévation très considérable, sauf les cas de délire aigu.
On constate souvent de la fétidité des lochies, de l'inflammation, du pus du côté des organes génitaux ; ou bien c'est la suppression de la sécrétion lactée, un abcès du sein, une otite moyenne, de la parotidite, du rhumatisme, un panaris grave, une complication infectieuse quelconque qui se manifeste, en particuher de la polynévrite (Anglade, 1910, Dustin, 1910, Ferrero, 1912).
Une mention spéciale doit être réservée à l'urologie de la psychose puerpérale. Cette urologie (Régis et Lauly, Th. B., 1904) consiste essentiellement dans une diminution notable du taux urinaire coïncidant avec le début de l'accès, s'accentuant avec l'intensité du délire et faisant place à une débâcle urinaire au moment de la guérison, dans la présence à peu près constante de Valbumine à des doses presque toujours légères, la rareté du sucre et des pigments biliaires, enfin dans la fréquence du pus dans le sédiment, avec parfois des cylindres, de l'épithélium pavimenteux et des globules sanguins.
4" Terminaison. — La psychose puerpérale, nous l'avons vu plus haut aux considérations générales, est, de l'avis de tous les auteurs, extrêmement curable, puisqu'elle guérit environ 75 à 80 fois sur 100, proportion que j'ai moi-même retrouvée.
Les cas qui ne guérissent pas peuvent être divisés en trois catégories : 1^ les cas de déhre aigu terminés par la mort ; 2° les cas mixtes ou toxi-vésaniques qui, après une période de confusion mentale plus ou moins longue, se continuent par une sorte de folie chronique mal systématisée ; 3° les cas qui aboutissent à la démence précoce. Huot, dans sa thèse (B., 1911), a bien distingué ces diverses catégories de cas et de terminaisons.
La guérison dans la psychose puerpérale a lieu tantôt rapidement, brusquement même dans les accès aigus qui n'ont