ARTICLE II SURMENAGE ET INANITION
1° Inanition. — Les troubles psychiques de l'inanition et l'influence de l'inanition sur les éléments anatomiques du système nerveux ont sollicité depuis longtemps l'attention. Il suffit de rappeler les travaux de Becquet sur le délire d'inanition dans les maladies (1866), les recherches de Ghossat sur l'inanition, de Monti sur l'altération du système nerveux dans l'inanition (1895), de Karl Schaffer sur l'altération des cellules nerveuses dans l'inanition (1897), l'auto-observation de Weygandt, l'article de Toupet et Lebret (1904), enfin le travail de Mathieu et Roux (1905). Je mentionne surtout la thèse de mon élève Lassignardie sur Yétat mental dans V abstinence (B., 1897), dans laquelle, laissant de côté le délire d'inanition dans les maladies, où sa pathogénie est complexe, il étudie de façon précise les troubles psychiques dans l'abstinence soit volontaire, comme celle des grands mystiques ou des grands jeûneurs (Succi, Merlatti), soit surtout involontaire, comme ceUe des grands naufragés.
Au récit déjà connu de Savigny, il a pu ajouter un document clinique important : la description inédite des troubles psychiques survenus chez les naufragés delà Ville-de-Saint-yazaire par le médecin du bord, le D"" Maire, ancien interne d'un asile d'aliénés.
700 PSYCHOPATHIES DES AUTO-IXTOXICATIONS
b. Symptomatologie. — Du rapprochement de tous les faits, de toutes les observations, Lassignardie a tiré des considérations générales et des conclusions pleines d'intérêt, se résumant en ceci que les troubles psychiques de l'inanition sont exactement semblables à ceux des intoxications.
A un premier degré, c'est, après une angoisse passagère, une exaltation curieuse de la lucidité, de la mémoire, de l'imagination ; puis, des modifications du caractère, de la méfiance, de l'égoïsme, de l'irritabilité, de l'excitation, de l'obnubilation intellectuelle, de l'aboulie, de l'impulsivité ; enfin du mauvais sommeil, des rêves, des cauchemars, des illusions, des hallucinations, de l'onirisme délirant, se continuant le jour dans certains cas.
Au degré le plus marqué, la confusion mentale est extrême et s'accompagne soit de torpeur, de stupidité, soit le plus souvent d'un c^e7i>e violent, divec hallucinations terrifiantes et impulsions gTd,\e?, et dangereuses, qui dure parfois jusqu'à la mort.
Les hallucinations, telles qu'elles ont été observées par Savigny et par Maire, ont un caractère fantasmagorique, imagé, extatique, comme celles des mystiques.
Elles peuvent être pénibles, terrifiantes et consister en combats, batailles, égorgements, apparition de fantômes, de brigands, de démons tentateurs. Elles sont habituellement agréables, composées de tableaux représentant le ciel, des personnages célestes, des décors de féeries, les beautés de la nature, en particulier des beautés féminines ou des festins magnifiques avec les mets les plus exquis. Il peut s'y joindre des illusions de Voule, mais elles sont rares et consistent en mots, chuchotements, paroles prononcées à voix basse, quelquefois voix célestes.
Parfois, la raison est encore suffisamment conservée pour que le sujet se rende compte qu'il est le jouet de visions chimériques, et il peut même les provoquer en fixant les nuages du ciel et les brouillards du crépuscule ou bien en fermant les yeux, et se complaire dans leur contemplation. D'autres fois, il les subit malgré lui et, complètement dupe, les prend pour des réalités.