GÉNÉRALITÉS
Les psychoses des maladies infectieuses aiguës offrent ceci de particulier que non seulement elles ressemblent à toutes les psychoses toxiques, au grand groupe desquelles elles appartiennent, mais encore qu'elles sont identiques les unes aux autres.
Il' Moment d'apparition, division. — Dans toutes les infections aiguës, les troubles psychiques peuvent apparaître à quatre moments distincts : 1° au début, avant tout autre symptôme, pour ainsi dire ; 2» à la phase d'hyperthermie ; 3» à la phase de déjervescence ; 4° enfin à un moment quelconque de la convalescence. D'où, au point de vue chronologique, quatre variétés de psychoses dans les infections aiguës, susceptibles à la rigueur de se réduire à deux principales : l^ les psychoses
de la période aiguë ou psychoses infectieuses proprement dites, comprenant les psychoses préfébriles et les psychoses fébriles ; 2° les psychoses de la période terminale ou psychoses post-infectieuses, comprenant les psychoses de la défervescence et les psychoses de la convalescence.
2^ Symptomatologie. — Le type clinique des psychoses, dans toutes les infections aiguës, est la confusion mentale, c'est-à-dire la psychose caractéristique des états d'empoisonnement de l'organisme.
Durant le stade fébrile, la psychose infectieuse revêt ordinairement Tune des formes de la confusion mentale aiguë, en particulier la forme de délire onirique hallucinatoire, ou celle de délire aigu méningitique, parfois mortel.
Cet état onirique ou de somnambulisme aigu, pour ainsi dire, s'accompagne d'une agitation plus ou moins vive, parfois de paroxysmes violents et souvent aussi d'impulsions panophobiques, au cours desquelles les malades, affolés par leurs terreurs hallucinatoires, se lèvent brusquement de leur lit et cherchent fébrilement à se cacher ou à s'enfuir par la première issue venue. C'est là la raison habituelle des précipitations par la fenêtre, si communes dans toutes les psychoses d'intoxication ou d'infection aiguës, et vis-à-vis desquelles il faut par suite être prévenu.
Durant le stade post-fébrile et de la convalescence, on 9 affaire principalement à la forme asthénique de la confusion mentale, variable de degré et de durée, mais constituée essentiellement par du désarroi intellectuel, de l'obnubilation, de la stupidité, de la pseudo-démence avec ou sans délire et agitation.
L'amnésie de fixation y est d'ordinaire très marquée et dans certains cas même peut dominer la scène au point de légitimer la création d'une variété amnésique de confusion mentale. C'est ce qui a lieu notamment dans les accidents polynévritiques.
Une autre forme de confusion mentale qji est susceptible de s'observer dans toutes les infections aiguës, soit dans la période hyperthermique, soit surtout dans la convalescence,
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c'est la forme à syndrome paralytique, caractérisée par les symptômes mentaux et somatiques de la paralysie générale. Le tableau clinique est le même et cet état ne diffère de la paralysie générale classique que par son évolution rapide et sa tendance naturelle à la régression, à la guérison.
Ce sont là de véritables paralysies générales régressives ou temporaires (Régis) qui s'arrêtent et rétrocèdent, parce que les lésions aiguës qui les produisent s'arrêtent et rétrocèdent aussi le plus souvent.
3 " Anatomie pathologique, pathogénie — Les lésions cérébrales dans les psychoses des infections aiguës sont, en effet, celles de la paralysie générale, c'est-à-dire des lésioas de méningo-encéphalite diffuse, mais de méningo-encéphalite diffuse aiguë.
Elles consistent en œdème du cerveau, vascularLsation active, altération à divers degrés des cellules et des fibres, prolifération de la névroglie.
Il s'y joint parfois des lésions des viscères, en particulier du cœur, du foie et des reins. Au point de vue pathogénique, les psychoses des maladies infectieuses aiguës sont le résultat, ainsi que Chardon l'a bien indiqué dans sa thèse : l^^ soit de l'action directe des microbes localisés dans les centres nerveux ; 20 soit de l'action des produits sécrétés par les microbes ou toxines ; 3^ soit de l'auto-intoxication secondaire résultant de l'atteinte des viscères ou de la non-éhmination des poisons.
4^ Diagnostic. — Les psychoses du début des infections aiguës, celles qui éclatent avant toute autre manifestation morbide bien évidente, risquent d'être prises pour de la folie ordinaire, de la vésanie, notamment pour un accès de manie. L'erreur a été fréquemment commise, elle l'est encore et sa conséquence presque obligée est l'internement regrettable dans un asile d'aliénés d'un malade à la phase initiale d'une fièvre typhoïde, d'une pneumonie, d'une grippe, etc. C'est en grande partie pour obvier à des méprises de ce genre que les
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chefs de service ont en tous lieux demandé l'organisation dans chaque grand hôpital de salles ou chambres d'observation spéciales, et que le Congrès des Aliénistes et Neurologistes français a émis, en 1901, un vœu unanime en faveur de cette création, qui permettrait « de ne transférer les malades délirants et agités des hôpitaux dans les asiles, qu'après aliénation mentale confirmée ». Ce vœu a été entendu et les salles spéciales d'isolement ou d'observation se multiphent de plus en plus, en France comme à l'étranger.
Quoi qu'il en soit, il est des signes qui peuvent permettre au médecin d'établir le diagnostic de psychose infectieuse préfébrile et qui, en tout cas, l'obhgent à temporiser. Ce sont : la céphalée prémonitoire, les modifications de l'urine et du taux urinaire, l'état saburral, la constipation opiniâtre, l'apparition de la fièvre, la brusquerie du délire, son caractère onirique, hallucinatoire, confus, son acuité. C. Rougé a insisté sur ce diagnostic (A. M. P., 1903, 1909).
Je crois pouvoir dire que si Olivier et Bodard avaient appliqué cet ensemble de signes aux cas récemment publiés par eux (G. H., 1911), ils n'eussent pas conclu, comme ils l'ont fait, à l'absence de critères permettant de distinguer le délire infectieux d'incubation du délire vésanique.
Une autre erreur bien souvent commise, c'est celle qui consiste à voir dans le délire infectieux un délire alcoolique. Elle sera évitée si l'on a présent à l'esprit que le délire onirique à hallucinations professionnelles ou terrifiantes n'est pas^ comme on l'a cru longtemps, le monopole exclusif de l'alcool lisme, mais bien la manifestation psychopathique ordinaire de toute intoxication et de toute infection. La constatatioi de ce délire signifie donc non pas alcoolisme, mais simplement intoxication ou infection. C'est à l'ensemble des autres sympi tomes à indiquer ensuite de quelle sorte d'empoisonnement^ interne ou externe, il s'agit.
Il y a lieu enfin de distinguer, suivant les cas, la psychos< infectieuse de la méningite, de la démence vraie, du délire systématisé^ de la paralysie générale progressive. Cette distinction n'offre pas en général de très sérieuses difficultés.