FIÈVRE TYPHOÏDE, TYPHUS
deur, du délire ambitieux, rappelant par son caractère absurde et diffus celui de la paralysie générale. Marge (1862) a insisté particulièrement sur le délire ambitieux et Delasiauve (1864) sur l'obtusion. Delasiauve faisait remarquer déjà que malgré l'agitation et la dépression, qui ont fait attribuer bien des cas de psychose post-typhique à la manie et à la mélancolie, il s'agit en réalité de confusion mentale.
Tous les auteurs, depuis, ont mis en relief cette obtusion, qui est le signe le plus évident de l'épuisement, de l'asthénie de l'organisme à ce moment, d'où le nom de psychose asthénique donnée par Kraepelin à la psychose de la convalescence des infections graves.
Il n'est pas douteux en effet que ce qui domine là c'est la confusion mentale, la pseudo-démence constituée, disais-je déjà il y a bien longtemps, par une « obtusion intellectuelle extrême et une abolition complète de la mémoire qui impriment aux conceptions délirantes, de quelque nature qu'elles soient, un cachet d'absurdité spéciale. Les malades délirent d'une façon niaise et leur psychose rappelle les psychoses séniles ; on croirait entendre radoter de jeunes vieillards. Il n'y a pas chez eux de systématisation, ils émettent les conceptions les plus absurdes sans qu'elles se rattachent dans leur esprit à une association d'idées logiquement agencée. Ils parlent de leurs hallucinations, les racontent comme des faits divers, telles qu'ils les subissent, sans chercher à les comprendre ou à les interpréter. Cette stupeur de l'intelligence se reflète sur le visage et le regard paraît hébété » (Régis, E., 1882). A cet état peut se joindre parfois de la catalepsie symptomatique, de la catatonie.
Les idées délirantes ambitieuses dont nous avons parlé présentent ce caractère curieux de persister parfois après la guérison complète de la fièrvre typhoïde et des autres troubles psychiques. Divers auteurs (Ballet, Dufour 1899, Rougé 1905), en ont cité des exemples et Delasiauve avait même déjà noté que ces impressions délirantes, qui survivent à l'amélioration cérébrale, peuvent devenir la base d'une sorte de délire systématisé. J'ai montré que ces idées déhrantes, qui
720 PSYCHOPATHIES DES INFECTIONS
d'ailleurs peuvent revêtir une forme quelconque, sont le résultat de la persistance, dans la conscience, des conceptions prédominantes du délire onirique ou rêve somnambulique infectieux, et qu'elles sont identiques, par suite, aux idées fixes post-somnambuliques ou hypnotiques, d'où le nom d'idées fixes postoniriques que je leur ai donné. J'ai montré aussi que ces idées fixes post-oniriques, souvent durables et tenaces, étaient, comme les idées fixes post-somnambuliques, justiciables de la suggestion hypnotique. Marsat, dans sa thèse (1902), a confirmé le fait (voy. p. 338).
Ce qu'il convient d'ajouter ici, c'est que la fièvre typhoïde est la maladie infectieuse aiguë à la suite de laquelle on observe le plus souvent ces idées fixes post-oniriques, et les délires systématisés secondaires auxquels eîles aboutissent parfois.
C'est aussi l'une de celles — le fait est devenu proverbial — à la suite desquelles V amnésie est la plus profonde et la diminution du niveau mental la plus évidente et la plus persistante, au moins dans bien des cas.
Ajoutons que les psychoses post-typhiques s'observent aussi chez l'enfant (Comby 1896, Dieuzaide 1903).
Dans les psychoses de la fièvre typhoïde, comme dans les psychoses de toutes les autres infections aiguës, on a signalé des lésions de méningo-encéphalite dont la ressemblance avec celles de la paral^-sie générale a depuis longtemps frappé les auteurs (Chédevergne 1863, A. Voisin 1883).
3^ Cérébro-typhus. — Les symptômes de confusion mentale aiguë qui constituent les psychoses dans la fièvre typhoïde se manifestent non seulement dans les formes ordinaires d'infection typhîque, mais encore et surtout dans les formes cérébrales, en particulier dans celle désignée par Audemard, élève de PiERRET, sou? le nom de cérébro-typhus sans dothiénentérie (1898). La séro-réaction de Widal permet de reconnaître la nature et l'origine de cette typko- psychose, et par suite, comme le fait justement remarquer Audemard, d'éviter les internements intempestifs ou prématurés.
Taty et Chaumier ont, plus récemment (G., 1906), publié