ARTICLE V MALADIES DIVERSES
U— TYPHUS EXANTHÈMATIQUE
Les accidents psychiques du typhus exanthématique ont été signalés, à côté des symptômes habituels, parles premiers observateurs : HiLDEBRANT (1811), GuÉ^EAU DE MussY, autcur d'une très intéressante auto-observation de délire typhique, PoNFiK (1874) qui décrivit l'anatomie pathologique du cerveau dans cette maladie, Jacquet (1850), Barrallier (1861) et surtout MuRCHiNsoN (1858). PoROT a résumé très clairement la question au Congrès de Nantes (1909).
La torpeur cérébrale plus ou moins accusée et la rêvasserie délirante nocturne sont constantes. L'exagération de ces deux éléments aboutit chez certains sujets, les surmenés, les prisonniers, les pauvres gens, principalement, à la confusion mentale stupide ou délirante la plus typique.
La psychose est parfois précoce et initiale, et elle peut alors induire en erreur (J. Péon del Valle). La plupart du temps, son éclosion coexiste avec le fléchissement de la courbe thermométrique. Le tremblement, le nystagmus, les secousses myocloniques, les grimaces, l'hyperthermie sont alors d'un très mauvais pronostic, et la mort se produit au neuvième ou dixième jour. La psychose, qui se constitue au treizième ou quatorzième jour, est faite de dépression stupide, avec évolution fréquente vers les troubles parétiques, convulsifs et le coma vigil terminal.
Le délire bruyant et hallucinatoire, à forme très somnambulique, commence généralement à la fin du premier septénaire,
DENGUE, FIEVRE MEDITERRANEENNE 787
après l'éruption des papules (idées délirantes confuses d'hypocondrie, de grandeur, de transformation corporelle, de modification ou dédoublement de la personnalité, hallucinations professionnelles, etc.). C'est celui que j'ai surtout observé ayec mon ami Davezac lors de l'épidémie de Bordeaux, il y a vingt ans. Les reliquats oniriques sont tenaces, ainsi que le rapporte G. de Mussy, qui ne parvenait pas à se convaincre de l'inanité d'un délire dans lequel il avait vu mourir un de ses amis. La gravité, tant au point de vue du pronostic quoad vitam qu'au point de vue des séquelles psychopathiques, diffère suivant les prédispositions individuelles et les races. Elle est plus grande chez l'Européen que chez l'indigène.
;<2— DENGUE
La dengue donne lieu à des troubles psychiques comparables à ceux de la grippe, et elle a, comme elle, une action très asthénisante. L'amyosthénie s'accompagne fréquemment de psychasthénie et d'obtusion psychique, pouvant aller jusqu'à la confusion mentale grave. La psychose avec délire onirique de la dengue, signalée parCoTHOLENDY (1873), Martiales (1874), FouQUE (Th. P., 1876), etc., a été bien étudiée par mes élèves Valleteau de Moulliac et Cozanet (E., 1911). La convalescence, longue et pénible, est fréquemment marquée par de la fatigue cérébrale, neuro et psychopathique, avec somnolence, et par un état général d'anémie et de dénutrition, au cours duquel on peut observer des troubles dysmnésiques tenaces.