TROISIEME EPOQUE : EPOQUE DE TRANSITION
vroses dont elles constituent, dans son ouvrage, la quatrième classe. Il décrit le délire partiel, tout en faisant remarquer combien il est rare de trouver la folie absolument limitée à un point unique, et n'admet, en fin de compte, que deux formes de folie primitive, dont il fait dériver toutes les autres : la manie et la mélancolie. Dans la partie consacrée au traitement, il vante le travail, les bains, les exercices du corps et n'autorise qu'avec une certaine réserve les moyens violents de répression.
Avec CuLLEN, nous sommes déjà bien loin de l'ignorance et de l'obscurité du moyen âge, et la science mentale a déjà réalisé d'immenses progrès. Mais la condition des aliénés est encore déplorable ; ils vivent toujours épars dans les prisons, dans quelques maisons de refuge ou d'indignes cabanons. Très peu sont hospitalisés, et encore les hôpitaux où on les renferme ne sont, en réalité, que des cachots. Aussi, leur étude est-elle difficile et incomplète tout autant que leur sort est misérable.
A Paris, depuis un arrêt du Parlement en date du 16 septembre 1660, tous les fous passaient d'abord par l'Hôtel-Dieu, où deux salles leur étaient réservées. La salle Saint-Louis, celle des hommes, contenait dix lits à quatre places et deux petits lits ; la salle Sainte-Martine, celle des femmes, contenait six grands lits, et six petits lits. Quelques places de ces salles étaient réservées aux hydrophobes. C'était là que s'exécutait le traitement consistant invariablement en douches, bains froids et saignées répétées, avec adjonction d'hellébore, de purgatifs et d'antispasmodiques. Lorsque, après quelques semaines, les malades n'étaient pas guéris, et on comprend combien un pareil régime était peu fait pour les rendre à la raison, ils étaient considérés comme incurables et distribués de là soit aux Petites-Maisons, devenues plus tard l'hospice des Ménages, soit à la Salpètrière, soit à Bicètre.
Là, mal nourris, couverts de haillons, chargés de chaînes et de colliers de fer, confinés dans d'infects cabanons destinés jadis aux criminels, couchés sur de la paille pourrie, respirant un air méphitique, ils traînaient une vie misérable, exposés à la vue du public qui, les jours de fête, était admis, moyennant
i6 INTRODUCTION HISTORIQUE
rétribution, à se repaître de leur spectacle et à les agacer comme des fauves, à travers les barreaux de leur cage.
En province et à l'étranger la situation était la même, sinon pire, et sir Bennet pouvait s'écrier encore vingt ans plus tard, à la Chambre des Communes : « Si jamais établissement a couvert de honte l'Angleterre, c'est Bedlam. »
C'est à ce moment que parut Pinel et que s'accomplit la mémorable réforme de 1793, qui changea complètement le sort des ahénés et inaugura une ère nouvelle dans l'histoire de la Médecine mentale.