CHORÉE
10 Symptomatologie. — Nous envisagerons successivement dans la chorée : i^ les troubles psychiques élémentaires ; 2^ les psychoses.
A. Troubles psychiques élémentaires :
a. Etat mental dans la chorée. — Les choréiques ont très sauvent un état mental particulier, bien mis en lumière par Marcé, Berndt, Rosaguiti, Ball, Ziemssen, etc.
Intellectuellement, les troubles principaux que l'on rencontre sont la diminution de l'attention et de la mémoire, surtout pour les souvenirs actuels (amnésie de fixation), la mobilité des idées, l'hébétude, la torpeur. Moralement, les traubles portent principalenient sur le caractère qui se modifie, s'altère. La plupart des malades deviennent impressionnables, émotifs, irascibles, impatients, disputeurs, emportés et même violents.
b. Hallucinations. — Les hallucinations, très fréquentes dans la chorée, ont été admirablement décrites par Marge (1860). La description de Marge a été confirmée depuis par nombre d'observateurs, en particulier par Bergeron (1861), Thore (1865), Delasiauve (1869), Ritti (1873), Digoy (1890), etc.
Ces hallucinations sont surtout visuelles ; elles surviennent principalement le soir, dans l'état d'assoupissement intermédiaire entre la veille et le sommeil, et se prolongent très souvent pendant l'état de rêve. Elles peuvent aussi se produire le matin au moment du réveil et pendant le jour, quand le m.alade ferme les yeux.
Ces visions sont généralement terrifiantes : les malades voient autour d'eux des fantômes, des figures fantastiques, des croix,
des cercueils, des cimetières, ou encore des animaux qui grimpent sur leur lit, se cachent dans leurs rideaux et reparaissent un instant après.
« Dans certains cas, ajoute Marge, ce sont, au contraire, des figures amies, des parents qui sont le sujet de ces visions mais ils apparaissent très malades, à l'agonie ou dans mille positions pénibles.
« Lorsque la chorée a éclaté à la suite d'une vive frayeur, souvent l'objet qui a si vivement frappé l'attention détermine la nature de l'hallucination.
'< Lorsque les malades ouvrent les yeux, les visions persistent pendant quelque temps encore, et souvent en changeant de forme et d'aspect, puis elles finissent par disparaître, et reviennent de nouveau dès que les paupières s'abaissent, pour se reproduire sous form« de rêves, même au milieu d'un profond sommeil. Il en résulte pour les choréiques beaucoup d'inquiétude et d'angoisse ; ils s'endorment avec peine et éprouvent alors un vif sentiment de terreur qui se traduit par des cris, de l'agitation, etc. Lorsque c'est pendant le rêve que ces hallucinations surviennent, on voit ces réveils en sursaut, ces cris, ces cauchemars observés depuis longtemps chez les choréiques, mais dont on n'avait pas encore suffisamment cherché le point de départ. »
Il est facile de voir, par cette description même de Marge, que les hallucinations des choréiques sont des hallucinations oniriques.
Déjà Marge avait été frappé de leur similitude avec celles des hystériques et insista sur ce point. Aujourd'hui nous pouvons aller plus loin et dire que les hallucinations des choréiques ont tous les caractères des hallucinations des états d'intoxication, notamment de celles de l'alcoolisme. Cela est déjà une présomption en faveur de la nature toxique des troubles psychiques de la chorée, opinion que j'ai soutenue avec mon élèv^" Rousseau (Th. B., 1896), comme Mobius l'a fait de son côté en Allemagne (1892).
Cela achèvera de ressortir des caractères présentés parles psychoses choréiques.