D) — AGENTS CHIRURGICAUX
1° Grandes opérations. — Les états psychopathiques ne comportent pas un traitement méthodique par les grandes opérations chirurgicales.
Nous avons déjà dit (p. 649) ce qu'il fallait penser des interventions gynécologiques comme moyen de traitement de la fohe.
Nous pouvons ajouter qu'on a à peu près renoncé, d'autre part, à certaines autres grandes interventions qui ont eu un instant de vogue, par exemple à la craniectomie dans l'idiotie microcéphahque, reconnue à la fois dangereuse et inefficace (Bourneville) et à la trépanation dans la paralysie générale soit simple (T. Clay-Shaw, Harisson Cripps, Wagner, John Mac-Pherson, David Wallace, Pengrueber, etc.), soit suivie de drainage du Hquide céphalo-rachidien (Batty Tuke : GooDALL, 1893 ; John Turner, 1896, etc.).
2° Révulsion. — A défaut de grandes opérations chirurgicales, certains des procédés de la petite chirurgie sont utilisés en psychiatrie. Nous citerons les principaux.
La révulsion est une excellente méthode thérapeutique, à laquelle on n'a peut-être pas suffisamment recours dans les maladies mentales. Les heureux résultats que détermine l'apparition spontanée des suppurations, chez les ahénés, permettent en effet de conclure a priori à l'efficacité de la révulsion artificielle et nombre de faits viennent, dans la pratique, confirmer cette opinion. La paralysie générale elle-même, réfractaire, on peut le dire, à tous les autres moyens de traitement, se laisse cependant influencer par la suppuration, spontanée ou provo-
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quée et il n'est pas rare, lorsqu'on prend la maladie à son début, de la voir rétrocéder au moins temporairement sous l'influence d'une révulsion énergique.
Le meilleur mode de révulsion est le séton à la nuque. On peut encore recourir au vésicatoire permanent, aux cautérisations ponctuées du thermo-cautère, aux frictions irritantes, aux abcès de fixation, récemment mis en honneur par Fochier, Arnozax, J. Carles, etc.
3° Saignée. — ■ La saignée, très en usage autrefois, est tombée aujourd'hui, comme on sait, en pleine désuétude, malgré quelques tentatives isolées de réhabilitation, et, si Ton en a abusé jadis, on peut dire qu'à l'heure actuelle on n'en use peut-être pas assez.
Dans certains cas en effet, lorsque l'état congestif de l'encéphale est manifeste ou lorsque le trouble psychique est Hé à un processus toxique de l'organisme, comme dans certaines poussées aiguës de la paralysie générale, les émJssions sanguines peuvent avoir leur utilité.
40 Sérothérapie. — La sérothérapie spécifique n'a pas encore été sérieusement pratiquée dans la cure des psychopathies. Il est probable cependant que les progrès chaque jour croissants de cette méthode amèneront son application en psychiatrie, et il n'est pas téméraire de penser que c'est là un des traitements de l'avenir de la paralysie générale.
Déjà, parmi les essais tentés, nous avons à signaler ceux de Mairet et Vires qui ont employé chez les aliénés le sérum sanguin d'animaux et qui ont traité des maniaques avec du sérum, de maniaques guéris. Xous avons à signaler aussi ceux de Lewis C. Bruce qui a soumis un certain nombre de malades atteints de psychoses aiguës, de confusion mentale et de démence précoce à des injections de sérum antistreptococcique, antistaphylococcique , anticolibacillaire et qui même a essayé chez ces malades le sérum de chèvre immunisée à un organisme provenant du sang d'un catatonique aigu et, chez des paralytiques généraux, le sérum, de chèvre immunisée
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à un. organisme proveaaat du sang d'autres paralytiques généraux.
Nous citerons enfin l'emploi, chez les dipsomaneset les buveurs du sérum dit antialcoolique, et les récents essais de RouBI^■oviTCH daits le traitement des états asthéniques d'origine organique ou fonctiounelle, par les injections de liquide céphalorachidien autogèue (S. G. M., 1908, a Budapest, 1910).
Les résultats de toutes ces expériences sont encore trop nouveaux et trop incertains pour qu'on puisse faire autre chose que les indiquer.
D'autres tentatives ont été faites en AUeniagne par Wagner YON Jauregg (1895) et ER^'■ST Bqck (1895) son élève, ainsi que par Binswa.xger (1898), pour traiter les psychoses non plus par les sérums, mais par la fièvre artificiellement provoquée, par des toxines microbiennes. Se basant sur les heureux effets que déterminent souvent, chez les aliénés, les maladies aiguës intercurrentes ou les suppurations spontanées, les premiers de ces auteurs n'ont pas hésité à provoquer chez des délirants, dans un but thérapeutique, des processus morbides infectieux. Ils ont eu recours, pour cela, à des injections de virus plus ou nioins atténués, en particulier à la tuberculine (33 cas) et à la pyoeyanine(8 cas). Les résultats obtenus furent satisfaisants, notamnient dans la confusion mentale hallucinatoire et le délire aigu. Les femmes et les sujets jeunes guérirent en plus forte proportion. L'action thérapeutique ne se m.ontra pas en rapport avec la hauteur de la courbe fébrile.
AzEMAR et Catala (1901), qui paraissent avoir ignoré les intéressantes expériences des Allemands, les ont renouvelées avec des toxines de streptocoques et des injections d'essence de térébenthine (abcès de fixation).
Leurs recherches ont été trop limitées et trop incomplètes pour qu'on puisse en tirer une conclusion, dans un sens quelconque.
En somme il y a, dans le fait de chercher à produire chez des aliénés une infection artificielle, une idée thérapeutique rationnelle et logique et qui mérite d'être poursuivie, avec toute la
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prudence que comporte sa mise à exécution. Il est bon de rappeler du reste que, de tout temps, on a essayé d'agir par la méthode de substitution en psychiatrie et que lorsque Alexandre DE Tralles, à Rome, préconisait de faire enivrer les aliénés, c'était certainement en vue de remplacer leur vésanie par un délire éthylique passager.
A côté des sérothérapies toxiniennes dont nous venons de mentionner les débuts incertains, il en est une autre qui a déjà été l'objet de nombreux travaux et qui tend à devenir courante dans la thérapeutique psychiatrique : c'est la sérothérapie par injections de sérum artificiel.
Cette sérothérapie se pratique dans les maladies mentales sous ses deux formes habituelles : les injections sous-cutanées de sérum artificiel à petites doses ; les injections à doses massives ou lavages du sang.
Nous ne ferons qu'indiquer les premières, qui n'offrent ici rien de bien spécial et qui trouvent surtout leur eniploi dans les psychoses mélancoliques et asthéniques (Toulouse et Rou- BiNoviTCH, Chaslin ct SÉGLAs), OU, avec le sérum de Trunececk, dans les psycho-névroses des artério-scléreux.
Les grandes injections méritent en revanche de nous arrêter un instant.
La plupart des auteurs, à l'exception de Joffroy, Sokalsky, WicKEL, vantent les bons effets des grandes injections de sérum artificiel, qui auraient surtout une action efficace sur l'état général en stimulant toutes les fonctions physiologiques et en débarrassant l'organisme de ses déchets toxiques par augmentation de toutes les sécrétions éliminatoires. La sitiophobie, l'insomnie, le gâtism,e, les escarres et la plupart des comphcations de ce genre, disparaîtraient rapidement sous son influence en même temps que le poids se relèverait. La sérothérapie est donc indiquée principalement dans les psychoses avec participation de l'état général, en premier lieu par conséquent dans les psychoses aiguës d'intoxication ou &' infection, aussi bien alcooliques (Masbremer) que non alcooUques, soit au début, soit dans la phase asthénique qui succède à l'hyperthern^ie.
C'est un point sur lequel tous les auteurs sans exception ont
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insisté. L'accord est unanime également sur ce fait que chez les délirants les grandes injections de sérum artificiel sont faciles à pratiquer, inofîensives et qu'elles doivent être massives (500 cm-^ au minimum) et fréquemment renouvelées (quotidiennement ou tous les deux ou trois jours).
Le liquide injecté a été surtout le sérum d'HAYEM, à la dose de 7^^,5 de chlorure de sodium, par htre. Quelques expérimentateurs cependant tels que Mairet et Vires, Donath, Briand, Marie et Buvat ont modifié la composition de ce liquide suivant les formes morbides. Buvat préconise, avec A. Marie, l'emploi de trois classes de sérum artificiel : 1^ le sérum chloruré à 7,5 p. 100, indiqué dans les psychoses ioxi-injectieuses récentes et aiguës et auquel on peut adjoindre 1 gramme de caféine dans les formes dépressives avec anesthésie cardiaque ; 20 le sérufïi bromure à 6 grammes p. 100, utilisable comme sédatif dans les états mélancoliques avec agitation anxieuse, dans les états maniaques, les délires épileptiques, etc. ; 3^ le sérum ioduré à 2 p. 100, qui convient particulièrement aux artériopathies cérébrales et à la paralysie générale.
Plus récemment enfin (1905), A. Marie et Pelletier, A. Marie et Viollet ont signalé d'heureux résultats obtenus par eux avec les injections d'eau de mer ou plasma de Quintox chez des épileptiques, des paralytiques généraux à accidents épileptiformes et à escarres, des déments précoces, des mélancoliques stupides.
5° Lavage de restomac. — J'ai préconisé, en 1880, le lavage de l'estomac contre la sitiophobie ou refus de nourriture des ahénés, lié souvent, comme on sait, à un état saburral des voies digestives et ce moyen paraît avoir donné de bons résultats à tous ceux qui, comme moi, l'ont mis en usage. Depuis cette époque, j'ai cherché à étendre cette méthode à la cure de la mélancolie elle-même qui relève très fréquemment de troubles digestif», surtout d'une auto-intoxication gastro-intestinale et, dans bien des cas, j'ai pu, en améliorant les symptômes gastriques, améliorer concurremment les symptômes intellectuels.