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B — OBSESSIONS IDÉATIVES OU OBSESSIONS PROPREMENT DITES

L'obsession idéative ou obsession proprement dite ne diffère guère de la phobie qu'en ce que, chez elle, l'anxiété se manifeste surtout par une idée et non plus par une crainte. Toutefois, de même que la phobie systématisée peut succéder à la phobie diffuse, dont elle est la spécialisation émotive, de même, l'obsession peut succéder à la phobie systématisée, dont elle est, si l'on peut ainsi parler, Fintellectualisation. Cela se produit lorsqu'une phobie, au lieu de se manifester par des crises d'anxiété intermittentes, avec calme complet dans l'intervalle, préoccupe plus ou moins, dans l'interparoxysme, l'esprit du sujet, ce qui arrive dans la majorité des cas. Et c'est ainsi que par une pente toute naturelle, la monophobie tend peu à peu vers le monoldéisme et qu'on a si souvent affaire, dans la pratique, non à des phobies systématisées pures, mais à des cas intermédiaires ou de transition entre la phobie et l'obsession. C'est le cas, par exemple, pour la phobie de la rougeur qui presque toujours aboutit à l'obsession de la rougeur. L'obsession n'est donc souvent qu'une phobie ayant perdu son caractère de simple trouble émotif pour prendre, par le fait même de son évolution, celui de trouble à la fois émotif et intellectuel.

Au reste, dans les cas mêmes où l'obsession survient d'emblée, sans avoir passé au préalable par une phase exclusivement phobique, les symptômes caractéristiques de l'anxiété se retrouvent toujours à un degré quelconque.

Que l'obsession soit consécutive à une phobie dont elle n'est qu'une aggravation, un degré de plus, ou qu'elle se manifeste d'emblée sous forme d'obsession, elle est en somme formée par l'adjonction aux phénomènes émotionnels de la phobie simple, d'un élément intellectuel, d'une idée.

Ces phénomènes émotionnels nous étant connus, puisqu'ils

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sont ici encore ceux de Tanxiété, nous n"avons qu'à dire un mot de 1 élément intellectuel, de l'idée.

l*^ Idée constituante de l'obsession. — L'idée de l'obsession est une idée consciente, mais involontaire ou parasite, automatique, discordante avec le cours régulier des pensées, enfin irrésistible. Elle se sépare donc, par ces caractères, et de Vidée fixe physiologique, celle des chercheurs, qui est voulue, en tout cas acceptée, non douloureuse, et qui ne rompt en rien l'unité psychique de l'individu, et de Vidée fixe pathologique, qui est une véritable idée délirante, c'est-à-dire inconsciente.

a. Variétés. — Les idées qui constituent l'élément intellectuel de l'obsession sont infiniment variées et il existe, on peut le dire, autant d'obsessions qu'il peut naître de pensées dans le cerveau humain.

Il est cependant, dans le nombre, des idées qui s'imposent plus fréquemment à l'esprit. De toutes, ce sont celles qui ont trait à la santé, à l'existence, à la vie future, aux mots, aux chiffres, etc. (obsessions hypocondriaques, métaphysiques, obsessions de doute). Viennent ensuite celles relatives à la peur de mal faire à tous les points de vue, moral, religieux, social, professionnel (obsessions scrupuleuses) ; celles relatives à la peur d'un événement, d'un objet, d'un animal (obsessions phobiques) ; enfin celles relatives à un penchant ou à un sentiment quelconques (jalousie, amour, religion, etc.).

Les idées obsédantes ne sont pas généralement des idées absurdes, impossibles ; d'ordinaire, elles sont vraisemblables et n'ont de morbide que leur grossissement, leur domination, leur persistance.

b. Idées de contraste. — Elles peuvent présenter, cependant, un caractère particulier auquel certains auteurs ont donné le nom de contraste. C'est lorsqu'elles se trouvent en contradiction complète avec les tendances ou les désirs du sujet. Cela s'observe, par exemple, dans les obsessions religieuses. Les malades veulent-ils prier, faire une oraison ? Il leur vient un blasphème, une impiété, un sacrilège, une injure grossière à la

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bouche. D'autres fois les sujets sont poussés à se contredire, à dire juste le contraire de ce qu'ils pensent ou de ce qu'ils voudraient. Il est facile de se rendre compte que cette tendance au contraste, au contraire, a sa source dans une particularité curieuse du phénomène de l'association jies idées qui, chez les sujets à automatisme cérébral prédominant, comme les obsédés, fait surgir juste l'image ou la pensée opposée à l'image ou à la pensée cherchée.

L'idée obsédante a le plus souvent pour origine une circonstance fortuite, émotionnante ou même banale. Parfois elle naît du rêve ou s'ahmente et se renforce en lui. Cette action du rêve s'exerce surtout chez les hystériques, sans qu'ils en aient la plupart du temps conscience au réveil.

L'idée obsédante peut se modifier et se transformer par une série d'évolutions successives. Elle est rarement unique. D'ordinaire, plusieurs idées obsédantes coexistent soit similaires, soit dissemblables, l'une d'elles étant plus ou moins prédominante.

2'^ Hallucinations dans l'obsession. — Il y a lieu de distinguer, avec Séglas, les obsessions s'accompagnant d'hallucinations ou obsessions hallucinatoires (hallucinations secondaires de Lowenfeld) et les hallucinations s'accompagnant d'obsessions ou hallucinations obsédantes (hallucinations primitives de Lowenfeld). Contrairement àl'opinion de Skliar (E. a. 1910) nous pensons que les premières seules sont de véritables obsessions, les autres étant, avant tout, des hallucinations à caractère plus ou moins obsédant. L'obsession s'accompagne donc parfois, quoi qu'on en ait dit, d'hallucinations. Toutefois ces hallucinations, sauf les cas où l'obsession se complique de psychose, ne sont pas les hallucinations habituelles des aliénés. Elles en diffèrent, comme l'idée obsédante ellemême diffère de Tidée fixe. Le plus souvent, elles consistent dans la matérialisation de l'obsession dans la transformation de l'idée émotive en sensation extériorisée, en un mot dans la production d'une idée-image. C'est en quelque sorte l'analogue de ces phénomènes d'objectivation hallucinatoire qui se pro-

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(luisent dans la méditation profonde, dans l'intoxication hachischique, etc., où les pensées prennent et revêtent les apparences sensibles de la réalité. D'où le nom d'hallucinations représentatives que nous avons donné, d'après l'expression même d'un de nos malades, à ces hallucinations qui rentrent dans la catégorie des pseudo-hallucinations de Kandinsky. Une particularité à remarquer, c'est qu'un certain nombre d'obsédés, dans ces représentations hallucinatoires, se voient eux-mêmes, dans telle ou telle attitude, dans telle ou telle action, et qu'il y a là par conséquent comme une sorte de phénomène d'autoscopie externe analogue à ceux étudiés par SoLLiER. Voici, à titre d'exemple typique, un passage de l'auto-observation d'un de nos malades très instruit, atteint d'obsession de la timidité : « Dans ces moments de trouble et de gêne pénible, c'est comme si une main invisible mettait un miroir devant mes yeux et si quelqu'un disait : Regarde-toi, comme tu es beau, comme tu es ridicule et stupide ! Dans ces moments-là, je me vois, je vois ma figure grimaçante, mes mouvements gauches, comme je me vois dans la situation de Guillaume, de Carnot, essayant de sourire et échouant. Bref, je crois qu'il y a toujours ou presque toujours, dans l'obsession, ce troisième élément, distinct des deux autres, que j'ai nommé hallucination représentative. L'image en elle-même n'a naturellement rien d'anormal, mais toujours renouvelée, elle devient une vision, une hallucination interne. Elle peut être absolument claire, ou plus ou moins voilée jusqu'au degré où elle se perd dans l'inconscience ; alors il n'y a plus de représentation, il n'y a qu'excitation des centres inférieurs, mais cette excitation remplace l'image. »

Ces hallucinations ou pseudo-hallucinations s'observent surtout dans les obsessions phobiques et peuvent, chez certains sujets, contribuer pour beaucoup à l'existence d'un état de dépersonnalisation et de possession (Raymond et Janet).

3" Troubles de la conscience, de la personnalité, de la volonté dans 1 obsession. — Une des caractéristiques de l'obsession, c'est de s'imposer de vive force à l'individu, par une

sorte d' <• effraction de la volonté » (Séglas). A ce point de vue, il n'est pas douteux que l'obsession soit un trouble non seulement de l'émotivité, mais aussi de la volonté et Arnaud a raison d'insister à cet égard.

Ce caractère de l'obsession a forcément pour conséquence, ainsi que P. Jaxet et Séglas l'ont démontré, de créer à côté de la synthèse mentale principale, une ou plusieurs synthèses secondaires, automatiques, en un mot de dissocier, de fragmenter la personnalité de l'individu qui, très souvent, a la sensation, la conscience de ce dédoublement de lui-même et la traduit par des expressions aussi curieuses que variées. Nous reviendrons sur ces sj^mptômes de l'obsession en parlant, plus loin, des troubles de la conscience et de la personnalité dans lès psychoses (p. 130).

Il résulte naturellement de cet état, non seulement un trouble intellectuel qui peut aller, dans les crises aiguës, jusqu'à la confusion même de l'idéation et de la conscience, mais aussi une ï'évolte de la volonté contre l'idée parasite et un effort "l^ius ou moins grand de sa part pour la repousser. Il y a donc dans toute obsession un confHt de deux forces opposées, une lutte. Malheureusement, le plus clair résultat de cette lutte, c'est de concentrer davantage l'attention sur l'idée à chasser, par suite de la rendre plus vive et plus nette dans la conscience (Séglas), d'où accroisseme^nt de l'anxiété ou plutôt d'où addition à l'anxiété primitive, origine même de l'obsession, d'une anxiété secondaire ou concomitante, résultant d'un conflit douloureux de la volonté contre cette idée.

4'^ Moyens de défense des obsédés. — L'idée obsédante tend naturellement à se traduire en mouvement, en acte, et c'est. là Vobsession impulsive que nous étudierons plus loin, à l'article : impulsions. Quant à la volonté, elle résiste du mieux qu'elle peut, tantôt directement, tantôt par une série de procédés détournés que nous avons étudiés, avec notre élève BELLET(Th. B. 1898),souslenomde«moî/ensrfe défense des obsédés »>, en les divisant en plusieurs catégories suivant qu'ils ont pour but : 1° de prévenir les accès obsédants ; 2» de dominer

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ces accès quand ils éclatent ; 3*^ d'en atténuer les effets émotifs ou de les dissimuler. Bornons -nous à signaler, sans entrer dans le détail, quelques-uns des moyens les plus fréquents et les plus typiques de la dernière catégorie. Les obsédés du doute paient deux fois un objet quand ils ne peuvent s'assurer s'ils l'ont ou non soldé. Beaucoup d'obsédés de la contamination portent constamment des gants et en changent tous les jours ; ils se préoccupent sans cesse de leurs vêtements et de leur linge de corps, veillant avec le plus grand soin, la nuit, à ce qu'ils reposent plies avec art sur un dossier de chaise méticuleusement propre ; ils font enfin des lavages de mains perpétuels. Le lavage des mains joue, comme on sait, un rôle important chez les obsédés, surtout chez ceux atteints de la crainte anxieuse, non seulement de la souillure matérielle, mais encore de la souillure morale où il intervient dès lors comme un acte de purification symbolique, à la façon des ablutions des rites religieux. Citons enfin la répétition plus ou moins fréquente des actes chez les obsédés qui, souvent, les recommencent jusqu'à ce qu'ils soient certains que leur exécution est parfaite à leur gré ou qu'elle est contemporaine d'une idée favorable, salutaire, et non d'une idée mauvaise, fâcheuse.

5'^ Division des obsessions. — On a depuis longtemps distingué et décrit à part quelques-unes des obsessions idéatives, par exemple : la folie du doute avec délire du toucher {i. Falret, Morel, Legrand du Saulle) ; la maladie du scrupule (P. Janet) ; V onomatomanie (Charcot et Magxax), etc., etc. Ces descriptions isolées qui ont le mérite de faire ressortir dans tous leurs détails les particularités cliniques d'une obsession ont, par conséquent, leur raison d'être et leur intérêt, et c'est ce que nous avons fait nous-mêmes. Pitres et moi, en décrivant Véreuthophobie ou obsession de la rougeur ; mais à la double condition qu'on n'en fasse pas des maladies distinctes, et qu'on ne leur applique pas une dénomination susceptible d'induire en erreur à ce point de vue, comme : folie du doute avec délire du toucher (il ne s'agit là ni de folie ni de délire), ou maladie du scrupule (il ne s'agit pas là d'une maladie spéciale).

En réalité, toutes les obsessions idéatives, quelles qu'elles soient, représentent de simples variétés d'un seul et même syndrome dans lequel l'idée, variable et changeante d'ailleurs, n'est que la traduction intellectuelle, le revêtement extérieur de l'anxiété psychique. Et même, lorsqu'on examine les choses de près, on s'aperçoit que la plupart des idées qu'on observe dans les obsessions ne sont, avec toutes les variantes que comporte la pensée humaine, que des idées d'hésitation, d'irrésolution, de perplexité, en un mot, de doute : si bien qu'on peut dire, sans crainte de se tromper, que le doute anxieux est à la base de la plupart, sinon de toutes les obsessions. Sollier a également fait ressortir récemment l'importance du doute dans l'obsession (vol. 1909).

Il n'y a donc pas lieu de passer successivement en revue chaque obsession idéative, les caractères généraux que nous venons d'indiquer s'appliquant exactement à chacune d'elles. Peut-être pourrait-on, comme nous l'avons fait pour les phobies, et simplement en vue de la commodité de l'étude, établir parmi elles une sorte de classement ou de division par analogre d'idées morbides et admettre, par exemple : 1° les obsessions du doute proprement dit; 2° les obsessions du scrupule ; 3° les obsessions du mot, du chiffre, du langage ; 4° les obsessions des sentiments et affections; 5° les obsessions nosophobiques, etc., etc. Mais, ainsi que nous l'avons dit pour les phobies, ce n'est là qu'une nomenclature artificielle, une obsession pouvant rentrer à la fois dans plusieurs de ces catégories.

6' Etiologie, évolution, terminaison des obsessions : a. Etiologie. — Les obsessions, phobiques ou idéatives, constituent un syndrome très commun et que, par suite, le praticien doit connaître. Elles sont plus fréquentes chez la femme que chez V homme dans la proportion d'un tiers. Elles débutent, dans plus de la moitié des cas, dans V enfance ou dans V adolescence, avant la fm de la quinzième année, et dans plus des troLs quarts des cas, avant la fm de la trentième.

'L'hérédité, souvent similaire, joue dans leur production un rôle de tout premier ordre. Les causes occasionnelles principales

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sont d'abord les chocs émotionnels, puis les états maladifs à action déprimante (infections aiguës et chroniques, intoxications externes ou internes, opérations chirurgicales, maladies vénériennes, puberté, grossesse, accouchement, ménopause, etc.). Souvent la forme des obsessions est en rapport avec leur étiologie. Freud a émis cette idée que les phobies et les obsessions, symptômes essentiels de la « névrose d'anxiété ou d'angoisse », étaient à' origine sexuelle et que « leur étiologie spécifique résidait dans l'accumulation de la tension génésique provoquée par l'abstinence ou l'irritation génésique fruste », c'est-à-dire par la continence forcée ou les pratiques incomplètes ou irrégulières de l'acte vénérien. Cette conception, adoptée par quelques auteurs, combattue par la plupart, et qui se rattache à la grande théorie de la psycho-analyse, dont nous avons parlé plus haut (p. 38), est en réalité beaucoup trop exclusive et beaucoup trop absolue.

b. Evolution. — L'obsession affecte d'habitude le type paroxystique, et il est rare qu'elle soit continue. En tout cas, dans l'intervalle des crises et même durant les crises, lorsqu'elles ne sont pas trop intenses, les sujets peuvent continuer de se livrer aux travaux de leur profession. D'habitude, ils cachent leur état et se concentrent en eux-mêmes, évitant d'en parler, même à leurs proches. Ce n'est que lorsqu'ils sont à bout de lutter ou trop tourmentés, qu'ils vont s'ouvrir au médecin, puisant dans cette confession, comme les neurasthéniques, un soulagement momentané.

L'obsession est aiguë, ce qui a lieu de préférence dans la forme accidentelle, lorsqu'elle succède par exemple à un épuisement passager de l'organisme sous l'influence d'une infection ou d'une intoxication, ou chronique, ce qui est plus fréquent, surtout dans la forme constitutionnelle. Elle est de plus intermittente (phobies), rémittente (phobies obsédantes) ou continue (obsessions idéatives).

c. Terminaison. — Sa terminaison est variable. Elle peut guérir soit défmitivement, soit pour un temps plus ou moins long, se reproduisant alors sous la même forme ou sous une forme différente ; elle peut persister indéfiniment, déterminant

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chez le malade un dédoublement de plus en plus complet qui, à côté de sa personnalité propre, crée une personnalité seconde, hétérogène, tournant toujours dans le même cercle d'idées et accomplissant pour ainsi dire automatiquement les mêmes actes, avec un accompagnement émotionnel réduit au minimum ; elle peut enfin verser dans la folie, particulièrement dans la mélancolie anxieuse et dans le délire systématisé, suivant qu'elle était surtout anxieuse ou idéative. J'ai observé plusieurs cas curieux de démence précoce précédée pendant plus ou moins longtemps par des obsessions, phobiques et idéatives. [M"e Pascal a déjà signalé le fait (1908).]

7'^ Diagnostic des obsessions :

a. Idées fixées, passions. — L'obsession doit être distinguée de certains états physiologiques outrés, presque morbides et d'apparence similaire, tels que les idées fixées et les passions. Ainsi que nous l'avons déjà dit, l'idée fixée des travailleurs et des compositeurs est voulue, au moins à son origine, et ne rompt en rien par son intervention l'unité psychique de l'individu, tandis que l'idée fixe des obsédés est involontaire, automatique et discordante avec le cours régulier des pensées. Il en est de même de la passion qui, tout en ayant souvent de nombreux traits de ressemblance avec l'obsession, s'en sépare à la fois parce que son intensité, sa durée, ses conséquences émotives sont légitimées par des causes déterminantes suffisantes et surtout parce qu'elle s'incorpore à l'individu sans dissocier sa personnalité, sans la dédoubler. A ce point de vue, elle ressemble davantage à l'idée fixe pathologique et c'est avec raison que RiBOT l'a appelée, dans une formule heureuse, « l'équivalent affectif de l'idée fixe ».

b. Psychoses. — L'obsession doit être également distinguée du délire de certaines psychoses : la mélancolie anxieuse, la înélancolie simple, le délire systématisé raisonnant.

Entre la névrose anxieuse et la psychose anxieuse la confusion est d'autant plus facile que ces deux états se ressemblent avec de simples différences d'intensité et même qu'ils peuvent s'associer en proportions diverses, pour former des sortes

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d'états mixtes, c'est-à-dire des neuro-psychoses. Toutefois, en outre des symptômes physiques de la neurasthénie ou de l'hystérie, si fréquents dans les obsessions, on trouve dans celles-ci une intelligence absolument intacte, sans la moindre trace d'idée délirante. Tout se borne à des idées parasites sainement appréciées avec, le plus souvent, des tentations émotives diverses contre lesquelles lutte la volonté. Dans la mélancolie, au contraire, même avec conscience, l'intelligence est plus ou moins troublée.

De même l'obsession, surtout dans sa forme scrupuleuse, peut être confondue avec la mélancolie simple accompagnée de délire de culpabilité. En dehors des caractères généraux propres à l'obsession, le diagnostic s'établit par ce fait que l'idée scrupuleuse de l'obsession ne dépasse pas les limites de l'incertitude, du doute et ne va jamais jusqu'à la conviction, jusqu'au délire de culpabilité de la mélancolie. D'autre part, les tendances morbides de la mélancolie, la tendance au suicide par exemple, se retrouvant presque toujours dans l'obsession sous forme de craintes repoussées plutôt que sous forme d'entraînements consentis (phobies d'impulsion).

Tout récemment (E. 1909) Deny et R. Charpentier ont soutenu l'idée que les crises d'obsession appartiennent à la cyclothymie et ne sont, dans certains cas tout au moins, que les équivalents symptomatiques d'accès intermittents ou rémittents de manie ou de mélancolie, comme les crises impulsives de sitiomanie et de dipsomanie ne sont parfois, d'après Ballet, que la manifestation prédominante d'accès de folie périodique.

Bien qu'ayant toujoui's admis, nous l'avons vu, des rapports étroits entre l'obsession et la mélancohe — qui représentent les états pathologiques par excellence de l'anxiété, états voisins, susceptibles parfois d'un diagnostic difficile, comme de se continuer l'un par l'autre ou même à la rigueur de coexister, avec prédominance de l'un d'eux — nous estimons qu'il n'y a pas lieu de les confondre, de les faire rentrer l'un dans l'autre et qu'il est logique et utile de continuer à séparer cliniquement l'obsession et la mélancolie, syndromes particuliers

ayant, surtout dans les cas typiques, des caractères nettement définis et bien distincts.

La différence est la même entre certaines obsessions idéatives et le délire systématisé raisonnant hypocondriaque, jaloux, de persécution. Ici encore, la distinction se tire de ce fait que, dans l'obsession idéative, en plus des symptômes d'anxiété, des paroxysmes et de l'état général, qui font défaut dans le délire, il y a connaissance complète de la nature pathologique de l'idée et de ses caractères automatiques et discordants.

c. Névroses. — Lès obsessions doivent être séparées des idées fixes hystériques, caractérisées par l'absence de crises anxieuses et leur subconscience (Janet) ; des idées fixes neurasthéniques, en particulier des idées fixes hypocondriaques, ne présentant pas comme les obsessions ce caractère fondamental d'être des idées parasites et en discordance avec le moi ; enfin des idées fixes épileptiques, dans lesquelles l'idéation, la conscience sont plus obscures, l'émotivité et la lutte moins marquées et dont la soudaineté et l'impulsivité sont tout à fait typiques.

d. Obsessions. — Les obsessions sont enfin à différencier les unes des autres.

Les obsessions constitutionnelles diffèrent surtout des obsessions accidentelles par leur origine héréditaire, souvent dégénérative, leur précocité, leur forme plutôt intellectualisée, leur chronicité, leur curabihté moindre, leur inaccessibilité à la suggestion hypnotique.

Le point le plus important, en pratique, est de distinguer les obsessions hystériques et les obsessions neurasthéniques.

a) Les obsessions hystériques débutent plus ou moins brusquement à la suite d'un choc moral, d'une émotion vive. Elles revêtent très souvent la forme de phobie diffuse ou systématisée, avec reviviscence parfois hallucinatoire de l'émotion première. Elles ont des rapports fréquents avec les rêves dont elles peuvent émaner ou par l'intermédiaire desquels elle se renforcent. Elles coexistent avec des stigmates ou des accidents hystériques et ont un caractère plus ou moins subconscient. Elles sont curables par suggestion.

,î) Les obsessions neurasthéniques surviennent plus lentement, très fréquemment à l'occasion d'un état d'épuisement, d'infection, de surmenage ou d'un accès aigu de neurasthénie. Elles peuvent revêtir toutes les formes mais sont basées en général sur un fond d'inquiétude causée et entretenue par des sensations subjectives réelles. Elles s'accompagnent de stigmates neurasthéniques : céphalée, rachialgie, troubles digestifs, etc. Elles sont curables, mais à un moindre degré que les hystériques et habituellement réfractaires à la suggestion hypnotique.

Nous disons obsession neurasthénique et non obsession psychasthénique .

Nous sommes en effet de ceux qui pensent, avec Hartex- BERG, avec DuPRÉ (C. 1908) que la psychasthénie, tout comme ce que nous appelions auparavant la cérébrasthénie, ne constitue pas une maladie à part et n'est autre chose que la variété psychique de la neurasthénie. La meilleure preuve qu'on en puisse donner, c'est que, dans toute neurasthénie, si corporelle qu'elle paraisse, il existe un état mental dont les particularités, en y regardant de près, ne sont autre chose que le rudiment des symptômes psychiques plus caractérisés de la psychasthénie et qu'on considère à tort comme lui appartenant en propre; c'est aussi que dans toute psychasthénie. si psychique qu'elle soit, on retrouve de; signe? plu; ou moins net; de neurasthénie commuie. Il y a là, en som-ne, identité de fond et simple d fférence de forme.

En un mot, dans la neurasthénie proprement dite ce sont les symptômes physiques qui l'emportent, tandis que daas la neurasthénie psychasthénique, ce sont les symptômes psychiques, et parmi eux les obsessions, qui prédominent.

Ajoutons qu'à notre avis la neurasthénie psychasthénique ou psychasthénie n'est pas, comme on le dit souvent, plus « constitutionnelle » que les autres. Toutes le sont plus ou moins ; elle est' seulement plus psychiquement héréditaire.

8" Nature de lobsession. — L'obsession ne doit pas être considérée comme une maladie, une entité morbide. C'est simplement un sytnptôme, ou plutôt un syndrome, au même

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titre que l'hallucination, le délire ou l'impulsion. Il est certain en effet qu'en clinique et vue de près, l'obsession n'est jamais isolée, indépendante ; elle est toujours liée à un substratum sur lequel elle est pour ainsi dire implantée et au caractère duquel elle participe. Les plus fréquents de ces états pathologiques qui servent de fondement à l'obsession sont : la dégénérescence, Vépilepsie (Cullerre), Vhystérie, la neurasthénie' V alcoolisme, etc. De toutes les obsessions, les plus communes sont celles des neurasthéniques, d'abord, puis celles des hystériques.

L'obsession est à la fois un trouble mental et un trouble nerveux, c'est-à-dire un état mixte, neuro-psychopathique, intermédiaire pour ainsi dire entre la névrose et la psj^chose et représentant une sorte de transition entre les deux. Dans sa forme élémentaire, la phobie diffuse, l'obsession anxieuse est une pure névrose ; dans la phobie systématisée, mais surtout dans l'obsession idéative ou impulsive, c'est déjà un état mixte, neuro-psychopathique.

Quant à la pathogénie de l'obsession, elle reste encore à préciser. Peut-être Morel avait-il raison d'en faire une névrose du système nerveux ganglionnaire viscéral, car, ainsi qu'il l'a montré le premier, les symptômes vaso-moteurs sont très marqués dans l'obsession, quelquefois même absolument prépondérants. L'obsession de la rougeur en est l'exemple le plus frappant. Mais si ces phénomènes semblent indiquer un trouble dans les fonctions du grand sympathique, rien ne nous autorise à penser que cet appareil, qui joue peut-être un rôle plus marqué qu'on ne pense dans les névroses et les psychoses, est altéré primitivement.

En résumé, l'obsession peut être considérée comme un état morbide intermédiaire entre la névropathie et la psychopathie, ou plutôt comme un des éléments constituants d'un syndrome émotif spécial, le syndrome d'anxiété ou d'angoisse, susceptible de se présenter, à des degrés et sous des formes variables, dans diverses névroses et psychoses. Pour nous, la meilleure façon de concevoir l'obsession est là, et non dans l'opinion de Freud qui considère "la névrose d'angoisse» comme une

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