TROUBLES DE LA CONSCIENCE ET DE L\ PERSONNALITÉ
Physiolo^iquement, nous l'avons vu, la conscience totale peut varier de forme et d'étendue sans qu'il y ait trouble pathologique. C'est ce qui a lieu, par exemple, chez le savant monoïdéisé dans sa recherche, où il s'agit d'un rétrécissement au maximum du champ de la conscience. La personnaUté au contraire ne peut rester normale qu'à la condition de se maintenir une et identique à elle-même à travers ses modifications évolutives et tout ce qui touche à son unité devient pour elle un agent de désintégration.
« C'est l'organisme et le cerveau, dit Ribot, dans un passage qui résume admirablement ces quelques données psychologiques, c'est l'organisme et le cerveau, sa représentation suprême, qui est la personnalité réelle, contenant en lui les restes de tout ce que nous avons été et les possibilités de ce que nous serons. Le caractère individuel tout entier est inscrit là avec ses aptitudes actives et passives, ses sympathies et ses antipathies, son génie, son talent ou sa sottise, ses vertus et ses vices, sa torpeur ou son activité. Ce qui émerge jusqu'à la conscience est peu au prix de ce qui reste easeveli, quoique agissant. La personnalité consciente n'est jamais qu'une faible partie de la personnalité physique.
« L'unité du moi n'est point celle de l'entité une des spiritualistes qui s'éparpille en phénomènes multiples, mais la coordination d'un certain nombre d'états sans cesse renaissants, ayant pour seul point d'appui le sentiment vague de notre corps. Cette unité ne va pas de haut en bas ; elle n'est pas un point initial, mais un point terminal.
... « L'unité du moi, au sens psychologique, c'est la cohésion, pendant un temps donné, d'un certain nombre d'états de conscience clairs, accompagnés d'autres moins clairs et d'une foule d'états physiologiques qui, sans être accompagnés de conscience, comme leurs congénères, agissent autant qu'eux et plus qu'eux. Unité veut dire coordination. Le dernier mot de tout ceci, c'est que le consensus de la conscience étant subordonné au consensus de l'organisme, le problème de l'unité du moi est. sous sa forme ultime, un problème biologique. A la biolo-gie d'expliquer, si elle peut, la genèse des organismes
et la solidarité de leui^ parties. L'interprétation physiologique ne peut que la suivre. »
2 ' Troubles de la conscience. — Les troubles de la conscience ont nécessairement pour point de départ une altération de ses éléments constitutifs. C'est cette donnée qui nous servira donc de base pour les classer.
a) Les troubles de la conscience par altération des perceptions sont ceux qui l'atteignent dans sa source même. Ils sont des plus fréquents et diffèrent suivant que l'altération porte sur les perceptions d'origine externe, sensorielle ou sur les perceptions d'origine interne, cénesthésique. Les premiers existent dans tous les délires par hallucinations et illusions, névropathiques ou psychopathiques ; les seconds dans les névroses et les psychoses à forme hypocondriaque et anxieuse.
i3) Les troubles de la conscience par altération du sentiment d'appropriation personnelle sont ceux dans lesquels l'incorporation des sensations au moi ne se fait plus de façon normale. Ils varient depuis le simple affaiblissement de cette incorporation jusqu'à sa disparition et à l'attribution des perceptions éprouvées à un autre moi.
Ces troubles, qui constituent le fondement habituel des maladies de la personnalité, parce qu'ils tendent à détruire son indispensable unité, se retrouvent dans les névroses (neurasthénie, hystérie, épilepsie) ainsi que dans les psychoses, en particuher dans les délires métaboliques cités plus haut (p. 69).
y) Les troubles de la conscience par altération dans V enchaînement mnémonique des sensations sont ceux qui sont dus à une perturbation soit de la fixation des sensations, soit de leur localisation chronologique. Les premiers s'observent dans les états pathologiques où domine Vamnésie antérograde, actuelle ou de fixation (états seconds, psychoses toxiques et traumatiques, phénomène du « jamais vu ») ; les seconds dans les états paramnésiques, principalement dans le phénomène du « déjà vu '.
11 existe aussi, bien entendu, des troubles de la conscience dus à la perturbation d'ensemble de ses divers éléments. C'est ce que l'on constate, par exemple, dans la confusion mentale
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et la démence précoce où la perct'ption, la personnalisation et la fixation des sensations sont simultanément intéressées par le processus pathologique et aussi, à un degré plus marqué encore, dans les phases crépusculaires de Vépilepsie.
On dit communément, et c'est là une des expressions les plus courantes en psychiatrie, que la folie est inconsciente et que ses grands syndromes psychiques : le déhre, l'hallucination, l'impulsion sont inconscients. On entend par là non que le sujet a cessé de percevoir, de s'approprier ou d'enchaîner ses idées et ses sensations, mais simplement qu'il en méconnaît la nature pathologique. Et c'est là un caractère tellement important qu'il sert à distinguer les psychoses avec perte complète de la raison et de la responsabilité de celles où il peut rester encore une part plus ou moins grande de ces attributs, et qu'on désigne pour ce motif sous le nom de con^cten/es (délire conscient, hallucinations conscientes, impulsions conscientes, etc.).
Ce trouble tout particulier de la conscience peut au fond se rattacher à une altération de la perception exacte des idées et des sensations, car si l'ahéné a conservé la perception brute des éléments psychiques de sa psychopathie, il n'a plus la perception différenciée de leur origine et de leur valeur réelles.
3^ Troubles de la personnalité. — Th. Ribut, qui a formulé le premier essai de classification des maladies de la personnalité, les divise en trois types principaux : V aliénation, Valternance, la substitution : l'aliénation étant la transformation de la personnalité ancienne en une nouvelle ; l'alternance, la succession de deux personnalités, avec ou sans amnésie de l'une à l'autre; la substitution, enfin, étant la croyance, surtout psychologique et délirante, à un changement de personnahté. A. BiNET, s'inspirant de ces vues, distingue de son côté, dans les névroses, les personnalités successives et les personnalités coexistantes. Il serait possible, effectivement, de faire entrer la plupart des troubles de la personnaUté dans les divisions proposées par Ribot. Nous pensons qu'on pourrait aussi les englober, d'une façon plus pratique peut-être au point de vue cUnique, dans les trois catégories suivantes : 1° troubles
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de la persojinalité consciente ; 2° troubles dans les rappofts de la personnalité consciente et de la personnalité inconsciente; 3° troubles par dissolution de la personnalité.
a. Troubles de la personnalité consciente. — Les troubles de la personnalité consciente sont ceux qui tendent à détruire l'intégrité du moi conscient. En raison de ce fait qu'ils portent uniquement sur les états clairs de conscience, ils ont pour caractéristique non seulement de ne pas se compliquer d'amnésie, mais aussi d'être nettement appréciés par le sujet, pour lequel ils deviennent une source d'inquiétude extrême ou d'interprétation délirante.
Ces troubles de la personnalité consciente, insuffisamment analysés jusqu'ici, sont, dans le domaine des névroses et des psycho-névroses, ceux de la neurasthénie, de Vobsession, du tic.
La plupart des obsédés, que nous prenons pour types, offrent des troubles de la personnalité de ce genre. Des faits précis, comme ceux rapportés par P. Janet, Séglas et par nousmême, montrent bien en quoi ils consistent.
Une malade de Séglas, atteinte d'obsession depuis vingtcinq ans, s'exprime ainsi à son sujet : « Je me fais l'effet d'être double ; je me sens comme deux pensées se combattant, une qui est bien la mienne et qui cherche à raisonner, mais sans succès, une autre qui me serait en quelque sorte imposée et que je subis toujours. »
D'autres malades du même auteur signalent des sensations analogues. L'un a la conscience que son corps est en avant de lui : un second, un enfant, s'imagine à certains moments qu'on l'a laissé en arrière ou qu'une voiture qui vient de passer l'a emporté et on a toutes les peines du monde à le rassurer. Un autre n'ayant pas saisi la transition de sa marche voulue à sa marche automatique, ne sait plus si c'est lui qui marche et alors il fait des efforts inouïs pour apphquer « sa conscience à cette inconscience, il est conscient d'un côté qu'il est inconscient de l'autre ».
De même, un de nos sujets, atteint d'obsession du doute de sa pensée et de son existence, en arrive à croire qu'il vit sous terre et que son moi qui vit sous terre s'imagine être auprès de nous et nous parler.